14 - Jules
… La guerre est déclarée…
Le jeudi précédent, un inconnu, qui s’était présenté comme le chargé d’affaires d’un homme de pouvoir, tout en gardant les noms sous une langue chargée de bois et de mystère, avait contacté Jules. Il avait sollicité son aide afin de faire cesser la comédie liée au Prix d’Ouvremontoit, promettant un don conséquent à l’association des marchés dont son président saurait tirer le meilleur usage.
Il est des propositions qu’on ne peut refuser et Jules s’engagea à trouver une solution qui satisfasse tout le monde. D’après les rumeurs qui circulaient, Jules eut tôt fait de ficher Nestor comme celui derrière lequel se rangeaient les opposants. Ils se rencontrèrent le lendemain pour assouplir à leur pointure leur botte de Jarnac.
Restait un détail de taille à régler : Nestor refusait d’aller plus loin si Anselme ne se ralliait pas au projet. Il fallut tout le week-end, et beaucoup de patience aux deux conspirateurs, pour convaincre la proue d’Ouvremontoit de renoncer à sa neutralité.
Puis, ce mardi, ils avaient essayé une dernière négociation auprès de Léonard, qui avait échoué, et avaient, en dernier recours, enclenché le plan B : chauffer le cul de la Grosse Bertha.
Le résultat était probant.
Sur le mascaret de la victoire Nestor dégagea le plan C des remous.
— On se retrouve sous l’olivier, à l’heure de Cunégonde, pour la suite à donner ! lança-t-il à la cantonade et, sans reprendre son souffle, enchaîna sur le sésame magique :
— Casse-croûte pour tout le monde !
L’olivier était planté à trois mètres de la porte de La Mie. On disait qu’il avait vu jouer Cunégonde sous ses branches. À hauteur de l’olivier, la rue s’élargissait sans former de véritable place mais l’arbre était devenu un point de rendez-vous, d’autant plus que de gros blocs de pierre avaient été scellés le long des maisons afin de servir de bancs.
Rue Vipp, Constance calma Léonard qui tordait sa casquette dans le désespoir d’une suite de « Pourquoi ? » accablés. Elle réussit à le persuader de ne pas laisser tomber « son » prix et de se rendre au rendez-vous fixé pour défendre ce qui pouvait encore l’être.
— S’il faut revoter, c’est rien, on le refera, soutenait-elle.
Quant à Jules, il prit Nestor à part et lui laissa ses dernières recommandations sur les épaules.
— Arrangez-vous entre vous, que je ne revoie plus cette mascarade. Et tu te débrouilles comme tu veux, prix ou pas prix, mais si quelque chose en sort, je veux que ce soit une affaire qui roule, et pas sur des roulettes russes !
Midi et sa demie virent Nestor et Mathis plier bagages, suivis par Anselme et nombre d’autres exposants. Le camion de Nestor s’arrêta devant la boulangerie de Léon, et Nestor, laissant le moteur tourner, chargea deux grands sacs de baguettes. Il alla se garer au bout de la courte rue de l’Olivier, barrant ainsi la voie à d’éventuels véhicules qui auraient cherché à s’engager.
La rue étant sécurisée, Nestor et Anselme décidèrent que la priorité était à la restauration et déballèrent jambon de pays et fromage des Pyrénées avec le pain frais. Un attroupement se forma bientôt au cul du camion et les langues se calmèrent dans la mastication et le Jurançon. Lorsque Mathis distribua les abricots, il fut temps de passer aux choses sérieuses.
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