Saison 2 - Épisode 12 - EPEIOS
La pluie tombait toujours.
Une pluie fine.
Silencieuse.
Au loin...
Les gyrophares bleus continuaient de balayer le ciel de Tokyo.
Même à plusieurs dizaines de kilomètres, leurs reflets apparaissaient parfois derrière les nuages.
La chasse continuait.
Toute la région cherchait une seule voiture.
Une Mazda 787b, blanche nacrée.
...
Akira éteignit les néons de la station-service un à un.
Le premier.
Puis le deuxième.
Enfin le dernier.
La vieille enseigne clignota une dernière fois avant de s'éteindre définitivement.
CLOSED.
Les deux chauffeurs routiers montèrent dans leurs camions.
La vieille dame salua Akira d'un signe de la main.
Quelques secondes plus tard...
Le silence.
Seulement le bruit de la pluie.
Nicky terminait son café en observant la route vide.
Elle n'arrivait toujours pas à croire ce qui venait de lui arriver.
En moins de vingt-quatre heures...
Elle était devenue la femme la plus recherchée du Japon et tous les réseauxdu monde entiers’étaientemparésde l’affaire.
Akira passa derrière le comptoir.
Rangea calmement quelques outils.
Puis.
— Tu viens ?
Nicky leva les yeux.
— Où ça ?
Il sourit.
— Voir si ta voiture mérite un petit maquillage discret.
...
Ils traversèrent encore la route jusqu'à la vieille grange.
Le vent faisait danser les hautes herbes.
Akira ne dit rien.
Il s'approcha une nouvelle fois de la Mazda.
Très lentement.
Comme un conservateur entrant dans une salle de musée.
Il fît le tour de la voiture.
Puis une deuxième fois.
Sans jamais la toucher.
Nicky l'observait.
— Tu fais toujours ça ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Il continua d'avancer.
— Les voitures parlent avant qu'on ouvre le capot, bon en l’occurrence ,ici, l’example est mauvais, étant donné que tu me l’a déjà ouvert .
Il s'arrêta devant l'aile avant.
— Celle-ci... Elle est fatiguée.
Il passa un doigt sur une légère rayure.
— Mais elle est fière.
Nicky éclata doucement de rire.
— Tu diagnostiques aussi la personnalité des voitures ?
Akira sourit.
— Seulement des plus intéressantes.
...
Il ouvrit encore le capot.
Et là encore temps sembla s'arrêter.
Plus un mot.
Ses yeux parcouraient chaque détail.
Chaque durite.
Chaque faisceau.
Chaque soudure.
Chaque fixation.
Puis il recula d'un pas.
Releva les yeux vers Nicky.
— Tu peux la démarrer encore une fois ?
— Ok
— Juste quelques secondes, je veux vérifier un truc.
Elle s'installa derrière le volant.
Tourna la clé.
Le quatre-rotors s'éveilla dans un grondement profond.
Toute la grange vibra.
Akira ferma immédiatement les yeux.
Il ne regardait plus rien.
Il écoutait.
Seulement.
Le ralenti.
Les montées légères en régime.
Les vibrations.
Les résonances.
Comme un chef d'orchestre écoutant une symphonie.
Au bout d'une minute...
Il leva la main.
— Coupe.
Le moteur s'éteignit.
Le silence revint.
Akira resta immobile.
Les yeux toujours fermés.
Puis souffla lentement.
— Incroyable...
Nicky descendit de voiture.
— Alors quoi ?
Il rouvrit enfin les yeux.
— Je croyais que ce genre de moteur n'existait plus.
— C'est une Mazda 787b mais elle n’était pas d’origine quand ils l’ont modifiés...
— Non, ça c’est clair.
Il secoua doucement la tête.
— Ça...
Ce n'est pas une simple 787.
C'est autre chose.
Il regarda une nouvelle fois le compartiment moteur.
Il posa délicatement la main sur le bord du capot.
— Ceux qui ont fait ça...
Ce n'est pas des simples mécaniciens...
Il referma lentement le capot.
Puis regarda autour de lui.
— Ici, elle est en sécurité pour quelques heures.
Quelques heures.
Pas plus.
Nicky fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce que je te l’ai déjà dit, si j'étais policier...
Je commencerais par fouiller toutes les vieilles granges du secteur.
Le sourire de Nicky disparut.
— Tu crois qu'ils vont venir jusque-là ?
— Ils viendront partout.
Petit silence.
Puis Akira sortit de sa poche le petit bip de ses clefs.
Il appuya dessus.
Un bruit sourd résonna sous leurs pieds.
CLONK...
Le sol de la grange se mit lentement à vibrer.
Nicky recula d'un pas.
Les bottes de foin commencèrent à glisser toutes seules.
Une vieille armoire rouillée pivota sur elle-même.
Puis...
Le plancher en béton s'ouvrit lentement.
Un immense ascenseur hydraulique apparut dans les entrailles de la terre.
Nicky resta bouche bée.
— C'est quoi ce délire... ?
Akira esquissa un sourire.
— Mon père disait toujours...
Il vaut mieux cacher un trésor sous les yeux de tout le monde que derrière une montagne.
Il monta sur la plateforme.
Puis regarda Nicky.
Allé, on descends.
Au même moment, l’écran central du tableau de bord de la Mazda s'alluma tout seul.
Une voix familière résonna dans les haut-parleurs.
— Ola Amigos, tudo bem ?
Nicky leva immédiatement les yeux au ciel.
— Oh non putain ...
Encore lui...
D’abord...
Du soleil.
Une lumière blanche presque agressive après la pluie japonaise.
Des palmiers agités par le vent.
Une piscine turquoise.
De la musique brésilienne.
Puis le visage de Joe apparut.
Allongé sur un transat.
Lunettes noires.
Chemise ouverte.
Une caipirinha à la main.
Deux jeunes femmes traversèrent l’arrière-plan en string, emportant une bouteille et riant dans une langue que Nicky ne comprit pas.
Joe leva tranquillement son verre.
— Salut, Nicky.
Nicky resta immobile.
Puis regarda autour d’elle.
L’atelier souterrain.
La plateforme hydraulique.
La Mazda derrière elle.
Et enfin Joe, manifestement en vacances au paradis.
— Attends...
Elle s’approcha de l’écran.
— Les filles derrière toi...
Elles sont majeures au moins ?
Joe tourna la tête.
— Camila !
Une des jeunes femmes revint dans le champ.
— Quantos anos você tem?
Elle leva les yeux au ciel.
— Vinte e oito!
Joe regarda Nicky.
— Vingt-huit.
Il désigna l’autre du menton.
— Et Bruna en a trente et un.
La deuxième leva son verre depuis la piscine.
Joe sourit.
— Je sais ce que tu vas dire, oui je suis irresponsable Nicky.
Il but une gorgée.
— Pas suicidaire.
Akira laissa échapper un rire.
Nicky croisa les bras.
— Et t’en as combien, exactement ?
Joe observa autour de lui comme s’il faisait l’inventaire.
— Là, tout de suite ?
— Oui.
— Je préfère ne pas répondre sans avocat.
Nicky secoua la tête.
— T’es vraiment une catastrophe humaine.
— Mais une catastrophe heureuse.
Joe remit ses lunettes.
— C’est important, la nuance.
...
Akira, lui, ne riait plus.
Depuis quelques secondes...
Il fixait l’écran.
Il observait le visage de Joe.
Sa voix.
