Chapitre 7
La dernière course de la saison approche, si pendant la majorité de l’année de l’année la bataille pour le titre a été très serrée, quoi qu’il arrive le vainqueur sera forcément Hanna Sasaki. Lors des grand prix d’Austin, Mexico et São Paulo, elle a monopolisé la première place, lui donnant maintenant 79 points d’avances sur le championnat. Enfin, la première place aux courses du dimanche uniquement, lors de la course sprint du Brésil, elle a été forcée de s'incliner face à Narciso, Leandro et Nathan. Les trois hommes ont eu un départ fulgurant s’envolant sur la piste et laissant le reste des concurrents sur la touche. Bien que la japonaise ait réussi à les rattraper à la moitié des tours, l’état de ses pneus l’ont vite contrainte à lever le pied.
La cérémonie du quatrième et dernier sacre d’Hanna se passe avec émotion. Les pilotes la félicitent tous un par un et très vite l'alcool coule à flot dans le bar privatisé par l’écurie Scordato afin de fêter la fin de saison et le départ d’Hanna tranquillement. Plus tard dans la soirée, Leandro se rapproche de Nathan.
— Alors tu vas faire quoi pendant ces vacances ?
— Je pensais continuer le traumatisme de FullMetal Alchemist Brotherhood et toi ?
— Toujours un excellent choix de traumatisme ! rigole le Brésilien. Je ne sais pas trop encore, je suis réquisitionné par mon meilleur ami comme tous les ans.
— Toi aussi tu as un meilleur ami turbulent ? La mienne est pareille… Un vrai cauchemar.
— Et c’est toi qui dit ça ? une voix féminine que Nathan connaît bien s’élève derrière lui. Qu’est-ce que je devrais dire !! Depuis ma plus tendre enfance je dois supporter cet énergumène qui ne jure que par la course, les films et les chats !
Les deux hommes regardent dans la direction de la jeune femme. Celle-ci revêt un magnifique costume bordeau, mettant en valeur ses longs cheveux noir et faisant ressortir sa beauté androgyne, contrastant avec le costume rose pâle de Leandro et celui de Nathan d’un vert presque noir.
— Éliiii !!! T’étais pas partie te chercher à boire ? l’accueille joyeusement Nathan.
— C’est fait. Elle se tourne vers Leandro qui a retrouvé son mutisme habituel, c’est un plaisir de faire enfin ta connaissance Lennart, je suis Élhisa, la meilleure amie de cette triple andouille, se présente-t-elle.
— Enchanté Élhisa, je t’en prie, appelle-moi Leandro, comme tout le monde.
— Pas de problème ! s’exclame-t-elle en lui serrant la main.
— Triple andouille, t’exagères je fais pas tant de conneries que ça…
— Rappelle-moi qui a ramené son kart dans la cour du lycée pour soi-disant s’entraîner pendant les heures de perms ?
— Héé c’était d’utilité professionnelle ! Sans ça j’aurais pas gagné la course du week-end !
— Triple andouille donc, tranche-t-elle avec un sourire.
Leandro a un petit rire face à cette scène qui lui est bien familière avec son propre meilleur ami. Élhisa le remarque.
— Il est encore comme ça sur le paddock ? On a que ce que les caméras veulent bien filmer et les quelques courses où on peut venir le voir, il se tient étrangement à carreau.
— Ça va, il est trop sociable pour moi, mais pas de tour de kart dans le paddock, ça c’est sûr. il s’arrête et réfléchit un peu. Oh si, cette année il nous a planqué des baguettes de pain partout dans le paddocks lors du grand prix de France.
— Sérieux ??? Il nous l’a pas dit ça ! Cachotier va !
— C’était très fun à faire, d’ailleurs je tiens à préciser que je n’étais pas seul dans cette entreprise, Pierre et Daniel m’ont soutenu et aidé ! On en avait mis partout, dans les monoplaces, dans tous les garages, à l’entrée des motorhomes et du paddock, partout ! se vante-t-il.
— Parce que ton ingénieur et Daniel était dans le coup aussi ? demande Leandro.
— Bah ouais ! Entre francophones on se serre les coudes ! Et en mettre autant tout seul, c’était mission impossible !
Le trio rigole à l'unisson et commence à s’échanger des anecdotes, la majorité étant tournée sur les frasques de Nathan lors de son enfance et adolescence. Leandro apprécie en savoir plus sur ce nouvel ami, il l’a côtoyé longtemps mais il se rend compte qu’il ne le connaît pas plus que ça finalement.
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De retour chez lui, le Brésilien est accueilli par sa famille et son meilleur ami à l’aéroport.
— Leandro! Como você está? Seu voo correu tudo bem? Mais uma vez, desculpe por não ter podido ir…
— Leandro ! Comment tu vas ? Ton vol s'est bien passé ? Encore désolé de ne pas avoir pu venir…
L’accolade de son meilleur ami lui fait un bien fou. Il embrasse ensuite sa mère, son père, son frère et sa sœur.
— Não se preocupe, Marcos, todos vocês tinham planos, no ano que vem vocês estarão aqui!
— Pode ter certeza! Vamos, me passe essa bolsa e entre no carro, répond son frère.
— O que você planejou para as férias? demande alors sa mère.
— Vou sequestrá-lo! s’exclame Marcos.
— Divirtam-se, então, conclue-t-elle avec un sourire.
— Ne t’en fait pas Marcos, vous aviez tous des trucs de prévus, l’année prochaine vous serez là !
— Sois en certain ! Aller passe-moi ce sac et monte dans la voiture, répond son frère.
— Tu as prévu quoi pour tes vacances ? demande alors sa mère.
— Je le kidnappe ! s’exclame Marcos.
— Amusez-vous bien, alors, conclue-t-elle avec un sourire.
Le trajet se passe dans une ambiance légère, Leandro raconte en détail la dernière course et la soirée du quatrième sacre de Hanna Sasaki. Il ne se tait dans son récit que pour monter ses affaires dans sa chambre. Il redescend aussi sec, voulant profiter un maximum de sa famille enfin réunie.
Quand il a enfin fini de tout raconter, il voit un échange de regards entre son meilleur ami et sa sœur. Et l’instant d’après, le même sourire narquois se dessiner sur leurs lèvres tandis qu’ils fixent le pilote. Des sueurs froides commencent à descendre le long de sa colonne vertébrale, il sait qu’il n’en ressortira pas indemne.
