1. Forêt d'automne

📖 Noah au Saint Royaume | Octeller 2026 ✍️ TeddieSage 📝 1772 mots

Je me suis retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Ce qui devait être une simple promenade dans les bois s’est terminé avec une balle perdue dans ma trachée. Un chasseur m’a pris pour un gibier, alors que nous étions hors saison et m’a abattu, alors que je sortais à peine d’un buisson pour me promener au sentier où j’avais pris l’habitude de me promener depuis mon plus jeune âge. Ainsi, je gît dans mon propre sang. L’homme est perché au-dessus de mon corps et essaie de couvrir la plaie près de ma nuque avec ses mains… mais rien à faire. Je sais que n’en ai plus pour très longtemps à vivre sur Terre.

— Je vous demande pardon, jeune homme… Je… Je ne savais pas… Je…

Ses mots sonnent creux à mes oreilles, mais je ne peux en aucun cas lui répondre. Le moindre son qui sort de ma gorge n’est qu’un long et pathétique borborygme. Larmes et sang s’entremêlent sur mon visage, alors que je revois ma vie défiler sous mes yeux. Le décès de mon propre père, mort d’un cancer ; ma mère et moi, pleurant sa mort ; les banquiers avares qui ont fait de ma vie un enfer pendant tant d’années… Tout ça n’a plus d’importance. Après tout, mes dernières forces sont en train de me quitter tout doucement.

Alors que j’adresse un ultime regard au chasseur, je sens la noirceur me consumer. Toute chaleur quitte mon corps et, au-dessus de moi, disparaît une multitude de feuilles orangées. L’odeur sucrée-salée de la nature entre par mes narines une toute dernière fois et je lâche mon tout dernier souffle. Mon corps s’éteint aussi rapidement qu’il s’est effondré au sol.


Lorsque j’ouvre les yeux à nouveau, je me retrouve dans une salle blanche. Vide, mais éclairée par plusieurs lumières suspendues au plafond. J’ai l’impression d’avoir dormi longtemps. Mes membres sont engourdis, comme si cela faisait une éternité que je n’avais pas bouger. Tout ce dont je me souviens, c’est que le coup de fusil est parti si vite que je n’ai pas eu le temps de me retrouver. Déjà, je savais que tout était fini pour moi.

Mais où suis-je ? Suis-je bel et bien mort ou est-ce… ?

Je ne termine pas cette phrase. J’ai levé une main là où doit normalement se trouver la blessure à ma trachée. Elle n’existe pas. Comme si elle n’avait jamais été là. Je baisse mon regard et constate que je suis vêtu d’une robe qui ressemble à ce qu’on trouve dans une infirmerie. Suis-je dans une pièce privée d’un hôpital ? Je ne reconnais pas cet endroit.

La pièce n’est pas très grande. Je dirais même qu’elle est plutôt petite. Il n’y a pas de fenêtre, seulement une porte. Je vois qu’il y a un lavabo et quelques petites armoires pour y entreposer… je ne sais quoi. Néanmoins, je sais que je suis lié à une machine, car lorsque je tourne ma tête à ma gauche ; je vois que ces fils sont attachés à un sac rempli d’un liquide transparent. Instinctivement, je lève aussi ma main gauche devant moi et voit qu’il y a un cathéter. On m’injecte quelque chose, mais quoi ?

La machine émet un bruit familier. Le même que j’ai entendu si souvent, lorsque mon père était malade. Alors que Maman et moi, nous avons veillé à son chevet jusqu’au tout dernier jour. Il n’y a plus de doute. Je suis bel et bien arrivé dans une sorte d’hôpital.

La porte s’ouvre.

Une demoiselle d’une longue chevelure chocolatée s’aventure dans la pièce. Elle est vêtue d’un sarrau de médecin et a attaché ses cheveux en queue de cheval. Il n’y a rien d’anormal chez elle, sauf une chose : elle a des oreilles pointues. Je hausse les sourcils, intrigué par ce que je vois. Elle pose ses iris émeraudes vers moi et esquisse un sourire.

— Bon matin, jeune homme, me dit-elle. Je vois que vous vous êtes enfin rétabli.

— Rétabli ? Je… Je suis pourtant… J’ai été atteint à la gorge et…

Je frotte ma trachée et essaie de me souvenir du visage du chasseur, mais n’y arrive pas. Ceci n’a aucun sens et pourtant, c’est comme si une partie de ma vie commençait à s’embrouiller dans mon esprit. Est-ce parce que j’ai dormi longtemps ?

— Tout doux, jeune homme, me dit-elle alors qu’elle remarque mon étourdissement. Tu as quand même passé la dernière semaine à récupérer de ta blessure. J’ai fait ce que j’ai pu pour refermer la plaie, mais ton corps avait perdu beaucoup de sang. Ça nous a pris du temps pour te soigner et surtout, beaucoup de finesse.

— Ma… blessure ? je formule, confus. Je ne ressens pas la moindre cicatrice.