Sa manière de parler.
Puis son regard glissa vers les données techniques qui apparaissaient sur un second moniteur.
Des plans.
Des schémas.
Des chiffres.
Le sourire d’Akira disparut complètement.
— Attends...
Joe tourna légèrement la tête.
— Quoi ?
Akira s’approcha lentement.
— Ton nom complet.
Joe ne répondit pas immédiatement.
— Pourquoi ?
— Dis-le.
Nicky regarda l’un.
Puis l’autre.
Joe retira doucement ses lunettes.
— Guillet, Jonathan Guillet.
Le silence tomba dans l’atelier.
Akira resta figé.
— Non...
Joe haussa un sourcil.
— Non quoi ?
Akira recula d’un pas.
Comme s’il cherchait à replacer le visage devant lui dans une vieille photographie.
— Jonathan Guillet...
Il secoua lentement la tête.
— Le Jonathan Guillet ?
Joe regarda Nicky.
— J’aime déjà beaucoup ce garçon.
Nicky soupira.
— Quelqu’un peut m’expliquer ?
Akira ne quittait plus l’écran des yeux.
— Les armées ne construisent pas tout elles-mêmes.
— Ah bon ?
— Non.
Il désigna Joe.
— Pour les véhicules standards, oui.
Blindés.
Transport.
Logistique.
Mais quand une unité veut quelque chose qui ne doit pas apparaître dans un catalogue...
Quand elle veut un véhicule capable d’entrer quelque part où aucun véhicule ne devrait entrer...
Ou de ressortir d’un endroit dont personne ne revient...
Akira marqua une pause.
— Elle appelle des gens comme lui.
Joe leva calmement son verre.
— “Des gens comme lui”...
C’est très élégant.
Akira poursuivit.
— Jonathan Guillet a travaillé sur des véhicules que personne n’a jamais photographiés.
Des moteurs silencieux.
Des systèmes de refroidissement capables de fonctionner dans le désert.
Des transmissions conçues pour continuer après une explosion.
Des machines qui ressemblent à des voitures...
Mais qui peuvent faire très mal.
Nicky regarda l’écran.
— C’est vrai, ça ?
Joe haussa les épaules.
— Je suis soumis à plusieurs accords de confidentialité.
— Donc c’est vrai.
— Je n’ai pas dit ça.
— Tu viens exactement de le dire.
— Non.
Il sourit.
— J’ai dit que je ne pouvais pas le dire.
Akira éclata doucement de rire.
— Putain...
Joe pointa un doigt vers lui.
— Maintenant, à mon tour.
Il agrandit l’image d’Akira sur son écran.
— Takamori...
Akira se figea légèrement.
— Oui.
— Akira Takamori ?
— Oui.
Joe se redressa enfin sur son transat.
Les filles, la piscine et la musique semblèrent soudain ne plus exister.
— Le fils de Kenji Takamori ?
Akira baissa les yeux une seconde.
— Ken Takamori.
— Oui...
Ken.
Joe ôta complètement ses lunettes.
— Le moteur K-11 de Suzuka.
Akira releva la tête.
— Tu le connais ?
Joe éclata de rire.
— Le connaître ?
Ton père a fabriqué un moteur atmosphérique qui prenait onze mille tours sans exploser...
Avec des pièces censées ne jamais dépasser huit mille cinq cents.
— Onze mille deux cents.
Joe sourit.
— Exact.
— Pendant douze secondes seulement.
— Douze secondes suffisent pour gagner une course.
Akira acquiesça.
Joe regarda autour de lui.
Les blocs suspendus.
Les établis.
Les moteurs démontés.
— Ton père est toujours là ?
Le visage d’Akira se referma légèrement.
— Non.
Joe comprit immédiatement.
Son sourire disparut.
— Désolé.
Akira hocha simplement la tête.
— Il m’a laissé l’atelier.
Joe observa les lieux une nouvelle fois.
— Non.
Petit silence.
— Il t’a laissé beaucoup plus que ça.
...
Nicky les regardait.
Deux hommes séparés par plus de dix-sept mille kilomètres.
L’un au Brésil.
L’autre dans les profondeurs de la campagne japonaise.
Et pourtant...
Ils parlaient déjà comme s’ils s’étaient attendus toute leur vie.
Joe posa son verre.
— Bon.
Il regarda derrière Akira.
— Montre-moi la voiture.
Akira sourit.
— Avec plaisir.
...
La Mazda reposait sur la plateforme centrale.
La lumière blanche de l’atelier révélait les dégâts de la nuit.
Des impacts sur la carrosserie.
Des traces noires sur les ailes.
Une jante légèrement marquée.
De fines rayures sur le capot.
Mais malgré tout...
Elle semblait encore prête à bondir.
Akira s’approcha.
— Je peux ?
Nicky posa une main sur le toit.
Elle hésita.
Elle venait à peine de rencontrer cet homme.
Quelques heures plus tôt, il était simplement un inconnu derrière le comptoir d’une station-service.
Maintenant...
Elle était dans son atelier secret.
Et sa voiture était recherchée par toutes les polices du Japon.
Elle observa son visage.
Aucune impatience.
Aucune curiosité malsaine.
Seulement ce respect étrange qu’il semblait éprouver pour les machines.
Nicky lui tendit les clés.
— Tu casses quelque chose...
Je te tue.
Akira prit les clés.
— Logique.
Joe leva un doigt depuis l’écran.
— Et si moi je casse quelque chose ?
Nicky le regarda.
— Je te retrouve au Brésil.
Joe se retourna vers la piscine.
— Les filles, préparez les passeports !
...
Akira mis le contact et ouvrit une nouvelle fois le capot.
Puis...
Il ne bougea plus.
Le sourire disparut de son visage.
Ses yeux parcoururent le moteur.
Les conduites.
Les collecteurs.
Les circuits secondaires.
Les boîtiers renforcés.
Les éléments dont Nicky elle-même ignorait l’utilité.
Il se pencha légèrement.
— Quatre rotors parfaitement usinés...
Joe acquiesça.
— Oui.
— Mais pas une architecture classique.
— Non.
— Les chambres ont été retravaillées.
— Entièrement.
Akira suivit une canalisation du regard.
— Triple refroidissement ?
— Principal.
Secondaire.
Et circuit d’urgence indépendant.
Akira regarda l’écran.
— L’urgence fonctionne encore moteur coupé ?
Joe sourit.
— Pendant quatre minutes trente.
— Cinq en supprimant la sécurité thermique.
— Et tu détruis les joints.
— Seulement si elle reste au-dessus de cent vingt degrés.
Joe se redressa.
— Putain...
Nicky les observa.
— Ça commence...
Aucun des deux ne l’écoutait.
Akira passa doucement un doigt près d’un collecteur, sans le toucher.
— Alliage militaire.
— Aéronautique.
— Trop léger pour être de l’acier.
Trop stable pour être du titane pur.
— Composite titane-céramique.
Akira releva brusquement les yeux.
— Ça existe ?
— Maintenant, oui.
Akira laissa échapper un rire incrédule.
— Combien ça coûte ?
Joe réfléchit.
— Tu préfères vraiment ne pas savoir.
Nicky intervint.
— Moi, j’aimerais savoir.
Joe répondit immédiatement :
— Alors toi, encore plus non.
— Pourquoi ?
— Parce que tu conduirais moins bien.
...
Akira se pencha au-dessus du moteur.
Il observa les supports.
