Chapitre 8
Un mois plus tard, au grand prix de Mexico, le jeudi après-midi se passe comme d’habitude pour Nathan. Sa possible remontée sur Leandro est sur toutes les bouches. Depuis quelques grands prix, le Français est satisfait des peaufinages de la monoplace. Avec Narciso, ils peuvent enfin remonter dans les points malgré leurs débuts de saison compliqué. À la fin de la conférence de la FIA, les pilotes Eos se dirigent vers leur motorhome où ils sont attendus pour faire du contenu pour les réseaux sociaux. Débattant encore des sujets évoqués lors de la conférence, le Portugais s’enthousiasme.
— Tu sais Nathan, cette année pourrait être ton année ! Et montrer qu’Eos n’est pas l’éternel deuxième, surtout qu’avec le nouveau moteur, on revient vraiment dans la compétition.
— Je sais bien, mais c’est pas pareil sans Leandro sur la piste, c’est contre lui que je me bats et que je veux me battre. Et voir ses points figés comme ça, je sais pas.. Ça me fout un coup au moral.
— C’est bien le fair play et tout ça, mais pense aussi à toi un peu, il est ton rival et là, tu as ta seule chance de la battre.
Le visage de Nathan se ferme complètement.
— Tu sous-entends que sans son arrêt je ne pourrais jamais le battre ? crache-t-il sèchement.
— Quoi ? Non, ce n’est pas ce que j’ai dit, je suis quatrième, on est trop proche de la fin de saison pour que je puisse encore me battre pour le titre. Toi, par contre, tu es deuxième, tu as toutes tes chances, maintenant que les points de Leandro sont figés, si tu fais 3 pôles, le championnat est enfin à toi. Ton premier titre en 5 ans dans la F1, c’est incroyable !
À ces mots, le pilote n°30 s’arrête au milieu du paddock. Narciso continue sa route, mais ne voyant plus son coéquipier, s'arrête à son tour. Il le fixe, son expression est neutre, seule une colère noire inonde ses yeux marrons. Le Portugais recule d’un pas, d’ordinaire, dans le regard du Français, on peut y lire une joie de vivre à toute épreuve, jamais il n’a vu une telle haine dans ses yeux.
— Tu sais quoi ? Ne me parle plus si c’est pour me dire des conneries pareilles. Je serai champion du monde. Mais, ce que j’aime c’est la compétition, et gagner comme ça, très peu pour moi, c’est clair ? Sa voix est calme, posée, contrastant avec le regard noir qu’il lance à son coéquipier.
— Écoute.. je ne pensais pas à… tente de se rattraper le Portugais.
— Laisse, j’ai très bien compris, à plus.
Il repart, laissant une distance conséquente entre lui et son coéquipier. Arrivé dans le motorhome, Nathan s’enferme dans sa driver room sans un regard pour son équipe. Oki, intrigué, demande à Narciso une explication.
— J’ai merdé, je lui ai dit que cette année c’est sa seule chance d’être champion du monde et il l’a mal pris.
— Je vois… Je vais essayer de lui parler, souffle le directeur.
— Bon courage, ce n’est pas comme d’habitude, le prévient Narciso.
Notant dans un coin de sa tête l’avertissement, le directeur de l’écurie appelle Kelina pour se faire épauler dans cette épreuve. Devant la porte comprenant le numéro 30, il toque en s’annonçant. Sans réponse, il tente de l’ouvrir mais celle-ci est fermée à clé. Il toque de plus belle. Toujours aucune réponse.
— Nathan, ouvre nous s’il te plaît. On doit discuter.
Le silence leur répond une nouvelle fois. Kelina sort son téléphone et l’appelle espérant une réponse mais tombe sur sa messagerie. Elle regarde le directeur et secoue la tête en rangeant le téléphone.
— Je ne voulais pas en arriver là mais tu ne me laisses pas le choix, soupire Oki en sortant son passe-partout.