— Você tá se dando bem com o Nathan agora? demande Marcos.
— Ele é um bom amigo, me recomenda filmes e eu, animes. Ele é super legal na vida real, tente-t-il de désamorcer sentant que la discussion va vite partir en vrille.
— Meu melhor amigo arrumou um namorado e já tá me substituindo!
— Pfff, você tá só com ciúmes porque eu tô vendo as recomendações de outra pessoa! Il s'arrête, repense à ce que vient de dire Marcos et se rend compte. E a gente não tá namorando, é só um amigo!!!!
— Uau, meu irmãozinho achou um piloto do jeito dele, hihihi, renchérit aussitôt Wilma.
— Eu disse que é só um bom amigo, a gente conversa bem, só isso, não vai além disso. E, sinceramente, estamos ocupados demais brigando na pista pra ter uma amizade minimamente normal.
— Claro, claro.
— Você é chata.
— Eu sei, mas, enfim, falta um pouco de romance nessa família; o Ilian fica preso nas suas linhas de código, é impossível ele conhecer alguma garota.
— Ei! Isso não é legal! La balle perdue de Wilma touche en plein cœur l'aîné de la famille, ne s’en formalisant pas, la benjamine continue.
— Do meu lado, os homens são chatos e as mulheres são exigentes demais; eu até prefiro cuidar dos meus cachorrinhos fofos demais!!! E você, é a calmaria total, nem um cara para nos apresentar… termine-t-elle dépitée sous le regard amusé des parents.
— Com a profissão que eu exerço, que é complexa, você já viu pilotos abertamente gays?
— É verdade, mas você seria o primeiro! Elle prend une voix dramatique, Leandro, que está fazendo a FIA tremer por causa do seu casal e para ser aceito! Um magnífico Boy’s Love em formação!
— Tu t’entends bien avec Nathan, maintenant ? demande Marcos.
— C’est un bon pote, il me recommande des films et moi des animes. Il est super sympa en vrai, tente-t-il de désamorcer sentant que la discussion va vite partir en vrille.
— Mon meilleur ami se trouve un copain et me remplace déjà !
— Pfff, t'es juste jaloux parce que je regarde les reco de quelqu’un d’autre ! Il s'arrête, repense à ce que vient de dire Marcos et se rend compte. Et on est pas ensemble, c'est juste un pote !!!!
— Ouuh mon petit frère c’est trouvé un pilote à son goût, hihihi, renchérit aussitôt Wilma.
— J’ai dit que c’est juste un bon pote, on discute bien c’est tout, ça ne va pas plus loin. Et honnêtement, on est trop occupé à se battre en piste pour qu’on ait une amitié un tant soit peu normale.
–- Mais oui, mais oui.
–- T’es chiante.
— Je sais, mais bon ça manque d’histoire de couple dans cette famille, Ilian est bloqué dans ses lignes de codes, impossible qu’il rencontre de meuf.
— Héé ! Pas cool ! La balle perdue de Wilma touche en plein cœur l'aîné de la famille, ne s’en formalisant pas, la benjamine continue.
— De mon côté, les hommes sont ennuyeux et les femmes sont trop exigeantes et même je préfère m’occuper de mes bébés chiens trop mignons !!! Et toi, c’est le calme plat, pas un mec à nous présenter… termine-t-elle dépitée sous le regard amusé des parents.
— Avec le métier que je fais, complexe, tu as déjà vu des pilotes ouvertement gay ?
— Vrai, mais tu serais le premier ! elle prend une voix dramatique, Leandro qui fait trembler la FIA pour son couple et être accepté ! Un magnifique Boy’s Love en devenir !
Râlant pour la forme, Leandro cède face à sa sœur, il sait que c'est peine perdue quand elle commence.
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Cela fait une bonne semaine que Leandro est en repos. Pour le moment ses journées ont été consacrées aux animes qu’il n’a pas eu le temps de finir, quelques films recommandé par Nathan, des séances de sport pour garder la forme et du simulateur. La porte d’entrée de la maison familiale sonne, il ouvre et devant lui, Marcos, tout sourire avec sa valise à la main.
— Vamos lá! Arruma sua mala, vamos embora! Vou te sequestrar!
— Como quiser! Só me dá um tempinho pra dar uma arrumadinha antes.
— No problem !
— Allez ! Prépare ta valise, on y va ! Je te kidnappe !
— À vos ordres ! Laisse moi aussi juste le temps de faire un brin de ménage avant.
— No problem !
Une fois arrivé à destination, les deux compères visitent pour la énième fois la réservation annuelle pour leur petite semaine de vacances. Sur une petite île loin de l’agitation de la ville, une magnifique villa simple dans sa conception. Pas de grandes salles où l’on peut facilement accueillir 150 personnes. Non, trois chambres, une cuisine, un salon-salle à manger ouvert sur la plage et une terrasse.
Malgré le fait que quatre îles plus loin se trouve la maison de vacances de la famille Eriksson, depuis leurs majorités, c’est devenu une habitude pour les deux garçons de réserver cette villa pour une semaine et passer du temps rien que tous les deux. Celle-ci a été leur première réservation et tous deux en sont tombés amoureux. C’est donc avec joie qu’ils refont le tour du propriétaire et s’installent dans leurs chambres quasiment attitrées.
Ils se mettent ensuite en maillot et profitent de l’océan. Comme à chaque fois, le seul programme valable est “amusement total”. Ils réservent pour faire du jet ski, de la plongée, visitent d’autres petites îles et, bien sûr, passent des soirées et nuits entières devant des animés ou à faire des quiz sur ce thème.
— Você vai à próxima convenção? demande un soir Markos.
— Quando é?
— Em julho.
— Vou ter que dar uma olhada na agenda de corridas, mas, se der certo, claro que vou. Além disso, ainda não tive a chance de usar o último cosplay que recebi; vai ser a oportunidade perfeita.
— É verdade! Vou ver se a gente consegue fazer um cosplay combinadinho!
— Perfeito.
— La prochaine convention, tu vas y aller ? demande un soir Markos.
— Elle est quand ?
— En juillet.
— Faudra que je vois avec le calendrier de course, mais sinon, bien sûr que j’y vais, en plus je n’ai toujours pas pû mettre le dernier cosplay que j’ai reçu, ce sera l’occasion.
