Saison 1 - Épisode 4 - THE BEAUTY AND THE BEAST
Épisode dédicacé à mon pot de New York, Alex.
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« Certaines machines transportent des hommes. D’autres transportent une histoire. »*
Le lendemain matin...
La vieille BMW quittait lentement le centre de Kaunas.
Plus ils s’enfonçaient dans Šančiai...
Plus la ville disparaissait.
Les immeubles laissèrent place aux anciennes usines.
Aux hangars abandonnés.
Aux cheminées de briques.
Aux kilomètres de rails qui découpaient la zone industrielle.
Au loin...
Un train de marchandises traversait lentement le brouillard.
Alex regardait par la vitre.
— Bro...
On va où, là ?
— Quelque part où personne ne vient.
Luna observa les vieux entrepôts.
— C’est sympa ce cimetière de trains destroy.
— T’as vu ? Il connaît toujours les meilleurs endroits.
Emmanuel ne répondit pas.
La BMW ralentit.
Puis s’arrêta devant un immense hangar.
Une façade de béton.
Une lourde porte métallique.
Une chaîne.
Un vieux cadenas rongé par la rouille.
Alex contempla le bâtiment.
— Non...
Me dis pas qu’on entre là-dedans.
Emmanuel descendit.
— Évidemment qu’on entre là-dedans mon pot...
Alex se tourna vers Luna.
— Pourquoi avec lui, toutes les bonnes idées commencent dans un endroit où on pourrait trouver trois cadavres ?
Luna haussa les épaules.
— Trois seulement, avec lui ?
Le cadenas tomba au sol.
**CLANG.**
Emmanuel retira la chaîne.
Puis poussa lentement la porte.
Le grincement résonna dans tout le bâtiment.
À l’intérieur...
L’obscurité.
Emmanuel rejoignit un vieux tableau électrique.
**CLAC.**
Un néon s’alluma.
**CLAC.**
Un deuxième.
**CLAC.**
Puis toute une rangée.
La lumière progressa lentement dans le hangar.
Au fond...
Deux énormes silhouettes reposaient sous d’épaisses bâches noires.
Alex plissa les yeux.
— Bro...
Sérieux...
C’est quoi ces trucs ?
Emmanuel ne répondit pas.
Il s’approcha de la première bâche.
L’attrapa.
Puis tira d’un seul geste.
Le tissu glissa jusqu’au sol.
Une immense carrosserie noire apparut sous les néons.
Large.
Basse.
Brutale.
Des ailes démesurées.
Un capot interminable.
Des phares rouges.
Une Pagolina, la Pagolina.
Une machine qui semblait déjà en mouvement alors qu’elle n’avait pas encore démarré.
Alex resta figé.
...
— Putain...
Il s’approcha doucement.
— Bro...
C’est pas légal, ça.
Luna sourit.
— Techniquement Alex, Je crois fermement et depuis très longtemps d'ailleurs, que la légalité n’a jamais véritablement été dans le cahier des charges d'Emmanuel.
Alex commença à tourner autour de la voiture.
Il observa les jantes.
Les prises d’air.
L’aileron massif.
Les quatre sorties d’échappement.
— Non...
Ça, c’est pas une voiture.
C’est le truc qu’on affronte après avoir terminé le jeu.
Emmanuel posa une main sur l’aile.
— The Beast.
Alex leva les yeux vers lui.
— Évidemment qu’elle s’appelle The Beast.
Elle allait pas s’appeler Maïté bro.
Luna étouffa un rire.
— Maïté était pourtant terrifiante en cuisine.
Emmanuel se dirigea vers la seconde bâche.
Alex le suivit du regard.
— Attends...
Vu la taille, t'as sûrement pas planqué un scooter là-dessous frérot ?
Emmanuel retira le tissu.
Une seconde silhouette apparut.
Toujours noire.
Toujours imposante.
Mais différente.
Plus élégante.
Plus fluide.
La même violence...
Dissimulée sous des lignes plus raffinées.
Alex ouvrit de grands yeux.
— Oh non...
...
C'est quoi ce machin.
Emmanuel contempla la voiture quelques secondes.
Sa main glissa lentement sur la carrosserie.
— The Beauty... une Laura.
Alex passa de l’une à l’autre.
— The Beauty and The Beast...
Luna regarda Emmanuel.
— Vous n’aviez vraiment aucune subtilité à l’époque.
— C’était son idée.
— Menteur.
Alex sourit.
— Ah... Vous ?
Personne ne répondit.
Alex observa encore The Beauty.
Puis Emmanuel.
— Elle est à qui sérieux bro ?
Un silence s’installa.
Le regard d’Emmanuel resta posé sur la voiture.
— À Klaudija.
Le sourire d’Alex disparut légèrement.
Il acquiesça.