Ils entrent dans la pièce complètement vide. Sur le crochet où le pilote fixe habituellement sa planche de skate, il n’y a plus rien. Ils jettent un regard circulaire, les protèges poignets ont également disparu. Le directeur et l’attachée de presse se regardent dans les yeux avec inquiétude. Ils sortent du motorhome et entreprennent des recherches. De son côté, Oki croise Justine et lui demande si elle a vu Nathan. Confuse, elle l’informe qu'elle l’a vu passer devant son motorhome en direction de l’entrée du circuit. Le Japonais la remercie et se précipite sur le circuit se maudissant de ne l’avoir pas vu partir.
Arrivé devant l’une des entrées, il entend des marshalls discuter entre eux à propos d’un des pilotes qui skate sur l’asphalte. Il n’en fallut pas plus pour que le directeur appelle Kelina pour qu’elle le rejoigne avec une voiturette sur la piste. Pour s’occuper l’esprit en attendant, il suit le tracé en marchant rapidement. Derrière lui, un klaxon retentit, il se retourne et monte dans la petite voiture à côté de Kelina.
Ils arrivent enfin à rattraper leur pilote en fuite à la fin du virage 4. Il zigzag et saute par moment, d’extérieur, c’est comme s’il s’amusait sur la piste et qu’elle n'appartienait qu’à lui. Seule la violence dans ses gestes montre la réalité de son état intérieur. Oki prend conscience de l'avertissement de Narciso plus tôt : “ce n’est pas comme d’habitude”. Il l’appelle en hurlant. Ne voyant aucune réaction, Kelina klaxonne et se met à sa hauteur. Nathan s’arrête enfin, retire ses écouteurs dont on peut entendre sans difficulté un vieux rock français émaner.
— Quoi ? Sa voix est blanche, dénuée de toutes émotions.
— Kantan'na kotode wanaideshou. (Ça ne va pas être simple.), chuchote le Japonais pour lui-même. Nathan, je ne sais pas ce qu’il s’est passé avec Narciso, et j’aimerais avoir ta version d’abord. Tu veux bien nous expliquer ?
— Il n’y a rien à dire.
— Tu es sûr que tu ne veux pas en parler ? redemande son directeur d’une voix douce, ne se formalisant pas du ton sec de son pilote.
— Pour dire quoi ? Que je serai toujours derrière Leandro ? Toujours un second choix ? Que mon pilotage ne sera jamais à la hauteur du sien ? Que tout le monde pense que j’ai besoin dans l’envoyer à l’hôpital pour gagner ce putain de chamionnat ? C’est ça que tu veux entendre ?
Il fait une pause qu’Oki et Kelina respectent. D’une pression sur une oreille du skate, il le fait remonter pour l’avoir en main. Créant un écho assourdissant dans le silence qu’il a imposé.
— Tu es un excellent pilote, Nathan, dit alors Kelina. C’est vrai que tu as été repéré par Elysium il y a 5 ans, mais tu es un pilote Eos aujourd’hui. Tu n’es pas un second choix, tu as eu la chance de piloter plusieurs engins différents et de parfaire ton pilotage au fil des ans. Et tu te sers de cette expérience à chaque grand prix. Leandro n’a pas eu cette chance. C’est vrai, tu as eu un début de saison compliqué et Elysium a particulièrement bien joué avec la réglementation, mais si tu gagnes ce championnat, ce n’est pas parce que ton ennemi numéro un est en arrêt. Ce sera grâce à tes longues heures de travail et de préparation. Je suppose qu’il continue de s'entraîner malgré son arrêt.
— Ouais.. On fait souvent des séances de simu et de sport ensemble quand on est à Monaco, marmonne Nathan, presque honteux de la révélation.
— Tu vois, il sait que tu n’es pas loin derrière il est autant une menace pour toi que toi pour lui. Et c’est ce qui rend votre rivalité si belle. Tu seras champion du monde, et le reste, tu passes au-dessus. Qu’importe ce que disent les médias, le plus important, c’est ce que toi tu en penses, continue l’agente voyant l’expression de Nathan se radoucir quelque peu.
— Ce que j’en pense ?
— Oui, ce que tu en penses, encourage Oki.
