Chapitre 45
Les semaines qui suivent ma sortie de l’hôpital se ressemblèrent toutes un peu. Thérapie, dossiers, rendez-vous avec Caroline, mon avocate, sœur de Ben.
Cet après-midi, le salon est calme, baigné par une lumière douce de fin d’automne. Les coussins du canapé sont légèrement froissés, des livres traînent sur la table basse, et une odeur de café flotte dans l’air. Assise face à Caroline, j’attends son verdict.
- Alors… ? je demande, encore un peu fébrile. Tu penses que j’ai mes chances ?
- Tes chances ? Ton cas va être une promenade de santé. Surtout avec la menace dans son nom de plume… Mais comment il a pu être aussi stupide ?
Je secoue la tête, un sourire froid sur les lèvres.
- C’était pas de la stupidité. C’est son arrogance naturelle.
Elle fronce les sourcils, cherchant le sens derrière mes mots.
- Il n’a sûrement même pas pensé que ça se retournerait contre lui. On m’a appris à laisser faire, à encaisser et surtout à me taire. Si je n’avais pas été internée, suivie… Pour lui, c’est moi qui ai agi de façon irrationnelle. Et il doit se dire que je vais faire machine arrière…
- Ne fais pas machine arrière, me coupe-t-elle, douce mais ferme.
- Aucun risque.
Un silence s’installe. Le soleil joue avec les rideaux violets, créant des motifs sur le parquet, et je sens l’atmosphère lourde de tension et d’appréhension se déliter. C’est étrange comme parler ici, dans ce salon chaleureux, rend les choses moins effrayantes que dans un cabinet impersonnel. Ici, je suis entourée de repères familiers, et pourtant l’issue de cette conversation reste cruciale.
Caroline pose sa tasse sur la table.
- Bien. Pour qu’on ait un dossier vraiment solide, il nous faut des témoins. Des gens qui ont vu des signes, qui ont entendu, ou ont été témoins… même indirects, pendant que les faits se produisaient.
- Il y a Ben… Et, techniquement, mes parents. Mais ils ne témoigneront jamais en ma faveur.
Elle soupire, mais son regard reste concentré.
- Bon. Pas de famille proche… Est-ce qu’il y a quelqu’un d’autre ? Des amis, collègues… quelqu’un qui pouvait remarquer quelque chose à l’époque ?
Je réfléchis un instant. Toute ma famille fait front commun, je cherche quelqu’un qui ne suit pas le troupeau. Mon oncle surgit dans ma mémoire. Je n’ai plus de nouvelles de lui depuis des années, je n’ai même pas pu l’inviter au mariage. A bien y réfléchir, il a été exclu de la famille à peu près au moment où tout a commencé.
Peut-être qu’il aurait remarqué quelque chose ?
- Mon oncle… Peut-être… Mais je n’ai aucun moyen de le contacter. On n’a plus de liens depuis longtemps.
Elle se penche légèrement en avant, les yeux pétillants d’une énergie pratique.
- Ce n’est pas un problème. On peut le retrouver légalement. Il existe des registres, anciens collègues, amis… un peu de recherche, et je parie qu’on saura où le joindre. Je m’en occupe. Mais il faudra que tu sois honnête et précise sur ce que tu sais de lui et de votre relation.
J’acquiesce. Un mélange de nervosité et d’espoir monte en moi. Caroline sourit.
- On va faire en sorte que ça soit carré. Avec les témoins qu’on peut obtenir et ton témoignage précis, tu seras solide. Occupe-toi de toi. Le reste, je m’en occupe. Je te tiens informée dès que j’ai du nouveau.
J’inspire à fond. Le poids de l’inquiétude se mélange à un début de soulagement. La route sera encore longue, parsemée de toutes sortes d'embûches, mais je ne suis plus seule pour la parcourir.
Après le rendez-vous semi-informel avec Caroline, je retourne dans le petit box que j’ai loué avec l’aide de Nate. La clé tourne dans la serrure avec un cliquetis qui me fait frissonner. À l’intérieur, des cartons sont empilés, un peu de poussière sur les étagères, l’odeur du bois ancien. Je cherche de nouveaux vêtements à ramener chez Ben. Je commence à déballer les valises, triant, empilant, rangeant.
Et puis je tombe sur une robe. La robe. Celle choisie pour Zed grâce à Jona. Un mélange de souvenirs me traverse. Son rire, la façon dont il me regardait, la complicité qui nous avait liés en quelques jours à peine. Mon cœur se serre. Sans réfléchir, je sors mon téléphone et compose son numéro.
La sonnerie résonne dans mes oreilles, et quand Jona répond, sa voix est… froide, ou du moins distante.
- Allô ? Maud… c’est toi ?
- Oui. Tu vas bien ?
- Ça va. Cédric n’est plus là. Il a fini son CDD depuis des semaines.
