SAISON 1 - ÉPISODE 2 - INTERESTING...
07 H 43
Le réveil sonna.
Une main sortit de sous la couette.
Chercha l'appareil.
Le rata.
Le réveil continua.
La main revint.
CLAC.
Silence.
Quelques secondes.
Puis la voix de la mère d'Emmanuel traversa l'appartement.
— MANU !
Aucune réponse.
— Tu vas être en retard !
Toujours rien.
Dans sa chambre, Emmanuel dormait.
Profondément.
Habillé.
Un bouquin d'Histoire ouvert sur le ventre.
Une cassette dépassait de son walkman sony.
Son skate était posé contre le mur.
La Neo Geo toujours allumé, l'écran télé en mode, menu de samourai shodown quatre, en boucle.
Derrière l'écran du téléviseur, une silhouette apparut.
Ethan.
Assis sur le rebord de la fenêtre.
Manu ouvrit les yeux.
Il le regarda.
— Salut.
— Salut.
Silence.
Manu regarda la fenêtre.
Puis Ethan.
— Pourquoi t'es là ?
— Ta mère m'a ouvert.
— Pourquoi ?
— Parce qu'elle m'aime bien.
Manu referma les yeux.
— Ouais...
Ethan regarda le réveil.
— T'as cours dans dix-sept minutes.
— Hmm.
— Masséna est pas à dix-sept minutes.
— Si Ethan.
— Non.
Manu ouvrit un œil.
— Si.
Ethan sourit.
— En skate ?
Manu se redressa.
— Ouais.
— On parie ?
Manu posa les pieds par terre.
— Combien ?
20 balles ?
Ethan éclata de rire.
— Putain, t'es vraiment malade.
Ok 20 balles.
07 H 48
La mère de Manu posa deux tartines sur la table.
Manu traversa la cuisine.
Enfila sa veste kaki.
Attrapa une tartine.
— Assieds-toi.
— Pas le temps.
— Évidemment que tu n'as pas le temps. Tu viens de te lever Emmanuel.
Ethan entra derrière lui avec une deuxième tartine.
— Re-bonjour Madame Elga.
— Bonjour Ethan.
— Merci.
Elle le regarda.
— Toi au moins, tu es poli.
Ethan regarda Manu.
— Tu entends ?
Manu mâchait.
— Oui.
— Tu veux essayer ?
— Non on a pas le temps, puis prépares la tune.
Sa mère lui tendit quelque chose.
— Et ça ?
Un papier.
Manu le regarda.
— Quoi ?
— Autorisation pour la sortie du lycée.
— Ah.
— Elle était sur la table depuis trois jours.
— D'accord.
— Il fallait la signer.
— D'accord.
— Par nous.
Manu réfléchit.
— Ah.
Sa mère ferma les yeux.
Ethan recula légèrement.
Il connaissait cette phase.
— Emmanuel, tu peux m'expliquer comment tu comptes participer à une sortie scolaire avec une autorisation qui n'est pas signée ?
Manu regarda la feuille.
Puis sa mère.
— Je participe pas, ça évite d'avoir à la signer.
Il posa le papier.
Sa mère resta bouche ouverte.
— MANU !
La porte claqua.
Ethan resta une seconde.
— Euh... Bonne journée, Madame Elga.
Puis il partit en courant.
07 H 51
Manu posa son skate au sol.
Ethan regarda sa montre.
— Neuf minutes.
Manu poussa.
— Dix.
— Pourquoi dix ?
— La sonnerie est à huit heures une.
— Pourquoi ?
— Je sais pas.
— Et tu comptes vraiment...
Manu était déjà parti.
— Ah ok.
Ethan courut vers son vélo.
— ATTENDS-MOI, CONNARD !
Nice se réveillait.
Stores métalliques.
Cafés.
Livreurs.
Scooters.
Bus.
Klaxons.
Manu glissait au milieu de tout ça.
Pas de figures inutiles.
Pas de spectacle.
De la vitesse.
Une trajectoire.
Un trottoir bouché.
Il descendit sur la chaussée.
Un taxi klaxonna.
Manu passa devant.
Le chauffeur ouvrit sa fenêtre.
— Petit con !
Manu leva un doigt.
Ethan pédalait derrière.
— MANU BORDEL !
Un camion de livraison bloquait la rue.
Ethan freina.
— Ah putain !
Manu, non.
Il regarda.
À gauche : voitures.
À droite : terrasse.
Devant : camion.