— C’est vrai ! Je vais voir pour qu’on soit en matching cosplay !
— Parfait.
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Les fêtes de fin d’années se passent tranquillement pour le pilote 8. Avec les différents métiers de sa famille, c’est l’un des rares moment où ils peuvent tous se retrouver. Suivant la tradition familiale, ils se rendent tous dans la maison de famille en Suède où leurs grands-parents les attendent déjà. Là-bas, Ilian raconte avec passion le développement de l’application qu’il est en train de créer. Wilma, elle, étale ses connaissances dans la psychologie animale et son sujet pour son mémoire de doctorat. Pour les parents, leurs postes les envoient aux quatre coins du monde de plus en plus souvent. À tel point qu’ils ne savent plus s’ils sont les directeurs de la firme brésilienne ou de l’entreprise en général. Leandro parle tranquillement de ses courses, de ses entraînements et de la saison à venir avec les changements de réglementation.
— Men är du inte rädd? När jag ser vilka hastigheter ni håller blir jag så orolig för dig, s’inquiète sa Grand-Mère.
— Oroa dig inte, mormor, jag är van vid det, tente de la rassurer Leandro.
— Men ändå, Lennart, när jag ser att vissa ibland krockar med varandra, är jag rädd att samma sak ska hända dig.
— Åh, menar du olyckan i början av säsongen? Det var ingenting, de hann bara inte undvika varandra i tid och de körde inte så fort, oroa dig verkligen inte.
— Ja, om du säger det så…
— Mais tu n’as pas peur ? Quand je vois les vitesses que vous avez, j’ai tellement peur pour toi, mon chou, s’inquiète sa Grand-Mère.
— Ne t’en fais pas Grand-Mama, j’ai l’habitude, tente de la rassurer Leandro.
— Quand même Lennart, quand je vois que certains se foncent dedans parfois, j’ai peur qu’il t’arrive la même chose.
— Oooh tu parles de l’accident en début de saison ? Ce n’était rien, ils n’ont pas juste pu s’éviter à temps et ils n’étaient pas si rapides, ne t’inquiète vraiment pas.
— Enfin si tu le dis…
Sans laisser le temps à Leandro de finir de rassurer sa grand-mère, l’un de ses cousins le tire de table pour qu’ils aillent jouer tous les deux. La soirée se termine tranquillement avec le déballage des cadeaux sous les exclamations de joies des plus jeunes.
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Leandro se rend sur le circuit de Bahreïn pour les essais de présaison. Au loin, il repère Nathan et se dirige vers lui pour lui dire bonjour. Au fur et à mesure de leur échange, les deux pilotes finissent par discuter de leurs vacances quand Leandro salue un nouveau venu.
— Oh ! Jaden, comment vas-tu ? Prêt pour la saison ? demande Leandro.
— Bonjour Leandro, bonjour Nathan. Super et toi ? Je crois oui, un peu la pression de commencer ma carrière de F1 directement chez Elysium…
— Salut Jaden ! Ne stresse pas, ça va aller ! lui glisse Nathan avec un clin d’œil.
— Je vous laisse, j’ai deux trois trucs à voir avec Justine, s’excuse le jeune homme en partant.
— Tu as un rookie cette année ? demande Nathan à Leandro qui n’a visiblement pas vraiment suivi les changements de pilotes.
— Oui, il est doué. Mais il faut aussi voir sur le reste de la saison.
— C’est toujours comme ça ! Je me rappelle ma première année, ce n’était pas simple par moment. Et Emelie ?
— Tu n’es pas au courant ? Elle est partie chez Scordato après le départ d’Hanna.
— Oooh, je vois, maintenant que tu le dis, je crois avoir vu passer l’infos.
Nathan regarde son téléphone qui vient de sonner et s’exclame :
— Merde t’as vu l’heure ? Je dois aller me préparer. À plus !
— À plus.
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La saison 2016 bat son plein. L’écurie Elysium vole sur tout le championnat et à sa tête Leandro. Nathan, lui, reste bloqué à la 5ème place, il n’arrive pas à remonter plus haut dans le classement. La voiture est bien, elle manque encore de quelques améliorations mais elle est fiable et rapide. Ne sachant plus quoi faire, le Français s’enferme dans de longues séances de simulateur.
Au fur et à mesure des grand prix, de plus en plus, Nathan et Leandro discutent ensemble, se félicitent leurs podiums avec un check. Plusieurs fois, ils ont été repris par les journalistes lors d’interviews à force de discuter de sujets divers et variés. Très vite avec Emelie, Marc et Jaden, ils forment un petit groupe qui se retrouve régulièrement dans le paddock. Enfin, surtout lors de la parade puisque c’est l’un des rares moment du weekend où ils peuvent être tous ensemble sans être pressé par leurs emplois du temps respectifs. Petit à petit, sur les réseaux sociaux, la communauté voit apparaître un nouveau hashtag sous certains posts autour de la F1 et en particuliers sur des édits des combats en piste des deux pilotes arborant le numéro 8 et 30.
Ce soir-là, encore dans l'adrénaline de leurs 2ème et 1ère places, Nathan et Leandro n'arrivent toujours pas à s’endormir. Ils décident de descendre au bar de l’hôtel et, surpris de voir l’autre dans l'ascenseur, commencent une conversation animée sur les batailles de la course qu’ils viennent de gagner. Une fois assis dans les confortables canapés, ils sirotent tranquillement, pour l’un, son traditionnel Apple Rose et un jus de raisin pour l’autre. Alors que Nathan veut lui montrer une action grâce à un post Instagram, dans la description, il repère un hashtag qu’il n’a jamais vu.
— Hé Leandro, tu le connais ce hashtag ?
— Lequel ?
— Le #Romson.
— Jamais vu. Qu'est-ce que ça veut dire, “Romson”, aucun pilote n’a ce nom, réfléchit alors le Brésilien.
— Je crois que c’est la fusion de nos deux noms, les autres hashtag sont #LeandroEriksson et #NathanRomairyc. Donc #Romson pour le “Rom” de Romayric et le “Son” de Eriksson, en déduit le Français.
— C’est n’importe quoi… Pourquoi fusionner les noms des pilotes comme ça ?
