Chapitre 51

📖 Malgré Nous ✍️ YumiZi 📝 3413 mots

J'avais peur que les choses retombent après notre discussion, qu'une fois l'euphorie passée nous retrouvions naturellement nos vieux réflexes – le doute, la gêne, la fausse distance – mais ça n’est pas ce qui se produit.

Après des heures à se cacher dans des prises en plastique et des sujets sans importance, le naturel revient enfin. Les règles existent, oui, mais elles n’empêchent rien d’essentiel. Ni ma tête sur son épaule tandis que nous parcourons les annonces immobilières, ni sa main sur mon genou durant le repas que nous partageons, assis l’un contre l’autre.

Je ne me rends compte du temps qui passe que lorsqu’un des employés nous informe qu’ils vont fermer. Seul l’air résigné de Zed, signe qu’il est tout aussi réticent que moi à partir, me donne la force de me lever.

Dans les vestiaires, je récupère mes affaires en quelques secondes, déjà avide de le retrouver alors que je viens de le quitter. Il m’attend déjà près de la porte quand je sors, les mains enfoncées dans ses poches, dans sa posture nonchalante habituelle. D’un seul signe de tête, il m’invite à le suivre à l’extérieur.

L’air y est plus frais, presque brutal après la chaleur de la salle, comme un retour à la réalité après un rêve. Il regarde le sol, les vitrines éteintes, les voitures qui passent, n'importe quoi sauf moi. 

- C’était… intéressant cet après-midi. Ce soir aussi…

“Intéressant”, oui…

- Autant que ton choix de mot, je le taquine.

Il me regarde, sourit, détourne à nouveau les yeux vers la rue, se passe une main dans la nuque, puis revient vers moi. Sa pomme d’Adam monte et descend avant qu’il n’ouvre grand les bras. Je déglutis à mon tour, l’esprit fourmillant d’envies contraires aux limites que nous nous sommes fixées.

Au diable les règles…

Je me jette sur lui. Dissimulés par le manteau de la nuit, ses doigts s’enroulent autour de ma nuque, me rapprochent toujours plus. Et moi… je le respire à pleins poumons, le serre sans doute plus fort encore que lui.

- Rentre bien, souffle-t-il dans mes cheveux.

Malgré l’étroitesse de notre étreinte, je parviens à acquiescer et articuler :

- Dis-moi quand tu es arrivé.

J’entends un “hum” que je prends comme une approbation, mais il ne me laisse pas partir tout de suite. Quand ses bras se relâchent, on reste une seconde de trop à se regarder, toujours collés-serrés, hésitant sur la suite logique du mouvement.

Non… Il faut s’en tenir à ce qu’on s’est dit. Pour le moment.

Finalement, je fais un pas en arrière, puis deux, mettant de la distance avant de perdre les pédales. Un petit geste de la main maladroit et je pars de mon côté. Je n’ai pas fait dix mètres que mon téléphone vibre déjà. 

Zed : Dis-moi quand tu es rentrée aussi.

Je me retourne. Il n'a pas bougé. Les mains toujours dans les poches, il me regarde avec une expression que je ne lui connaissais pas. Je lui adresse un nouveau signe de la main qu’il me renvoie. J’avance encore, franchis l’angle de la rue et puis, poussée par une curiosité idiote, je passe à nouveau la tête de l’autre côté.

Cette fois, je vois son dos, il marche d’un pas lent, la tête vers le ciel. Pendant une seconde, j'envisage sérieusement de retourner le serrer une fois de plus dans mes bras, mais je me raisonne et je reprends ma route vers le métro.

Je n’ai toujours pas atterri lorsque la rame arrive dans un crissement métallique. Je monte, trouve une place près de la fenêtre et repasse le cours de la soirée. 

Moi : J’ai vraiment passé un super moment. Désolée pour la fin. Je me suis laissée emporter. ^^’

Zed : Ne t’excuse pas.

Les mêmes mots que l’autre jour, mais cette fois il ajoute : “Moi, ça me va.” Quatre mots de rien du tout, mais ils rendent cette soirée encore plus belle.

Moi : Tant que ça ne transgresse pas les règles et que ça te va.

