saison 1 - Episode 2 - RETURNING MAN
Le Boeing amorça lentement sa descente.
Sous les nuages...
la Lituanie apparaissait.
Une immense étendue blanche.
Des forêts couvertes de neige.
Des lacs entièrement gelés.
Quelques villages perdus entre les pins.
Alex regardait par le hublot.
Il resta silencieux plusieurs secondes.
Puis il souffla :
— Putain...
C'est pas un pays...
C'est un congélateur.
Emmanuel esquissa un léger sourire sans quitter le paysage des yeux.
— Attends d'ouvrir la porte.
Tu changeras ta définition du froid.
Luna leva les yeux au ciel.
Les deux chats noirs dormaient paisiblement à leurs pieds, parfaitement indifférents au voyage.
Quelques minutes plus tard...
L'avion s'immobilisa sur le tarmac de l'aéroport international de Vilnius.
Les passagers commencèrent à descendre.
Emmanuel laissa volontairement tout le monde passer devant lui.
Alex remarqua enfin son attitude.
— Pourquoi on attend ?
— Parce que je préfère être le dernier.
Alex haussa les épaules.
— Comme tu veux.
Il ne posa pas d'autre question.
Le trio pénétra dans le terminal.
Les grandes baies vitrées diffusaient une lumière froide.
Le sol brillait comme un miroir.
Tout était calme.
Presque trop calme.
Emmanuel marchait sans jamais tourner la tête.
Pourtant...
il savait exactement où ils étaient.
Trois hommes.
Depuis Lisbonne.
Toujours les mêmes.
Jamais trop près.
Jamais trop loin.
Ils adaptaient naturellement leur rythme au sien.
Luna remarqua le regard d'Emmanuel.
— Tu les as vus dans l'avion.
Il acquiesça discrètement.
— Dès l'embarquement.
Alex continuait d'avancer, les mains dans les poches.
Comme si de rien n'était.
Luna l'observa quelques secondes.
Puis sourit.
— Lui aussi les a vus.
Emmanuel répondit à peine :
— Je sais.
Le couloir débouchait sur les portes automatiques donnant accès au hall principal.
Deux immenses panneaux de verre blanc.
Les derniers passagers les franchissaient.
Emmanuel ralentit.
Ses doigts effleurèrent machinalement le Rosaire Noir.
Les cinquante perles glissèrent doucement sous son pouce.
Une.
Puis une autre.
Le grenat suspendu à la croix sembla vibrer très légèrement.
Alex aperçut le geste.
Il comprit immédiatement ce qu'Emmanuel s'apprêtait à faire.
Luna posa calmement une main sur son bras.
— Manu.
Il tourna légèrement la tête.
— Pas eux.
Ils ne sont pas là pour te faire du mal.
Ils sont juste là pour vérifier que tu es bien arrivé.
Emmanuel observa une dernière fois les trois silhouettes derrière eux.
Puis il relâcha doucement le Rosaire.
— Ouais...
Ils franchirent les portes.
Au même instant...
Alex fit tourner sa vieille pièce percée entre ses doigts.
Un simple mouvement.
Presque un tic.
La pièce vibra imperceptiblement.
Derrière eux...
Les portes automatiques se refermèrent brutalement.
Les trois agents accélérèrent.
Trop tard.
Les capteurs se mirent à clignoter.
Les portes refusèrent soudain de s'ouvrir.
Puis se verrouillèrent complètement.
Une alarme discrète retentit.
Les trois hommes restèrent bloqués derrière les vitres.
Alex se retourna.
Les regarda.
Puis leva simplement la main avec un immense sourire.
Emmanuel croisa son regard.
Pendant une seconde...
ils se comprirent sans un mot.
Deux gamins.
Dans des corps d'adultes.
Luna soupira.
— Franchement Alex...
arrête d'être fier.
Manu allait le faire avant toi.
Alex prit un air faussement scandalisé.
— Ouais ?
Ben il ne l'a pas fait.
Donc le point est pour moi.
Emmanuel secoua doucement la tête en reprenant sa marche.
— T'as cinq ans.m ou quoi ?
— Peut-être.
Mais j'ai degainè plus vite cowboy.