Puis frappa très légèrement la structure avec son ongle.
Un son mat.
Presque imperceptible.
— Les supports ne sont pas fixes.
Joe sourit.
— Continue.
Akira frappa une deuxième fois.
Puis une troisième.
— Ils absorbent les vibrations...
Mais pas toutes.
— Exact.
— Vous en conservez certaines pour informer le châssis.
Joe se mit à rire.
Un vrai rire.
Franc.
— Impressionnant.
Nicky fronça les sourcils.
— Informer le châssis de quoi ?
Akira répondit sans la regarder.
— De ce que fait le moteur.
— Il peut pas le savoir tout seul ?
Joe secoua lentement la tête.
— Nicky merde fais un effort s’il te plaît, essais de suivre un peu, merci.
Ta voiture ajuste sa rigidité selon la manière dont tu accélères.
Elle modifie sa réponse selon la route.
La température.
L’adhérence.
Ton angle de volant.
Et même la façon dont tu relâches la pédale.
Nicky regarda la Mazda.
— Ma voiture réfléchit ?
Joe réfléchit.
— Disons qu’elle te connaît.
Akira ajouta :
— En tout cas probablement mieux que toi tu la connais.
— Super.
Nicky croisa les bras.
— Maintenant, ma voiture me juge aussi.
...
Akira demanda :
— Eteins et démarre-la encore.
Nicky s’installa derrière le volant.
Akira resta face au compartiment moteur.
Joe plaça une oreillette.
Les données apparurent sur les écrans.
— Pas plus de deux mille tours, annonça Akira.
Nicky tourna la clé.
Le moteur s’éveilla.
Le son envahit l’atelier souterrain.
Profond.
Métallique.
Puissant.
Mais parfaitement régulier.
Akira ferma les yeux.
Il écouta.
Une première respiration.
Une deuxième.
Puis il leva légèrement la main.
— Mille huit cents.
Nicky appuya doucement.
Le régime monta.
Akira pencha la tête.
Joe observait les courbes sur son écran au Brésil.
— Tu entends quelque chose ? demanda-t-il.
— Oui.
— Où ?
— Admission droite.
Joe agrandit une série de données.
— Je ne vois rien.
— Parce que ce n’est pas une panne.
Akira ouvrit les yeux.
— C’est un choix.
Il s’approcha.
Écouta encore.
— L’air ralentit légèrement au-dessus de sept mille cinq cents.
Joe fronça les sourcils.
— Impossible.
— Lance l’enregistrement de la course.
— Lequel ?
— La sortie du tunnel.
Joe exécuta la commande.
Des dizaines de courbes défilèrent.
Akira suivait le régime moteur comme on suivrait les notes d’une partition.
— Là.
Joe arrêta l’image.
Un minuscule affaissement apparut sur une courbe.
À peine visible.
Joe resta silencieux.
Puis retira lentement son oreillette.
— Tu as entendu ça au ralenti ?
Akira haussa les épaules.
— Le moteur me l’a dit.
Joe se mit à rire.
— Ton père aurait été fier de toi.
Akira ne répondit pas.
Mais son regard changea.
À peine.
...
Nicky coupa le moteur.
Le silence retomba.
— Bon.
Elle descendit.
— Maintenant, vous allez m’expliquer avant de refaire la voiture entière sans mon autorisation.
Joe montra la courbe.
— Akira vient de découvrir que ton admission manque légèrement d’air à très haut régime.
— “Légèrement”, ça veut dire quoi ?
Akira répondit :
— Entre cent quarante et cent quatre-vingts chevaux.
Nicky resta immobile.
— Attends...
J’ai cent quatre-vingts chevaux qui dorment quelque part ?
— Environ.
— Et personne ne l’avait vu ?
Akira regarda Joe.
— Quelqu’un l’avait vu.
Joe comprit.
Il observa la courbe.
Puis le moteur.
— Emmanuel, évidemment.
Akira acquiesça lentement.
— Il a volontairement limité l’admission.
Nicky les regarda tour à tour.
— Pourquoi il aurait fait ça ?
Joe réfléchit quelques secondes.
Puis sourit.
— Parce, je suppose, qu’il savait que tu n’étais pas prête.
Nicky resta silencieuse.
Joe poursuivit.
— Il ne t’a pas donné la voiture à sa puissance maximale on dirait.
Il t’a juste donné exactement ce que tu pouvais contrôler.
Akira posa la main sur le bord du capot.
— Et il a laissé toute la place nécessaire pour la faire évoluer.
Le regard de Joe revint vers Akira.
— Quand elle serait prête, c’est très probablementson plan.
Akira sourit légèrement.
— Ou quand elle rencontrera quelqu’un capable de l’entendre.
Un long silence.
Nicky comprit enfin.
Emmanuel n’avait pas seulement construit une voiture.
Il avait construit une machine destinée à grandir avec elle.
...
Joe reprit :
— Tu peux modifier l’admission ?
— Oui.
— Avec quoi ?
Akira désigna une série de machines au fond de l’atelier.
— Je peux refaire les conduits.
Alléger les collecteurs.
Modifier la pression d’entrée.
Mais pour les pièces thermiques...
Il me manque un composite capable de supporter la charge.
Joe sourit.
— Je connais quelqu’un qui en possède.
— Où ?
Joe regarda Nicky.
— Au Warehouse.
Nicky ferma immédiatement les yeux.
— Évidemment.
Joe continua :
— Emmanuel a conservé plusieurs plaques du composite utilisé sur les véhicules Atlas.
Akira se retourna.
— Atlas ?
Joe eut un petit sourire.
— Longue histoire, qui te concerne d’ailleurs, mais l’histoire est un peu longue.
— J’ai toute la nuit.
— Pas elle.
Joe désigna Nicky.
— Elle doit rentrer.
Nicky ouvrit les yeux.
— Comment ?
Joe regarda Akira.
— Avec lui.
Akira resta surpris.
— Moi ?
— Oui.
— Et la Mazda ?
— Elle reste ici.
Nicky secoua immédiatement la tête.
— Hors de question.
Joe redevint sérieux.
— Nicky.
Ton visage est sur toutes les chaînes.
Ta plaque est connue.
La police cherche cette voiture.
La moitié du Japon et du monde vient d’apprendre le son de son moteur.
Il marqua une pause.
— Si tu repars avec...
Tu ne dépasses pas trois kilomètres.
Nicky regarda sa Mazda.
— Et je la laisse à un type que je connais depuis deux heures ?
Akira ne répondit pas dessuite, puis,
— C’est toi qui décides.
Nicky regarda les clés.
Puis Akira.
Il n’essayait pas de la convaincre.
Il ne lui promettait rien.
Il lui laissait seulement le choix.
Elle referma doucement ses doigts autour des clés.
Puis les lança vers lui.
— Garde-les.
Akira les prit.
— Elle ne bougera pas sans toi.
Joe leva la main.
— Techniquement...
Moi, je peux la bouger à distance.
Nicky se retourna vers l’écran.
— Joe putain.
— Oui ?
— Ferme ta gueule.
— Compris princesse.
...
Akira appuya sur une commande.
La plateforme centrale commença lentement à descendre.
Sous le premier atelier...
Un second niveau apparut.
Plus vaste encore.
Des moteurs alignés sous des bâches.
Des carrosseries inconnues.
Des châssis sans plaques.
Des pièces provenant de véhicules que Nicky ne reconnut pas.
Au fond...
Une place vide.