- Je sais. C’est à toi que je voulais parler.
- Oh. Je… ne m’attendais pas à ton appel. Ni même à avoir de tes nouvelles. Écoute… Je ne sais pas quoi te dire. Tu es partie… comme ça. Sans prévenir. Je ne vais pas te mentir, je suis très déçu.
Un silence tombe, lourd, et je sens mon estomac se nouer. Je réalise que Zed a probablement raconté sa version des faits là-bas, pour se protéger, pour ne pas qu’on pose de questions.
Idiot…
- Ce n’est pas ce que tu crois.
Il pousse un soupir, audible à travers le combiné.
- Alors explique… parce que pour moi, tu l’as séduit et puis tu as disparu du jour au lendemain. Tu l’as juste… utilisé et abandonné.
Je ferme les yeux un instant, cherche mes mots.
- Jona… Je ne suis pas partie. C’est Zed qui m’a renvoyée.
- Che ?
- Il pensait… qu’il n’était pas assez bien, qu’il ne méritait pas que je sois avec lui. Que je serai mieux avec son frère. Absurde… Après ça… J’ai… j’ai fait une grosse dépression. Je te passe les détails. On s’est revu depuis. On a mis les choses à plat. On ne peut pas être ensemble pour le moment. On a des trucs à régler chacun de notre côté avant que ça soit envisageable. Mais ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas partie de bon cœur. Je ne ferai jamais rien qui puisse le blesser.
Il reste silencieux, plus longuement cette fois, puis je l’entends marmonner dans sa barbe.
- Che imbecille… Non ci posso credere… La prossima volta lo spaccherò… Tanto autodistruttivi…
- Oui, c’est un abruti, je plaisante pour détendre l'atmosphère. Mais il y travaille.
Un souffle passe dans le combiné, moins sec, plus humain.
- Je suis désolé. Je ne savais pas. Mais… j’aurais dû me douter que c’était plus compliqué que ça. Aujourd’hui, comment ça va ? Tu dis que vous avez parlé ? Mais vous n’êtes pas ensemble ? J’ai du mal à suivre.
Je sens un léger soulagement me traverser, et mon cœur se serrer en même temps.
- Il y a des choses qu’il ne m’appartient pas de te raconter. Mais ça va. Je vais mieux. Il fait ce qu’il faut pour aller bien. Ça veut dire passer du temps l’un sans l’autre… Bref. Si je t’appelle, c’est parce que je suis retombée sur la robe rouge qu’on a achetée ensemble. J’ai pensé à toi. Je voulais juste savoir comment tu allais… Je… je t’aime bien. Je ne voulais pas qu’on se perde de vue…
Quelques secondes passent, mais cette fois dénuée de toute animosité.
- Maud… Je… Merci. Ça fait plaisir de t’entendre dire ça. Je suis content que vous alliez mieux, même si je ne comprends pas tout. Et… moi aussi, je t’aime bien.
- Il faudrait que tu viennes en France à l’occasion. Je te ferai visiter !
- Avec grand plaisir ! Si un jour, tu es de passage en Crête… Tu as intérêt à venir me voir, toi aussi.
Le combiné dans ma main me semble soudain plus léger. Nous rattrapons le temps perdu. Je ne donne aucun détail sur Zed, ni sur moi, mais j’explique que j’apprends à reprendre de la place dans ma propre vie. En raccrochant, je réalise que ce simple échange a embelli ma journée au-delà de mes espérances.
Les mois s'égrènent entre thérapie, rendez-vous avec Caroline et préparatifs pour le procès. L’hiver s’installe, comme un brouillard chaud et pesant, mais réconfortant à sa manière. Jona devient un nouveau point d’ancrage. Je m’inscris à des cours de danse dans une petite association du quartier.
Quelques hommes essaient de se rapprocher de moi. L’attention me flatte. Je m’efforce de les éconduire en douceur, avec honnêteté : je ne suis pas prête pour une relation, quelle qu’elle soit. Je me contente du plaisir simple d’être entourée, de parler, de rire.
Mon cercle s’élargit au fil du temps, et ça me fait étrange de constater que je ne dépends plus uniquement de Ben. Chaque jour apporte son lot de petites victoires : rire avec un nouvel ami, danser sans me sentir ridicule, organiser mes affaires, respirer enfin sans peur. Et ça fait un bien fou.
Petit à petit, une idée commence à germer dans ma tête : prendre mon propre appartement. Une pensée audacieuse, presque effrayante, mais je sens que le moment est venu.
Un jour de mars, j’en parle en séance avec ma psy. Elle hoche la tête, approbatrice, et ce petit sourire me donne un élan de courage supplémentaire. Ma vie est sur les bons rails, je peux continuer d’avancer.
Le lendemain, alors que je trie quelques papiers dans mon box, mon téléphone vibre.