Tout en continuant à parler...
Alex sortit un sachet de marshmallows de la poche de son manteau.
Il regarda à l'intérieur.
— Merde...
Plus que deux.
Il en attrapa un.
Au moment de le porter à sa bouche...
le marshmallow disparut.
Puis le deuxième.
Alex resta figé.
Très lentement...
il tourna la tête.
Luna mâchait tranquillement.
Comme si tout était parfaitement normal.
Il ouvrit de grands yeux.
— Sérieusement ?
Elle haussa les épaules.
— Quoi ?
— T'es morte !
Tu sens même plus le goût !
Luna sourit.
— Peut-être, t'en sais rien, t'es pas mort cowboy.
Mais je sais...
ça t'énerve.
Alex leva les bras au ciel.
— Putain Luna...
Franchement t'abuses.
C'étaient les deux derniers.
— Je t'en rachèterai d'autres.
— Avec quel argent ?
T'es morte.
Même Emmanuel éclata discrètement de rire.
Luna lui lança un regard faussement vexé.
— Oh toi pas la peine d'en rajouter s'il te plaît.
Les portes automatiques de l'aéroport s'ouvrirent.
Une bourrasque glaciale s'engouffra immédiatement dans le hall.
Alex fit un pas dehors.
Puis s'arrêta net.
Ses épaules remontèrent jusqu'aux oreilles.
Il inspira.
Regarda Emmanuel.
Puis la neige.
Puis Emmanuel.
— Non.
— Quoi, non ?
— Non.
Les gens vivent vraiment ici ?
Ils ont choisi t'es sûr Bro ?
Emmanuel continua d'avancer.
— Oui.
Alex le suivit malgré lui.
— Je suis presque sûr que respirer est interdit par la Convention de Genève dans ce froid.
Les deux chats traversèrent tranquillement le parking comme si la température était idéale.
Luna éclata de rire.
— Les chats s'en sortent mieux que toi.
— Les chats sont couverts de fourrure !
Moi, j'ai pris un manteau portugais !
Un taxi s'arrêta devant eux.
Le chauffeur descendit pour charger les bagages.
Alex souffla dans ses mains.
— Bon...
Toutes les affaires importantes sont à Vilnius, non ?
Les bureaux.
Les administrations.
Les grosses boîtes...
On reste ici ?
Emmanuel regarda une dernière fois le ciel gris.
Puis répondit simplement :
— Non.
— Ah bon ?
— On va à Kaunas.
Alex fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
Emmanuel ouvrit la portière du taxi.
Son regard se perdit un instant dans les flocons.
— Parce que tout a commencé là-bas.
Ils montèrent dans la voiture.
Le taxi s'éloigna lentement de l'aéroport de Vilnius.
Au loin, les trois hommes enfin libérés des portes automatiques observaient le véhicule partir.
L'un d'eux sourit.
— Il est toujours le même, mais quelque chose a changé.
Le taxi disparut dans la neige.
Le train quitta lentement la gare de Vilnius.
Les immeubles laissèrent rapidement place aux grandes plaines enneigées.
Des forêts de pins s'étendaient à perte de vue.
Des lacs figés sous la glace reflétaient un ciel gris d'hiver.
À l'intérieur du wagon...
le chauffage tournait à plein régime.
Alex avait enfin retrouvé des couleurs.
— Là...
ça va mieux.
Dehors, jamais.
Mais là, ça va.
En face d'eux, un vieux couple lituanien voyageait en silence.
La vieille dame avait posé une grosse valise entre ses jambes.
Sans la moindre gêne...
Luna s'était installée dessus, les jambes croisées.
Comme si le bagage lui appartenait.
Le vieux monsieur leva parfois les yeux vers Emmanuel et Alex.
Ils parlaient régulièrement à quelqu'un qui n'existait pas.
Enfin...
de son point de vue.
Le train poursuivait sa route.
Alex observait le paysage.
— C'est quand même beau ce congélo...
On dirait que le temps s'est arrêté ici.
Il tourna la tête vers Emmanuel.
— Sérieusement...
Comment t'as fini en Lituanie ?
T'as grandit à Nice.