Akira y fit descendre la Mazda.
Puis une paroi métallique coulissa devant elle.
La voiture disparut entièrement.
Même le sol se referma.
Plus rien ne permettait de savoir qu’elle se trouvait là.
Nicky observa Akira.
— Qu’est-ce que tu fabriques exactement ici ?
Il regarda les formes cachées sous les bâches.
— Des trucs... Avec des machins qui ne roulent pas encore.
Depuis l’écran, Joe sourit.
— Je savais qu’il me plairais beaucoup.
Akira releva les yeux.
— On reparlera de la Mazda ?
Joe remit ses lunettes.
— Chaques choses en son temps.
— Et de ton travail pour l’armée ?
— Jamais.
Akira sourit.
— Ça veut dire oui.
— Tu apprends vite.
...
Joe reprit son verre.
La musique brésilienne envahit à nouveau l’écran.
Camila passa derrière lui et posa un chapeau sur sa tête.
— Bon voyage, Nicky.
Elle le regarda.
— Toi, profite bien de ta... réunion.
Joe leva son verre vers les femmes près de la piscine.
— Elle risque d’être longue.
Nicky secoua la tête.
— Joe...
Joe sourit.
— Après les péripéties de Caparica, j’ai aussi droit à des congés quand même.
Puis il regarda Akira.
Son ton changea.
— Ramène-la au Warehouse.
Mais ne prends pas la nationale.
La police vient d’installer deux barrages au nord.
Akira acquiesça.
— Je connais les routes agricoles.
Joe se tourna vers Akira.
— Et prépare-toi.
— À quoi ?
Joe but une dernière gorgée.
— À rencontrer Emmanuel.
L’écran s’éteignit.
...
Quelques minutes plus tard...
Akira referma l’atelier.
La Mazda dormait désormais sous plusieurs mètres de terre.
Invisible.
Protégée.
Nicky monta dans un vieux pick-up japonais garé derrière la station-service.
Le moteur toussa deux fois avant de démarrer.
Elle regarda Akira.
— Sérieusement ?
Il passa la première.
— Il a quatre cent mille kilomètres.
— Ça s’entend.
— Il n’est jamais tombé en panne.
— Ça, j’ai plus de mal à le croire.
Le pick-up s’engagea sur une petite route noyée dans la campagne.
Derrière eux...
La station-service disparut.
Le vieux pick-up avançait lentement sous la pluie.
Les essuie-glaces grinçaient.
À gauche.
À droite.
À gauche.
Toujours avec une seconde de retard.
Nicky regardait les lumières de Tokyo grossir derrière le pare-brise.
Depuis sa sortie des tunnels, elle n’avait presque pas dormi.
Elle avait fui la police.
Défié l’un des meilleur pilote de la ville et sûrement du monde.
Découvert qu’un fantôme pouvait s’asseoir à côté d’elle.
Confié sa Mazda à un homme qu’elle connaissait depuis quelques heures.
Et maintenant...
Elle retournait voir Emmanuel.
Plus elle approchait du Warehouse...
Plus sa colère remontait.
Akira conduisait sans parler.
De temps en temps, il jetait un regard vers elle.
Pas pour la surveiller.
Pour vérifier qu’elle tenait encore debout.
Nicky faisait tourner la bague autour de son doigt.
Encore.
Encore.
Encore.
— Il savait.
Akira tourna légèrement la tête.
— Qui ?
— Emmanuel.
— Quoi ?
Elle regarda droit devant elle.
— Tout.
Akira ne posa pas d’autre question.
Il connaissait les moteurs.
Il savait reconnaître le moment où il ne fallait surtout pas forcer une mécanique déjà sous pression.
Le pick-up quitta la route principale.
Il s’enfonça entre les bâtiments industriels abandonnés.
La pluie frappait les conteneurs.
Les rails rouillés.
Les vitres brisées.
Puis le Warehouse apparut.
Immense.
Noir.
Silencieux.
Aucune voiture devant.
Aucune lumière visible.
Akira coupa le moteur.
Nicky ouvrit immédiatement la portière.
— Attends.
Elle se retourna.
— Quoi ?
Akira regarda le bâtiment.
— Je viens avec toi.
— Non.
— Tu m’as amené une voiture recherchée par toutes les polices du Japon.
Il désigna le Warehouse du menton.
— Joe m’a demandé de te ramener ici.
Et l’un des homme qui a conçu cette Mazda possède peut-être les pièces dont j’ai besoin.
Il ouvrit sa portière.
— Alors je viens.
Nicky le fixa.
— Je risque de lui casser la gueule.
Akira descendit calmement.
— Je resterai derrière.
— Pourquoi ?
— Pour voir s’il sait encaisser aussi bien qu’il sait construire des voitures.
Malgré elle...
Nicky eut un léger sourire.
Il disparut presque aussitôt.
Ils traversèrent ensemble le terrain détrempé.
Nicky poussa la grande porte métallique.
Le grincement résonna dans tout le Warehouse.
À l’intérieur...
Une seule lampe était allumée.
Suspendue très bas.
Comme dans une salle d’interrogatoire.
Sous cette lumière...
Emmanuel était assis.
Seul.
Devant son échiquier.
Le rosaire entourait son poignet gauche.
Dans sa main droite...
Une pièce noire.
Il ne leva pas les yeux.
— Tu as mis plus de temps que prévu.
La mâchoire de Nicky se crispa.
— Toi...
Emmanuel posa calmement la pièce sur l’échiquier.
CLAC.
— Bonsoir, Nicky.
Puis seulement...
Il leva les yeux vers Akira.
— Bonsoir, Akira Takamori.
Akira s’immobilisa.
Nicky tourna brusquement la tête vers lui.
Puis vers Emmanuel.
— Vous vous connaissez ?
Akira ne quittait plus Emmanuel des yeux.
— Euh...Non.
Emmanuel acquiesça légèrement.
— Disons, pas encore.
Nicky fit un pas vers lui.
— Comment tu connais son nom ?
Emmanuel observa Akira.
— Fils de Ken Takamori.
Ancien ingénieur moteur.
Vainqueur à Suzuka avec un bloc qui n’aurait jamais dû terminer la course.
Akira ne bougea plus.
Emmanuel poursuivit :
— Apprenti à douze ans.
Première reconstruction complète d’un moteur à quinze ans.
Refus de trois offres de constructeurs japonais.
Disparition des circuits officiels après la mort de son père.
Il désigna vaguement la direction de la campagne.
— Puis une station-service.
Une vieille grange semblet’il.
Deux ateliers superposés.
Et plusieurs véhicules qui n’existent sur aucun registre.
Akira resta silencieux.
Nicky le regarda.
— Il vient de résumer ta vie ?
Akira répondit lentement :
— Une partie que presque personne ne connaît, flippant.
Emmanuel reprit :
— Tu as aussi remarqué le manque d’air au-dessus de sept mille cinq cents tours.
Cette fois...
Akira eut un véritable mouvement de recul.
— Comment tu...
Emmanuel désigna l’échiquier.
— Tu n’es pas le seul à savoir écouter une machine.
Akira observa longuement le rosaire.
Puis le visage d’Emmanuel.
— Et vous saviez que Nicky viendrait chez moi ?
— Non.
— Alors comment savez-vous déjà tout ça ?
Emmanuel eut un léger sourire.
— Parce que lorsque Nicky est entrée dans ta station...
Joe m’a contacté pour me montrer son nouveau Longboard .
