PROLOGUE

📖 UNE DOSE DE MEHDI ✍️ JonathanJones57 📝 502 mots

00:05. ▶

Mon doigt reste suspendu au-dessus de l’icône. Je regarde encore la photo de profil, le drapeau algérien, le nom, les cinq secondes qui sont là, disponibles, et que je peux laisser intactes aussi longtemps que je veux. Je finis par appuyer :

— Tu m'dis salam tu réponds pas frère, vas-y réponds !

C’est sa voix. Pas une voix qui lui ressemble, qu’il me faudrait reconnaître à force d’en retrouver les inflexions, de comparer ce que j’entends à ce que j’ai conservé de lui, mais sa voix, immédiatement, jusque dans la façon de manger le début des phrases, de précipiter les syllabes les unes contre les autres, de les faire surgir avec une familiarité brutale. Me reviennent le grain, les graves, cette nervosité qui paraît venir de beaucoup plus loin que ce  qu’il prononce, et même ce qu’il ne dit pas, la manière dont il reprend son souffle comme si quelqu’un allait lui couper la parole.

Je remets le vocal. Tout ça existe donc encore ailleurs que dans ma tête, continue de sortir d’une bouche, de traverser de l’air, d’être adressé à quelqu’un, à moi, cette fois. Et ce qui me bouleverse n’a rien à voir avec ce qu’il raconte, cette impatience aussi ordinaire que ridicule, envoyée au milieu d’une conversation Messenger.

Je voudrais qu’il parle encore. Je voudrais entendre ce qui vient après réponds, la phrase suivante, le ton qu’il prendrait si je le faisais attendre davantage, s’il s’agaçait pour de bon, s’il finissait par rire. Je voudrais retrouver tout ce qui ne tient pas dans cinq secondes.

Je scrolle plusieurs fois sur l’écran, vérifie nos derniers échanges. Un appel manqué. Mon smartphone, là, dans ma main, je m’étonne de l’avoir encore. Cette nuit, avec ce que j'avais bu, j'aurais été incapable de donner l'heure, de retrouver le jour de la semaine, encore moins d'affirmer qu'on était bien en 2026. J’ai la bouche sèche, une gaieté persistante qui me rend tout assez extraordinaire, jusqu’à la lumière du jour sur le mur.

J’ai essayé de compter, je n’ai pas réussi. À partir de la cinquième ou sixième écoute, les mots ont cessé d’être des mots, sont devenus une pâte, une succession de coups de langue, de dents, de gorge. Il pourrait demander l'heure avec le ton d'un homme à qui on vient de voler sa montre.

Cinq secondes impeccables, que je peux multiplier par deux, par dix, par cent. J’en ferais bien une heure, une heure entière avec cette voix qui me dispute. Une installation, dans une pièce blanche, avec un haut-parleur au plafond, aucun cartel, aucune explication : les spectateurs entreraient, entendraient ce qui s’y répète, ressortiraient, reviendraient peut-être ; certains riraient, d’autres trouveraient l’expérience insupportable. 

Moi, je resterais. 

💬 Commentaires 4

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Enattendantlapluie • 1 jour, 1 heure
Tu as tout remanié ? J'essaie de m'y retrouver. Dis-moi quel sens de lecture tu conseilles.
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JonathanJones57 Auteur • 23 heures, 45 minutes
Oui, j'ai repris le projet au niveau de l'architecture et de la manière de raconter. Ce qui devait être une trilogie (à la base, dans mon esprit) devient un seul roman en trois parties : MEHDI, SCHIZO et JONATHAN, avec une narration désormais à la première personne.

Pour la lecture, il faut commencer par le prologue, raconté par Jonathan actuellement, puis suivre la partie I, MEHDI, qui revient en arrière (2007) à partir du chapitre 1, AVANT, que tu connais. La partie II est encore vide pour le moment et pour la III, j'ai publié un chapitre test ("RAB"), normalement accessible ?

Les anciens chapitres de la PARTIE I MEHDI sont progressivement remplacés par leur nouvelle version. Je comprends que ce soit un peu déroutant...
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Enattendantlapluie • 23 heures, 29 minutes
Ok, je vais attendre un peu avant de reprendre la lecture.
Dans la présentation, tu en dis peut-être un peu trop ?
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JonathanJones57 Auteur • 21 heures, 4 minutes
Oui, tu as raison ! C'est actualisé ;-) Et effectivement, sage décision d'attendre que je stabilise les nouveaux chapitres. Merci pour ton regard !
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