Une seconde.
Il changea de trajectoire.
Muret.
Planche.
Ollie.
Wallride.
Passage étroit entre deux poteaux.
Réception.
Ethan s'arrêta.
— Mais merde…
Manu continua.
Ethan regarda son vélo.
Puis le passage.
Puis Manu.
— Ouais non.
Il contourna.
08 H 00
Devant Masséna.
Manu posa le pied au sol.
Ethan arriva trente secondes plus tard, essoufflé.
Manu tendit la main.
— vingt balles mec.
Ethan leva un doigt.
— Premièrement : va te faire foutre.
Manu attendit.
— Deuxièmement : t'as failli te faire tuer trois fois.
— Deux.
— J'en ai compté trois.
— Le taxi comptait pas.
— Pourquoi ?
— Il freinait.
Ethan le regarda.
— Comment tu savais ?
Manu haussa les épaules.
— Il m'avait vu.
Ethan resta silencieux.
Puis sortit cinq francs.
Manu regarda le billet.
— vingt.
— Dix.
— Vingt.
— Tu veux cinq ou rien ?
Manu prit le billet.
— Tu me dois quinze.
— Je te hais.
Manu rangea l'argent.
— Je sais.
La sonnerie retentit.
Ethan regarda l'entrée.
— Bon.
Manu ne bougea pas.
— Quoi ?
Manu regardait de l'autre côté de la rue.
Un scooter.
Deux garçons.
L'un d'eux bricolait quelque chose sous le guidon.
Ethan suivit son regard.
— Quoi ?
Manu continua d'observer.
Le garçon donna un coup.
Le scooter démarra.
Ils partirent.
Manu les suivit des yeux.
— Intéressant…
Ethan se figea.
— Quoi ?
Manu se dirigea vers le lycée.
— Rien.
Ethan regarda le scooter disparaître.
Puis Manu.
— Non, non.
Il le rejoignit.
— C'était quoi, « intéressant » ?
— Rien.
— Tu viens de regarder deux mecs braquer un scoot et t'as dit « intéressant ».
— J'ai pas dit qu'ils le volaient.
— Ils arrachaient les fils c'est pareil Manu !
Manu entra en lui faisant un clin d'œil.
— Non, peut-être qu'ils avaient les bonnes clés, ou perdus les bonnes, vas-savoir.
Ethan s'arrêta.
— Putain de psycho.
MASSÉNA — 10 H 26
Histoire.
Pour une fois, Manu était là depuis le début.
Et pour une fois, il écoutait réellement.
Le professeur parlait de frontières.
De territoires.
De décisions prises sur des cartes par des hommes qui ne verraient jamais les endroits qu'ils découpaient.
Manu regardait la carte.
Le professeur s'interrompit.
— Emmanuel ?
Manu leva les yeux.
— Oui ?
— Puisque vous semblez exceptionnellement parmi nous aujourd'hui…
Quelques rires fusèrent dans la classe.
— …expliquez-nous pourquoi une frontière peut survivre à l'État qui l'a créée.
Manu regarda la carte.
— Parce que les gens finissent par croire qu'elle a toujours été là.
Silence.
Le professeur attendit.
Manu aussi.
— Développez.
— C'est tout.
— Non, ce n'est pas tout.
Manu soupira légèrement.
— Une frontière, au début, c'est une décision. Après, ça devient une habitude. Puis une identité. Quand plus personne se rappelle la décision, il reste l'identité.
Le professeur le regarda.
La classe aussi.
— Et vous avez lu ça où ?
— Nulle part.
— Alors comment...
La sonnerie retentit.
Manu rangea ses affaires.
— Monsieur Elga.
Il s'arrêta.
— Vous savez que c'est profondément agaçant ?
— Quoi ?
— Vous.
Manu réfléchit.
— Oui.
Il sortit.
Lisa l'attendait.
— Alors, Einstein ?
— Quoi ?
— J'ai entendu.
— Quoi ?
— Ton truc sur les frontières.
Manu descendit les escaliers.
— C'était juste une question.
— Et normalement, quand un prof pose une question, nous, les humains, on raconte de la merde pendant cinq minutes.
— Pourquoi ?
Lisa sourit.
— C'est ça que j'aime chez toi.
Manu la regarda.
— Quoi ?
Elle s'arrêta une demi-seconde.
Puis repartit.
— Rien.
Manu fronça légèrement les sourcils.
Il n'avait pas compris.
