Chapitre 19
Après une petite demi-heure de travail acharné et de reformulations, le contrat est prêt. Il trône maintenant sur l’écran de l’ordinateur, en police sobre, impassible, presque clinique, s’étirant sur plusieurs pages. On dirait un traité de paix, rigide, presque solennel.
Adossé nonchalamment au canapé, jambe repliée, une tasse de thé à la main, Jona lit en silence, son profil éclairé par la lumière mate de la fin d’après-midi.
CONTRAT DE MANDAT POUR PRESTATION PRIVÉE
Entre les soussignés :
Maud [Nom de famille], ci-après dénommée "la Mandante",
et
Jona [Nom de famille], ci-après dénommé "le Mandataire",
Préambule :
La Mandante confie au Mandataire une mission strictement définie pour la soirée du [date], entre 19h30 et 3h00 du matin. La présente prestation a pour but d’assurer une présence physique encadrée et consentie, dans le cadre d’une mise en scène destinée à protéger la Mandante et à encadrer ses interactions.
Article 1 — Objet du contrat
Le Mandataire s’engage à accompagner la Mandante durant la soirée, en respectant un cadre strict de consentement et de respect mutuel défini ci-après.
Article 2 — Durée
La prestation est limitée à la période du [date], de 19h30 à 3h00 du matin.
Article 3 — Limites du contact physique
Le Mandataire pourra toucher et embrasser la Mandante librement sur tout le corps sauf : les lèvres, les seins, les fesses, le sexe.
Toute atteinte à ces zones ne pourra se faire qu’avec une autorisation explicite et active de la Mandante, matérialisée par le fait qu’elle guide les mains ou les lèvres du Mandataire à ces endroits. Toute infraction non consentie constitue une violation grave du présent contrat.
Article 4 — Code secret de consentement
Afin d’assurer une communication claire et discrète, les parties conviennent du code suivant :
- Pour signifier un "non" : la Mandante passe sa main dans les cheveux du Mandataire
- Pour signifier un "oui" : la Mandante embrasse le Mandataire sur la joue
- Pour signifier un "stop" immédiat : la Mandante pose sa main sur celle du Mandataire
Ces gestes seront respectés sans discussion ni contestation.
Article 5 — Protection de la Mandante
Le Mandataire s’engage à protéger la Mandante contre toute forme de harcèlement, agression ou comportement inapproprié émanant de tiers durant la période contractuelle.
Article 6 — Dispositif de surveillance
La totalité de la prestation se déroulera dans un lieu équipé d’un système de vidéosurveillance actif et fonctionnel.
Le Mandataire reconnaît et accepte que toute infraction aux conditions du présent contrat puisse être constatée via ces enregistrements.
En cas de dysfonctionnement ou d’interruption de la vidéosurveillance, la responsabilité du Mandataire est pleinement engagée.
La Mandante se réserve le droit d’exiger la consultation des enregistrements pour toute vérification.
Article 7 — Sanctions
Toute violation du présent contrat pourra entraîner des poursuites judiciaires, notamment pour agression sexuelle ou atteinte à la dignité.
Signatures :
Fait à [lieu], le [date].
Maud [Nom] — La Mandante Jona [Nom] — Le Mandataire
Je respire profondément, guettant la réaction de Jona, car s’il ne signe pas, rien de tout ça n’aura de sens. Il se tourne vers moi :
- Ça a la sensualité d’un bail de location, mais c’est très pro.
- Je veux pas qu’il y ait de zone grise.
- Bene. Est-ce que, toi, ça te satisfait ? Tu as ce qu’il te faut pour être rassurée ?
- Euh… Oui, ça me semble suffisamment complet.
Il hoche la tête et se lève.
- Perfetto. Lance l’impression.
Il disparaît dans sa chambre où je distingue le bruit familier de l’imprimante qui se met en route, puis celui des feuilles qui tombent dans le bac, une à une. Ce petit son banal, presque bureaucratique, donne soudain à tout ça une consistance étrange : c’est réel, officiel.
Il revient avec les deux exemplaires, les pose sur la table basse, puis, sans attendre, trace sa signature d’un geste ample et fluide.