— Oh, c’est que je suis talentueuse, tu vois ?

Elle m’aide à me rallonger sur ce qui semble être un lit. J’ai un drap qui me couvre les jambes et les pieds. Toutefois, je ressens une étrange chaleur émaner de ses mains, tandis qu’elle les passe près de mes tempes. Je ne peux m’empêcher de zyeuter ses oreilles.

— Tu sais que c’est impoli de fixer les gens comme ça ? dit-elle, avant de rouler les yeux.

— Par… Pardon, je réplique, abasourdi. C’est que je n’ai jamais rencontré d’elfe avant vous.

— Oh, ça ? J’avoue, c’est toujours comme ça que réagissent mes patients lorsqu’ils se réveillent dans mon infirmerie.

— Une infirmerie… Donc, je ne suis pas mort… ?

— Là, par contre. Je suis navrée de devoir être celle qui doit te l’annoncer, mais tu es bel et bien mort. Personne n’aurait pu survivre à une balle dans une trachée. Surtout pas si elle avait fait deux trous à travers ta nuque.

— Mais… Mais… comment se fait-il que je sois… en train de respirer ?

— Là d’où tu viens, vous avez des croyances comme quoi il y a un monde après la mort, n’est-ce pas ? Bah, c’est ici que vos âmes atterrissent lorsqu’elles viennent nous rejoindre.

— Euh… donc, je suis au Paradis.

— On préfère le terme Saint Royaume, par ici. Mais oui, c’est le cas.

Bouche bée, je sursaute. Mon corps bouge comme s’il avait besoin de quelque chose. Cela me prend quelques secondes pour réaliser ce qui me tracasse. Mon père. Mon père doit se trouver quelque part dans cet endroit. Je dois le retrouver.

— Pas si vite, jeune homme ! me dit Cassandra avant de me mettre une main sur le torse, pour ensuite me repousser au lit. Tu dois donner le temps à ton corps de s’ajuster aux traitements que nous avons dû te faire durant ton sommeil.

— Pardon ? C’est-à-dire ?

— Tu n’es plus le simple mortel que tu étais autrefois, réplique mon interlocutrice. Ton corps n’est plus celui d’un être humain normal mais d’un ange. La magie coule dans tes veines désormais et ça, c’est une chose que tu devras apprendre à vivre avec, maintenant que tu es au Saint Royaume. Tu devras suivre des cours pour comprendre comment ton corps fonctionne. Ensuite, tu auras droit à une orientation de la part de mes supérieurs. Ils sauront te guider vers ta nouvelle existence. Je sais, ça en fait beaucoup à retenir, mais tout le monde doit passer par ce processus, lorsqu’il se réveille pour la toute première fois, ici.

— Un… ange. Je suis… un ange ?

Cassandra hoche la tête et réplique :

— Oui, je sais. C’est effrayant de se rendre compte qu’on a un tout nouveau corps auquel on n’est pas tout à fait familier. Mais ne t’inquiète pas, je serais là pour t’aider à passer à travers cette nouvelle étape. Je suis, après tout, la cheffe de cette infirmerie. Mon équipe et moi, nous nous sommes assurés que tu aies un corps tout aussi semblable à celui que tu viens de quitter. Tu pourras y faire quelques ajustements, lorsque tu en ressentiras le besoin. Ça s’apprend.

Pour le moment, je me contente d’opiner du chef. Je suis tellement secoué par ce que je viens de réaliser que j’en oublie presque la raison de ma mort. L’odeur des feuilles mortes me remonte à l’esprit, de la terre humide, du sang. Les larmes de l’homme qui pleurait au-dessus de moi, alors qu’il essayait de me sauver. Je devais simplement me promener… et cet abruti a pris la décision de partir à la chasse, alors qu’il n’était plus autorisé à tuer le moindre chevreuil.

C’est quand même ironique qu’il m’ait pris pour un animal. C’était quoi aussi, l’idée de porter ce faux manteau de fourrure, pour me garder au chaud ? Tout cela me donne mal à la tête. J’ai besoin de réfléchir. Cassandra remonte la couverture au-dessus de mon corps et me borde dans mon lit. Je la trouve un peu maternante, mais il faut croire que c’est une seconde nature chez elle, puisqu’elle s’occupe de plein de patients.

— J’ai la tête qui tourne, je formule, faiblement.

— Ne t’en fais pas, je vais aller te préparer un médicament pour alléger ces symptômes. Je reviens dans un moment.

Sur ces mots, elle s’éloigne du lit et se dirige à la sortie de la pièce.

Tout ceci me semble si irréel.

Comment ai-je pu mourir… pour ensuite me retrouver dans un nouveau corps ? Comment se fait-il que les anges existent vraiment ? Est-ce que j’ai des ailes ? Je ne ressens pas quoi que ce soit dans mon dos. Et Cassandra n’avait pas l’air d’en avoir non plus.

Voilà qui est de plus en plus étrange…


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