Lisa sourit toute seule.
MIDI
La bande était installée dehors.
Nanar mangeait.
Encore.
Karim le regardait.
— T'as un problème.
— J'ai faim.
— T'as toujours faim.
— Donc j'ai toujours un problème, c'est ça ?
Jin avait ouvert une petite radio portable.
Des composants étaient étalés sur le banc.
Seb regardait.
— Elle fonctionnait avant ?
— Oui.
— Et maintenant ?
— Non.
Seb hocha la tête.
— Belle progression.
Jin lui fit un doigt.
Manu arriva.
Ethan était derrière lui.
— Dites-lui.
Karim regarda Ethan.
— Quoi ?
— Que quand deux types arrachent les fils d'un scooter devant un lycée, ils sont probablement pas en train de faire une révision.
Manu s'assit.
Lisa prit une cigarette.
— Pourquoi on parle de ça ?
Ethan pointa Manu.
— Parce que monsieur a trouvé ça « intéressant ».
Lisa arrêta son geste.
Elle regarda Manu.
— T'as dit intéressant ?
— Oui.
— Oh non.
Manu la regarda.
— Quoi ?
— Rien.
Karim fronça les sourcils.
— Attends. Pourquoi « oh non » ?
Lisa alluma sa cigarette.
— Parce que je le connais.
Manu prit une frite à Nanar.
Nanar regarda sa main.
Puis Manu.
Puis la frite.
Il décida que certaines guerres ne méritaient pas d'être menées.
Ethan continua :
— Il a une idée.
— Non.
— Tu mens.
— Non.
— Alors à quoi tu pensais ?
Manu mangea la frite.
— Au scooter.
— Merci, Sherlock.
Manu regarda Jin.
— Tu sais démarrer un scooter sans clé ?
Jin leva les yeux.
Ethan ouvrit les bras.
— VOILÀ !
Manu :
— Quoi ?
— Ça commence !
Jin réfléchit.
— Quel modèle ?
Manu sourit très légèrement.
Ethan le vit.
— Non, jin ne cautionne pas s'il te plaît.
16 H 32
Un garage.
Pas encore celui d'une grande aventure.
Juste un garage.
Des outils.
Des pièces.
Une odeur d'huile.
Ethan avait les mains dans un moteur.
Manu était assis sur un établi.
Jin avait récupéré un vieux faisceau électrique.
— Là.
Il montra deux fils.
— Sur certains modèles, tu peux contourner le contact.
Ethan releva immédiatement la tête.
— Pourquoi tu lui montres ?
— Il a demandé.
— Si Manu te demande comment fabriquer une bombe, tu lui expliques ?
Jin réfléchit.
— Quelle bombe ?
— JIN !
Manu descendit de l'établi.
Il regarda les fils.
— Donc ils avaient pas perdu les clés.
Ethan essuya ses mains.
— Quelle révélation.
Manu réfléchissait.
Ethan le regarda.
— Non.
Manu ne répondit pas.
— Je sais pas à quoi tu penses, mais non.
— Je pense à rien.
— C'est encore pire.
Manu prit sa veste.
— On y va.
Ethan fronça les sourcils.
— Où ?
— Voir.
— Voir quoi ?
Manu sortit.
Ethan regarda Jin.
— Tu vois ?
Jin haussa les épaules.
— C'est intéressant.
Ethan pointa un doigt vers lui.
— TOI AUSSI, TU COMMENCES PAS.
17 H 10
Ils retrouvèrent Seb et Karim.
Nanar vint parce que Nanar venait.
Personne ne lui avait réellement demandé.
— Donc, résuma Karim, on suit deux voleurs de scooters que Manu a vus ce matin.
— Non, répondit Manu.
— Ah.
Karim sourit.
— Super.
— On suit personne.
— Encore mieux.
Manu désigna une rue.
— Ils reviendront.
Ethan le regarda.
— Pourquoi ?
— Parce qu'ils en ont pris un ce matin.
— Oui ?
— À huit heures.
— Et ?
— Devant un lycée.
Silence.
Seb comprit en premier.
— Beaucoup de scooters.
Manu acquiesça.
Karim regarda les rangées de deux-roues.
— Et beaucoup de propriétaires enfermés en cours.
Manu acquiesça encore.
Ethan le regarda.
— Donc depuis ce matin tu—
— Oui.
— Et ton plan, c'est quoi ?
— J'en ai pas.
Tout le monde se détendit.
Manu ajouta :
— Encore.