— Bah pourquoi pas, c’est marrant ! Les fans font ça dans beaucoup de disciplines ou pour nommer un ship dans une série ou un film. Et au moins ça montre que notre rivalité est quasiment omniprésente sur la piste ! s’exclame Nathan
— Pas sûr pour “la rivalité omniprésente”, je suis toujours devant toi avec 84 points d’avance. Va falloir faire mieux que ça.
— Alors, d’abord j’ai pas pu courir deux courses à cause de la voiture qui ne répondait plus et Llacer qui m’a littéralement foncé dedans lors d’un premier virage. Donc vraiment pas ma faute.
— Tu as oublié tes spins et la fois où tu as terminé dans un bac à gravier, s’amuse Leandro.
— Bien ce que je dis, ce n'est pas ma faute ! se dédouane avec ironie le Français.
De retour dans sa chambre, Nathan, curieux, fait une recherche du hashtag pour voir ce qu’il peut trouver d’autres. À force de faire défiler les publications, il tombe petit à petit dans celles avec une connotation plus romantisée de sa relation avec son rival : sur une musique latino, il voit des scènes de plusieurs grand prix se mélanger où les deux pilotes se checkent, ont des jeux de regards, ont des longues discussions post-courses et parfois des gestes d’affection. En description : <<Ce n’est pas possible que ce couple n’existe pas #Romson #RomsonForever #308 #Love #F1>> Il éteint vivement son téléphone, le met en charge et le pose sur sa table de nuit. “Bon, on va juste se dire que les fans ont une imagination un peu trop débordante et tout ira bien” pense-t-il pour se rassurer et oublier ce qu’il a vu.
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Vendredi 14 octobre - Suzuka.
Leandro sort de sa driver room en courant, pris dans une conversation avec l’un de ses ingénieurs, il n’a pas vu l’heure passée, obligeant le Brésilien à se préparer en vitesse pour la deuxième session d’essais libres qui est sur le point de commencer. Il monte dans sa monoplace et son ingénieur lui fait un rappel de tout ce qu’ils doivent tester en réglage lors de la session. Une fois sur la piste, dans son rétroviseur, il repère la monoplace de Nathan. Pendant plusieurs tours ils se suivent sans chercher à dépasser, chacun concentré à donner leurs impressions à la radio.
Pierre demande alors à Nathan d’accélérer un peu plus le forçant à passer devant le pilote Elysium. Lors d’une courte ligne droite, le Français se met à hauteur de Leandro. Il rétrograde pour entamer le virage et sa direction se bloque. Tentant tant bien que mal de la faire répondre, il voit le bac à gravier se rapprocher. Soudain, il ressent un énorme choc du côté gauche. En tournant la tête, il voit une monoplace rose, qui, avec la vitesse, est expédiée contre le mur de pneu. Le choc ayant freiné celle de Nathan, il s’arrête à quelque mètres du même mur.
>>Nathan, ça va ?<< demande inquiet son ingénieur qui laisse tomber l’anglais.
>>Ouais, mais j’ai tapé Leandro, je le vois pas ressortir..<< répond le pilote en s’extirpant de son siège.
Une fois dehors, il court vers son rival.
— Leandro ?? crie-t-il.
— Nathan ? Je n’arrive pas à retirer mon HANS. Tu peux m’aider ?
Alors que les marshalls arrivent sur le lieu de l’accident, Nathan aide Leandro à sortir de sa monoplace. Le médecin sur place les examine un à un et fait une demande d’ambulance pour leur faire faire un check up complet à l’hôpital.
Fixant le plafond, Leandro attend de passer au scanner. En arrivant dans le centre hospitalier, il a tout de suite été faire une radio globale, suivit de divers exercices de motricité et cognitif pour déceler une quelconque blessure externe ou interne. Lui-même ne ressent rien, aucunes douleurs et aucun ressentis particuliers. Il sent bien que son corps n’a pas apprécié le choc étant donné qu’il est courbaturé de partout, mais à part ça, rien d’alarmant.
Depuis que le médecin du circuit les a examinés, il n’a pas pu reparler à Nathan. Il a remarqué que le Français a tenté de s’excuser mais qu’il a été à chaque fois coupé. Et lorsqu'ils sont montés dans les ambulances, il n’a pu qu'apercevoir l’énorme culpabilité dans les yeux marron du brun. C’est sur cette pensée qu’il entre enfin dans la salle pour faire le scanner.
Dans sa chambre d’hôpital, Leandro retrouve Biixi.
— Tiens, il a pas arrêté de sonner, je l’ai mis en silencieux, dit l’agent en lui tendant son téléphone.
— Merci Biixi, désolé pour le dérangement, répond-il en prenant le petit objet.
— Ne t’en fait pas, l’essentiel c’est que tu ailles bien, tu as eu un sacré choc, tu es sûr que ça va ?
— Certain, les médecins s’en font un peu trop je trouve. Je suis juste courbaturé, après une bonne nuit de repos, ça ira mieux.
— Je vois, force pas trop tout de même. Je vais prévenir Justine que tu restes en observation pour la nuit.
— Merci.
— C’est normal, repose-toi bien Leandro.
— Merci, à demain.
Biixi sort de la pièce pour laisser Leandro se reposer. Ce dernier regarde alors l’écran et la multitude de messages qu’il a reçus. En premier bien sûr, le groupe familial qui prend de ses nouvelles. Il répond un simple message où il explique ce qu’il s’est passé juste après son entrée dans l’ambulance et les résultats des radios et scanners. Il parvient aussi de justesse à dissuader sa mère de quitter son travail pour venir le rejoindre. Les messages suivants sont dans le groupe de pilotes, comme pour celui de la famille, ses collègues lui demandent comment il se sent et lui souhaitent un bon rétablissement. Il les remercie et leur répond simplement qu’il va bien, sans aller plus loin dans les détails.
Alors qu’il coupe pour s’endormir, l’écran se rallume avec une nouvelle notification.
[Nathan R. : Hey.. Je suis désolé pour l’accident… ma direction m’a lâchée, je n’ai rien pu faire… Excuse-moi, j’espère que tu vas bien.. Tout va bien de mon côté, ne t'inquiète pas.]
[Leandro : Salut, ne t’en fais pas, je n’ai rien ^^ juste courbaturé de partout. Je m’en suis douté, ce n’est pas ta faute, ne t’en veux pas pour ça. Je vais aller me reposer, on en reparle demain ?]