Zed : Voilà. On reste dans les clous. Tout ira bien.

Moi : Je suis dans le métro. Si ça coupe, c’est un bug de réseau.

Zed : “Un bug de réseau”... Je savais que tu finirais par trouver des excuses pour te débarrasser de moi. 😜

Est-ce qu'il vient vraiment de m'envoyer un "😜" ? 

Moi : Hey ! J’étais bien dans tes bras… C’est toi qui m’a lâchée ! 😉

Zed : Reviens. Je suis prêt à faire demi-tour.

Moi : Trop tard, tu m’as vexée 😜 Il faudra attendre la prochaine fois.

Zed : Méfie-toi, la prochaine fois je risque de ne pas te laisser partir.

Nous continuons à nous écrire tout au long du trajet, puis une fois rentrés. Les messages s'échangent encore alors que nous nous préparons à dormir, puis une fois glissés sous nos couettes. Chaque fois que je pense lui avoir envoyé mon dernier message, son prénom réapparaît sur mon écran. J'ai rapidement la certitude que nous jouons exactement au même jeu : aucun de nous ne veut être celui qui mettra fin à cette soirée et nous luttons contre le sommeil, au-delà du raisonnable.

Pourtant, vers 3h, je me résigne à dormir. Mon association organise un atelier le lendemain et, pour une fois, le sens des responsabilités l'emporte. En me réveillant, un message de lui m’attend déjà : “Bon courage pour ton atelier.”. J’ai l’impression que je pourrais traverser la ville en courant tant ça me donne d’énergie.

 

***

 

En apparence, rien n'a changé. Nous continuons à vivre chacun de notre côté, à lancer des parties de HOTS jusqu'au milieu de la nuit, à courir après nos obligations. Pourtant, tout semble neuf au point que j’en apprends plus sur lui en une semaine qu’au cours des quatre dernières années. 

Jusqu’à présent, discuter avec Zed ressemblait à ces vieux robinets qu'il faut tourner longtemps avant qu'une eau rouillée finisse par couler. Aujourd'hui, c'est lui qui alimente le flux et je ne m’en lasse pas : des photos de trucs inutiles, des captures d’écran absurdes, des “Tu fais quoi ?” à n’importe quelle heure. 

Et surtout... il répond presque aussitôt, comme si, de son côté aussi, la conversation lui manque dès qu'elle s'interrompt. Un commentaire sur sa soirée au club de billard ou au AA, une remarque sur sa mère et sa collection de figurine solaire qui vient compléter celle des coquetiers, une blague sur son père toujours aussi peu loquace qui “désapprouve avec les yeux de l’amour”. J’ignorais qu’il pouvait être aussi bavard. J'ai parfois l'impression qu'il rattrape quatre années de repli d'un seul coup.

Plus d'une fois, je me surprends à vouloir lui écrire que ses bras me manquent. À la place, je lui envoie un nuage qui ressemble vaguement à un hippocampe, la photo d'un repas tellement raté qu'il en devient comique ou le mail de félicitations de mon responsable. Contre toute attente, ça fonctionne aussi. 

Je n’ose pas en parler à Ben, pas encore. Une part de moi culpabilise à l’idée de le tenir à l’écart, lui qui a toujours suivi de près cette histoire, mais l’autre savoure ce qui n’appartient pour une fois qu’à Zed et moi.

Nos conversations finissent presque toujours par revenir à cette “maison du bonheur”. Chaque annonce donne lieu à un débat, chaque plan est disséqué comme s'il s'agissait d'un monument historique. Au bout de quelques jours, je décide qu'il est temps d'arrêter d'imaginer. 

Je relis nos messages, appuyée sur un muret. J’ai repéré trois habitations avec les structures les plus variées possibles et j’ai pris rendez-vous. J’appréhende la sensation de vide, de néant que j’ai ressenti lors de mes visites pour la location de mon appartement, le regard de Zed face à mon indifférence… Mais j’ai aussi bon espoir qu’il trouve les mots justes, qu’il m’offre sa perspective et sa lucidité.

Une alerte apparaît sur mon téléphone.