— J’ai pas envie de gagner comme ça. Mon rival n’est pas sur la piste, c’est contre lui que je veux me battre.
— Et si tu te dis que tu gagnes le championnat pour lui et pas contre lui ?
— Mmh. J’en sais rien.
Une petite entente trouvée, Oki l’invite à prendre place dans la voiturette. Nathan décline l’offre, voulant rentrer en skate, ils repartent donc en sens inverse vers le motorhome d’Eos où ils sont toujours attendu pour le contenu des réseaux sociaux. Fort heureusement, c’est la dernière obligation médiatique de la journée des deux pilotes Eos.
Une fois sur place, ils s’empressent de les tourner pour libérer presque à l’heure l’équipe de communication de l’écurie. Nathan s’excuse auprès de son équipe pour son comportement et Narciso en fait de même envers son coéquipier. Ce dernier ne les accepte qu’à moitié, toujours énervé par ses propos.
Le lendemain, Nathan se présente au motor home les bras chargés de croissant, sous les rires de toute l’écurie. L’un deux plaisante en lui disant qu’ils vont plus souvent le mettre en colère, si le lendemain ils ont un tel traitement. Entendant la boutade, le directeur les supplie de ne pas le faire, arguant qu’un Nathan aussi énervé est pire qu’un séisme suivit d’un tsunami. Remarque qui fait rire tout le motor home, Nathan y compris.
Le dimanche, Nathan et Narciso démarrent de la première ligne, une bonne nouvelle pour l’équipe, mais les tensions entre les deux pilotes sont encore palpables. Enfin, surtout le pilote 30 à l’égard de son coéquipier et ce dimanche il est bien déterminé à garder sa pôle pour prouver à Narciso que Leandro ou non sur la piste, il gagnera. Dès les premiers tours de roues, la monoplace numéro 30 prend un envol phénoménal sur ses concurrents. À tel point qu’Oki et Pierre ont dû re-réfléchir urgemment à une nouvelle stratégie pour leur pilote en tête.
La fin des 71 tours approche, Nathan n’a cédé sa première place qu’à deux reprises : lors de ses changements de pneumatiques. Pour le public, le spectacle s’est déroulé uniquement pour les quatre autres places du top 5. C’est donc le sourire au lèvre et avec fierté que notre Français gare sa monoplace derrière le panneau arborant le numéro 1. Avant de se jeter dans les bras de son équipe, il croise le regard bleu ciel de son rival, il y lit de la joie mais surtout de l’envie et du défi. Avec cette deuxième victoire, le Français n’est plus qu’à 42 points derrière lui. De surcroît, il a obtenu le tour le plus rapide, lui donnant un point supplémentaire. Derrière le sourire du châtain, un goût amer lui prend la bouche, 41 petits points, c’est tout ce qui les sépare à présent.
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Dans son appartement à Monaco, Leandro s’entraîne. Refaisant en boucle le circuit de Mexico, il essaye tant bien que mal de battre le temps de Nathan. Après 3h d’entêtement, son téléphone sonne, il jette un rapide coup d’œil : “RENDEZ-VOUS MÉDECIN !!!”. Il reporte rapidement son regard sur son écran. Une fois dans une ligne droite, il met en pause la simulation et éteint le réveil. Il traverse son couloir remplis d'affiches des concerts de Creepy Nuts et de divers animés pour se rendre dans son dressing et mettre une tenue un peu plus convenable qu’un short de sport et un vieux t-shirt délavé.
Dans le centre hospitalier, il refait un scanner pour voir l’avancée du caillot. Son médecin prévoit encore une bonne semaine, 15 jours maximum, pour une guérison complète.
— Pensez-vous que je pourrais courir pour Abou Dabi ? se risque Leandro.
— C’est quand ? demande le médecin pas du tout au fait du calendrier de course.
— Le weekend du 1er au 4 décembre.
Le médecin réfléchit, regarde à nouveau le scanner. Après un long silence, et devant le regard impatient de retourner en course que lui lance son patient, il déclare :
— Peut-être, pour être sûr, je vous remets un rendez-vous le… Vous partez quand ? Je ne pense pas que vous arriverez le 1er décembre.