- Eccho, dit-il en me tendant le stylo. À toi.
Je reste un instant silencieuse. Je pensais qu’il ferait une remarque, ou au moins une plaisanterie pour alléger l’atmosphère, mais non. Il est simplement là, présent, solide.
- Tu es sûr de toi ?
- Ce contrat, il dit que tu dois être respectée, protégée, entendue. Il n’y a rien là-dedans que je ne sois pas déjà prêt à faire. Alors…
Il hausse les épaules, doucement.
- Je n’ai rien à craindre, conclut-il.
Je signe à mon tour, d’un geste net, un poids en moins sur l’estomac, ou plutôt une sensation de… légèreté, de contrôle.
- Merci, Jona.
- Piacere.
Je lui rends son stylo. Il le glisse dans sa poche arrière, puis ajoute en se frottant les mains :
- Bene, il va être temps de passer à la transformation !
J’attrape ma sacoche, glisse les deux exemplaires signés à l’intérieur, puis me relève, un peu raide.
- Ouais… J’ai pas envie d’affronter Zed tout de suite, mais bon… Faut que j’aille me doucher.
Jona me regarde, l’air paisible, puis il désigne une porte au fond du salon :
- Sinon, il y a une salle de bain ici aussi.
- Oh. Euh… C’est… Un peu bizarre, non ?
- Maud, soupire-t-il, attendri. Contrat ou pas, j’aimerais bien que tu me fasses confiance. Je ne vais pas rentrer tant que tu es à l’intérieur.
- Je n’ai pas d’affaires propres, j’objecte. De sous-vêtements, je veux dire.
- Je peux aller t’en chercher.
Je grimace, franchement mal à l’aise à l’idée qu’il aille fouiller dans ma lingerie. Il lève les mains en l’air, dramatique.
- Je plaisante. Cédric ne va pas tarder à partir travailler. Il viendra forcément pour te donner les clés de chez lui. Tu pourras aller chercher tes affaires quand il sera parti.
- Ok, je capitule.
- Avanti ! File dans la douche !
Je souffle du nez, mi amusée, mi blasée, et je prends le chemin de la salle de bain. Je ferme derrière moi et inspecte la pièce. L’agencement est très proche de celle de Zed, quoiqu’un peu plus large, il y flotte une odeur sèche, boisée, discrète.
Je me déshabille lentement, consciente de chacun de mes gestes, comme si la lumière elle-même pesait un peu plus que d’habitude. Les vêtements tombent au sol dans un bruit doux, presque inaudible.
Jona toque à la porte alors que je viens d’ouvrir le robinet.
- Je te pose une serviette propre devant la porte, je l’entends dire à travers la cloison. Il y a du gel douche et du shampoing dans la cabine.
- Tu n’as pas du savon plutôt ? En dur ?
- Sur le lavabo.
Je compte silencieusement jusqu’à dix, peut-être vingt, avant d'entrouvrir la porte et de tendre la main. La serviette est là, soigneusement pliée, posée à distance respectueuse. Je la prends, referme aussitôt, la pose sur le lavabo et rentre dans la douche.
L’eau chaude dégringole sur ma peau avec un soulagement immédiat, mais je reste un long moment sans bouger, le front appuyé contre le carrelage, à laisser l’eau couler sans chercher à faire quoi que ce soit d’autre.
Le savon sent le citron industriel et le romarin, cette odeur inédite me fait prendre conscience de la transformation à venir. Je suis dans un corps que je prépare pour un rôle, je fabrique une version de moi qui n’existe pas encore, et qui n’existera probablement plus jamais après ce soir.
Les doutes m’assaillent : et si ça ne marchait pas ? Et si Zed restait indifférent ? S’il me regardait comme un personnage en arrière plan ?
Mon estomac se serre. J’essaie de chasser les images négatives, de me reconcentrer sur mes gestes, sur ma respiration, sur cette chorégraphie millimétrée qu’il va falloir exécuter sans trembler.
Je rince la mousse d’un geste lent, presque mécanique, reste encore un peu, le temps que l’eau commence à tiédir, puis je ferme le robinet. Je tends la main vers la serviette de Jona, m’y enroule comme dans une armure de coton, et souffle longuement, une seule fois, pour retrouver un semblant d’équilibre.