Sans poser d’autre question.
Même Luna resta silencieuse.
Pendant plusieurs minutes...
Emmanuel travailla sur les deux voitures.
Il rebrancha les batteries.
Vérifia les niveaux.
Contrôla les pneus.
Inspecta les moteurs.
Chaque geste était précis.
Naturel.
Comme s’il n’avait jamais vraiment cessé de s’en occuper.
Alex observait The Beauty.
— Vous rouliez avec ça quand vous travailliez pour les Grikštas ?
Emmanuel referma un capot.
— Parfois.
— Parfois ?
Luna croisa les bras.
— Traduction : souvent.
— Et vous faisiez quoi exactement ?
— Des choses.
Alex fixa Emmanuel.
— Ah ouais...
Super réponse Batman.
Très complète.
Luna désigna la voiture.
— Klaudija la conduisait mieux que lui.
Emmanuel releva les yeux.
— Non.
— Si.
— Non.
Alex sourit.
— Oh...
Attends...
C’est un vrai sujet ça bro, assieds-tou sur le divan , si tu veux on en parle.
Luna s’approcha de The Beauty.
— Elle le dépassait toujours.
— Elle trichait.
— Comment ça ?
— Elle connaissait la route.
— Ça s’appelle conduire mieux que toi.
Alex éclata de rire.
— Putain...
J’aurais payé pour voir ça, Emmanuel Elga se prenant un branlé.
Emmanuel ouvrit la portière de The Beast.
— Tu aurais surtout essayé de filmer pour te faire du fric.
— Évidemment bro.
Il tourna la clé.
Le V12 s’éveilla.
Le grondement secoua tout le hangar.
La poussière tomba des poutres métalliques.
Alex recula d’un pas.
— BRO !
Luna posa une main contre son oreille.
— Toujours aussi discret...
Quelques secondes plus tard...
Le moteur de The Beauty répondit.
Plus feutré.
Mais tout aussi profond.
Alex souriait comme un enfant.
— Ok...
Alors, ouais, là, soyons honnêtes, je retire cash tout ce que j’ai dit.
Cet endroit est magnifique.
Emmanuel coupa les moteurs.
Puis récupéra deux jeux de clés.
Il conserva les premières.
Et lança les secondes à Alex.
Celui-ci les attrapa de justesse.
Il baissa les yeux.
Puis releva lentement la tête.
...
— Putain...
Oh que Non bro...
Me fais pas le même coup qu’à Nicky.
Luna regarda Emmanuel.
Puis Alex.
— T'es Sérieux Manu ?
Tu vas apprendre à conduire à Alex ?
Le chaos avec un grand C ?
Alex la pointa immédiatement du doigt.
— Merci.
Enfin quelqu’un de raisonnable.
Luna secoua la tête.
— Alex.... lui, en revanche, il a pas vraiment l'air de vouloir être raisonnable je te signale.
Et si t'as bien capté, j’ai dit que tu étais le chaos.
— C’est affectueux, non sister ?
— Pas du tout mon pot.
Emmanuel referma calmement le capot.
— On va à Klaipėda.
Alex regardait toujours les clés.
— D’accord...
Mais pourquoi elles sont encore dans ma main ?
— Parce que tu conduis.
— Non.
Ça, c’est exactement le problème.
Luna contempla The Beauty.
— Klaudija va le tuer.
— Merci, Luna.
Emmanuel s’appuya contre The Beast.
— Si quelqu’un a fait entrer des véhicules militaires en Lituanie sans être vu...
Il est probablement passé par la mer.
— Donc Klaipėda...
— Oui et ?
— Et donc Vytautas.
— Il connaît le port.
Les cargaisons.
Les équipages.
Les gens qui mentent.
Alex acquiesça doucement.
— Donc on suit des véhicules.
Emmanuel le fixa.
— Leçon numéro un.
Alex ferma les yeux.
— Voilà...
On y est.
Luna sourit.
— Ça m’avait presque manqué.
— Avant la chasse...
Un loup ne court jamais après sa proie.
Il suit d’abord les traces qu’elle a laissées.
Le silence retomba.
Alex réfléchit.
Puis regarda les deux voitures.
— Les véhicules ont forcément laissé une trace.
— Exactement.
— Un bateau.
Une cargaison.
Du carburant.
Des caméras.
Des gens qui ont vu quelque chose.
Emmanuel acquiesça.
— Les hommes mentent.
Les traces...
Beaucoup moins.
Luna hocha lentement la tête.
— Celle-là est bien.
Alex la regarda.
— Tu notes les leçons maintenant ?
— Non.
Je vérifie juste qu’il n’improvise pas.
Emmanuel ouvrit la portière de The Beast.
Alex contempla les clés.
Puis The Beauty.
— Attends...
Si je fais une rayure...