Joe ne prononce jamais un nom sans ouvrir un dossier.
Akira acquiesça lentement.
— Jonathan Guillet...
— Exact.
— Il parle beaucoup.
— Seulement quand il est au Brésil.
Nicky frappa violemment la porte derrière elle.
— Vous avez fini ?
Le son traversa tout le Warehouse.
Emmanuel reposa les yeux sur elle.
— Probablement pas.
— Toute la police de Tokyo me cherche !
— Je sais.
— Des hélicoptères m’ont poursuivie !
— Je sais.
— J’ai failli mourir dans ces tunnels bordel !
— Non.
Elle s’arrêta.
— Non, tu délires ?
Emmanuel releva légèrement le menton.
— Tu as eu peur de mourir.
Ce n’est pas la même chose.
Nicky traversa le Warehouse à grands pas.
— Espèce de...
Elle arma son poing.
Akira eut juste le temps de faire un mouvement.
Luna apparut derrière Emmanuel.
Bras croisés.
Un sourire déjà au coin des lèvres.
Nicky frappa.
...
Emmanuel fit glisser son pouce sur une seule perle du rosaire.
TIC.
Le poing de Nicky s’immobilisa.
À quelques centimètres de son visage.
Tout son corps se figea.
Ses jambes.
Ses épaules.
Sa mâchoire.
Même sa respiration devint presque imperceptible.
Seuls ses yeux pouvaient encore bouger.
Ils descendirent vers le rosaire.
Puis revinrent vers Emmanuel.
Akira resta pétrifié.
— Qu’est-ce que...
Luna éclata de rire.
— Elle a toujours autant de finesse.
Emmanuel regarda le poing suspendu devant lui.
— Le mouvement est bon pourtant.
L’épaule est juste un peu trop haute.
Luna s’approcha de Nicky.
— Et elle prévient trois secondes avant de frapper.
Nicky tenta de parler.
Aucun son ne sortit.
Akira fit un pas.
— Relâchez-la.
Emmanuel tourna légèrement la tête vers lui.
— Tu protégerais une femme capable de te tuer ?
Akira répondit sans hésiter :
— Elle m’a confié sa voiture.
Petit silence.
Emmanuel eut un très léger sourire.
— Bonne réponse.
Il fit glisser la perle en sens inverse.
Le corps de Nicky se libéra brutalement.
Elle recula en reprenant son souffle.
— Tu pouvais faire ça depuis le début ?
Emmanuel remit tranquillement le rosaire autour de son poignet.
— Oui.
— Et tu m’as laissée te frapper pendant des semaines ?
— Tu en avais besoin.
Luna leva un doigt.
— Et parfois, il le méritait.
Emmanuel tourna légèrement la tête vers elle.
Luna sourit innocemment.
Akira observa l’espace vide derrière Emmanuel.
Il ne voyait rien.
Mais il avait parfaitement remarqué qu’Emmanuel venait de regarder quelqu’un.
Nicky observa son poignet.
La peau sous le rosaire avait pâli.
Une fine ligne sombre remontait légèrement le long de sa veine.
Puis elle disparut.
Emmanuel referma sa manche.
Trop tard.
Nicky l’avait vue.
Akira aussi.
Mais aucun des deux ne posa de question.
Pas encore.
— Pourquoi ? demanda Nicky.
Emmanuel se leva.
— Pourquoi quoi ?
— Pourquoi tu m’as envoyée là-bas ?
— Je ne t’ai envoyée nulle part.
— Arrête !
Elle frappa violemment la table du plat de la main.
Les pièces tremblèrent.
Une seule tomba.
Un cavalier blanc.
Il roula sur le bois.
Puis s’immobilisa près du bord.
Nicky baissa les yeux.
Pour la première fois...
Elle regarda réellement l’échiquier.
Les pièces blanches.
Les pièces noires.
Le jeu était presque terminé.
Mais quelque chose clochait.
Aucun adversaire ne se trouvait en face d’Emmanuel.
— Tu joues contre qui ?
— Moi-même.
Nicky releva les yeux.
— Depuis quand ?
— Depuis ton arrivée à Tokyo.
Akira s’approcha légèrement du plateau.
Certaines positions semblaient impossibles.
Comme si plusieurs parties avaient été superposées.
Une tour noire isolée à l’est.
Trois pions blancs avancés en territoire ennemi.
Une reine enfermée derrière sa propre défense.
Deux cavaliers disparus.
Un roi presque encerclé.
À côté de l’échiquier...
Il y avait la sculpture.
Un petit cheval de bois sombre.
Nicky l’avait déjà vue des dizaines de fois.
Posée là.
Silencieuse.
Sans jamais y prêter attention.
Elle fronça les sourcils.
— Ce cheval...
Emmanuel suivit son regard.
— Il a toujours été là.
— Je sais.
— Non.
Il s’approcha de la table.
— Tu l’as toujours regardé.
Mais tu ne l’avais jamais véritablement vue.
Akira observa la sculpture.
— Un cheval de Troie.
Emmanuel leva les yeux vers lui.
— Ton père t’a appris autre chose que la mécanique, bien.
— Il disait qu’un moteur cache toujours sa pièce la plus importante.
Emmanuel posa deux doigts sur la sculpture.
— Il avait raison.
Un léger mécanisme se déclencha.
CLIC.
Le ventre du cheval s’ouvrit.
À l’intérieur...
Plusieurs cartes mémoire.
Un petit émetteur.
Et une série de minuscules plaques noires couvertes de symboles.
Nicky resta immobile.
— C’est quoi ?
Emmanuel retira une première carte.
Il la posa près d’un pion noir.
Un écran mural s’alluma.
Des images apparurent.
La course clandestine.
Les véhicules des Yakuza.
Les visages des organisateurs.
Les plaques d’immatriculation.
Les communications cryptées.
Les itinéraires.
Les lieux de rendez-vous.
Une seconde carte.
Atlas.
Des mouvements de véhicules.
Des transferts d’armes.
Des gardes déplacés.
Des entrepôts ouverts pendant quelques minutes.
Des noms.
Des comptes.
Des sociétés écrans.
Les connexions avec Origine.
Une troisième carte.
La police japonaise.
Les barrages.
Les unités engagées.
Les fréquences prioritaires.
Les caméras activées.
Les quartiers volontairement laissés sans surveillance.
Puis...
Une carte complète de Tokyo apparut.
Des centaines de lignes lumineuses parcouraient la ville.
Routes.
Tunnels.
Réseaux souterrains.
Zones de surveillance.
Passages oubliés.
La ville entière mise à nu.
Nicky recula lentement.
— Qu’est-ce que...
Emmanuel sortit la dernière carte.
Sur l’écran apparut la Mazda.
Son parcours complet.
Depuis le départ de la course...
Jusqu’à la station-service d’Akira.
Akira reconnut même la route agricole.
Le vieux pont.
La grange.
Puis la voiture disparut de la carte.
Exactement au moment où il avait coupé ses systèmes.
Il se tourna vers Emmanuel.
— Vous avez perdu sa trace chez moi.
— Oui.
— Pourtant, vous saviez où elle était.
— Non.
Emmanuel désigna Akira.
— Je savais seulement qui pouvait faire disparaître une telle voiture dans cette région.
Akira comprit.
— Vous avez identifié le son du moteur enregistré près de la station.
— Puis l’absence totale de signal.
