Samedi 18 juillet, 8h00
« Debout feignasse, il est l’heure ! »
Fañch était assis sur moi, torse nu, en caleçon, train de d'essayer de me réveiller à grands coups de bisous un peu partout.
« Mais quelle heure est-il ?
- Huit heures. Et on a plein de choses à faire aujourd’hui. J’ai regardé chez toi, y a rien à bouffer. Je m’habille, je vais chercher les croissants, toi tu te lèves, tu t’habilles et tu prépares le thé. Et après on va faire les achats ?
- Quels achats ?
- On doit acheter un bac à douche, une colonne de douche, un meuble de salle de bain, un lavabo et le robinet qui va avec. Et un miroir. Et des luminaires. Et du carrelage. J’oubliais le carrelage. C’est le plus important le carrelage. On a une salle de bain à équiper ! ».
Il était déjà en train d‘enfiler son bermuda, son tee-shirt de la veille, ses chaussettes et enfin ses éternelles tennis. Il est sorti de l’appart, je n’étais même pas encore sortie du lit. J’avais retrouvé mon zébulon hyper actif, sautillant de partout, mais voulant désormais que je l’accompagne dans ses délires. J’aurais bien fait la grasse mat’, moi…
Je me suis habillée rapidement. Merde le linge ! Je l’avais laissé dans la voiture. Je suis descendue vite fait le récupérer pendant que l’eau du thé chauffait. Evidemment, il avait pris les clefs de la maison. Je l’ai rattrapé alors qu’il revenait avec les croissants en lui criant de m’attendre, que je ne me retrouve pas dehors. Je me suis occupée du linge. Entre ses fringues et les miennes, il faudrait sans doute en faire deux tournées. J’ai trié le sombre et le clair et ai fait partir une tournée de clair. Cela me faisait drôle. C’est la première fois que nous faisions lessive commune.
J’ai pu souffler un peu en prenant le petit déj.
« On peut prendre la voiture de ta boite pour faire les magasins ou il faut que j’en réserve une ?
- On va pas faire des tonnes de kilomètres. On peut prendre celle de la boite. On va où ?
- Route de Lorient puis Casto, Leroy Merlin, les classiques. On regarde si on trouve quelque chose qui nous plait.
- Ça ouvre à quelle heure ?
- C’est déjà ouvert.
- Et merde.
- Tiens j’ai un cadeau pour toi ».
Il m’a tendu une boite soigneusement emballée dans du papier cadeau.
« En quel honneur ?
- Je voulais te le donner hier, mais on n’a pas eu trop le temps. Je ne voulais pas le faire chez Coco et quand on est arrivé chez toi, les choses se sont un peu précipitées ».
En partant de chez Corentin et Emilien, j'étais allée récupérer ma voiture au parking et Fañch avait enfourché son vélo. Il était déjà devant la porte de mon immeuble à m’attendre quand je suis arrivée. Il était essoufflé, en nage. Il avait visiblement voulu faire la course avec moi. Ça m’a rappelé le week-end à Scaër, chez Soizic et Gwendal, quand il avait fait la course avec son frère en ramenant les croissants. Un vrai gosse. Non pas un gosse. Comme l’avait appelé Gwendal déjà ? « Gamin ! », comme leur grand-père les appelaient. C’était exactement cela. Fañch était resté un gamin. Et c’est sur lui que je comptais pour me protéger de mes terreurs nocturnes ? Mais qu’est-ce que j’étais encore en train de faire ? J’étais totalement folle.
Quand je suis arrivée, il a voulu m’embrasser. Je l’ai repoussé. Nous sommes montés à l’étage, nous avons pénétré dans mon appartement. Il a garé son vélo à sa place habituelle, dans l’entrée, devant la porte du cagibi du cumulus électrique. Il a cherché à nouveau à m’embrasser. Cette fois je me suis laissée faire mais ai commencé en même temps à le déshabiller pour l’envoyer prendre une douche. Il était trempé de sueur.
« Hier on était le 17 juillet. Cela fait pile trois mois que tu m’as dragué dans ce bar du Mail François Mitterrand. Ça se fête ! »
Merde ! Je n’y avais pas pensé du tout. 17 avril, 17 juillet, ça faisait effectivement pile trois mois.
« J’ai compris que tu voulais fêter cela en rejouant notre première nuit ensemble quand tu m’as dit que tu voulais qu’on dorme chez toi. Un peu à la con ton prétexte du linge mais j’ai fait semblant de rien ».
J’ai fait un mouvement de tête qui pouvait passer pour une approbation avec le double sentiment de culpabilité : celui de ne pas avoir pensé un instant à cet « anniversaire » des trois mois et celui de lui mentir effrontément en lui faisant croire que oui.
« Et c’est pour cela que tu n’as pas voulu m’embrasser sur le trottoir devant chez toi. Tu voulais que tout commence dans ton entrée, comme pour notre premier baiser. Et tu as commencé ensuite à me déshabiller exactement comme tu l’avais fait ce soir-là ! T’es super romantique quand tu t’y mets ! »
S’il savait le véritable motif de cet effeuillage ! Je n’avais pas le cœur de lui dire la vérité : « je t’ai déshabillé pour te coller sous la douche car tu schlinguais la transpiration ». Ça faisait beaucoup moins romantique.