Zed : Je suis presque arrivé. 5 minutes, d’après le GPS. Ne commencez pas sans moi !

Une voiture se gare à quelques mètres de moi. Une jeune femme en sort, escarpin, pantalon et chemisier en flanelle. Lorsqu’elle me voit, elle déporte son dossier dans une main et me tend l’autre :

- C’est vous pour la visite ?

- Tout à fait. Mon… ami n’est pas encore arrivé. Il devrait être là dans quelques minutes.

- Très bien, ça nous laisse le temps pour les formalités.

Elle tire de sa chemise un formulaire d'exclusivité, une fiche d’identité… Je remplis toutes les informations nécessaires, puis elle me donne une feuille avec les éléments de la maison, pour que je prenne mes propres notes, sans doute. 

Nous échangeons ensuite quelques banalités en attendant Zed. Comme prévu, il arrive quelques minutes plus tard, dans un de ses t-shirt noirs qui lui colle à la peau et un jean tout ce qu’il y a de plus classique, mais inhabituel pour lui. Je le vois depuis le trottoir opposé, traverser d’un pas décidé, puis ralentir en repérant la femme derrière moi. 

Quand il arrive à ma hauteur, il y a ce micro-temps suspendu, celui qu’on n’avait plus dans les messages. Ses yeux oscillent entre moi et l’agente, ses bras amorcent un mouvement, puis retombent, se tendent et reculent, encore et encore.

Et après il dit que je me fais des nœuds au cerveau…

C’est moi qui fait le premier pas. Je franchis les derniers centimètres entre nous et je pose mes lèvres sur sa joue.

- Salut.

Il passe une main dans sa nuque, un sourire embarrassé au coin des lèvres. Je crois ne l’avoir jamais trouvé aussi attachant.

- Salut, dit-il, la voix un peu trop haute.

Il se racle la gorge et se tourne vers l’agente.

- C’est vous qu’on attendait ? demande-t-elle en lui serrant la main.

- Oui.

- Ok, si vous êtes prêts, on peut y aller.

J’opine et lui emboîte le pas. Zed, lui, range ses mains dans ses poches et se place à côté de moi, à une distance raisonnable.

La première visite ne dure pas plus de quinze minutes. Il me suffit de franchir le seuil pour comprendre que ça ne fonctionnera pas. Les pièces sont grandes, certes, mais les travaux à réaliser sont colossaux, les plafonds sont bas et les fenêtres donnent presque toutes sur le mur du voisin. 

Je fais quelques pas dans le salon, puis me tourne vers Zed.

- Alors ?

- J'ai l'impression d'être dans une salle d'attente géante. Tu vas étouffer.

- Mouais… Je suis d’accord.

L'agente tente bien de nous parler du potentiel de rénovation, mais ni lui ni moi n'y croyons vraiment. Nous quittons la propriété, la femme nous donne la prochaine adresse que je note sur mon téléphone. 

- J’en ai pour quinze minutes en métro. On se retrouve là-bas.

- Non, mais, tu vas pas y aller en métro ! objecte Zed. Monte avec moi, je t’emmène.

Je n'avais même pas envisagé cette possibilité. Depuis le début, je m'étais préparée à enchaîner les correspondances, à courir après les horaires et à le retrouver devant chaque nouvelle adresse. 

- T’es sûr ?

Il cligne trois fois des yeux, hausse les sourcils.

- Dites-lui, vous, qu’elle est pas croyable, quand c’est moi, elle me croit pas ! s'exclame-t-il en prenant l'agente à témoin.

La pauvre lève les mains en signe de reddition, ne voulant clairement pas prendre parti.

- Ça vous laisserait plus de temps pour la visite en elle-même…, temporise-t-elle.

- Ok, je capitule. On fait comme ça, ça ira plus vite.

- Parfait, à tout de suite.

Elle tourne les talons aussitôt, avec un sourire poli, mais manifestement ravie de nous laisser finir cette discussion sans elle.

- Bon, allons-y ! déclare Zed en traversant la route.

Il déverrouille la voiture à distance, contourne le capot pour rejoindre le côté conducteur mais s’arrête à mi-chemin et fait demi-tour.

- Attends !

