La découverte

📖 On a marcher dans la grotte ✍️ Goupil 📝 1448 mots

Région : quelque part en Europe.

La pierre se descella brusquement et dégringola vers l’intérieur de l’éboulis rocheux. Le professeur Maurice Poissard et son assistant Jean-Eudes Marchmal repoussèrent d’autres gravats afin de dégager l’entrée de la caverne. Il leur fallut près d’une heure pour aménager un espace assez grand pour que deux explorateurs franchissent la barrière naturelle créée depuis des milliers d’années. Le professeur se glissa dans l’interstice et atterrit quelques mètres plus bas, sans aucun dommage. Lorsque le plus empâté des deux rejoignit son maître d’étude, un faisceau lumineux explorait déjà l’endroit.

Au sol, les deux hommes remarquèrent des ossements d’animaux, des morceaux de vases en terre, quelques babioles enchâssées dans le rocher par l’action du temps. Le professeur tendit sa lanterne à l’assistant et collecta, professionnellement, quelques échantillons de ce qui ressemblait au reste d’un repas. La lumière projetait des ombres inquiétantes qui mettaient mal à l’aise Jean-Eudes.

Le goutte-à-goutte venant des profondeurs n’aidait pas non plus à sa sérénité. Lorsque le visage euphorique du professeur entrait dans le faisceau lumineux de la lanterne, lui donnant un air terrifiant, Jean-Eudes frissonnait d’angoisse. Sa première sortie et le voilà tout tremblant de la tête aux pieds, perdu avec un peut‑être vieux fou dans un trou millénaire. Le froid intérieur de la grotte ne l’aidait pas davantage.

Le professeur Poissard marmonnait dans sa longue barbe sel et poivre. Il sautillait sur place, évitant tel débris, tels morceaux d’os pour ne pas désacraliser le lieu. Il se tourna vers son jeune compagnon et dit :

— Mon ami, nous avons, il me semble, trouvé là un trésor d’archéologie primitive. En effet, voyez vous-même les restes d’un repas ancestral.

Sa voix aiguë rebondissait contre les parois rocheuses et se perdait dans les entailles de la terre.

Jean-Eudes esquissa un mouvement de tête affirmatif, pour faire taire l’agressive vocalise horrifiante du vieil homme.

— Je suis sûr, continua l’érudit, que nous allons découvrir de merveilleuses choses en nous enfonçant plus profondément dans la caverne. Peut-être donnerais‑je nos deux noms à l’endroit. Pensez à la postérité : la grotte Poissard-Marchmal… Imaginez, Jean-Eudes, imaginez la gloire… Allez, venez, allons plus bas !

Il disparut dans l’obscurité et ses pas semblaient s’éloigner rapidement de la lumière salvatrice.

Jean-Eudes tremblait sur place et sortit de sa torpeur lorsque le vieux professeur cria son nom par trois fois, pour l’enjoindre à descendre le rejoindre. Il avançait prudemment dans ce qui ressemblait à un étroit tunnel. Il déboucha sur une petite salle, haute de plafond. Devant lui, il aperçut une faible lueur et rejoignit son maître archéologue. Celui‑ci tenait devant lui un bout de chandelle et s’en servait pour éclairer les parois de la salle souterraine.

Le professeur était dans un état d’excitation semblable à un premier rendez-vous galant, ce qui fit pouffer Jean-Eude… Il leva les yeux sur ce qui attirait l’attention de son mentor et se figea de nouveau sur place, stupéfait. Ce que montrait la lanterne, projetant des ombres animées sur la magnifique fresque donnant vie à l’ensemble, était sans précédent. Laissant l’assistant dans un état de rêverie pleine de gloire et d’argent, le professeur notait sur son calepin toute une série d’observations.

— Levez la lanterne, mon ami, dit le professeur. Plus haut, voyons ! Là, on peut discerner un aurochs, et là un autre… Magnifiiiique ! N’est‑il pas, mon cher ?!

— Oui ! déglutit difficilement le jeune homme, plein d’admiration pour les graffitis ancestraux.

Les deux archéologues restèrent plus de quatre heures devant la fresque, griffonnant, notant, copiant le moindre détail de l’œuvre picturale. L’enthousiasme du professeur avait gagné le pauvre Jean-Eudes et remplacé la crainte qui lui tenaillait les tripes depuis des heures. Des paillettes de gloire brillaient dans ses yeux. La pause repas permit aux deux hommes de contempler, dans leur ensemble, les dessins rupestres qui couvraient l’une des parois de la salle souterraine.

Un clapotis persistant prit le chemin des neurones du professeur, qui s’immobilisa, l’oreille tendue vers le bruit. Un doigt sur les lèvres intima au jeune assistant de garder le silence. Le clapotis venait d’un recoin de la salle. Maurice Poissard leva la lanterne en direction du son et se dirigea vers un petit renflement de roche qui cachait une autre voie pour les profondeurs souterraines.