Ethan ferma les yeux.
— Putain.
Ils attendirent.
Dix minutes.
Vingt.
Trente.
Nanar mangea quelque chose.
Personne ne sut d'où cela venait.
Puis Manu se redressa.
Les deux garçons du matin venaient d'apparaître.
Même scooter.
Ils ralentirent.
Regardèrent les deux-roues.
Manu observa.
L'un descendit.
Ethan murmura :
— Bon. T'avais raison.
Manu ne répondit pas.
Le garçon s'approcha d'un scooter.
Sortit quelque chose.
Manu regarda.
Puis :
— Intéressant…
Cinq têtes se tournèrent vers lui.
Ethan :
— Ah non.
Lisa n'était même pas là et pourtant Ethan entendait presque sa voix.
— Manu.
Manu regardait toujours.
— Ils ont une clé.
— Oui, dit Seb.
— Une clé qui ouvre plusieurs antivols.
Jin plissa les yeux.
— Passe.
— Quoi ?
— C'est un passe.
Manu réfléchit.
Ethan :
— Pourquoi tu souris ?
— Je souris pas.
— Si.
— Non.
— Je te connais !
Manu se leva.
— Attendez ici.
Tous :
— NON.
Manu les regarda.
— Quoi ?
Karim se leva.
— Tu vas où ?
— Lui parler.
— Au voleur ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Manu regarda le garçon.
— Je veux voir la clé.
Ethan resta bouche ouverte.
— Tu veux voir la—
Mais Manu était déjà parti.
— Ce mec est complètement con.
Seb ajusta ses lunettes.
— Techniquement, son raisonnement est cohérent.
— SEB, FERME TA GUEULE.
Manu traversa la rue.
Le garçon le vit arriver.
— Qu'est-ce que tu veux ?
Manu regarda sa main.
— Ta clé.
Le type fronça les sourcils.
— Quoi ?
— Je veux voir.
— Dégage.
Manu regarda le scooter.
Puis lui.
— Ça ouvre combien de modèles ?
Le garçon resta immobile.
Son ami descendit du scooter derrière lui.
— T'es qui ?
— Manu.
— Manu comment ?
— Manu.
Le premier rangea la clé.
— Dégage, Manu.
Manu regarda sa poche.
— Tu l'as faite toi-même ?
Le type s'approcha.
— Tu comprends pas le français ?
Manu leva les yeux vers lui.
— Si.
— Alors casse-toi.
Manu resta là.
Le garçon le poussa.
Erreur.
Pas énorme.
Pas encore.
Mais erreur.
Manu regarda la main qui venait de le pousser.
Puis le garçon.
— Fais pas ça.
Le type sourit.
— Sinon quoi ?
De l'autre côté de la rue, Ethan murmura :
— Et voilà.
Nanar se leva.
Karim :
— Attends.
Le type poussa Manu une seconde fois.
Cette fois, Manu attrapa le poignet.
Un mouvement.
Simple.
Sec.
Le garçon se retrouva plié contre le scooter sans comprendre comment.
Son ami fonça.
Manu lâcha le premier.
Esquiva.
Un coup au ventre.
Pas spectaculaire.
Mais le garçon s'arrêta net.
Plus d'air.
Plus d'agressivité.
Plus vraiment de projet.
Manu regarda le premier.
— La clé.
Le type le fixa.
Manu attendit.
— Va te faire foutre.
Nanar traversa la rue.
Le garçon vit Nanar arriver.
Très grand.
Très large.
Très calme.
— La clé, répéta Manu.
Le garçon la sortit.
La lui tendit.
Manu la prit.
L'examina.
Jin arriva immédiatement.
— Fais voir.
Ethan regarda la scène.
— Attendez… maintenant on fait une réunion technique ?
Jin retourna l'objet.
— C'est artisanal.
Manu :
— Tu peux en faire une ?
Ethan :
— NON !
Tout le monde le regarda.
— Pardon.
Il pointa Manu.
— Non.
Manu tendit la clé au voleur.
— Merci.
Le garçon la reprit, complètement perdu.
— T'es taré.
Manu réfléchit.
— Peut-être.
Puis il partit.
La bande suivit.
Après dix mètres, Ethan le rejoignit.
— Donc on vient de risquer une baston pour regarder une putain de clé ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Manu marcha encore.
— Ça peut servir.
Ethan s'arrêta.
— À QUOI ?
Manu continua.
— Je sais pas.