Il ouvre ma portière, attrape une bouteille d'eau vide, deux tickets de caisse froissés et un paquet de mouchoirs qu'il expédie sur la banquette arrière. 

- Voilà. Tu peux y aller.

Je m'installe, tâchant tant bien que mal de rester impassible. Il fait à nouveau le tour de la voiture, prend place derrière le volant et boucle sa ceinture. 

Il met le contact, un petit bip retentit et l’auto-radio s’allume, baignant l’habitacle d’une mélodie pop-country. Après quelques secondes, je reconnais une des chansons de la playlist qu’il a composé pour moi. Je le dévisage, un sourcil levé. Il me renvoie un sourire taquin et hausse les épaules dans un geste exagéré avant de s’engager dans la circulation.

Passé l’angle de la rue, je fredonne le refrain, sans y penser. Il m’adresse un regard en coin et je lui retourne son sourire et son haussement d’épaules précédent.

Au prochain feu rouge, sa main quitte le levier de vitesse et vient se poser sur ma cuisse. Je tressaille. Il retire aussitôt sa main.

- Oh... euh... Désolé, bredouille-t-il. Est-ce que… ça dépasse les limites ?

Je baisse les yeux vers l'espace vide qu'il vient de quitter.

- Non. C’est bon.

Il hésite une seconde.

- Sûre ?

- Oui.

Alors seulement, il repose sa main exactement au même endroit et cette fois, je ne bouge plus. Le reste du trajet se déroule presque sans un mot. Je regarde les maisons défiler derrière la vitre. Du bout du pouce, il caresse distraitement le tissu de mon jean. Ça suffit à remplir tout l'habitacle, plus sûrement que la musique.

 

La deuxième maison me surprend davantage. L’agente nous présente l’agencement des pièces mais nous laisse dès l’entrée “pour que vous puissiez vous projeter sans moi”. 

Le salon dispose d’une grande baie vitrée qui laisse entrer la lumière jusque dans la cuisine. Le jardin est minuscule, mais foisonne de fleurs en tout genre. Je m’attends à chaque seconde à voir une fée jaillir de l’une d’entre elles. L’escalier en bois vernis craque sous chacun de nos pas. Je prends des notes pendant que Zed ouvre les placards, teste les poignées de porte, inspecte tout du sol au plafond avec un sérieux presque inquiétant. 

- Tu cherches quoi exactement ?

- Le détail qui va t'énerver dans six mois.

Je roule des yeux.

- Et tu trouves ?

- Oui.

- J’écoute.

- Il n’y a pas plus de trois prises de courant par pièce.

- Oui, j’ai remarqué. Il n’y a pas non plus de luminaire au plafond donc ça va prendre une prise.

- Ou alors tu vas devoir mettre des multiprises ou des rallonges partout et tu vas te prendre les pieds dedans. Et dans la cuisine, ça va empiéter sur les plans de travail… C’est pas pratique, pas hygiénique et pas sécuritaire non plus. Bref, c’est naze.

Je pouffe devant ce constat proche de la sentence :

- C'est pour ça que je t'ai amené.

- Y a pas que moi dans l’histoire.

Je le regarde, sans comprendre.

- T’as trouvé toute seule quelque chose qui te gênait, précise-t-il.

La réalisation me transporte, me donne l’impression de planer. C’est grâce à lui et il ne le soulève même pas. Je ne résiste pas à la tentation de le prendre dans mes bras.

- T’es génial !

Pendant une seconde, il ne répond rien. Il me regarde avec cette expression étrange que je ne lui avais encore jamais vue. 

- Je veux ce qu’il y a de mieux pour toi.

Ses doigts effleurent ma joue, dans une caresse lente et délicate, avant de se perdre quelque part derrière mon oreille. Il esquisse ce petit sourire discret et tendre qui transpire dans ses messages. Je ne sais pas exactement à quel moment la distance entre nous rétrécit, mais elle devient trop faible pour être raisonnable.

C’est Zed qui nous remet sur les rails. Il se racle la gorge, détourne les yeux vers le couloir. 

- On devrait… redescendre.

Le double sens ne m’échappe pas. Je déglutis, acquiesce et le libère.