Jona : Ciao principessa. Juste pour te dire, je suis de passage en France pour quelques jours. Pas très loin de chez toi. ;) Je me suis dit qu’il fallait que je te mette au courant.
Mon cœur s’accélère, mélange de surprise et d’excitation.
Moi : Whaou ! C’est génial. Il faut absolument qu’on en profite pour se voir !
Jona : Je vois si c’est possible avec la personne qui m’héberge et je te dis.
Quelques heures plus tard, mon téléphone vibre à nouveau.
Jona : Bon… j’ai une confession à faire. La personne chez qui je loge… C’est Cédric.
Je reste figée, le téléphone suspendu dans ma main.
Zed.
Je mentirais en disant que je n’ai pas pensé à lui en filigrane tous ces mois. J’alimente toujours la playlist que j’avais créée pour lui, il fait de même avec la mienne. De temps en temps, une nouvelle chanson apparaît et je la découvre en regardant les nuages, en me demandant où il est, ce qu’il fait…
On ne se parle pas, on ne rebondit sur aucun de ces aveux musicaux, mais ça me met du baume au cœur de constater que notre lien vit.
Les trois petits points réapparaissent, puis :
Jona : Et je me disais… si tu es d’accord… On pourrait peut-être se voir tous les trois ?
Mon cœur cogne un peu plus fort dans ma poitrine. Est-ce que je suis prête à le revoir ?
***
Je n’ai pas osé venir seule. J’ai demandé à Ben de m’accompagner, juste au cas où je ne me sentirais pas à l’aise. Il a accepté sans hésiter. Une part de moi se doute qu’il est venu en partie parce qu’il se méfie de Zed – qu’il me manipule ou me blesse à nouveau… – mais il est là et c’est tout ce qui compte. Nous voilà donc tous les deux installés dans un petit bar du quartier, lui avec son café, moi avec un jus de fruit.
Un picotement à l’arrière de mon crâne me fait tourner la tête. Et là… je le vois, différent et pourtant le même. Les mains dans les poches, il a laissé pousser une barbe de trois jours, soigneusement entretenue — pas juste de la négligence, ça se voit que c’est travaillé. Ça lui donne un air plus adulte, plus assuré.
À ses côtés, un homme que je ne connais pas et Jona, le sourire toujours aussi charmeur, une présence qui me donne un peu de courage.
Je me lève pour aller les chercher. Jona m’attrape dans une étreinte chaleureuse, naturelle, comme si nous nous étions quittés la veille. Je serre la main de l’inconnu – “Stéphane.” –, mais avec Zed… je ne sais pas quoi faire. Nos regards se croisent, un mélange de surprise, de nervosité et d’émotions retenues.
- On va vous laisser un peu d’espace, suggère Jona.
Stéphane pose une main mi-amicale, mi-paternelle sur l’épaule de Zed et ils s’éloignent vers Ben et notre table.
Désormais seuls, Zed et moi flottons dans ce silence plein de tension.
- Alors… ? Comment ça va ? je demande finalement.
- Bien. Toi ?
- Ça va. Je vais chercher un appart. Il paraît que je suis prête.
- Tu te sens prête ?
- Je ne sais pas, j’avoue en haussant les épaules. Je… Je n'ai jamais vécu seule. Ça m'intrigue. Je ne sais pas ce que c'est d'avoir un endroit à moi. Que je pourrais meubler, décorer, adapter à mon goût. Ça me fait envie. Et ça me terrifie en même temps. Qu'est-ce que je fais si je me rends compte que je ne suis pas capable de vivre seule ? Qu'est-ce que ça veut dire pour moi ? Est-ce que ça veut dire que j'ai échoué ? Est-ce que….
- Non, me coupe-t-il en posant ses mains sur mes épaules. Ça veut juste dire que c'est nouveau. Qu'il faut que tu apprennes. Tu as le droit de faire des erreurs. Tu ne sauras jamais si tu en es capable si tu n'essaie pas.
- C’est gentil.
- Et puis…, enchaîne-t-il, tu ne seras pas vraiment seule. Tu as tes amis, tous les gens pour qui tu comptes. Si tu sens que tu craques, tu pourras toujours les appeler. C’est important de s’appuyer sur les autres.
Son regard se perd un instant vers Jona et Stéphane puis revient sur moi. Je n’arrive pas à croire qu’il vient de dire ça, lui qui quelques mois plus tôt rejetait la terre entière.
- Depuis quand t'es aussi mâture? je le chambre.
- Depuis la cure je pense… Ça m’a permis de comprendre un truc qu'une petite brune a tenté de m’apprendre, il y a toute une vie. Que c’est important de persévérer, ne pas abandonner. Comme aller à la pêche sur une île déserte…
Une référence à un de nos échanges en Grèce. Je m’efforce de contenir mon sourire.
- Elle est perspicace…
- Tu n’as pas idée.