Entre les palmiers.
Le soleil.
La mer.
Et maintenant...
ça.
Il désigna la neige derrière la vitre.
Emmanuel ne répondit pas immédiatement.
Il sortit lentement le Rosaire Noir de la poche intérieure de son manteau.
Le grenat se balança doucement.
Ses doigts commencèrent à faire glisser les perles.
Une.
Puis une autre.
Puis une autre.
Ses yeux restaient perdus dans le paysage.
Puis il parla.
— Avant la Lituanie...
il y a eu beaucoup de routes.
NICE — 1996
Le soleil descendait lentement sur la Côte d'Azur.
Les pierres du village d'Èze prenaient une couleur orangée.
Une vingtaine de jeunes étaient rassemblés près du jardin exotique.
Des filles.
Des garçons.
Différentes origines, différentes confessions.
Des scooters dans tous les sens.
Des BeeWizz.
Des Dax, des 103, des DT, des rapidos...
Des mobs remontées pièce par pièce.
Ça riait.
Ça bricolait.
Ça comparait les moteurs.
Un garçon passa devant Emmanuel.
— Alors ?
Ton tas de ferraille tient toujours debout ?
Emmanuel éclata de rire.
— Tu verras à l'arrivée.
Il posa une main sur son Dax.
Il ne restait presque plus rien d'origine.
Le cadre avait été renforcé.
Les suspensions remplacées.
Le moteur entièrement repris.
Même le guidon ressemblait davantage à celui d'une moto de cross.
Alex observait la scène.
— T'étais déjà incapable de laisser un truc d'origine...
— Malheureusement oui.
Les moteurs rugirent.
La descente commença.
Les ruelles d'Èze défilaient à toute vitesse.
Les murs passaient à quelques centimètres des guidons.
Les pneus hurlaient sur les pavés.
Puis venait la route qui plongeait vers la Méditerranée.
Les virages.
Les falaises.
Les ponts.
Le soleil couchant.
La mer.
Personne ne freinait.
Tout le monde jouait.
Comme si la seule chose importante...
était d'arriver premier.
Emmanuel prenait chaque virage un peu plus vite que le précédent.
Puis...
la ligne d'arrivée.
Il passa le premier.
Un sourire illumina son visage.
Puis la poignée de frein s'enfonça dans le vide.
Plus rien.
Le Dax continua tout droit.
Percuta violemment le muret de pierre.
Explosa.
Le corps d'Emmanuel fut projeté dans la Méditerranée.
Silence.
Tous les jeunes se mirent à courir.
Puis...
une tête sortit de l'eau.
Complètement trempée.
Emmanuel leva simplement le pouce.
Toute la bande éclata de rire.
Alex secouait la tête.
— Franchement...
T'avais déjà un gros problème dans ta tête.
Un léger sourire passa sur le visage d'Emmanuel.
— Disons que j'étais jeune voilà tout.
Les perles continuèrent de glisser.
Le paysage changea derrière la vitre.
Les souvenirs aussi.
Le désert.
Une chaleur écrasante.
Un vieux pick-up roulait à pleine vitesse.
Derrière lui...
d'autres véhicules.
Des hommes armés.
Toujours plus nombreux.
Puis...
la jungle.
La pluie.
La boue.
Des pièges.
Des explosions.
Des silhouettes qui disparaissaient entre les arbres.
Alex observait les images.
— Ça...
c'était où ?
— Au Mexique.
— T'étais tout seul ?
— Oui.
— Pourquoi ils te poursuivaient ?
Emmanuel haussa légèrement les épaules.
— Longue histoire.
Les images changèrent encore.
Une salle d'entraînement.
Des hommes en tenue noire.
Des parcours.
Des stands de tir.
Une femme.
Joe.
Une poignée de main.
Des missions.
Au début...
des opérations contre des trafiquants.
Des prises d'otages.
Des extractions.
Puis...
les ordres changèrent.
Le souvenir s'interrompit brutalement.
Les doigts d'Emmanuel cessèrent de faire glisser les perles.
Son regard se vida pendant une seconde.
Alex comprit immédiatement.
— C'est là...
Il ne termina pas sa phrase.
