Chapitre 12 : En lambeaux - Octobre 2025.
Longtemps, Juozas avait été plus petit qu’Anastasia. Puis, difficilement, il avait réussi à atteindre sa taille pour, un beau jour, grandir d’un coup et largement la dépasser.
- Ça y est, disciple, lui tapota-t-il le nez, enfin je peux te regarder de haut.
Mais il y avait un revers de la médaille à tout. Entre son pic de croissance, l’absence de nouveaux vêtements et son travail au jardin, Juozas n’avait plus un habit à se mettre sur le dos. Même Rozalija, un soir, avait secoué la tête en inspectant les vêtements de son fils.
- Ça tombe quasiment en lambeaux, et les habits dans les maisons abandonnées ne valent plus grand-chose. La plupart sont moisies ou complètement abîmées.
- Disciple se fera une grande joie de me ramener des vêtements de son travail, n’est-ce pas, disciple ?
Les habits de l’entrepôt n’étaient pas du goût d’Anastasia, cependant, ils valaient mieux que les guenilles de Juozas. Et vu comment Tok Tok la tannait pour qu’elle se serve sans se gêner, pourquoi se priver ? Avec la bénédiction de sa patronne, elle remplit deux grands sacs Seulement, Anastasia était d’humeur romantique. Après cette étrange période où Juozas l’avait battu froid sans raison, il avait retrouvé son comportement habituel. Avec même, avait-elle l’impression, et son cœur battait à chaque fois, une pointe de tendresse qu’il n’y avait pas avant. Elle avait beau tenter de se raisonner, se dire qu’il n’y aurait jamais rien entre eux, elle ne pouvait s’empêcher de l’aimer chaque jour davantage. Et Anastasia avait envie de faire quelque chose pour Juozas. De lui créer un vêtement qui ne viendrait pas de ces Français.
La jeune fille connaissait ses limites. À son actif, elle n’avait que deux écharpes en laine tricotées il y avait des années avec l’aide de Laima. Et sa chère amie reposait en paix (elle l’espérait) depuis bien longtemps. Malgré cela, Anastasia décida de tenter l’expérience. Une des éducatrices qui possédait un talent incroyable en couture se proposa de l’aider. Avec ses conseils, le plus sérieusement du monde, la jeune Russe créa ses patrons et récupéra une machine à coudre dans un immeuble abandonné.
Les enfants de l’orphelinat étaient des petits curieux. Ils remarquèrent rapidement que durant la sieste leur amie « faisait des vêtements ». Et rapidement les enfants l’entourèrent pour l’observer.
- C’est pour qui ? demanda le petit Gabriel.
- Pour mon cousin. Pour son anniversaire, mentit-elle.
- Ho ! firent-ils de leur voix fluette. Le cousin du jardin !
Se produisit une réaction qu’Anastasia n’avait pas vu venir : les petits souhaitèrent tous apporter leur pierre à l’édifice. Si certains se satisfirent de coudre un ou deux points, d’autres souhaitèrent faire plus. L’éducatrice fut de nouveau de bon conseil en proposant une idée qu’Anastasia trouva tout simplement géniale.
***
Le nouveau sweat de Juozas était prêt. Il reposait bien au chaud, soigneusement plié dans son paquet. Et maintenant Anastasia n’osait plus lui offrir. Elle craignait de se faire démasquer et que cela brise leur amitié. La jeune fille aurait pu dissimuler son cadeau et agir comme s’il n’avait jamais existé, mais chaque jour les enfants lui demandaient impatiemment si Juozas avait aimé son cadeau. Et comme le concerné devait revenir en fin de semaine aider les orphelins avec leur jardin Anastasia n’avait plus que le choix de passer à l’action.
Un soir qu’ils étaient seul à la maison la jeune fille prit son courage à deux mains.
- Hum, Juozas se lança-t-elle, tiens, voilà un cadeau des enfants de l’orphelinat et moi pour toi. C’est pour te remercier.
Cette affirmation était loin d’être la vérité. Intrigué mais ravis, Juozas déchira le paquet et un sourire éclaira son visage devant le sweat avec comme motif des empreintes de mains d’enfant.
- C’est toi qui l’as fait ?
- Nous avons tous participé, mentit-elle.
- Merci ! Je l’adore !
Anastasia rougit lorsqu’il ôta sa veste pour l’enfiler. L’éducatrice avait été de bon conseil car le sweat tombait parfaitement. Les joues de la jeune fille s’enflammèrent lorsqu’elle se retrouva dans ses bras, la joue contre sa poitrine.
- Merci, disciple.
Fin
💬 Commentaires 1
Sentiments timides entre Juozas et Anastasia, mais on voit qu'ils se rapprochent petit à petit :)