Je sors lentement de la salle de bain, les cheveux encore mouillés, l’air frais du salon contraste brutalement avec la chaleur vaporeuse que j’ai laissée derrière moi. Je cligne des yeux, comme si le monde extérieur était devenu un peu trop net.
Jona est toujours assis sur son canapé, sa tasse de café dans une main, son téléphone dans l’autre. Je prends soudain conscience de mon corps, de cette nudité dissimulée sous la serviette, de l’étrangeté d’être ici, dans un appartement qui n’est pas le mien, avec un homme que je connais à peine.
- J’espère que je vais pouvoir récupérer mes affaire rapidement, je marmonne.
- Quand tu veux. Cedric vient de passer me donner les clés, dit-il en me tendant le trousseau.
- Pendant que j’étais sous la douche ?
- Ouais. J’aurais aimé filmer sa tête quand je lui ai dit où tu étais.
Je secoue la tête en soupirant, mortifiée.
Dans quoi est-ce que je m’embarque ?
- Relax ! Ça va juste faire monter la tension, assure-t-il.
Je tends la main, attrape les clés sans le regarder, comme si le simple contact visuel risquait d’empirer ma gêne.
- Merci, je murmure.
Jona ne dit rien. Je crois qu’il a compris, ou qu’il choisit de faire semblant de ne rien voir, ce qui, pour l’instant, me va très bien.
Je me glisse vers la porte d’entrée, la serviette bien serrée sous les bras, pieds nus sur le parquet froid. Chaque pas me semble amplifié par le silence. J’ouvre doucement, jette un coup d’œil dans le couloir désert, puis m’éclipse comme une ombre.
Le carrelage du palier me glace les orteils. Postée devant la porte de l’appartement de Zed, je trouve rapidement la bonne clé. Le loquet cède dans un petit clic métallique et j’entre en retenant ma respiration.
Tout est exactement comme je l’ai laissé, dans ce flou spatial et sentimental.
Je me faufile dans la salle de bain où je récupère ma brosse, puis jusqu'à ma valise dont je sors ma culotte rouge, en dentelle fine. Sexy sans en faire trop. Je rabats mon bagage, repars aussitôt, sans bruit, sans même regarder autour de moi. Une fois dans le couloir, je referme doucement la porte à clé, puis retourne chez Jona d’un pas rapide, presque pressé de refermer ce moment suspendu.
De l'autre côté du palier, je retrouve Jona, debout près de la fenêtre, les bras croisés. Il me jette un regard en coin, puis sans commentaire, pointe sa chambre d’un mouvement du menton :
- Va te changer. Je prépare la suite.
Je hoche la tête, le cœur battant un peu plus vite que nécessaire, puis disparais dans la pièce. Je retire l'étiquette de la robe et m’habille maladroitement, mais sans précipitation, prenant le temps de lisser le tissu, de rectifier une manche, de me tenir droite. La robe est toujours aussi mince, proche de l'indécence : une vraie tenue de chasse.
Quand je reviens dans le salon, pieds nus, moulée dans ma tenue rouge, Jona me contemple à nouveau de la tête aux pieds.
Je me racle la gorge, il sourit et m'invite à prendre place sur une des chaises hautes de sa cuisine.
Il a réorganisé le comptoir comme un chef : le nécessaire de maquillage y est disposé avec méthode, et à côté se trouve une batterie d'instruments de coiffure - un sèche-cheveux, une brosse ronde, du gel, de la laque, des pinces, un miroir à main.
Je lève un sourcil, intriguée.
- Tu fais aussi salon de beauté ?
- Ce soir uniquement, rit-il. Allez, assieds-toi, bella.
Je m’installe, mains croisées sur mes cuisses, docile et curieuse. Il ne me demande pas ce que je veux, il a déjà son idée en tête. Il passe ses doigts dans mes mèches encore humides, défait quelques nœuds avec une douceur surprenante. Je sens le plastique de la brosse effleurer mon crâne, les mèches qui se tendent doucement sous la chaleur tiède du sèche-cheveux. Il ne force rien, joue avec l'air, tourne, lisse, relâche, encore et encore. Par moments, une mèche s’échappe, vole devant mes yeux. Il la remet derrière mon oreille d’un geste automatique.