— Et vous avez cherché le seul mécanicien capable de bloquer les systèmes embarqués sans les détruire.
— Exactement.
Akira regarda Nicky.
— Il ne savait pas.
Nicky fixait toujours Emmanuel.
— Mais il a trouvé.
Emmanuel acquiesça.
— Parce que tu as trouvé Akira.
...
Il se tourna vers l’écran.
— Tout le monde te cherchait.
Les Yakuza te cherchaient.
Atlas, Origine, te cherchaient.
La police te cherchait.
Les pilotes te cherchaient.
Même ceux qui ignoraient ton nom ont commencé à suivre ton ombre.
Nicky fixa la carte.
— Tu m’as suivie...
— Non.
Emmanuel remit la carte dans le ventre du cheval.
— Je les ai suivis.
Silence.
— À travers toi.
...
Luna ne souriait plus.
Elle observait Nicky avec une gravité inhabituelle.
Emmanuel prit le cavalier blanc tombé au sol.
— Depuis des mois, ces organisations vivent cachées.
Elles communiquent peu.
Elles déplacent rarement leurs hommes.
Elles n’utilisent jamais deux fois les mêmes routes.
Elles ne réagissent qu’en cas de menace.
Il replaça le cavalier sur le plateau.
— Il fallait donc leur donner une menace.
Nicky secoua lentement la tête.
— La Mazda.
— Trop visible.
Trop rapide.
Impossible à ignorer.
— La course...
— Un appel.
— Les données...
— Un appât.
— La police...
— Une pression supplémentaire.
Nicky serra les poings.
— Et moi ?
Emmanuel la regarda.
— Le cheval.
...
Le mot sembla traverser tout le Warehouse.
Nicky regarda la sculpture.
Puis l’échiquier.
Puis la carte de Tokyo.
Elle comprit.
Pas tout.
Pas encore.
Mais suffisamment pour que sa colère se transforme en quelque chose de plus froid.
— Le cheval de Troie...
Emmanuel acquiesça.
— Ils ont tous cru que tu essayais d’entrer dans leur monde.
Petit silence.
— Ils n’ont jamais compris que c’était leur monde qui entrait dans le tien.
Il toucha l’écran.
Tous les itinéraires convergèrent.
Les Yakuza.
Atlas.
Origine.
La police.
Les réseaux clandestins.
Les tunnels.
Tout formait désormais une immense toile autour de Tokyo.
— En te poursuivant...
Ils ont ouvert leurs portes.
Déplacé leurs hommes.
Appelé leurs alliés.
Révélé leurs refuges.
Activé leurs systèmes.
Ils ont montré ce qu’ils protégeaient.
Et surtout...
Emmanuel agrandit une zone sombre de la carte.
Un immense complexe souterrain apparut sous la baie de Tokyo.
— Ils m’ont montré où regarder.
Nicky fixa le complexe.
— C’est quoi ?
Emmanuel ne répondit pas.
Luna baissa les yeux vers l’endroit.
Même elle semblait inquiète.
Akira s’approcha de l’écran.
Il observa la structure.
Les galeries.
Les accès.
Les conduites.
Puis il fronça les sourcils.
— Ce n’est pas seulement une base.
Emmanuel le regarda.
— Non.
— C’est un réseau de transport à l’origine.
— Oui.
— Certaines galeries sont suffisamment larges pour des véhicules lourds.
Emmanuel acquiesça.
— Ton père avait-il déjà vu cette architecture ?
Akira releva les yeux.
— Pourquoi vous me demandez ça ?
— Parce qu’il a travaillé pendant deux ans sur un projet dont il n’a jamais parlé.
Le visage d’Akira se ferma.
— Comment vous savez ça ?
Emmanuel fit apparaître une photographie.
Ken Takamori.
Plus jeune.
Devant un prototype entièrement recouvert d’une bâche noire.
À côté de lui...
Des hommes portant l’emblème d’Atlas.
Akira resta figé.
— Non...
Emmanuel agrandit l’image.
Sur la table derrière Ken...
Un plan ressemblait exactement aux galeries sous la baie.
— Ton père n’a pas quitté les circuits uniquement par choix.
Akira s’approcha encore.
— Vous êtes en train de dire qu’Atlas le connaissait ?
— Je suis en train de dire que ton père a construit quelque chose pour eux.
— Quoi ?
Emmanuel éteignit l’écran.
— C’est ce que nous allons découvrir.
Akira resta face au noir.
Toute sa vie...
Il avait cru connaître les silences de son père.
Il comprenait maintenant que certains n’étaient pas ceux d’un homme secret.
Mais ceux d’un homme qui avait peur.
Nicky regarda Emmanuel.
— Tu savais même ça sur lui ?
— Je savais qu’il existait un lien.
Il regarda Akira.
— Maintenant, je sais pourquoi Nicky devait te rencontrer.
Akira se retourna.
— Vous venez de dire que vous ne l’aviez pas prévu.
— Je ne l’avais pas prévu, enfin presque.
Petit silence.
— Mais certaines pièces entrent dans une partie sans qu’aucun joueur ne les ait déplacées.
Nicky leva les yeux au ciel.
— Tu recommences avec tes phrases de vieux moine sous opium.
Luna étouffa un rire.
Emmanuel resta parfaitement sérieux.
— Celle-là était pourtant bonne.
— Emmanuel !
...
Nicky fit le tour de la table.
— Donc tout était prévu ?
— Non.
— Tu viens de me montrer que tout était prévu !
— J’avais préparé le plateau.
Pas la partie.
Il désigna les pièces.
— Je savais que les Yakuza réagiraient.
Je savais qu’Atlas et Origine observeraient.
Je savais que la police fermerait certaines routes et en négligerait d’autres.
Mais je ne savais pas comment tu conduirais.
Je ne savais pas que tu prendrais les tunnels.
Je ne savais pas que tu rencontrerais Akira.
Akira regarda la carte désormais éteinte.
— Elle aurait pu mourir.
Emmanuel se tourna vers lui.
— Oui.
— Vous dites ça très calmement.
— La peur ne modifie pas ce qui s’est passé.
— Elle peut modifier ce qu’on décide de faire ensuite.
Emmanuel observa Akira.
Un long silence passa entre eux.
— Ton père disait la même chose.
Akira se figea.
— Vous l’avez connu ?
— Une fois.
— Où ?
— Dans un endroit où aucun de nous n’aurait dû se trouver.
Akira attendit la suite.
Elle ne vint pas.
— Il vous a parlé de moi ?
Emmanuel regarda le jeune homme.
— Il a parlé d’un fils qui entendait les moteurs avant même de savoir lire.
Akira baissa les yeux.
Pour la première fois depuis son arrivée...
Il sembla perdre pied.
Emmanuel reprit doucement :
— Il était fier de toi.
Akira releva les yeux.
Il ne répondit pas.
Mais son visage avait changé.
...
Nicky saisit le cheval de bois.
— Tu m’as utilisée.
Emmanuel ne répondit pas immédiatement.
Le silence devint lourd.
Nicky sentit sa gorge se serrer.
— Tu m’as laissée croire que je faisais tout ça pour moi.
Que je gagnais cette course pour moi.
Que je devenais plus forte.
Que je...
Sa voix trembla.
— Que tu avais confiance en moi.
Emmanuel s’approcha lentement.
— Je ne t’ai pas utilisée.
— C’est exactement ce que tu as fait !
— Non.
Il posa une main sur le cheval qu’elle tenait.
