Chapitre 12 - RÈGLE DU JEU
Jonathan traverse le couloir qui relie la vie scolaire aux escaliers, « 4e C, salle 107 » inscrit sur une convocation froissée. Il longe le CDI, laisse la permanence derrière lui et, devant la porte grande ouverte, plaquée contre le mur, suspend son pas.
Sur l’estrade, Steeve est assis au bureau, droit, les épaules relâchées. Il lit, relève la tête, parcourt la salle du regard où une vingtaine d’élèves travaillent, un par table, sans binôme ni attroupement, un carnet de correspondance ouvert devant chacun. Au fond, un garçon trace à l’équerre ; au premier rang, une fille surligne. Une gomme frotte, un stylo tourne, une page se soulève et retombe. Jonathan reprend sa marche vers les escaliers. Dans un coin du palier, il consulte son téléphone.
Plus tard, il récupère les billets d'absence laissés dans les pochettes fixées aux portes des salles. Jonathan frappe à la porte de la salle de SVT.
— Ah oui... les absences. Tout le monde est là.
Au premier rang, Abdelkrim lui adresse un clin d'œil.
Les feuilles pliées entre les doigts, il prend la direction de la vie scolaire. Au croisement, il ralentit, jette un regard dans le couloir, bifurque sous le préau. Les relents d'eau de Javel et d'urine le prennent, la porte des toilettes oscille encore lorsqu'il atteint la dernière cabine. Il ouvre le dernier échange avec « schizo » et tape : Ça va ? Le message part. Le téléphone reste dans sa main, le pouce posé sur les touches jusqu’à ce que l’écran s’éteigne.
Encore cinq minutes avant la dernière sonnerie. Sophie vérifie les emplois du temps affichés au mur, Aboubakar récupère sa veste.
— Vous repassez par la vie sco, les garçons ?
— Non. Enfin… pas moi. Toi Jonath’ ?
— Non plus.
— J'fermerai alors.
De l’autre côté de la rue, le grand frère d’Ethan fait hurler sa mobylette. Les sixièmes filent vers leurs parents pendant que les plus grands, eux, ne décollent pas. Les voix décrochent peu à peu, remplacées par les moteurs qui repartent. Aboubakar lui demande ce qu’il a fait de son week-end. Jonathan répond : « Rien de spé ». Deux profs les dépassent, sacs sur l’épaule.
— Bonne soirée !
Aboubakar enroule la chaîne et referme le cadenas. Une dernière fois, Jonathan regarde la voie. Puis il s’éloigne.
Le soir, chez lui, l’ordinateur est resté en veille toute la journée. MSN clignote en bas, une conversation ouverte, une autre qui arrive : T là ? Une cam ? Il clique sur la croix rouge. « MIMISEXY IS BACK ». Jonathan envoie un wizz, les trois petits points apparaissent. Mimi écrit : « On srevoit qd ls filles ? ». Il rit dans sa main. « Ce wknd ? Freedj. fo voir avc Paris ».
Le lendemain matin, Jonathan ouvre les yeux, coupe l'alarme. La porte refermée derrière lui, il descend deux marches, remonte, rejoint la 106 le téléphone en main. Au volant, le numéro s'affiche, la sonnerie commence, une fois, deux, trois, Jonathan raccroche juste avant le bip.
Vendredi soir, une file derrière la ligne de fond. De l'autre côté du filet, l'entraîneur distribue les balles toujours au même endroit, croisées sur le coup droit. Le premier joueur s'avance. Le contre part, le partenaire en face coupe la trajectoire en slice, les deux se répondent, un revers accroche la bande blanche. Un autre prend la relève. Cette fois, la frappe monte davantage. Il lifte haut sur l'épaule, repousse son adversaire, le point s'étire aux quatre coins du court ; une amortie y met fin.
À son tour, Jonathan prend deux appuis. La raquette s'arme derrière l'épaule, accélère d'un seul geste, le tamis prend la balle de face dans un bruit sourd, l'autre plonge sans l’atteindre. Un coup de sifflet.
— Allez, on ramasse tout… tu fais Bondy, Jo ?
— Ouais. J'suis inscrit.
Tristan pose le talon sur le siège de la chaise d'arbitre et tire sur l'arrière de la cuisse.
— Moi aussi.
Jérôme tâte deux montants de son cordage du bout des doigts.
— Pareil. Rendez-vous en finale, les gars. Troisième série.
L'entraîneur referme le panier, sourire aux lèvres.
En rentrant, sous la douche, l’eau tape sur la nuque et file le long du dos. Le frigo s'ouvre sur une barquette, un yaourt, une bouteille. Il la prend, reste immobile, la repose. Les mains suspendues dans le halo, la porte finit par se refermer. Plus tard, une tasse de thé entre les doigts, le téléphone reste posé sur la table basse, l'écran tourné vers lui. Le portable vibre. Jonathan sursaute, renverse le contenu sur sa cuisse et jure.
Wsh Jo ça fou kwa ?
Il ne cligne pas. Les doigts restent au-dessus des touches. Il tape :
Rien. Et toi ?
Trente secondes.
T dispo dm1 aprèm ?
Oué tu veux faire quoi ?
Ciné. Ya d bons films.
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