[Nathan R. : Oui bien sûr, repose toi bien, à demain..]
[Leandro : À demain.👋]
Dans sa chambre d’hôtel, Nathan pousse un long soupir à moitié rassuré, à moitié inquiet. Depuis son retour de l’hôpital, il n’a plus eu de nouvelle de son rival. Ne tenant plus et voyant le message dans le groupe des pilotes, il s’est décidé d’au moins s’excuser par message. Même s’il préfère le faire de vive voix, au moins il pourra s’endormir un peu plus sereinement et les réitérer le lendemain.
Après les qualifications, Nathan rejoint la zone des médias pour l’interview prévue avec TV Sport afin de donner ses ressentis à son public sur les qualifications et sur la course à venir. Il croise Leandro qui en revient. De ce qu’il a vu sur l’écran, son rival s’est placé P12.
— Leandro ! Comment tu vas ? J’ai vu que tu es P12, tout va bien ?
— Salut Nathan. Oui ne t’en fais pas, encore des courbatures mais j’ai pu ressortir à temps de l’hôpital pour les qualifications.
— Tu… Tu viens de sortir de l’hôpital ? Le visage de Nathan se décompose et ses mains restent suspendues dans les airs, comme si elles ont été trop choquées pour signer.
— Oui, je suis resté en observation pour la nuit, même si j’avoue que je ne comprends pas pourquoi. Mes examens étaient tous bons et à part les courbatures, je ne sens rien de différent, explique le Suédo-Brésilien.
— Je suis désolé, Leandro. Vraiment, ma direction m’a lâchée et je t’ai envoyé dans le mur… Je m’excuse pour tout..
La culpabilité dans le regard du brun est omniprésente, serrant le cœur du châtain de le voir aussi peiné. Il passe son bras autour des épaules du Français pour lui remonter le moral.
— Hé, ne t’en fais pas, ce sont les risques du métiers et tu l’as dit toi-même, ta direction t’as lâché, tu ne pouvais pas prévoir et encore moins m’éviter. Ne t’en fais pas, je suis vivant et c’est tout ce qui compte.
— Même, je suis responsable de cet accident.
— Tu n’es responsable de rien et la FIA est de mon avis puisque tu n’as aucune pénalité.
— Mmmh… Excuse-moi encore.
Sentant que le Français n’en démordrait pas, Leandro accepte ses excuses espérant rendre un peu de la joie de vivre habituelle du pilote. Appelé par Kelina, Nathan salue Leandro et le brun se rend enfin à son interview.
De retour dans son motor home, le Suédo-Brésilien échange avec ses équipes et sa directrice d’écurie de la séance de qualifications. Une fois seuls, Justine lui demande s’il a discuté avec Nathan. Son pilote lui raconte alors son interaction après l’interview et sa tentative de remonter le moral de son rival. La cinquantenaire écoute avec attention et d’un simple hochement de tête, valide l’argument de Leandro. Elle précise que ce n’est qu’un simple fait de course. Soudain, elle a une réalisation.
— J’ai remarqué que vous étiez plus proche avec Nathan ces derniers temps.
— On s’échange juste des listes de films et d’animés à regarder, il marque un temps. Et il nous arrive de discuter d’autres trucs aussi.
— C’est bien ce que je dis, vous vous êtes rapprochés, rigole-t-elle.
— Il reste mon rival, et même s’il est à 80 et quelques points derrière moi, je dois quand même faire attention pour les prochains GP.
— Ça devrait aller, il y a aussi un écart conséquent avec les autres pilotes. Et même s’il fait trois pôles, tu sera toujours devant lui.
— Mmh.
Au fond de lui, Leandro jubile d’être certainement un ami pour le Français. Bien que ce dernier s’entende avec tout le monde, il est rare qu’il vienne s’excuser autant à cause d’une faute dont il n’est pas la cause. D’ordinaire, si la FIA ne le juge pas responsable, il catégorise l'incident comme clos, comme tous les pilotes, et passe à autre chose. Pourtant, celui-ci à l’air de l’avoir beaucoup secoué. Sur ce constat, le châtain se dirige finalement dans sa driver room où il se prépare pour retourner à son hôtel.
Le dimanche, alors que Nathan essaye de se concentrer sur la course qui est sur le point de commencer, Pierre lui demande :
— T’es sûr que ça va ?
— Ouais, c’est juste, j’ai un peu peur que ma direction relâche et que je fasse pire qu’en essais.. souffle-t-il.
— Hé c’est pas ta faute, c’est une bête panne qui est réparée maintenant. Et si tu t'inquiètes d’éventuels accidents, je te rappelle que c’est une part de votre métier de les éviter. Donc si elle relâche, tes collègues t’éviteront t’en fais pas pour ça, va.
— C’est vrai, merci Pierre, je crois qu’avoir sû que Leandro est resté plus longtemps que moi en observation m’a un peu chamboulé, mais comme tu dis, on connaît tous les risques, on sait ce qui peut nous arriver. À nous d’éviter et de piloter.
— Voilà !! Je retrouve mon pilote !! Allez, concentration maintenant.
Sur ces mots, Nathan, le sourire aux lèvres, relance sa playlist et visualise le circuit.
La course se déroule sans accroc, la direction de Nathan tient et remonte de la 9ème place à la 6ème place. Mais la plus belle remontée de la course a été celle de son rival de toujours. Malgré le peu de fois où il a pu piloter sur le circuit lors du weekend, il a réussi à se hisser de la 12ème place à la 5ème.
Pendant les interviews, les journalistes sont curieux et avides de questions sur leurs ressentis après leurs remontées et surtout après l’accrochage qu’ils ont eu. N’en pouvant plus de répondre la même chose, Nathan croise le regard las et exaspéré de Leandro. Pris d’un soudain ras le bol, le brun l’appel pour qu’ils répondent ensemble aux différentes questions. Échappant ainsi aux “Nathan nous a dit ça”, “Lennart nous a affirmé ceci”, et bien d'autres, puisque l’un et l’autre est présent. Finalement, une discussion s’installe naturellement entre les deux pilotes content d’avoir pu finir dans les points oubliant presque qu’ils sont en interview. À tel point qu’ils débriefent ensemble la course, se plaignant de certains dépassements, expliquant leurs remontées, la joie d’avoir des arrêts aux stands rapide et sans accrocs, de leurs ressentis dans les lignes droites et virages.