— Je t’ai confié la seule place du jeu que personne d’autre ne pouvait occuper.
— Jolie manière de dire la même chose.
— Une pièce utilisée n’a pas le choix.
Il regarda sa bague.
— Toi, tu l’as toujours eu.
Nicky resta silencieuse.
— Tu pouvais abandonner la course.
Tu pouvais laisser la Mazda.
Tu pouvais demander à Joe de te sortir de la ville.
Tu pouvais retirer cette bague.
Tu pouvais revenir ici à chaque instant.
Mais tu ne l’as pas fait.
— Parce que je ne savais pas !
— Parce que tu es allée jusqu’au bout.
Emmanuel se pencha légèrement vers elle.
— Je n’avais pas besoin d’un pion.
J’avais besoin de quelqu’un capable d’improviser lorsque tout le plan s’écroulerait.
— Le plan ne s’est pas écroulé.
— Dès la première heure.
Nicky le fixa.
Emmanuel désigna l’écran éteint.
— Tu as changé d’itinéraire.
Joe a perdu le contrôle de la Mazda pendant quarante-sept secondes.
Atlas et les hommes d’origines sont intervenus plus tôt que prévu.
La police a déployé trois fois plus d’unités.
Et tu es entrée dans des tunnels qui ne figuraient sur aucune carte moderne.
Il marqua une pause.
— À partir de là...
Je n’ai plus dirigé la partie.
— Alors qui ?
Emmanuel la regarda droit dans les yeux.
— Toi.
...
Nicky ne trouva rien à répondre.
Akira, lui, observa le cavalier posé sur le plateau.
Il comprenait enfin pourquoi Emmanuel n’avait pas empêché les imprévus.
Il les attendait.
Pas parce qu’il savait ce qui se produirait.
Mais parce qu’il avait choisi une personne capable de leur survivre.
Emmanuel reprit doucement le cheval entre ses doigts.
— Le cheval de Troie n’est pas puissant parce qu’on le fait entrer dans la cité.
Il est puissant parce que ceux qui sont à l’intérieur ignorent ce qu’il transporte.
Il referma le mécanisme.
CLIC.
— Toi...
Tu transportais leur peur.
Leur arrogance.
Leur besoin de contrôle.
Ils n’ont pas poursuivi une jeune femme.
Ils ont poursuivi tout ce qu’ils ne pouvaient pas comprendre.
Il reposa le cheval près de l’échiquier.
— Et pendant qu’ils te regardaient...
Ils ont oublié de regarder ailleurs.
Nicky contempla le plateau.
— Qui a gagné ?
Emmanuel observa les positions.
— Personne.
— La partie est presque finie.
— Presque.
Il prit la reine blanche.
La déplaça d’une case.
Puis saisit le cavalier noir.
— Un jeu n’est pas gagné avec le premier mouvement.
Il posa le cavalier derrière le roi blanc.
— Il est gagné lorsque ton adversaire croit encore qu’il est en train de jouer.
CLAC.
Échec et mat.
Toutes les lumières du Warehouse s’éteignirent.
Une seule resta allumée.
Celle au-dessus de l’échiquier.
Sur l’écran mural...
Une série de visages apparut soudain.
Chefs yakuza.
Agents d’Origine et paramilitaires d’Atlas.
Policiers corrompus.
Pilotes.
Intermédiaires, fixers.
Hommes politiques.
Banquiers verreux.
Puis des lignes rouges les relièrent entre eux.
Au centre...
Un nom.
ORISHIMA.
Nicky leva lentement les yeux.
Le bar.
Sato Orishima.
L’endroit où tout avait commencé.
L’endroit où Emmanuel était entré à Tokyo avec son rosaire.
Luna regarda le nom.
Son visage se figea.
— Emmanuel...
Il ne répondit pas.
Nicky se tourna vers lui.
— Orishima est impliqué ?
Emmanuel contempla l’écran.
— Orishima n’est pas impliqué.
Il prit le roi noir entre ses doigts.
— Orishima est la porte, Tokyo notre terrain de jeux.
L’écran s’éteignit.
La lumière revint progressivement.
Nicky regardait Emmanuel.
Sa colère n’avait pas disparu.
Mais autre chose prenait sa place.
La fatigue.
La peur accumulée.
Les heures passées à conduire sans savoir si chaque virage serait le dernier.
Le visage de Luna dans le tunnel.
Les hélicoptères.
Les sirènes.
L’ombre d’Emmanuel derrière chaque décision.
Elle voulut parler.
Aucun mot ne sortit.
Sa respiration se brisa.
Emmanuel le vit.
Il ne fit pas un pas.
Il ne tendit pas les bras.
Il attendit.
Comme toujours.
Il la laissait choisir.
Nicky baissa la tête.
— Je t’ai détesté.
— Je sais.
— J’ai vraiment voulu te frapper.
— Je sais.
Luna regarda le poing de Nicky.
— Elle veut encore un peu.
Nicky eut un rire nerveux.
Puis ses yeux se remplirent de larmes.
Elle tenta de les retenir.
Une seconde.
Deux secondes.
Puis abandonna.
Elle traversa la distance qui la séparait d’Emmanuel.
Et se jeta contre lui.
Emmanuel resta surpris.
À peine une fraction de seconde.
Puis ses bras se refermèrent autour d’elle.
Pas comme un maître.
Pas comme un stratège.
Pas comme l’homme qui venait de manipuler toute une ville.
Comme un père.
Nicky agrippa sa veste.
Elle pleurait sans bruit.
Toute sa colère se vidait enfin.
Toute sa peur.
Toute cette force qu’elle avait dû conserver pour ne pas s’effondrer au volant.
Emmanuel posa une main derrière sa tête.
— Tu as été parfaite.
Nicky secoua le visage contre son épaule.
— Non.
— Non effectivement.
Il recula légèrement pour la regarder.
— Tu as été meilleure que mon plan.
Elle eut un petit rire entre deux larmes.
— C’est le compliment le plus tordu que j’ai entendu.
— C’est pourtant le plus sincère.
Akira détourna légèrement les yeux.
Par respect.
Mais il comprit, à cet instant précis, ce qu’ils étaient l’un pour l’autre.
Ce n’était pas un maître et son élève.
C’était un homme incapable de dire qu’il aimait.
Et une jeune femme qui venait enfin de comprendre qu’elle avait trouvé une famille.
Derrière Emmanuel...
Luna les observait.
Son sourire avait disparu.
Ses yeux brillaient.
Nicky resta quelques secondes dans les bras d’Emmanuel.
Puis se détacha doucement.
Elle essuya son visage avec sa manche.
— Apprends-moi.
Emmanuel ne répondit pas.
— Pas à conduire.
Pas à frapper.
Pas à anticiper un coup.
Elle regarda l’échiquier.
Puis le cheval.
— Apprends-moi à voir la partie.
Emmanuel l’observa longuement.
— Tu n’es pas prête.
Nicky acquiesça.
— Je sais.
— C’est pour ça que je te le demande.
Luna se trouvait derrière Emmanuel.
Nicky toucha sa bague.
— Je veux aussi la revoir.
Emmanuel ne bougea pas.
— Luna.
Akira regarda l’espace vide.
Puis Nicky.
Puis Emmanuel.
Il comprit enfin.
Pas la mécanique.
Pas le pouvoir.
Simplement la présence.
Quelqu’un se tenait là.
Quelqu’un qu’il ne pouvait pas voir.