Je reste immobile, suspendue à ce moment, à la douceur des gestes, au bourdonnement du sèche-cheveux qui couvre un peu les battements de mon cœur.
Quand il coupe l’appareil, le silence me semble plus dense encore. Je sens mon cuir chevelu tiède, légèrement gonflé, comme si la chaleur m’avait aussi modelée de l’intérieur.
- Ne bouge pas, souffle-t-il, vaporisant la dernière touche de laque.
Il recule enfin d’un pas, m’observe quelques secondes, puis acquiesce lentement.
- On passe au maquillage. Ferme les yeux. N'ouvre pas tant que je ne te le dis pas.
Je m'exécute.
Le premier contact est frais, léger, spongieux et collant. Il tamponne mon visage de cette texture étrange, puis prend délicatement mon menton dans sa main et fait aller ma tête de droite à gauche.
Après un murmure de contentement, je sens ensuite quelque chose de doux balayer mes joues, les recouvrant d’une poudre légère, presque imperceptible. Il revient, repasse, puis applique quelque chose d’un peu plus humide contre mes paupières, un produit crémeux, étalé du bout du doigt ou d’un autre ustensile - je ne saurais dire. Le geste est lent, précis, concentré. Je sens le fard s’étaler, s’insinuer dans les creux, comme une ombre.
Pour l’étape de l’eye-liner, il m’invite à ouvrir les yeux et à regarder le plafond. Le froid glacial du produit me surprend. La pointe glisse au ras de mes cils, et je me crispe, tétanisée à l’idée de cligner des yeux et de le faire déraper. Jona continue de dessiner sur ma peau, impassible, sa main, ferme, contre ma tempe.
Vient ensuite le mascara : une sensation étrange, un frôlement sur mes cils, comme si on peignait les bords de ma vision. Ça chatouille, ça picote un peu. Je sens que ça s’intensifie, qu’il insiste. Mes paupières s’alourdissent.
Il s’attarde enfin sur ma bouche. La texture est plus dense que ce à quoi je m’attendais. Je sens le stick glisser sur ma lèvre inférieure, puis la supérieure, puis un pinceau corrige les bords.
- C’est bon. Ouvre.
Il s’écarte, me tend le miroir, sans un mot et je retiens ma respiration. Ce n’est pas moi, pas tout à fait. C’est une version de moi que je n’ai jamais vue, jamais osé imaginer.
Mes cheveux sont souples, brillants, dans une forme vaguement ondulée, presque sauvage. Je ressemble à une créature tirée d’un livre de contes, aux yeux sombres, profonds, presque surnaturels. Et pourtant, il n’y a rien d’outrancier, c’est juste… tranchant. Je me demande un instant si cela plaira à Zed autant qu’à moi.
- Allora ? demande-t- il, satisfait.
- Wow. C’est… Wow.
Je m’admire sous tous les angles, mi-fascinée, mi-surprise du résultat. La voix de la raison se rappelle à mon bon souvenir et je geins malgré moi :
- Ça va être l’enfer à enlever.
- Mais non. Un coup de brosse, un petit coton avec du démaquillant, et voilà ! Tu retrouveras ton naturel, assure-t-il en me tendant ledit produit.
Je le remercie, me lève, récupère mes affaires et traverse le palier pour la quatrième fois de la journée. Je dépose mes vêtements dans la machine, laisse le démaquillant dans la salle de bain, puis chausse mes sandales blanches. Leur contact familier contre mes orteils me ramène un instant à la réalité. Un dernier regard dans le miroir : la robe rouge, le maquillage sombre, les cheveux sauvages… Je referme doucement la porte derrière moi et retrouve Jona.
- Tu es prête ? Comment tu te sens ?
- Je suis terrifiée.
- Ça va très bien se passer. Tu n'auras qu'à entrer dans le bar pour le scotcher.