— Je pars le mardi 29 de São Paulo, dans la matinée. Les deux courses se succèdent et le lundi, j’ai un gala avec mon écurie. annonce le pilote, le nez dans son agenda.
— Ça va être compliqué de prendre un autre rendez-vous. Pensez-vous pouvoir passer dans un hôpital à São Paulo ?
— Oui.
— D’accord. Dans ce cas, faites un scanner et envoyez le moi. Je vous enverrais un mail pour vous dire si oui ou non vous pourrez reprendre les courses pour le 1er décembre. Et voyez aussi avec le médecin du circuit ou de votre écurie. Je suppose que vous en avez un.
— Oui et je vais faire ça, merci.
Dans les yeux de Leandro, une étincelle d’espoir brille. Après une poignée de main, le pilote quitte l’hôpital sous le regard déconcerté du médecin. Jamais il ne comprendra ces pilotes qui risquent leur vie pour tourner en rond sur un circuit à des vitesses folles. Il doit cependant bien avouer que la passion qui anime ces hommes et ces femmes ne le laisse pas indifférent, il en est très admiratif. Cela lui rappelle ses jeunes années de médecin, où il a été comme eux d’une certaine manière, toujours volontaire et enthousiaste. Dans un soupir, il se reprend et passe au patient suivant.
De retour chez lui, le Suédo-Brésilien ré-enfile rapidement son short et reprend sa séance jusqu’à ce qu’on sonne à sa porte. Après un petit râle de mécontentement de n’avoir toujours pas pu atteindre son objectif de la journée, il ouvre. Devant lui, un Nathan avec un sac de course rempli à ras bord est tout sourire.
— Salut ! J’ai ramené les ravioles et quelques trucs en plus !
— Salut, tente encore maladroitement le châtain. Quelques trucs ? On a pas la même conception de “quelque”, rigole-t-il.
— Oui, bon, je me suis peut-être un peu emballé, mais c’est parce que ta corbeille de fruit me fait pitié à être aussi vide, se justifie le Français.
— Et la clairette c’est pour ? demande Leandro en l’aidant à défaire le sac de course.
— C’est un cadeau, pour.. euh pour… le regard brun de Nathan esquive celui de son ami, mal à l’aise de lui donner la vraie raison.
Comprenant ce que le poleman et vainqueur du weekend veut célébrer, Leandro acquiesce simplement.
— Je serai ravi de fêter ton podium.
Le visage de Nathan s’illumine d’un coup.
— C’est vrai ?? Ça ne te gène pas ? Ooooh merci merci merci merci !!!
Devant l’exclamation de joie, l’expression de Leandro se mue en quelque chose de plus doux et sincère. Son sourire se fait plus large et dans le bleu de ses yeux, une lueur bienveillante et amusée scintille. Définitivement, il adore cette expression de bonheur pure sur le visage de son ami.
La soirée se passe calmement, les deux amis sont en train de jouer à Codex sur la table basse du salon. Ils boivent quelques verres, juste assez pour être légèrement pompette. Nathan, sous l’effet de l’alcool, délie sa langue.
— Tu sais, le podium était vide sans toi.
Face à cette confidence, Leandro à un rictus mi-sourire, mi-triste.
— Je t’en ai voulu dimanche. confie-t-il, lui aussi, tout bas.
— Quoi ? Pourquoi ?
— Parce que tu étais encore sur la première marche du podium avec le tour le plus rapide.
— Oh… ouais.. Narciso m’a énervé en me disant que puisque tu es en arrêt, cette année c’est ma seule chance de te battre, et je veux lui donner tort.
— Il a dit ça ?
— Ouais. Et le prend pas mal, mais que tu sois en arrêt ou pas, je te battrai.
Une expression de défis passe sur le visage de Leandro, et, voyant là une occasion d’annoncer la nouvelle à son ami, il la saisit.
— Je reprends certainement à Abou Dabi. Je vais pas me laisser faire aussi facilement.