Pendant qu’il dit ça, il passe doucement un doigt sous mon menton, juste assez pour que mon visage se tende vers lui. Le geste est fluide, naturel, presque taquin, mais son regard, lui, ne l’est pas. Il s’attarde un peu trop longtemps dans le mien.
Mon bas-ventre se contracte si fort que ma respiration se suspend. Il le remarque aussitôt et se reprend. Son doigt quitte mon menton, remonte le long de ma joue jusqu’à mon oreille, et replace une mèche rebelle derrière mon oreille — une mèche qui n’existe même pas.
- Voilà, murmure-t-il, l’air à la fois coupable et sage — comme un enfant qui brûle d’avoir son cadeau, mais conscient qu’il doit encore attendre.
Je reste un instant immobile, suspendue entre le passé et le présent, entre le désir et la prudence. Mais je sais une chose : malgré la maladresse, malgré la peur, c’est bien lui. Je me mords l'intérieur de la lèvre, fouille son regard.
- Je… suis contente de te voir.
- Moi aussi.
Le silence s’étire, et il finit par reprendre la parole :
- Bon… On va s’asseoir ?
J’acquiesce. Nous avançons dans le bar, sa main négligemment posée contre mes reins. Il la retire dès que nous approchons de la tablée. Les présentations faites, Stéphane se montre attentif mais discret, et Ben me lance un regard rassurant. Je reprends ma place, Zed tire une chaise et s’installe à côté de moi.
Sa présence m’enveloppe aussitôt, discrète mais impossible à ignorer. Je sens la chaleur de son corps à quelques centimètres du mien, le mouvement presque imperceptible de sa respiration lorsqu’il se penche sur la table pour écouter Jona raconter une anecdote sur son trajet depuis la Grèce.
Une serveuse passe près de nous et les commandes s’échangent rapidement. Café pour Ben. Thé pour Stéphane. Jona hésite un instant avant d’opter pour un expresso. Zed, lui, demande simplement un Coca. Je me contente d’un nouveau jus de fruit.
En face de nous, Stéphane observe.
Il parle peu, mais son regard circule avec une attention tranquille, presque vigilante. À plusieurs reprises, je surprends ses yeux posés sur Zed, comme s’il évaluait chacun de ses gestes, chacun de ses silences.
Son bras repose sur le dossier de ma chaise, mais il ne se rapproche pas davantage. Par moments, ses doigts effleurent le bois lorsque quelqu’un rit ou que la conversation s’anime, mais il garde une distance prudente, comme s’il avait parfaitement conscience d’être observé.
La discussion dérive peu à peu vers le bar, puis vers le procès de Daphnée contre le patron de l’ancienne discothèque concurrente du bar. J’écoute, fascinée par ces morceaux de vie qui me sont étrangers, et j’apprends au détour d’une phrase l’existence du couple Daphnée-Matteo — une information qui me surprend assez pour me faire lever les yeux vers Jona.
C’est à ce moment-là que le téléphone de Stéphane vibre. Il le consulte, son expression change à peine, mais je vois la décision se former dans ses yeux avant même qu’il ne parle.
- Je dois filer, j’ai une petite urgence à gérer.
Son regard croise celui de Zed, satisfait de voir que tout se passe bien.
- On se voit mardi ?
Il acquiesce, nous adresse un dernier sourire et disparaît.
La conversation reprend presque immédiatement entre Jona et Ben, comme si rien ne s’était passé, mais quelque chose a changé.
À côté de moi, la posture de Zed se relâche, comme un ressort qui aurait été maintenu sous tension trop longtemps. Ce n’est presque rien, à peine un déplacement de son épaule, la façon dont son bras glisse un peu plus loin sur le dossier de ma chaise, mais mon corps semble percevoir ces infimes variations avec une acuité nouvelle.
L’air de rien, il lâche son verre et rapproche sa main de la mienne. Ses doigts atteignent les miens, et je sens la chaleur de sa peau contre la mienne, légère mais indéniable. Il remonte toujours plus haut jusqu’à atteindre le bracelet en fil rouge noué autour de mon poignet, en suivre la texture tressée… qui maintient son anneau.
Il fronce les sourcils et baisse les yeux sur le bijou. Je vois très clairement le moment où il reconnaît le petit cercle d’aluminium. Il ne relève pas tout de suite les yeux. Son pouce effleure encore une fois le petit cercle d’aluminium, comme pour s’assurer qu’il ne s’est pas trompé. Dans son regard passent alors des questions silencieuses auxquelles je meurs d’envie de répondre.
Bien sûr que je l’ai gardé.
Au début, je l’avais glissé dans mon portefeuille, comme un talisman discret que je retrouvais parfois sous mes doigts. Puis l’idée de le perdre m’est devenue insupportable. Je l’ai passé sur une chaîne, quelque temps autour de mon cou… avant de comprendre que je n’aimais pas que ce soit si visible.