Emmanuel acquiesça simplement.
— Oui.
Le silence s'installa.
Même Luna ne plaisanta plus.
Le vieux couple leva discrètement les yeux.
Ils ne comprenaient pas les mots.
Mais ils comprenaient les silences.
Quelques instants plus tard...
Alex reprit doucement.
— Et après ?
Emmanuel remit le Rosaire dans sa paume.
Les perles recommencèrent leur lente course.
— J'ai quitté ATLAS.
Je pensais que c'était terminé.
Je pensais avoir définitivement tourné cette page.
Il ne précisa rien d'autre.
Il savait déjà, depuis son retour de Tokyo, qu'ATLAS et Origin marchaient main dans la main.
Mais cela...
Alex le savait déjà.
Inutile d'y revenir.
Ce qui comptait aujourd'hui...
c'était autre chose.
Les paysages enneigés défilaient toujours.
Alex regarda une nouvelle fois son ami.
— Et la donc la Lituanie ?
Comment t'y es arrivé ?
Emmanuel esquissa un sourire.
Très discret.
Très lointain.
— J'ai rencontré des Lituaniens.
Ils m'ont proposé un travail.
Flash.
Une immense demeure de pierre.
Des gardes.
Des drapeaux frappés du loup des Grikštas.
Une silhouette féminine traversa une cour.
On ne distinguait jamais son visage.
Seulement ses cheveux portés par le vent.
Retour dans le train.
Alex attendait la suite.
— Et ?
Emmanuel regarda dehors.
— Le reste...
ça viendra une autre fois.
Alex poussa un soupir théâtral.
— Tu fais exprès.
— Oui.
Luna éclata de rire.
—Alex.. il répond toujours comme ça, tu le sais bien.
Alex leva les mains.
— J'essaie quand même, ça coûte rien.
Le vieux monsieur, en face, murmura quelque chose à sa femme en lituanien.
Elle répondit en jetant un regard prudent vers les deux Français.
Ils étaient désormais convaincus qu'ils voyageaient avec deux hommes qui discutaient tranquillement avec une personne invisible.
Le train poursuivait sa route vers Kaunas.
Au loin...
la neige tombait de plus en plus fort.
Le train ralentit.
Les immeubles commencèrent à apparaître derrière les vitres.
Puis les anciennes usines.
Les cheminées.
Les clochers.
La Nemunas.
Enfin...
les premiers quais.
Une voix annonça quelque chose en lituanien.
Puis en anglais.
Kaunas.
Le vieux couple se leva.
La vieille dame récupéra sa valise.
Luna descendit naturellement de son siège improvisé.
La vieille femme eut un léger mouvement de surprise.
Comme si son bagage était soudain devenu plus léger.
Elle fronça les sourcils.
Puis repartit sans comprendre.
Alex éclata de rire.
— Même morte...
tu trouves le moyen d'emmerder le monde.
Luna lui adressa un sourire innocent.
— C'est un talent mec.
Le train s'immobilisa.
Les portes s'ouvrirent.
Une bourrasque glaciale envahit immédiatement le wagon.
Alex posa un pied sur le quai.
Puis s'arrêta.
— Non...
Toujours pas.
Je confirme.
Ce pays est une punition divine.
Emmanuel descendit sans répondre.
Les deux chats sautèrent les premiers sur le quai.
Comme s'ils connaissaient déjà le chemin.
Ils restèrent quelques secondes immobiles.
Levant simplement le museau vers le vent.
Puis ils commencèrent à marcher.
La gare de Kaunas était calme.
Quelques voyageurs.
Des familles.
Des étudiants.
Le bruit lointain d'un tramway.
Emmanuel s'arrêta quelques secondes.
Son regard parcourut lentement les lieux.
Tout semblait identique.
Et pourtant...
chaque pierre lui rappelait une autre vie.
Luna s'approcha.
Elle observa son visage.
— Ça te fait quelque chose...
de revenir ici.
Il ne répondit pas.
Il continua simplement à faire glisser les perles du Rosaire.
Une.
Puis une autre.
Ils quittèrent la gare à pied.
La neige étouffait les bruits de la ville.
Alex finit par rompre le silence.