— J’y compte bien, il s’arrête et le regarde dans les yeux. Attends. Tu reprends Abou Dabi ?? Mais c’est génial !
— Te réjouis pas trop vite, j’ai un rendez-vous mardi prochain pour confirmer. Et je dois avoir l’autorisation du médecin de l’écurie.
Pour fêter la nouvelle, Nathan voulant resservir leurs verres se rend compte avec dépit que la bouteille de clairette est vide. Il prend alors la bouteille d’eau, et tend le verre à nouveau plein à Leandro.
— Bon, c’est pas de la clairette, mais il faut trinquer à cette bonne nouvelle !
Sous le rire discret du châtain, ils trinquent une nouvelle fois.
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Son grand prix à domicile arrive bien plus rapidement que ce qu’aurait voulu le Suédo-Brésilien. Depuis quelque temps, il se complaît dans les visites régulières de Nathan. Sur le paddock, il est difficile d’avoir un moment avec lui. Il regrette de ne pas courir pour être avec lui le dimanche lors de la parade et à ses côtés sur la piste. Secrètement, il espère plus que tout au monde que le rendez-vous de mardi lui donnera le feu vert pour revenir en piste. Rien que pour retrouver plus facilement une proximité avec le Français lors des weekend de courses.
Pendant les trois jours de grand prix, à chaque fois que Leandro s’est baladé, il a été arrêté de toute part par des journalistes et des fans qui lui ont posé sans cesse la même question : “Que cela vous fait-il de ne pas pouvoir rouler à domicile ?”. C’est lessivé de sa journée, que Leandro tombe sur le lit de sa chambre d’hôtel. Il regarde un instant Instagram et tombe sur un post de la F1 qui annonce les points des pilotes après la course qui vient de se terminer.
Leandro : 340 pts.
Nathan : 317 pts.
Vezio : 294 pts.
Il soupire, heureusement pour lui, il est toujours premier. La deuxième place de Nathan à permis de garder un peu d’écart. Merci à Narciso qui a tout donné sur la piste. En scrollant, il tombe sur les actions du jour : la sortie de piste lors du premier virage des coéquipiers Simmons, la bataille sans merci entre Vezio et Emelie, puis entre Emelie et Nathan et enfin entre Nathan et Narciso. Tout au long de cette course, Asbjorn à réussit à maintenir sa 7ème position. C’est un rookie très prometteur et le Suédo-Brésilien est attristé de savoir qu’il quitte Elysium pour Eos à partir de la saison prochaine.
Une notification de son calendrier apparaît devant ses yeux, le tirant de ses pensées : “Lundi 28 novembre : 18h-23h Gala handicaps”. Il coupe son téléphone et s’endort rapidement.
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Dans la grande salle de réception, Leandro repère plusieurs pilotes, il s’approche d’eux pour les saluer et discuter un petit peu. Les plafonniers s’éteignent quand les spots s’allument pour éclairer la scène où se dresse fièrement l’organisateur du Gala et Nathan.
— Bonsoir à tous et merci d’avoir répondu à notre invitation. Je suis Nicholas Beard. Comme vous le savez, nous sommes réunis aujourd’hui pour recueillir un maximum de dons pour les personnes atteintes d’handicaps invisibles. Comme nous sommes le lendemain du Grand Prix de São Paulo, j’ai demandé à Nathan Romairyc d’être mon égérie ce soir, annonce l’organisateur en se mettant en retrait pour laisser la place à Nathan.
— Bonsoir, merci à tous d’être venu. Merci Monsieur Beard pour cette opportunité, c’est un sujet qui me touche particulièrement. Ma petite sœur est sourde de naissance et pour que nous puissions communiquer facilement, avec ma famille nous avons appris la langue des signes. Malheureusement c’est une pratique trop peu répandue et beaucoup de personnes en souffrent au quotidien. J’espère de tout cœur que ce Gala permettra de mettre en place des solutions durables pour ses personnes.