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Lors des examens médicaux, les médecins ont prévenu Leandro que le vol retour pouvait être compliqué. Mais, il ne s’est pas attendu à ce point là. Au moment de l’atterrissage, il a été pris d’un violent mal de tête et le trajet entre l’aéroport et son appartement a été une torture faute de médicaments dans sa valise.
Il appelle son médecin pour le voir au plus vite afin de connaître la raison de ce mal soudain, même s’il sait au fond de lui que l’accident en est certainement la cause. Un peu plus tard dans l’après-midi, sa sonnette retentit annonçant la venue tant attendue du médecin. Après l’auscultation, il lui prescrit un antidouleur et une ordonnance pour refaire un scanner. Il soupçonne que le choc et le vol ont mis plus à mal le pilote qu’il ne le pense lui-même.
Quelques jours plus tard, Leandro arrive à son rendez-vous. Initialement, il a eu un créneaux juste avant de décoller pour Mexico, finalement l’un des patients n’a pas pu se libérer pour son rendez-vous et l’hôpital à rappeler le pilote pour lui avancer le sien.
Le résultat est sans appel : un caillot sanguin est en train de se former dans son cerveau suite à l’accident et au vol de retour. Le médecin l’arrête deux mois pour qu’il puisse s’évacuer naturellement et avec l’aide de quelques médicaments.
En sortant, le regard perdu dans le vague, il décide de marcher dans Monaco pour s'aérer l’esprit et digérer la nouvelle.
Deux mois d’arrêt. Deux mois, ça veut dire qu’il pourra reprendre les courses lors de la trêve hivernale. Deux mois, c’est perdre le championnat pilote cette année, même avec ces 92 points d’avance sur Nathan qui est deuxième. Deux mois, c’est bien trop long. Deux mois c’est inenvisageable pour le Brésilien. Il s’assoit sur un banc en face de la mer, les larmes aux yeux.
— Hey ! Ça va ? demande une voix qu’il reconnaît.
— Nathan..? Salut… Et toi ça va ?
— Mate ?? Tout va bien ? Dis moi tout. Demande le Français voyant les larmes au bout des yeux bleus de son rival.
— Je…
N’arrivant pas à formuler la sentence qu’il vient d’apprendre, il se renferme sur lui-même, cachant sa tête au pilote qui vient de s'asseoir à ses côtés. Il lutte pour ne pas pleurer devant lui. Un silence s’installe entre eux. Nathan attend patiemment, mais sentant le regard de plusieurs personnes sur eux, il décide de prendre le bras de Leandro et de le tirer gentiment pour qu’il se relève.
— Viens, j’habite à deux rues d’ici, je t’offre un café.
Leandro hoche simplement la tête pour donner son accord.
Une fois chez Nathan, ce dernier lui montre le canapé où il peut se poser. Leandro s'assoit et détaille l’appartement. Les couleurs sur les murs sont chatoyantes, à l’image de la personnalité du propriétaire et des meubles étonnement simples composent l’ensemble. L'entrée donne directement sur la spacieuse cuisine d’un vert pistache qui a tout un tas de robots pour faciliter la préparation des repas. Un peu plus loin, au bout d’un mini couloir, on trouve l’assez grand salon lumineux qui contraste avec le rouge bordeau de ses murs. Des étagères sans fond en bois blanc remplies de DVD en tout genre remplissent l’espace. Elles sont toutes plus ou moins décorées avec des figurines, acryliques, affiches miniatures et petits objets divers et variés. L’une d’elle est centrée uniquement sur Hunger Games, saturée de goodies et de cadres en tout genre. Au-dessus de lui, le plafond est recouvert d’une épaisse couche de coton, sans doute un plafond lumineux pour créer une ambiance lorsque le Français regarde des films. Dans le fond de la pièce, une large étagère noire attire son attention, pas de DVD ou de figurines. Des livres la composent. Des pavés littéraires de toutes tailles. Leandro se lève pour la regarder de plus près. Beaucoup de saga plus ou moins connues la composent, des livres reliés et brochés, certains plus travaillés que d’autres avec des jaspages et des effets 3D.
— Ce sont mes romans fantasy. Je préfère les lire, en films ils rendent moins bien, dit alors le maître des lieux en lui tendant une tasse fumante.
Il a troqué son legging et T-shirt de course à pied pour revêtir un T-shirt blanc un peu trop grand pour lui et un de ses pantalons streetwear.
— Je ne savais pas que tu aimais lire.
— En réalité, peu de personnes le savent. Je préfère que les médias n’en aient pas conscience, après on va me suivre à la trace lors de mes virées librairies, comme lors de certaines pour mes DVDs ou alors quand je vais au cinéma.. Ça devient usant à la longue. Donc moins ils savent que j’aime les romans, mieux je me porte. souffle-t-il dépité.
— Je te comprends. En convention, c’est plus simple de se cacher, je me cosplay et après je suis un monsieur tout le monde derrière le maquillage et les habits.
— Tu fais des conventions ? C’est classe ! Et le cosplay c’est quand on incarne un personnage, non ?
— Oui c’est ça. Maintenant, je crois que j’ai une bonne trentaine de cosplays différents ! ricane Leandro.
Il retourne sur le canapé et le Brésilien prend une gorgée sans vraiment faire attention au contenu de sa tasse. Surpris de ne pas trouver le goût habituellement amer du café, il jette un coup d’œil discret l’intérieur du mug.
— J’ai pensé qu’un chocolat chaud serait mieux qu’un café. Tu n’avais pas l’air bien alors quoi de mieux que le chocolat pour se remonter le moral.
“Pas si discret que ça, finalement”, se dit-il.
— C’est parfait merci.
Un silence s’installe doucement entre les deux pilotes, rompu de temps en temps par le bruit d’un soufflement pour refroidir la boisson ou par une gorgée prise par l’un ou l’autre.
Après un petit moment, Leandro rompt le silence.
— Je suis retourné à l'hôpital à cause d’un mal de tête après le vol. J’ai refait des scanners et j’ai un caillot qui se forme. Je suis en arrêt.