Alors, lorsque l’association où je danse a organisé un atelier bijoux, l’idée s’est imposée presque naturellement : un bracelet tressé, solide, de ceux dont le nœud se serre pour ne plus se défaire.
Quand il relève les yeux, quelque chose s'ouvre dans son regard — une surprise douce, incrédule. Il reste là, sa main autour de mon poignet, insouciant. Une infime pression de ses doigts sur ma peau me fait frissonner, puis porte ma main à ses lèvres, comme il l’a toujours fait, oubliant que nous ne sommes pas seuls.
- Vous voulez un autre verre ? demande tout à coup Ben.
Zed me libère avec une retenue presque prudente.
- Oui. Un Coca pour moi.
- Pareil pour moi, dit Jona.
Je me lève :
- Je vais aller nous chercher ça au comptoir. Ça ira plus vite.
- Ok, je viens avec toi, ajoute mon meilleur ami.
On s’éloigne de la table, laissant Zed et Jona derrière nous. Une fois au bar, nous commandons, puis Ben me lance un regard taquin mais un peu inquiet. Il se penche vers moi, la voix basse pour que personne d’autre n’entende.
- Alors… J’ai vu ce qu’il s’est passé à l’instant. Le regard que vous avez échangé et surtout, le baise-main après. Ça va ?
Je rougis malgré moi, un sourire nerveux aux lèvres.
- Ça va… Un truc entre lui et moi.
Il me dévisage un instant, la mâchoire serrée, puis son regard se perd vers Zed et Jona au loin.
- Je me suis peut-être trompé sur lui, murmure-t-il presque pour lui-même, ses yeux accrochant les miens avec une honnêteté qui me surprend. Je vois comment il est avec toi. Personne ne peut simuler ça. Pas comme ça...
Je ne peux retenir mon sourire.
- Je sais…
- C’est quoi la suite, du coup ? Ça a l’air bien parti pour que vous vous remettiez ensemble…
- Tu approuverais ?
- Tu tiendrais compte de mon avis ?
- Non, je ris. Je n’en ai pas besoin pour savoir que c’est trop tôt… Et puis, si Jona est là, c’est peut-être pour parler boulot, entre autres. Tu me vois commencer une histoire à distance en plus du stress du procès ?
Il hausse les épaules, une moue interrogative sur les lèvres.
- Tu pourrais. Je t’ai déjà vu faire plus absurde…
- Merci de me rappeler mes erreurs passées, je plaisante. Quoiqu’il en soit, ce serait une erreur pour le moment. Mais… Peut-être qu’on peut se contenter de reprendre contact. Se connaître l’un l’autre avant de foncer tête baissée.
Ben a un mouvement de recul exagéré, presque théâtral.
- Regarde-toi réfléchir avant d’agir… Je ne vais plus pouvoir t’appeler Miss-je-ressens-donc-je-vis…
- Oh que si ! Mais j’essaie aussi d’écouter la voix de la raison.
- Méfie-toi c’est comme ça qu’on devient adulte.
Je lui donne un léger coup de coude en riant.
Le barman nous tend nos verres et nous revenons à notre table, les boissons à la main. Dès que je croise le regard de Zed, je comprends que quelque chose a changé en notre absence. Il se tient plus droit, un peu plus distant aussi, comme si chaque geste était désormais mesuré. Il n’est pas froid. Son bras repose toujours sur le dossier de ma chaise, présence discrète mais assumée. Seulement, il ne me touche plus.
Je profite d’un moment d’accalmie pour l’observer davantage. Il me sourit — ce sourire chaleureux autrefois rare, presque secret. Et soudain tout s’éclaire : ce n’est pas un recul, c’est une vigilance. La conscience que nous ne sommes pas seuls, que quelque chose entre nous mérite d’être protégé. Je lui rends son sourire.
- Et donc, lance-t-il, tu fais quoi de tes journées maintenant ?
La question est simple, mais son regard, lui, ne l’est pas. À l’autre bout de la table, Ben interroge Jona sur les pays qu’il a traversés ces derniers mois. Jona gesticule en racontant une anecdote rocambolesque. Leur discussion prend vite de l’ampleur, ponctuée d’exclamations et de rires.
Je profite de ce brouhaha pour répondre.
- Je prends des cours de danse dans une association. C’était censé être juste pour me changer les idées. Finalement j’y vais plusieurs fois par semaine.
- Ça te plaît ?
- Oui. Au début, ça me faisait peur aussi. Il y a beaucoup de monde. Mais… j’aime bien.
Je marque une pause, m’assure que Ben et Jona sont engagés dans leur propre conversation. Je joue distraitement avec mon verre.
- Et puis… j’ai porté plainte. La procédure est en cours.
Il ne parle pas tout de suite, je vois les rouages s’activer et ses yeux briller d’une colère sourde.