— Merci Nathan pour ce beau discours ! Sans plus attendre, commençons les festivités avec des premières enchères ! Tous les profits des ventes sont, bien entendu, reversés à des associations ou organisations qui viennent en aide à ces personnes, termine-t-il en levant son verre pour inviter le reste de la salle à trinquer.
Nathan descend de la scène et va à la rencontre des ses collègues qui semblent assez désintéressés par les enchères qui débutent.
— Salut tout le monde ! Comment ça va ?
— Salut Nathan, tranquillement et toi ? C’était un chouette discours, répond Marc Vinland aussitôt suivi par le reste du groupe.
La conversation qui s'ensuit porte principalement sur le weekend qui vient de s’écouler. Leandro s’en détache un petit peu pour regarder à travers la salle.
— Tu attends quelqu’un ? demande l’un d’entre eux.
— Oui, j’ai invité un de mes amis et je ne l’ai pas vu en arrivant.
— Tu as des amis ? Toi ? se moque gentiment Emelie.
— Mmh.
— C’est qui, on peut t’aider à le retrouver ? propose Nathan.
— C’est Marcos.
Bien connu pour ses acrobaties dans le paddock, le Brésilien n’est plus à présenter pour les pilotes qui tournent et retournent leur tête mode suricate espérant le trouver.
— Je crois que je le vois là-bas, le fanfaron, Vezio pointe du doigt le bar en ricanant.
— Merci, je vais y aller, à tout à l’heure.
Après que les autres pilotes l’aient salué aussi, il se rend vers son ami déjà accolé au bar et rigolant avec une jeune femme.
— Hé bé, c’est rare de te voir aussi sage, s’introduit-il dans la conversation. Pour une fois que tu ne fais pas de galipette suivi d’un salto avant puis d’un saut de l’ange. Je devrais faire de ce jour, un jour férié mondial.
— Leandro ! Ne t'en fais pas, la soirée est encore jeune, répond Marcos alors qu’ils se font une accolade. Et puis, j’ai rencontré cette charmante demoiselle qui m’expliquait un peu mieux ce merveilleux Gala. ajoute-t-il avec un clin d’œil charmeur.
— Enchanté Monsieur Eriksson, je suis Leila Beard, la fille de Nicholas Beard, se présente-t-elle.
— Le plaisir est pour moi, votre père fait une belle action.
— Je le sais, il le fait pour ma regrettée mère.. un voile de tristesse couvre sa voix.
Les deux amis perdent leur sourire, arborant maintenant une expression plus sombre et désolée sur leurs visages.
— Je ne savais pas, toutes mes condoléances, dit simplement Marcos d'une voix douce.
— Ce n’est rien et ça fait longtemps maintenant, c’est beaucoup moins dur qu’au début. Je vous laisse, je vais aller retrouver notre égérie, bonne soirée messieurs.
— Bonne soirée à vous aussi, répondent-ils en chœur.
Leila se dirige vers la scène où son père discute avec d’autres invités. La première vente aux enchères est sur le point de se terminer, à sa connaissance, il ne reste que quelques lots de luxe à présenter. Elle repère la tête brune qu’elle recherche qui monte les escaliers menant au rooftop. Ne voulant pas s’imposer, elle décide d’attendre son retour.
Sur le toit, adossé à la rambarde, le pilote Français en profite pour souffler un peu, loin du vacarme des discussions et de la musique qui règne dans la salle. Son regard se perd dans les lumières de la ville. Il est honoré d’avoir été choisi comme égérie de ce gala, mais ces pensées se perdent dans la course à venir. Abou Dabi. La dernière course de la saison et sa dernière chance d’avoir le titre de champion du monde 2016. Il lui suffit de finir premier. Inconsciemment, il refait le tour de sa journée. La majorité de son temps, il a discuté avec son directeur et ses ingénieurs des résultats de courses, des prédispositions pour la finale, des potentielles stratégies et des pièces qu’ils leurs restent pour ce grand prix. Tous placent de grands espoirs en lui. Lui-même étant en haut de la liste. L’après-midi, avant de se préparer pour se rendre au Gala, il a appelé en visio sa famille, surtout pour terminer de booker leur venue au circuit, mais aussi pour décompresser un peu. À la fin de l’appel, sa mère lui a lancé “J’ai hâte de voir ta coupe de champion du monde mon chéri !”. Il ne veut pas les décevoir. Surtout sa mère, elle a tout fait pour qu’il réussisse dans ce sport.