On retrouve l’agente dans l’entrée, je lui exprime mon refus, aussi diplomate que possible. Il y a indéniablement des points positifs qui alimentent la liste de mes critères – la lumière, le jardin, les boiseries – mais ce n’est pas la bonne. Elle acquiesce, professionnelle et nous donne la prochaine adresse.

Nous la regardons s’éloigner sans bouger.

Quelques secondes plus tôt, nous étions à deux doigts de nous embrasser. À présent, aucun de nous n’ose même rompre le silence.

- On y va ? je finis par demander.

Il hoche simplement la tête.

Le moteur démarre. Pendant quelques minutes, seuls la musique et les clignotants rythment le trajet.

Au premier feu rouge, sa main quitte le levier de vitesse, s’approche comme tout à l’heure, puis s’arrête. Au lieu de se poser sur ma cuisse, il laisse simplement sa paume retomber sur le siège, juste à côté. C’est ridicule : il me manque alors qu’il est à dix centimètres de moi.

Le feu passe au vert, il passe les vitesses et remet sa main exactement là où elle était. Sans le regarder, je décale ma jambe, juste assez pour que le tissu de mon jean effleure le bord de sa main. Son auriculaire se tend, frotte mon pantalon, dans une caresse à peine perceptible.

La dernière visite n'a rien à voir avec les précédentes. La maison est splendide, immense, des volumes impressionnants, des matériaux nobles… Bien au-delà de mon budget, mais c’était volontaire : pour une fois, je visite sans me demander si je pourrais vivre ici.

Zed garde une distance polie mais je sens par moment sa main qui frôle le bas de mon dos, son regard qui me suit. L’agente enchaîne les compliments sur les prestations, les finitions, le potentiel de revente. J’écoute, prends quelques notes par réflexe, mais je sais déjà que quelque chose ne va pas. 

Par réflexe, je me tourne vers Zed, appuyé sur un mur :

- Des impressions ?

- Donne-moi les tiennes d’abord, négocie-t-il.

Gros malin…

Je soutiens son regard, espérant qu’il me laisse entrevoir la réponse qu’il a déjà trouvée, mais pour une fois, il est hermétique. Je soupire, regarde autour de moi, me force à analyser ce que la maison me renvoie. Les murs sont propres, blancs, partout, avec quelques tableaux et fioritures en décorations. Je me rappelle que chaque lit a un nombre identique de coussin, de la même forme et de la même matière. 

Tout est trop parfait.

Plus j’y pense et plus je me sens oppressée par cette sensation de vide déguisé. Chaque pièce donne l'impression d'avoir été pensée pour être photographiée plutôt qu'habitée. 

- C’est… un peu catalogue. Froid.

- Ouais. T’es trop bordélique pour un endroit comme ça.

- Hé !

- Quoi ? C’est vrai et tu le sais très bien, insiste-t-il face à ma moue boudeuse.

Oui, mais pas question de l’avouer. A la place, je lui tire la langue.

- Je pense… que c’est ce que j’aimais bien dans la seconde, j’avoue. Bon, elle avait plein de problèmes, mais elle avait une histoire, tu vois ?

Il ouvre la bouche, la referme et je devine qu’il ravale une petite pique pour ne pas briser mon élan.

- C’est bien. On avance, assure-t-il en m’invitant à quitter le salon.

Lorsqu’elle nous voit revenir, l’agente ne me laisse même pas ouvrir la bouche avant de lâcher :

- Pas pour vous ?

- Désolée. Je recherche quelque chose de plus… vivant.

- D’accord. Je vous laisse tout de même la fiche d’informations au cas où. Vous avez mon numéro si vous avez des questions.

Dehors, l’air frais me fait du bien. Après avoir verrouillé la porte, l’agente nous rejoint sur le trottoir, nous salue et part de son côté.

Je consulte mon téléphone. Déjà dix-huit heures trente.

- Tu veux faire quoi maintenant ? lance tout à coup Zed.

- Je sais pas. Pourquoi ?

Tandis qu’il se recoiffe, l’air de rien, je remarque la crispation dans ses épaules.

- C’était pas prévu mais… ça te dit de manger chez moi ?

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