- Et… ça va ? Tu tiens le coup ?
- Certains jours mieux que d’autres.
- Ouais, ça me fait pareil, marmonne-t-il en levant son Coca.
Je retiens un souffle amusé. Nous menons chacun notre bataille, comme prévu.
- Et toi ? Tes journées… elles ressemblent à quoi maintenant ?
- Je me lève tard. Je fais du sport. Je geeke.
Je l’observe. Il a l’air plus solide, plus ancré, mais toujours lui. Il esquisse un sourire un peu ironique :
- Comme n’importe quel intercontrat. Sans l’alcool. Et plus entouré. Les réunions le mardi avec Stéphane, celle avec la famille deux fois par mois…
- Ta mère est ravie d’ailleurs ! Elle avait vraiment peur que tu t’éloignes.
Il se fige légèrement.
- Tu… es encore en contact avec elle ?
- Oui. On s’écrit de temps en temps. On mange même ensemble parfois quand je vais chez la psy, je grimace gênée. J’espère que ça ne te dérange pas.
Son regard s’adoucit d’une façon inattendue.
- Non. Au contraire.
Un silence.
- Elle t’aime bien.
- Moi aussi. C’est la maman parfaite.
- Attention, c’est la mienne, rit-il. Mais bon… Si c’est toi, je veux bien te la prêter. Un peu.
Un éclat de rire de Ben nous ramène à la discussion de l’autre côté de la table. Jona raconte une mésaventure de voyage, Ben rebondit avec une blague douteuse, Zed ajoute son grain de sel et moi je savoure la présence de ces trois hommes dans ma vie.
Peu à peu, les verres se vident et, sans que je sache vraiment quand, la conversation commence à perdre de son énergie. Les rires sont un peu plus espacés, les regards glissent parfois vers l’heure affichée au-dessus du bar. La nuit est tombée depuis longtemps maintenant et les lumières de la rue se reflètent sur les vitres, transformant les reflets en silhouettes floues.
Jona se penche tout à coup vers moi, le sourire complice :
- Il faut qu’on se revoit avant mon départ, principessa. Juste toi et moi.
- Quand tu veux. Je pourrais t’emmener à mon association ! Ça implique que tu danses, mais… Il y a plein de gens sympa, avec les mêmes appétits que toi, j’ajoute avec un regard entendu.
Il m'attrape par les épaules, me colle deux baisers sur les joues et se tourne vers Zed :
- Regarde, ça, c’est une amie. J’attends le même traitement cet été !
Puis il se lève, prétextant un passage aux toilettes. Ben se lève à son tour pour aller payer, balayant nos protestations d’un geste amusé. Zed et moi restons à nouveau seuls, le bruit du bar en arrière-plan. Je triture mes doigts, pas certaine de comment aborder la question :
- Donc… Tu repars en Grèce cette année ?
- Je ne sais pas… Apparemment... Je l'ai appris en même temps que toi.
Un silence.
- Tu me tiendras au courant ? Je… J’aimerais bien t’écrire. Pas tous les jours, hein. Juste... de temps en temps. Si tu es d’accord.
Il esquisse un sourire, baisse un instant les yeux vers mon bracelet, puis relève le regard.
- Oui. Ça me ferait très plaisir.
Ben et Jona reviennent, parfaitement synchronisés, ils se chamaillent quelques secondes sur le paiement de l'addition – "A charge de revanche !" – puis tout le monde remballe ses affaires et nous sortons.
J’envoie par texto l’adresse de mon association à mon ami italien, et nous nous donnons rendez-vous le lendemain. Il m’embrasse sur la joue et me pousse doucement vers Zed, comme pour me remettre entre ses bras. D’abord hésitante, son étreinte passe de légère à chaude, solide. Ses lèvres effleurent mes cheveux et, pour un instant, mon souffle se coince.
Son parfum de soleil me frappe de plein fouet, m’électrise jusqu’au bout des doigts. Je sens la tension de son corps, le battement de son cœur contre le mien. Je l’enlace à mon tour, luttant pour ne pas me cramponner à lui.
Il me libère, attrape délicatement ma main et pose ses lèvres sur mes jointures. Un frisson me traverse et mes joues s’empourprent. La bouche sèche, mon cœur bat à tout rompre. La tension entre nous frôle l’insupportable.
Un raclement de gorge derrière nous — Ben, visiblement amusé mais conscient de ce qui se passe — brise l’instant. Zed et moi nous écartons aussitôt, reprenant une distance respectable, prudente. Zed presse encore ma main une dernière fois avant de la lâcher.
Je sais que c’est trop tôt, que nous devons avancer lentement, mais au fond de moi, une impatience douce se glisse : j’ai hâte du moment où ce "trop tôt" ne sera plus qu’un souvenir.
- A bientôt alors, je souffle en me mordillant les lèvres d’embarras.