— Bonsoir, nous n’avons pas eu le temps d’être présenté, je suis Katrina Moldova.
Surpris, il tourne la tête vers la voix. Une magnifique jeune femme blonde vêtue d’une robe cocktail aux épaules dénudées rouge sang, lui fait face.
— Enchanté, je suis…
— Nathan Romairyc, imminent pilote de Formule 1 de ce que j’ai pu voir hier en piste.
Elle le détaille du regard, arrêtant ses yeux quelques secondes sur les muscles du cou de Nathan. Ce dernier ne s’en formalise pas, l’habitude d’être dévisagé de la sorte, sans doute.
— Oooh vous étiez dans les tribunes ? Fan de F1, vous aussi ?
— Oui et non, mon agence de mannequinat à été invitée au grand prix et j’ai découvert ce sport ce weekend, c’était impressionnant à regarder.
— Je vous remercie, j’espère que le spectacle était à votre goût. Ne sachant plus quoi dire d’autre et étant étrangement mal à l’aise avec cette Katrina, il jette un coup d’œil à sa montre. Je dois vous laisser, passez une bonne soirée et n’oubliez pas de faire des dons !
Il commence à repartir, mais il est retenu par le bras. La mannequin se penche vers lui et lui fait un bisous sur la joue.
— Pour vous portez chance, chuchote-t-elle.
— Euh.. Merci ?
Nathan, gêné, part en fuyant du rooftop. Il va au bar pour commander une boisson et terminer tranquillement sa soirée en compagnie des autres pilotes, de leurs +1 et de la fille de Monsieur Beard.
Le Français participe activement à la conversation. Par moment, ces yeux se perdent dans le vide. Dans ces instants, il se tait, laissant les autres continuer le débat, fait un léger pas en arrière et boit son verre par petites gorgées. Leandro sent que quelque chose ne va pas chez son ami. Il continue de l’observer en silence. Les rires du brun paraissent forcés parfois et sa façon de signer est inhabituelle. Il plisse des yeux. Il ne connaît pas grand-chose à cette langue et surtout, il ne saurait l’expliquer, mais il a remarqué que certains gestes ne sont pas aussi précis que d’habitude ou du moins pas aussi franc. Le Brésilien, constatant plusieurs verres vides, demande au groupe s’ils reveulent une boisson. Une fois la commande prise, il demande à Nathan de l’aider à ramener le tout. Le Français accepte et ils partent en direction du bar. En toute honnêteté, Leandro a attendu ce moment pour qu’ils puissent discuter sans être dérangés.
— Ça va ? Tu n’as pas l’air bien ?
Le brun le regarde avec soulagement, il sait qu’il peut se confier au Suédo-Brésilien en toute sérénité.
— Oh oui, ne t’en fais pas, j’ai juste eu une rencontre étrange sur le toit. Une mannequin m’a abordé et on a discuté un peu. Quand je suis parti, elle m’a fait un bisous sur la joue. Et c’était… étrange. Surtout que je crois que j’ai entendu le bruit d’un appareil photo, il réfléchit un instant. Après, il y avait plusieurs personnes sur le toit, je me fais peut-être des idées.
— Il s’est passé autre chose que ça ?
— Non, juste ça. Mais je ne sais pas pourquoi, j’ai un très mauvais pressentiment. il secoue la tête, désolé, je gâche la soirée avec mes idées farfelues.
— Non pas du tout, si tu as besoin de parler, je suis là.
Ne sachant pas quoi ajouter pour rassurer son ami, Leandro tapote gentiment l’épaule de Nathan. Celui-ci le regarde intrigué et rigole.
— On devrait rejoindre les autres, la mannequin était certainement un peu trop alcoolisée et n’a pas réfléchi !
— Sûrement.
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