Le vieux professeur disparut dans ce tunnel secondaire et Jean-Eudes courut le rejoindre. Non pas par crainte de rater une future découverte, mais parce qu’il avait une trouille d’enfer de rester seul dans les ténèbres, à plusieurs mètres de la surface. Devant lui, à quelque distance, il pouvait apercevoir la lueur de la lanterne à huile de baleine avancer entre les stalagmites et les stalactites suintant d’une eau fraîche au toucher. Jean-Eudes Marchmal accéléra le pas et retrouva le professeur dans la même situation qu’un peu plus tôt dans la visite des galeries immémoriales.

Le professeur Maurice Poissard était à genoux devant ce qui ressemblait à « LA PLUS GRANDE DÉCOUVERTE DE TOUS LES TEMPS ! ».

Jean-Eudes vit qu’il pleurait de joie et d’excitation. Il tomba à son tour à genoux, comme un pèlerin se prosterne au passage du messie. Les larmes lui montèrent aux yeux à son tour, mais pour des raisons plus… pécuniaires. Les rêves de gloire et de richesses atteignaient des sommets pharaoniques…

— Néandertalienne, même ! dit‑il tout haut…

Sa voix rebondit de mur en paroi, courut jusque dans les ténèbres entourant le cercle lumineux. Plus elle s’éloignait, plus les deux hommes prenaient la mesure de la salle qui se devinait gigantesque. De très nombreux ossements humains, animaux, des bris de poteries, des pointes de silex et autres artefacts jonchaient le sol d’une manne scientifique incalculable.

Mais le plus merveilleux des trésors se trouvait sur l’une des parois, la plus grande, en face des deux scientifiques. Ce n’était pas un aurochs, ni un cheval, ni même un mammouth, mais un gigantesque troupeau réunissant ces trois espèces, ainsi que de nombreuses autres : rhinocéros laineux, lions des montagnes à dents de sabre, grands daims et autres bestioles à plumes ou à poils, connues ou inconnues.

La lumière ne couvrait qu’une partie des peintures rupestres et déjà le professeur savait qu’il leur manquerait beaucoup de matériel et de provisions pour quantifier, répertorier l’ensemble des galeries. Ils avaient besoin de renforts et surtout de valider leur découverte avant qu’un autre ne la déclare en son nom.

Jean-Eudes ne comprit pas immédiatement que le professeur était en train de monter le campement.

— Nous allons passer la nuit ici, mon cher Mr Marchmal, et nous repartirons pour l’Académie demain matin, afin de glorifier… d’annoncer notre magnifique découverte… Allez, aidez‑moi à monter le camp et préparez‑nous de quoi manger. En attendant, je vais observer l’ensemble et nous discuterons ensuite.

Une fois les flageolets et saucisses ingérés par l’équipe, le professeur sortit sa pipe et commença à la bourrer dans un silence catacombesque, entrecoupé de clapotis, de crissements et autres sons d’outre‑tombe. Dès qu’il entendait autre chose que les bruits de leur propre présence, Jean-Eude frissonnait de terreur devant la profusion d’images terribles qui le hanteraient toute la nuit.

— Voyez‑vous, mon cher ami Jean… Je peux vous appeler juste Jean ? Bien, merci, dit‑il sans attendre de réponse. Voyez, après mûres réflexions et moult observations approfondies, je peux vous dire ceci : les fresques rupestres et les nombreux objets qui jonchent le sol démontrent que nos ancêtres accordaient une existence mystique aux êtres vivants qui partageaient leur territoire de chasse. Ils semblaient avoir une sorte de connexion paranormale avec leur environnement et vouaient sûrement un culte aux animaux.

Jean-Eudes ne comprenait pas un traître mot de ce que disait le professeur, mais il assimilait très bien la valeur marchande de ces informations. Le professeur Maurice soufflait une fumée âcre tout en discourant de sa trouvaille. Il était parti dans une semi‑transe et continua, comme pour lui‑même :

— Les mammouths devaient représenter la force bestiale. Les chevaux… la vitesse… Hum ! Je vois cet endroit comme un sanctuaire religieux qui serait, à ce moment‑là, hum, oui, le début d’une pratique rituelle, ou encore un culte aux dieux animaux, créatures primaires donc… Sûrement la naissance de toutes les grandes religions de notre monde… C’est fantastique, Jean ! Vous comprenez que nous avons peut‑être résolu l’un des plus grands mystères de notre civilisation…

Il jubilait à en baver de bonheur. Le jeune assistant riait de la bonne fortune qui le récompensait de ne pas avoir refusé la mission que l’Académie lui avait imposée pour manque de discipline. Il était heureux et s’endormit sur un paquet de pognon à venir.

Une semaine après la fabuleuse découverte, nombre d’experts, de spécialistes mondiaux, de chercheurs reconnus défilèrent dans les entrailles de la grotte Poissard-Marchmal. Le champ des possibles avait explosé et moult théories occupèrent les descendants de Goram et Iss…ignorants que la vérité, elle, était restée accrochée aux parois, quinze mille ans plus tôt...

💬 Commentaires 2

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IdaMatiere • 2 mois, 1 semaine
J'aime bien le genre ... bravo
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Goupil Auteur • 2 mois, 1 semaine
Hi, merci ❤️
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