3 - Honorine
… Quand le Père Léonard décide de lancer un prix…
Les rumeurs arrivèrent jusqu’à l’oreille de Nestor, entre cinq citrons et deux cents grammes d’amours-en-cage qu’il tendait à son client, tandis qu’Honorine mettait tout le monde au parfum. Honorine était Radio Ouvremontoit, inusable, ne fonctionnant qu’au blanc sec dès les sept heures du matin, et claironnant d’une voix qui portait haut son volume de décibels jusqu’aux toits en tuiles canal qui laissaient glisser.
Honorine citait avec fierté ses sources et, suivant comme le flot des nouvelles dévalait la pente, chacun en déduisait le degré de fraîcheur. Dans le cas présent, le flux sortait du glacier, Nestor ne s’y trompa pas. Il frissonna sous le courant froid. Il fallait que ça sorte…
Il avisa Anselme, l’imperturbable Anselme, et lança par-dessus les badauds
l’interjection choc :
— Eh, Anselme ! T’as entendu la dernière du Père Hume-la-moquette ?
Pour imaginer Anselme, il faut se dépeindre un type qui aurait été docker dans sa jeunesse puis serait parti faire les quatre cents coups sur les mers de Chine avant de revenir se mettre à l’ombre des murs de son enfance.
En réalité, l’Anselme qui cultivait des légumes dans la plaine sableuse de Fouat n’avait que rarement quitté la région et était un pur d’Ouvremontoit, de par son père, son grand-père et ses arrières-…-arrières grands-parents. S’il avait l’air aussi solide et bien campé, il le devait à cette lignée d’irréductibles ayant fait la réputation de ce beau quartier.
Les « Ceux d’Ouvremontoit » avaient en effet une vision bien particulière de la vie en société, d’où le nom porté par le pâté de maisons. « Ouvre mon toit ». Ils se retrouvaient derrière un large sens de l’hospitalité et une bienveillance naturelle envers leur prochain. À la seule condition qu’on ne vienne pas leur chercher des noises.
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