La réponse tomba immédiatement.
— Tu l’expliqueras à Klaudija quand on l’aura ramenée.
Alex pâlit.
— Ah non.
Non, non...
Certainement pas.
Luna éclata de rire.
— Tu as peur d’une femme qui n’est même pas là.
Alex la fixa.
— Tu plaisantes ?
Lui, il fait déjà peur.
Mais Klaudija...
C’est le loup-garou du Nord.
Elle va regarder la rayure...
Puis elle va me regarder moi...
Et personne ne retrouvera mon corps.
— On retrouveras ton corps.
— Merci.
— En plusieurs morceaux.
Alex se tourna vers Emmanuel.
— Tu vois avec quoi je voyage ?
Emmanuel dissimula difficilement un sourire.
— Monte.
Alex inspira profondément.
Puis ouvrit la portière de The Beauty.
Il s’installa derrière le volant.
Regarda le levier de vitesses.
Puis les pédales.
Long silence.
— Sérieux, Manu...
Le chaos.
Tu donnes The Beauty au chaos.
Alex posa une main sur le volant.
— Arrête de m’appeler comme ça.
Emmanuel le regarda.
— Tu es notre chaos.
Le ton avait changé.
Plus calme.
Plus sérieux.
Alex releva les yeux.
— Jusqu’ici, tu étais mon copilote.
Tu tirais.
Tu improvisais.
Tu changeais le cours des événements.
Mais ça ne suffit plus.
Un silence.
— Si un jour je ne peux plus conduire...
Tu dois pouvoir prendre le volant.
Alex ne plaisanta pas.
Pas cette fois.
Il regarda les clés dans sa main.
Puis la route au-delà du hangar.
Luna observa Emmanuel.
Elle avait compris.
— Tu as une idée derrière la tête.
— Toujours, et puis disons que le chaos c'est bien, mais le chaos a grande vitesse... là, que tu viennes d'ici où d'ailleurs, ça fait très très mal...
Alex souffla.
— Ça me rassure pas du tout.
Emmanuel retourna vers The Beast.
Alex posa les mains sur le volant.
— Et si je casse quelque chose ?
— Tu prends un visa et tu vas te cacher en Amazonie.
Alex regarda Luna.
— Il plaisante ?
Elle sourit.
— J'arrive pas à le sentir là.
— Tu arrives pas à le sentir... tu te fous de moi sister ?
The Beast redémarra.
Le V12 rugit dans le hangar.
Alex tourna la clé de The Beauty.
Le moteur s’éveilla à son tour.
Il inspira profondément.
Relâcha l’embrayage.
La voiture bondit.
Luna fixa Alex.
Alex fixa The Beast.
— Tout ça est un très mauvaise idée.
— Oui c'est pour ça qu'elle est bonne d'ailleurs .
— C’est bien le problème avec lui.
Les immenses portes du hangar s’ouvrirent complètement.
The Beast sortit la première.
Quelques secondes plus tard...
The Beauty quitta l’entrepôt à son tour.
Luna était assise à côté d’Alex.
Toujours morte de rire.
— Arrête de rire.
— Je ne ris pas.
— Tu trembles tellement tu ris.
— Regarde la route.
— Je regarde la route !
Devant eux...
The Beast ralentit.
Emmanuel passa un bras par la fenêtre.
Puis leur fit signe d’avancer.
Alex serra le volant.
— Maintenant tu roule vraiment avec moi Bro...
Alex regarda la route.
Puis The Beauty.
Un sourire nerveux apparut.
— Ok... Putain Luna dis moi pas que c'est vrai...avec le Elga ? Et putain arrête de rire tu me stresse carrément sister !
Luna mis sa main dans la poche de sa veste, elle en sortit un paquet de stroumphf Haribo
- Détends toi... un p'tit Schtroumpfs cowboy ?
Alex pris carrément un poignet et l'avala d'un seul trait.
- Tu sais vraiment comment parlé aux hommes sister.
Luna observa le compteur.
— Bon les petits hommes bleu c'est bien , mais Alex, à cette vitesse, on serra à Klaipeda demain soir.
— Je protège la voiture.
— Tu bloques un un polo blanche un litre quatre mec.
Un coup de klaxon retentit derrière eux.
Alex regarda dans le rétroviseur.
— Oh, va te faire foutre...un français en plus.
vous avez une attirance spéciale vous les Français pour venir vous perdre dans ce pays où quoi ?
Luna éclata de rire.
Regarde devant...
The Beast accéléra.
The Beauty la suivit.
Pour la première fois depuis des années...
Les deux voitures reprenaient ensemble la route.
Au même moment là pièce d'Alex et le Rosaire d'Emmanuel se mirent à briller d'un voile etoilè.
Comme si quelque chose venait de se réveiller entre eux.
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