— Bon...
Maintenant...
on fait quoi ?
Emmanuel continua de marcher.
— On réfléchit.
Alex leva un sourcil.
— Ça veut dire ?
— Pour enlever Klaudija...
sur le domaine des Grikštas...
il fallait connaître chaque détail.
Les rondes.
Les protocoles.
Les changements de garde.
Les passages souterrains.
Les équipes.
Les horaires.
Il s'interrompit.
— Ce n'était pas un coup de chance.
Alex acquiesça lentement.
— Donc...
quelqu'un savait.
— Oui.
Le silence retomba.
Puis Emmanuel reprit.
— Soit quelqu'un a parlé.
Soit quelqu'un les a aidés.
Dans les deux cas...
ça vient de l'intérieur.
Alex resta pensif.
— Une taupe...
Emmanuel ne répondit pas.
Il ne voulait pas encore y croire.
Mais cette hypothèse refusait de quitter son esprit.
Ils s'engagèrent dans une vieille rue pavée.
Au loin...
une immense colline dominait la ville.
Alex observa Emmanuel.
— Alors...
par qui on commence ?
Cette fois...
Emmanuel s'arrêta.
Ses doigts cessèrent de faire tourner le Rosaire.
Il referma doucement sa main dessus.
Comme s'il y puisait du courage.
Puis il répondit.
— Le chef de la sécurité, il a survécu à l'assaut, il ne m'a pas tout expliqué en détail au téléphone.
Alex hocha la tête.
C'était logique.
— Et ensuite ?
Emmanuel resta silencieux.
Longtemps.
Très longtemps.
Même Luna attendait.
Puis il souffla.
— Ensuite...
je devrai aller voir...
le Premier Loup.
Le vent sembla s'arrêter un instant.
Alex comprit immédiatement.
Il ne demanda même pas de qui il s'agissait.
Tout le monde connaissait ce nom.
Le Premier Loup.
Le chef de la Maison Grikštas.
L'homme qui, depuis des décennies, dirigeait l'une des organisations clandestines les plus influentes d'Europe, héritière d'un réseau né dans les années de résistance, lorsque la Lituanie survivait entre occupations, frontières fermées et contrebande. Un homme dont l'autorité dépassait largement son propre pays.
Et pour Emmanuel...
c'était bien davantage.
C'était le père de Klaudija.
Alex observa son ami.
— Tu l'as déjà affronté ?
Un léger sourire passa sur le visage d'Emmanuel.
— Non.
On ne l'affronte pas.
On lui parle.
Alex sentit aussitôt toute la nuance.
Ils reprirent leur marche.
Emmanuel gardait les yeux fixés devant lui.
Sa voix devint presque un murmure.
— Quand je suis arrivé ici...
je n'étais venu que pour un travail.
Il serra le Rosaire.
— Puis j'ai trouvé une famille.
Le silence.
— Je suis parti parce que je pensais qu'en disparaissant...
je les mettrais à l'abri.
Il baissa légèrement la tête.
Pour la première fois depuis leur arrivée en Lituanie...
sa fatigue apparaissait.
Pas une fatigue physique.
Une fatigue d'années.
— Finalement...
j'ai perdu des années entières...
Le vent souleva la neige autour d'eux.
Il leva lentement les yeux.
— ...pour revenir au même endroit.
Une pause.
Puis il termina, d'une voix presque brisée :
— En pire.
Parce qu'à l'époque...
ils me cherchaient moi.
Aujourd'hui...
ils ont pris ma famille.
Alex ne trouva rien à répondre.
Luna baissa les yeux.
Même les deux chats s'étaient arrêtés de marcher.
Au bout de la rue...
derrière une haute grille en fer forgé...
les lumières d'une immense demeure s'allumèrent une à une.
Emmanuel fixa la propriété.
Sans bouger.
Sans un mot.
💬 Commentaires 3
Entre humour et glauque de la mort de Luna. Toujours aussi taquine que si elle était vivante.
J'aime bien aussi l'idée des flashbacks. En 1996, pour un Manu torse nu à bricoler sur sa machine et plus tard avec la rencontre de Klaudija.
Bravo.