Ethan regarda les autres.
— Vous voyez ce que je vis ?
SOIR
Lisa accordait sa guitare.
Une cave.
Des amplis.
Des affiches.
Du punk trop fort.
Manu était assis contre un mur.
Ingrid à côté de lui.
Elle observait une petite marque sur sa main.
— C'est quoi ?
— Rien.
— Manu.
— Un scooter.
Elle le regarda.
— Un scooter t'a frappé ?
— Non.
— Alors ?
Manu regarda Lisa régler son ampli.
— Long.
Ingrid soupira.
— Un jour, j'arriverai à te faire raconter une histoire entière.
— Pourquoi ?
Elle sourit.
— Pour voir si tu sais.
Lisa attaqua un riff.
Fort.
Sale.
Parfait.
Manu leva les yeux.
Et là, il sourit vraiment.
Lisa le vit.
Elle joua plus fort.
Plus tard.
Ils sortirent.
La nuit était chaude.
Ingrid marcha avec Manu.
— Tu me raccompagnes ?
— Oui.
— Jusqu'où ?
— Où tu veux.
Elle le regarda.
— Mes parents peuvent pas te voir.
— Je sais.
— Mon père surtout.
— Je sais.
— Ça te dérange ?
— Non.
— Pourquoi ?
Manu réfléchit.
— Je sors avec toi.
Ingrid s'arrêta.
Manu fit encore deux pas avant de constater qu'elle n'était plus à côté.
Il se retourna.
— Quoi ?
Elle souriait.
— Rien.
Manu la regarda, méfiant.
— Pourquoi tu souris ?
— Parce que parfois tu dis des trucs normaux.
— Ah.
Il repartit.
Ingrid le rejoignit.
— Profite pas trop, ça risque de pas durer.
Elle éclata de rire.
23 H 48
Ethan était de nouveau dans la chambre de Manu.
Une feuille devant eux.
Jin avait dessiné approximativement le mécanisme de la clé.
Ethan regarda le dessin.
Puis Manu.
— Je veux juste être parfaitement clair.
Manu lisait.
— Hmm.
— On ne fabrique pas ça.
— Pourquoi ?
— Parce que ça ouvre des antivols.
— Oui.
— Qui protègent des véhicules qui ne sont pas à nous.
— Oui.
— Donc ?
Manu regarda Ethan.
— Donc quoi ?
Ethan resta silencieux.
— Je refuse de croire que quelqu'un d'aussi intelligent puisse être aussi con.
Manu reprit le dessin.
— C'est pas compliqué.
— C'EST PAS LE SUJET !
Manu posa la feuille.
Il regarda quelque chose sur son bureau.
Une vieille carte magnétique.
Puis une petite radio démontée.
Puis le dessin.
Son regard changea.
Ethan le vit immédiatement.
— Non.
Manu ne répondit pas.
— Manu.
Silence.
— Emmanuel.
Manu prit la carte.
La retourna.
Puis regarda le dessin.
— Intéressant…
Ethan se laissa tomber en arrière sur le lit.
— Oh putain…
Manu prit un crayon.
— Quoi ?
— T'as un plan.
— Non.
Il commença à dessiner.
Ethan le regarda.
— C'est quoi alors ?
Manu traça une ligne.
Puis une autre.
— Une idée.
— C'est pire.
Manu continua.
Nous ne voyons pas ce qu'il dessine.
Seulement son visage.
Concentré.
Calme.
Presque amusé.
Puis—
CUT.
LENDEMAIN — 07 H 56
Un distributeur automatique de billets.
Des gens passent devant.
Rien d'anormal.
La caméra reste dessus.
Quelques secondes.
Puis encore quelques secondes.
Une main entre dans le cadre.
Pose quelque chose contre la façade.
La voix d'Ethan, hors champ :
— Je tiens à rappeler que j'étais contre.
Manu :
— Oui.
— Depuis le début.
— Oui.
— Et que si on finit en prison—
— Ethan.
— Quoi ?
Silence.
— Tiens ça.
— Pourquoi ?
— Parce que sinon ça tombe.
Ethan soupire.
— Putain de merde.
La caméra recule légèrement.
On aperçoit Manu accroupi devant le distributeur.
Il observe.
Pas encore de braquage.
Pas encore de plan dévoilé.
Seulement cette gueule.
Puis :
— Intéressant…
Ethan ferme les yeux.
CUT TO BLACK.
FIN DE L'ÉPISODE 2
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