Nathan, qui a reposé sa tasse sur la table basse afin d’être pleinement concentré sur les révélations de son rival, le regarde avec des yeux ronds.
— Merde.. Pendant combien de temps ?
— Deux mois.
— C’est à cause de l’accident ? l'inquiétude est palpable dans sa voix.
— Ouais.
Nathan baisse les yeux. Il est parvenu à ne plus s’en vouloir, mais là c’est la goutte de trop.
— Je suis désolé. Sincèrement. Je sais que ce n’est pas ma faute, que c’est la direction de ma monoplace. Mais mate, à cause de moi, tu ne peux pas courir pendant 2 mois ! Tu allais avoir ton championnat cette année, c’était quasiment certain et je te l’enlève…
— Nathan.. Leandro le regarde avec tendresse. Ça aurait pu être n'importe lequel d’entre nous. Et pour le championnat, je l’aurais une autre année, ce n’est pas grave. Même si avec l’avance que j’ai, je pense quand même l’avoir. Et je réitère, ce n’est pas ta faute. Tu l’as dit, ta direction t’as lâchée, tu n’es pas responsable de cet accident.
— Même, j’ai niqué ta saison..
Voyant que les mots ne serviront à rien, Leandro a alors une idée.
— Tu veux te faire pardonner ?
Nathan relève la tête, curieux d’en savoir plus.
— Tu m'aideras pour toutes les tâches le temps de mon arrêt. Pour les courses, faire à manger, et tout le reste.
— Aucun problème mon ami ! Je serai là ! répond-il en mimant un garde à vous.
Surpris, Leandro le regarde en souriant.
— Ça va ? lui demande le Français.
— Oui, je suis juste.. heureux. Je veux dire, qu’on soit plus que de simples rivaux. Qu’on soit des amis.
— Bon dieu ! Leandro, on s’échange des listes de films et d’animes depuis des semaines ! Ça fait bien longtemps que tu es un ami ! rigole Nathan.
— Tu as sans doute raison, sourit alors encore plus le châtain.
Le reste de l’après-midi, Nathan fait visiter son appartement à Leandro. Étonnement la seule pièce un tant soit peu sobre est celle où se trouve le simulateur du pilote et ses équipements sportifs. Quoi que sobre est un bien grand mot, trois des murs sont peint d’un très joli blanc crème avec plusieurs poster de Formule 1 accrochés et le quatrième a été convertie en une énorme vitrine où reposent tous ses trophés et casques aux designs uniques qu’il a imaginé au fur et à mesures des saisons. Pendant tout le long de la visite, Leandro a remarqué que son ami a dû mal avec les luminaires au plafond comme celui-ci n’allume que les petites lampes dans chaque pièce où ils vont. Donnant une ambiance tamisée et réconfortante dans l’appartement, ce qui est loin de déplaire à Leandro.
Il discutent des dernières lectures, films et séries qui les ont marqués, des autres passions qui les animes et bien entendu de la saison de Formule 1 actuelle. Nathan pose également des questions sur le traitement que doit prendre Leandro. Le médecin lui a prescrit un genre d'anti-coagulant pour permettre au caillot de stopper sa progression et que son corps fasse le reste du travail de résorption. Pour le sport, il peut faire une activité douce comme la marche, le vélo d’appartement et la natation. Dans le regard bleuté du Suédo-Brésilien, on peut y lire un soulagement évident, il peut maintenir sa forme pour son retour sur la piste.
Pris dans leurs conversations, les deux pilotes mangent ensemble et Nathan lui propose de dormir. Le châtain refuse poliment en lui montrant, par la baie vitrée, le petit immeuble en contrebas de celui du brun, il sont quasiment voisins.
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L’annonce de l’arrêt maladie de Leandro fait grand bruit dans les médias. Leandro reçoit beaucoup de message de soutients tandis que des fans un peu trop hardcore insulte Nathan, l’incriminant de la décision du médecin. Parfois dans les commentaires ou dans des vidéos de vulgarisation, des passionnés font des théories où ils pensent que c’est une stratégie d’Eos pour permettre à Nathan de gagner le championnat. Théories jugées farfelues par Leandro puisque le brun est deuxième au championnat avec 92 points de retard. Bien qu’il soit réalisable de le rattraper en 4 Grand Prix, les deux pilotes doutent de la probabilité que cela arrive. Surtout que Vezio Martinelli de chez Scordato a aussi la hargne de vaincre cette année.
Alors que les deux compères discutent de tout cela en rentrant des courses, ils se font alpaguer juste devant l’immeuble de Leandro par un touriste.
— Bonjour, excusez-moi, vous êtes Nathan Romairyc et Leandro Eriksson ? C’est possible d’avoir une photo ? demande-t-il.
— Bonjour, oui bien sûr ! répond Nathan. Puis il se tourne vers son ami qui n’a l’air d’avoir compris que le mot photo, il traduit alors : il veut une photo de nous deux, ça ne te dérange pas ?
— Non pas du tout !
Il se place au côté de Nathan juste derrière le jeune homme et fait son plus beau sourire pour le cliché.
— Merci beaucoup ! Et bon repos, j’ai hâte de vous revoir en piste ! termine-t-il avant de s’éloigner et comprenant que le Suédo-Brésilien a encore du mal avec le français.
— J’aime bien m’occuper des fans, ils sont cool, confie ce dernier.
— Je suis d’accord, certains un peu insistant, mais sympathique. En tout cas à choisir entre une journée presse et une rencontre de fans… Il fait mine de réfléchir en regardant Leandro.
— La rencontre de fans ! s’exclament-ils en même temps avant de partir dans un fou rire.
Une fois dans l’appartement du Suédo-Brésilien, Nathan s’émerveille une fois de plus devant sa simplicité. Du mobilier efficace dans un style scandinave et les murs blanc sont couverts de poster en tout genre : sport automobile, affiche de convention, poster d’animes, des photos de familles et entre amis. Après le petit vestibule d’entrée, on tombe tout de suite sur la salle à manger et, à droite, la petite cuisine ouverte, juste assez grande pour qu’une personne seule soit à l’aise pour cuisiner. Plus loin dans la pièce se trouve le salon où trône un gigantesque écran plat fixé au mur, devant une table basse et un large canapé confortable en bois brut. Dessus, le maître des lieux y a disposé des plaids et des coussins de toutes formes et de couleurs. Une baie vitrée donne sur la mer et un balcon qui fait la longueur de l’appartement. À côté, en face du salon, se trouve une porte coulissante menant à la salle de bain. Derrière la cloison du salon, on tombe dans un couloir menant aux toilettes et au milieu de celui-ci, un autre menant à la chambre d’un côté et à la salle de sport et au bureau de l’autre.