La partie séduction n’est pas ce qui m’inquiète. Avec Nate, notre vie sexuelle est quasiment inexistante, mon dernier rapport remonte à des mois. Dans le feu de l’action, l’autre jour sous la douche, je ne me suis pas posé la question - tout allait trop vite, j’étais ailleurs -, mais là, maintenant que tout est calculé, préparé, que j’ai le temps d’y penser, malgré l’envie et l’espoir, la peur d'avoir mal s’insinue.
Zed ne me blessera jamais volontairement, pourtant cette crainte, sourde, floue, presque animale, s’accroche à moi comme une seconde peau — tout comme l’incapacité à trouver les mots pour la lui confier, le moment venu.
Je m'apprête à attraper la poignée de la porte d'entrée quand Jona m’arrête d’un geste :
- Aspetta, principessa. Il faut que je sois à la hauteur de ma création.
Je le regarde, perplexe tandis qu’il disparaît dans sa chambre où je distingue un tiroir qui claque, puis le bruit distinct d’un cintre glissant sur une tringle.
Lorsqu’il revient, c’est une autre version de lui qui apparaît : une chemise bleu ciel parfaitement repassée, à manches retroussées juste ce qu’il faut, et un chino jaune pâle qui lui donne des airs de playboy italien en villégiature. Il a même pris le temps de passer une main dans ses cheveux pour les recoiffer, un brin d’eau ou peut-être du gel pour leur redonner cet air désinvolte, savamment contrôlé.
- Et voilà. Maintenant on peut aller briser des cœurs.
Je plisse les yeux, réprobatrice :
- Tu veux dire se tenir au plan et séduire Zed ?
- Ça, c’est la première partie de la nuit. Et mon plaisir à moi ? rit-il. Aussi distrayant que ça soit, je ne compte pas vous entendre faire trembler les murs en restant seul dans mon lit.
Je lui lance un regard mi-amusé, mi-exaspéré, pour dissimuler la gêne que sa réflexion fait naître en moi. Il prend ma main et nous descendons l’escalier. Nous approchons à grands pas du bar, le bruit de la musique et des conversations de plus en plus fort à chaque pas.
- Il est toujours temps de faire machine arrière, me souffle Jona, un brin taquin.
- Pas question ! J’irai jusqu’au bout.
Il me sourit, confiant, et nous faisons notre entrée dans la salle bondée, main dans la main. La chaleur m’enveloppe peu à peu, dense et saturée de parfums capiteux, d’alcool et des vibrations d’une musique enivrante. Autour de nous, les conversations se mêlent en une rumeur indistincte, tandis que des silhouettes vêtues d’étoffes légères glissent et ondulent sous les lumières tamisées.
Je ne suis ni la plus dénudée, ni la plus provocante, mais je sens les regards converger vers moi. Je me sens soudain intouchable, comme si rien ni personne ne pouvait rivaliser avec ce que je dégage. Pourtant, aucun de ses spectateurs anonymes n’existe pour moi. Un seul regard m’importe, une seule réaction compte : celle de Zed.
L’envie de chercher sa silhouette au comptoir me brûle. Sentant mon hésitation, Jona exerce une pression légère sur ma main, m’incitant à rester droite, à ne rien laisser paraître. Il croise mon regard, et d’un signe de tête, m’assure que tout est sous contrôle.
- Ça va marcher, me rassure-t-il. Tu es superbe. Dès qu’il t’aura vue, Cédric ne saura même plus comment respirer.
Puis, en parfait maître du terrain, il fend la foule avec une autorité et une assurance naturelle vers notre table savamment choisie.
Son pas déterminé, son calme presque insolent, évoquent une forme de pouvoir discret, celui d’un maître des lieux, qui sait où il va et ce qu’il veut. Je devine qu’ici, dans cet espace qu’il connaît par cœur, il est libre de bien des choses.
Lorsque je m'assois, je prends une résolution : je ne resterai pas dans cet entre-deux. Si Zed ne tombe pas dans mes filets ce soir, c’est moi qui mettrai un terme à ce qui nous lie. Définitivement.
💬 Commentaires 0
Aucun commentaire pour le moment
Soyez le premier à partager vos impressions !