Il acquiesce, en silence. Après un petit signe de main timide, je pars avec mon meilleur ami.
***
Le couloir est étroit, un peu trop chaud. Des dizaines de personnes patientent déjà devant la porte fermée de la salle de danse. À travers la porte, on entend encore les basses du cours précédent, les frappes sourdes contre le parquet, les cris d’encouragement, puis des applaudissements. Debout au milieu de la foule, Jona regarde autour de lui avec cet air à la fois perdu et ravi d’un enfant dans un magasin de jouets.
- Principessa !
- Impressionnant, hein ?
- Sauvage, j’adore.
La porte s’ouvre enfin, une odeur de transpiration et de bois chaud emplit l’air. Une vague de chaleur et de rires se déverse dans le couloir. Les danseurs sortent en s’éventant avec leurs tee-shirts trempés pendant que les suivants se faufilent déjà à l’intérieur dans un joyeux chaos de bras, de sacs et de jambes multicolores.
On se cale contre le mur quelques minutes. Je pose mon sac, retire mon sweat, révélant une tenue tout aussi bariolée mais confortable. Ici, personne ne danse pour être joli. On danse pour sentir.
De son côté, Jona continue d’observer, silencieux, approbateur même, puis il tourne vers moi ce regard trop lucide.
- Allora… ? Toi et Cédric ?
- Et bien quoi, moi et Zed ? je réplique en espérant ne pas rougir.
Il me lance un regard complice, pas dupe.
- Maud, j’étais là hier, tu sais. Ton meilleur ami n’est pas le seul à avoir vu ce qui se tramait.
- Et je te répondrais comme à lui. Les sentiments sont toujours là. Mais je ne suis pas prête à replonger là-dedans. C’est trop… fort. J’ai besoin de savoir qui je suis sans lui. Et il faut qu’il fasse pareil. Je veux qu’on se choisisse, pas qu’on se retrouve parce qu’on a stagné.
- Maud ! me hèle une voix familière.
J’ai à peine le temps de me tourner qu’on me tombe dessus. Un bras autour du cou, un autre autour de la taille, on me fait la bise, me lâche, puis les autres arrivent. Les voix se superposent – “Attends… Qui est ce magnifique pain d’épices ?”, “Tu nous l’avais caché ?” – les rires fusent. Je me laisse porter par cette chaleur familière, presque étourdie de retrouver ma place ici.
- Jona, je te présente Clara, Samir, Lilas, Marie… Et voilà Jona, un ami.
- Un ami, hein ? lance une autre voix familière.
Je lève les yeux et je vois Ameth, le dernier de la bande, s’approcher à son tour. Il se présente, son souffle chaud effleurant ma joue. Son bras s’enroule autour de mes épaules, léger mais sûr, marquant avec malice son territoire. J’ai beau l’avoir éconduit il y a quelques semaines, il reste toujours aussi tactile, aussi adorable et c’est sans aucun scrupule que je passe mon propre bras autour de sa taille, consciente de son jeu.
- C’est donc toi que je dois séduire en premier ? demande-t-il à l’italien.
- Co… Cosa ? Comment ça ?
- Il paraît que pour plaire à une fille, il faut passer par son meilleur ami…
Il me gratifie d’un clin d'œil.
- Ce n'est pas mon meilleur ami, je glousse sous les protestations de l'intéressé. Mais c’est une personne très importante dans ma vie.
- Je vois… Attention hein, elle n’est pas disponible, ajoute-t-il avant de me caler un baiser sur la joue.
Il se faufile ensuite entre les danseurs, ralentissant à peine pour saluer quelques visages connus et se poste à quelques mètres de nous. Le cours commence. Les basses frappent jusque dans ma poitrine et, très vite, je me laisse emporter.
Entre deux chansons, Jona et moi discutons. Il me glisse qu’il aimerait bien que je vienne lui rendre visite un de ces jours. La conversation reste intime, douce, comme une bulle à l’écart de l’agitation du cours. Il avise Ameth, toujours en train de nous jeter des coup d’oeil à intervalles réguliers, et puis la discussion prend une toute autre tournure :
- Tu sais qu’au moindre mot, il est à tes pieds ? souffle Jona.
- Arrête…
- Quoi ? C’est vrai : il a l’air raide dingue... Je me trompe ?
- Non, je soupire. Il m’a proposé un resto l’autre jour, et j’ai refusé. Un ciné la semaine d’avant, pareil. Et aussi une sortie dans un parc. Ma réponse ne changera pas.
- Pourquoi pas ?
J’ouvre la bouche pour rétorquer quand l’homme du jour nous rejoint, bouteille à la main.
- Alors, tu survis à ta première fois ? demande-t-il à mon ami.
- Ça va. Le rythme est… intense. Mais c’est très cool.