Je l’avais donc déshabillé, d’abord son tee-shirt trempé de sueur, puis je m’étais attaqué à la ceinture de son bermuda qui, sitôt dégrafé, lui était tombé sur les chevilles. Il m’avait enlevé mon haut et avait commencé à s’attaquer à ses chaussures et chaussettes pendant que j’enlevais moi-même ma jupe. Je l’avais poussé vers la salle de bain mais il ne semblait pas avoir relevé cette incohérence dans le remake de notre première nuit où nous étions directement allés dans la chambre. Je l’avais collé la douche après avoir fait glisser son caleçon en bas de ses chevilles.
J’avais achevé de me déshabiller pendant qu’il réglait la température de l’eau de la douche. J’avais accepté son baiser et sa langue qui venait fouiller ma bouche. Pendant ce temps j’avais commencé à le savonner en commençant bien sûr par sa queue déjà toute raide. Il avait réagi en s’en prenant à mes seins qu’il avait longuement massés et léchés avant d’envoyer ses doigts explorer mon intimité. La douche n’avait pas duré longtemps. J’y avais mis rapidement terme en coupant l’eau et en commençant à l’essuyer pendant que lui restait collé à ma bouche saisissant ma tête entre ses mains pour éviter que je ne lui échappe. J’avais fini par le pousser devant moi pour l’emmener dans la chambre pendant que moi-même, je m’essuyais. Une fois dans le lit il avait roulé sur moi et m’avait rapidement pénétrée avec fougue, sans trop de préliminaires.
« C’était chouette hier soir, non ?
- Oui, ai-je menti à moitié. Ça a été intense mais chouette comme tu dis !
- Intense… J’ai été... brutal ? »
J’ai vu comme une ombre passée dans son regard. J’ai vite corrigé.
« Pas brutal, fougueux je dirais.
- Je ne t’ai pas fait de mal au moins. Je suis désolé. J’avais tellement envie de toi que j’ai un peu perdu le contrôle. Tu as pris du plaisir au moins ? Dis-moi ! » .
Bon déjà, par rapport à Lucas, ce n’est pas par qu’il en avait « trop envie » mais parce qu’il avait « envie de moi ». C’était déjà un peu plus flatteur pour moi. Je faisais partie de l’équation. Autre différence, il était soucieux de ce que j'avais pu ressentir. Enfin non, cela n’avait pas été un rapport douloureux, loin de là.
« J’ai pris beaucoup de plaisir. J’ai beaucoup aimé »
Encore un demi-mensonge. J’avais effectivement aimé sentir sa queue toute raide s’agiter en moi. Cela avait été un moment que je qualifierais de très agréable. Mais je n’avais pas joui. Cela avait été beaucoup trop rapide pour que j’ai le temps d’avoir un orgasme. Son enthousiasme, le plaisir que visiblement je lui donnais avait été cependant un motif de satisfaction pour moi. Un peu comme quand je lui fais une fellation. Cela ne me procure pas d’orgasme. Mon plaisir est alors d’en donner à mon homme. Enfin mon homme, mon boy-friend plutôt.
« Moi aussi j’ai beaucoup aimé. J’ai juste été un peu déçu de ne pas me réveiller avec ma bite dans ta bouche comme le premier matin mais bon, c’était quand même pas mal !
- Pas mal ? Quel goujat tu fais !
- Bon tu l’ouvres ton cadeau ? »
Il est vrai qu’il avait un cadeau pour moi. Pas moi. Je ne devrais pas trop la ramener. J’ai commencé à déchirer le papier.
« Fait pas gaffe à la boite. C’est une boite de composants que j’ai récupérée. Ça n’a rien à voir avec le contenu ».
J’ai soupesé la boite pour tenter de deviner ce que cela pouvait être. C’était lourd, pas très grand, dix-quinze de centimètres de long tout au plus, sur quatre-cinq de large et de haut. Aucune idée du contenu. J’ai cherché à l’ouvrir la boite. Ce fut laborieux, mettant ma patience et ma curiosité à rude épreuve. Il avait mis du scotch de partout.
Quand j’ai enfin réussi à l’ouvrir, j’ai découvert un trousseau de clef.
« Ce sont tes clefs, celle de ma maison, enfin de notre maison maintenant. Le cadeau c’est le porte-clef en bois que j’ai découpé au laser au Fab’Lab… »
Avant qu’il ne rentre dans les détails techniques de la fabrication du porte-clef dont je me foutais éperdument, je me suis levée et ai collé ma bouche sur la sienne. Bref je lui ai roulé un patin.
« Content que ça te plaise, a-t-il commenté en reprenant son souffle.
- T’es un chou » lui ai-je répondu et cette fois c’était sincère. Les clefs de chez lui ! De chez nous ! Car nous allions avoir un chez nous maintenant. Je n’arrivais pas encore à réaliser. Ces clefs, c’était le symbole d’une nouvelle étape dans notre relation, un nouveau départ. C’était la première fois que j’allais habiter avec un mec ! Je les admirais ces clefs : la grande pour la porte d’entrée, forcément, les deux petites vraisemblablement pour la chambre du haut et l’atelier bureau-kitchenette du bas. Il faudrait que j’apprenne laquelle ouvre quoi.
« Bon c’est pas le tout mais on a des courses à faire nous ! » a-t-il conclut en se relevant et en commençant à débarrasser la table du petit déj.
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