Nicky poursuivit :
— Je veux pouvoir la voir sans attendre que cette bague décide pour moi.
Emmanuel regarda Luna.
Aucun mot.
Luna le regarda à son tour.
Elle fit un infime mouvement des yeux vers Nicky.
Emmanuel fronça légèrement les sourcils.
Luna insista.
Un petit sourire.
Puis il acquiesça.
Une fois.
Emmanuel baissa très légèrement la tête.
Toute la conversation dura moins de trois secondes.
Nicky observa.
— Vous venez encore de faire ça.
Emmanuel se tourna vers elle.
— Faire quoi ?
— Parler sans parler.
Luna sourit.
Nicky regarda l’endroit où elle se trouvait.
— Elle est là, je le sais.
Ce n’était donc plus une question.
Emmanuel acquiesça.
— Oui.
Akira sentit un frisson traverser son dos.
Il fixa l’espace vide.
Puis dit doucement :
— Bonsoir, Luna.
Luna tourna la tête vers lui.
Surprise.
Emmanuel regarda Akira.
— Tu ne peux pas la voir.
— Non.
Akira garda les yeux au même endroit.
— Mais je sais reconnaître une présence qui change le silence d’une pièce.
Luna sourit.
— Lui...
Je l’aime bien.
Emmanuel répondit sans la regarder :
— Elle dit qu’elle t’aime bien.
Akira eut un léger sourire.
— C’est déjà mieux que la plupart de mes rencontres.
Les yeux de Nicky se remplirent à nouveau de larmes.
Mais cette fois...
Elle souriait.
— Elle a dit quoi sur moi ?
Emmanuel regarda Luna.
— Que tu es insupportable.
Nicky éclata de rire.
Luna protesta immédiatement :
— Je n’ai jamais dit ça !
Emmanuel poursuivit :
— Mais que tu mérites une chance.
Luna croisa les bras.
— Ça, oui.
Nicky ne pouvait entendre sa voix.
Mais elle lut quelque chose dans l’expression d’Emmanuel.
Quelque chose de doux.
Presque fier.
— Merci, Luna.
Luna resta immobile.
Puis posa une main invisible contre la joue de Nicky.
La bague se mit à chauffer.
Nicky ferma les yeux.
Pendant une seconde...
Elle sentit quelque chose.
Un souffle.
Une présence.
Une chaleur qui ne venait pas de ce monde.
Elle se mit à sourire comme si une partie d’elle avait compris.
Emmanuel retourna vers l’échiquier.
Il renversa toutes les pièces.
Blanches.
Noires.
Rois.
Reines.
Tours.
Pions.
Le bruit résonna comme une avalanche miniature.
Nicky fronça les sourcils.
— Pourquoi tu fais ça ?
— La partie est terminée. Maintenant une autre commence.
Il remit seulement quatre éléments sur le plateau.
Le roi noir.
Le cheval de bois.
Un pion solitaire au centre.
Et une tour grise, légèrement à l’écart.
Akira regarda la tour.
— C’est moi ?
Emmanuel releva les yeux vers lui.
— Tu construis.
Tu protèges.
Tu restes immobile jusqu’au moment où il faut traverser tout le plateau.
Akira observa la pièce.
— Une tour ne saute pas les murs.
— Non.
Emmanuel désigna Nicky.
— C’est pour cela qu’elle aura besoin de toi.
Nicky regarda le pion.
— Et ça, c’est moi ?
Emmanuel prit la pièce entre ses doigts.
— Ça l’était.
Il la retira du plateau.
Puis choisit un cavalier.
Il le posa à la place du pion.
Nicky resta silencieuse.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Emmanuel tourna le cavalier vers le roi noir.
— Qu’un pion avance en ligne droite.
Il ne voit que ce qui se trouve devant lui.
Il ne peut jamais reculer.
Et tout le monde sait où il ira ensuite.
Il lâcha la pièce.
— Le cavalier, lui...
Passe au-dessus des murs.
Attaque depuis des angles impossibles.
Et personne ne sait jamais exactement où il va apparaître.
Nicky observa le cavalier.
— Blanc ou noir ?
Emmanuel eut un léger sourire.
— Demain...
Tu choisiras.
Akira regarda sa tour grise.
— Et moi ?
Emmanuel se dirigea vers les grandes fenêtres.
— Toi...
Tu vas terminer ce que ton père avait commencé.
La pluie s’était arrêtée.
Tokyo brillait au loin.
Gigantesque.
Vulnérable.
Comme si toute la ville ignorait encore qu’elle venait de perdre une partie dont elle n’avait jamais connu les règles.
Emmanuel resta face aux lumières.
Luna à sa droite.
Nicky derrière eux.
Akira près de l’échiquier.
Quatre êtres réunis par une partie dont un seul connaissait encore les véritables enjeux.
Un vivant qui parlait aux morts.
Une morte qui refusait de disparaître.
Une jeune femme qui commençait enfin à voir au-delà du monde visible.
Et un mécanicien qui venait de découvrir que les secrets de son père dormaient sous Tokyo.
Nicky s’approcha.
— Alors...
Demain, on commence quoi ?
Emmanuel regarda le reflet de Tokyo dans la vitre.
— Jusqu’à maintenant...
Je t’ai appris à survivre.
Il fit glisser lentement une perle du rosaire.
— Demain... Jolie corbeau blanc
Je t’apprends à devenir un Samouraï, une sorcière... et à entrer dans la cité.
Très loin de là...
Sous la baie de Tokyo...
Dans une salle plongée dans l’obscurité...
Un homme ouvrit les yeux.
Devant lui...
Un échiquier identique à celui d’Emmanuel.
Une main gantée déplaça un cavalier blanc.
CLAC.
Une voix résonna dans la pièce.
— Le cheval est entré.
Une seconde silhouette se tenait derrière lui.
Immobile.
— Et le Rōnin ?
L’homme observa la pièce.
Puis sourit.
— Il avance ces pions.
Il retourna lentement le cavalier.
Sous sa base...
Le symbole du rosaire était gravé.
Une troisième pièce était posée près du plateau.
Une petite tour grise.
Sous celle-ci...
Le nom TAKAMORI.
L’homme posa un doigt dessus.
— Le fils a retrouvé le chemin du père.
La silhouette demanda :
— Devons-nous l’éliminer ?
L’homme sourit.
— Non.
Il remit la tour sur le plateau.
— Nous avons besoin de lui vivant.
Emmanuel se figea.
Une perle du rosaire venait de bouger toute seule.
Luna baissa immédiatement les yeux.
— Emmanuel...
Il ouvrit la main.
La dernière perle du rosaire était devenue blanche.
Pour la première fois.
Nicky s’approcha.
— Qu’est-ce que ça signifie ?
Emmanuel fixa la perle.
Longtemps.
Puis leva les yeux vers Tokyo.
— Que quelqu’un vient de jouer.
Akira baissa les yeux vers l’échiquier.
La tour grise venait de pivoter toute seule.
Elle ne faisait plus face au cavalier de Nicky.
Elle faisait face à la baie.
Puis...
Dans le Warehouse silencieux...
Le cavalier noir de Nicky bascula.
La tour d’Akira trembla.
Une seconde.
Deux secondes.
Puis les deux pièces se redressèrent simultanément.
Face au roi.
💬 Commentaires 1
J'ai adoré... Bravo.
Je le relirai sous peu un soir en étant au repos à la maison.
😀😉