- Et tu comptes revenir ? Je ne suis pas d’un naturel jaloux, mais je te trouve bien proche de ma promise…
Cette fois, j’en reste bouche bée, je cligne quatre fois des yeux, sentant mon visage brûler jusqu’à la racine de mes cheveux.
Jona éclate de rire :
- T’inquiète. Je ne suis pas du tout un rival. Je plaide même ta cause…
Ameth nous jette un regard surpris avant de sourire et de s’éloigner, l’air ravi.
- Ça t’amuse de jouer les mères maquerelles ? je persifle.
- Une vie sexuelle par procuration, c’est mieux que rien…
Je lève les yeux au ciel.
- Sérieusement… Il ne te plaît pas ? insiste-t-il. Il est… craquant.
Le regard de Jona glisse vers mon ami, ses yeux pétillant de malice et d’envie. Je le détaille un instant : peau d’ébène, yeux chocolat noir, dreads qui encadrent son visage, sourire chaleureux à tomber.
- Il est séduisant. Et gentil, direct, bon danseur…
- C’est plutôt positif.
- Je suppose… Mais, je suis en pleine procédure judiciaire, je vis chez mon meilleur ami, je ne suis pas stable…
- Ça ressemble à des excuses, ça, non ?
- Et si ça ne marchait pas ?
- Et si ça marchait ?
Il me fixe, l’air si intense que je détourne les yeux, un peu gênée.
- Jouons cartes sur table. C’est Cédric, le problème, pas vrai ?
Après quelques secondes, j’acquiesce, mâchouillant mes lèvres d’embarras.
- Tu sais… Vous n’êtes pas ensemble. Ce n’est pas le trahir que de vivre. Je veux dire : comment tu peux le choisir si tu te contentes de l’attendre ?
Je fronce les sourcils, refusant d’admettre que sa réflexion est pertinente et que l’idée commence à faire son chemin.
- Je ne suis pas sûre qu’il serait de cet avis.
- C’est lui qui m’a dit de te le dire.
Impossible…
- En ces termes exacts ?
- Non, admet-il. Mais c’est tout comme.
Une nouvelle chanson démarre, et une suivante, et encore une… Le cours continue, mais je suis moins attentive. Mes mouvements s’enchaînent, mécaniques, mon corps suit sans que j’y sois vraiment.
“Comment tu peux le choisir si tu te contentes de l’attendre ?”. Attendre qu’il aille mieux. Attendre que moi j’aille mieux. Attendre qu’on soit “prêts”. Est-ce que ça n’est pas aussi stagner ?
Mes réflexions me déplaisent. Mon regard glisse malgré moi vers Ameth. Son sourire me frappe de plein fouet et je détourne les yeux.
Une dernière mélodie s’achève dans une explosion de cris et d’applaudissements. La prof félicite le groupe, promet une variation encore plus corsée la semaine prochaine, puis libère tout le monde dans un joyeux brouhaha.
Très vite, le petit groupe se reforme. Clara récupère son sac, Lilas s’évente avec son tee-shirt, Samir râle déjà sur la choré, Ameth essaie de le dérider, Marie rit aux éclats. Je me laisse happer quelques secondes, encore un peu ailleurs.
Tandis que je change de chaussures, une voix familière me tire de mes pensées.
- Alors ? Est-ce que ton ami t’a convaincu de venir au ciné avec moi ?
Ameth. Je joue avec la fermeture de mon sac, mes doigts trahissant mon cœur un peu trop conscient de lui, là, à côté.
Je ne serai jamais prête si je ne m’autorise pas à bouger.
- Peut-être bien. On pourrait faire ça ce weekend.
C’est posé là, au milieu du bruit, presque noyé dans le reste. Et pourtant, entre nous, tout se suspend une fraction de seconde. Quand je relève les yeux vers lui, il est figé, l’air ahuri.
- Je… Ma vie est… compliquée en ce moment. Je sais pas trop où j’en suis… Ni où ça irait, toi et moi, je précise à mi-voix.
Il secoue la tête avec un sourire, un peu espiègle mais tendre.
- J’avais cru comprendre. Un film, ça me va très bien.
- Ok.
En expirant, je réalise à quel point mes épaules étaient crispées.
Il se penche vers moi, sa joue effleure la mienne lorsqu’il me fait la bise. Un peu trop longtemps pour que ce soit totalement innocent. Mais pas pressant pour autant.
Un peu plus loin, j’aperçois Jona en pleine discussion avec Lilas. Elle ponctue ses phrases de grands gestes enthousiastes, lui se penche pour l’écouter, charmeur, mais véritablement intrigué. Je me doute qu’ils ne vont pas en rester là.
Mission accomplie.
Il croise brièvement mon regard, un éclat complice dans les yeux, comme s’il savait exactement ce que je suis en train de penser.
J’ai moi aussi un rendez-vous galant à venir. Il faudra que j’en parle à ma psy. J’ai fait un pas. Reste à voir où il me mènera.
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