Les jeunes hommes commencent à préparer le déjeuner tout en discutant du Grand Prix d'Austin qui approche. Leandro confie à Nathan qu’il souhaite venir au week end mais qu’il a peur que le vol aggrave le caillot et Nathan lui conseille d’appeler son médecin pour avoir un vrai avis médical.
L’après-midi ne venant que de débuter les deux amis entreprennent une séance de sport. Depuis quelques jours, ils s'entraînent ensemble, tantôt chez Nathan, tantôt chez Leandro. La salle de sport du pilote 8 est couverte de tapis de sol gris sombre et, comme le reste de l’appartement, les mur sont blanc. Des équipements sportifs sont disposés à travers la pièce, des haltères, un collier de tête pour le renforcement musculaire du cou, un vélo d’appartement, un rameur et la dernière acquisition, un tapis de course. Alternant des sessions de gainage, de musculation et de cardio, les deux hommes ont leurs routines sportives respectives. Une fois en vêtement de sport, Nathan commence par 5 km de course à pied pour se mettre dedans, il enchaîne ensuite sur 5 min de gainage, puis 5 min de musculation et termine par 5 min de cardio. Il répète l’exercice pendant 1h avec 1 minute de pause entre chaque tour. Leandro se concentre davantage sur le vélo, la course à pied et le gainage. Il fait quelques exercices de cardio pour se maintenir à un certain niveau, mais avec les médicaments, il évite d’en faire trop. D’un accord silencieux, ils passent ensuite à l'entraînement de leurs cou, faisant l’un après l’autre, ils en profitent pour discuter un peu de tout et de rien.
Après la douche et le souper, ils jouent à des jeux de société pour le reste de la soirée. Pour améliorer son français, quelques jours auparavant, le châtain a demandé au brun de lui parler un maximum dans sa langue natale lors de ces soirées. Celle-ci ne faisant pas exception, dans l’appartement on peut entendre des fous rires omniprésents, Leandro faisant de son mieux pour répéter les phrases et le vocabulaire en tout genre que son ami tente de lui apprendre. Une conversation basique en français est loin d’être aisée pour le trilingue. Dans le salon, les deux pilotes ressentent un doux sentiment de bien être dans cette amitié qu’ils développent.
Suite à l’appel, le médecin ne semble pas contre l’idée d’un vol, il n’est pas enthousiaste et le déconseille tout de même, mais il certifie que ça n'aggravera pas le caillot. À demi rassuré, il envoie un SMS à Justine pour la prévenir de sa venue à Austin pour les aider tout au long du weekend, prétextant que ce n’est pas parce qu’il est en arrêt, qu’il doit s’éloigner de ses obligations de pilote.
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Lors de la journée presse du Grand Prix, Nathan est assailli de questions sur sa responsabilité et ses ressentis par rapport à l’accident. Il fait face à la presse en énonçant simplement la décision de la FIA et la conversation qu’il a eu avec Leandro à ce sujet. Au loin, il repère une tête châtain qu’il reconnaît bien.
— Leandro ! il héla.
Les journalistes se retournent pour dévoiler à l’écran la silhouette qui se rapproche. Nathan l’accueille avec chaleur et leur habituel check.
— On était justement en train de parler de toi ! Le vol s'est bien passé ?
— Ça va. Mais un peu épuisant pour être honnête. Vous disiez quoi ?
— Oh pas grand chose, simplement que tu vas bien.
— Je vois. Après tout, j'ai une aide ménagère, termine Leandro avec un clin d’œil complice sous le petit rire de Nathan.
Ne ratant aucune miette de l’échange, les interviewers ne disent rien. Quand le Brésilien leur dit au revoir et repart en direction de son motorhome, les questions reprennent de plus belle et surtout sur cette fameuse “aide ménagère” dont ils sont maintenant persuadés que le pilote a enfin trouvé une petite amie. Après presque 5 ans en Formule 1, les journalistes ont commencé à désespérer du calme plat dans cet aspect de la vie de Leandro. Ce demi-aveux est donc une mine d’or. Nathan, sentant un harcèlement envers son ami débuter sous peu, désamorce tout de suite. Il explique que pendant les dernières semaines, il l’a aidé comme ils sont pratiquement voisins et qu’il vit seul. Il se garde bien de préciser qu’il le fait surtout pour se faire pardonner de l’accident, bien qu’il a relativisé depuis. Déçu, les journalistes mettent fin à l’interview et la journée du Français se termine peu de temps après.
Lors des essais libres et des qualifications, Nathan sent qu’il manque quelque chose sur la piste. Enfin, il est plus exact de dire quelqu’un. Ses autres collègues ne lui donnent pas les mêmes frissons lorsqu’il se bat contre eux qu’avec le Brésilien. Et Asbjorn Thuesen, le remplaçant de Leandro est bon pilote mais bien trop peu expérimenté encore. Les deux pilotes se sont déjà rencontrés dans la maison mère d’Eos. Narciso ayant annoncé sa retraite lors de la pause estivale, l’écurie est allée chercher sans aucune once de gêne, le troisième pilote d’Elysium. Au moins ça lui permettra de commencer à faire ses armes sur la piste avant le début de la saison 2017 a pensé le Français.
Le dimanche dans le garage Elysium, Leandro est assis à côté de Justine, casque sur les oreilles, il analyse les différentes données présentes sur l’écran en face de lui. Asbjorn s’en sort plutôt bien, il maintient fermement sa 10ème position sous les conseils avisés de son ingénieur radio. Par moment, le Suédo-Brésilien soumet une idée à sa directrice qui en utilise certaines aux moments opportuns. Cela fait maintenant 1h15 que les pilotes sont en piste et dans la sono du circuit, les commentateurs essaient de suivre comme ils le peuvent la bataille qui fait rage pour la pole position depuis quelques tours. Leandro retire son casque d’une oreille pour écouter.
— Nathan Romairyc maintient son adversaire derrière lui !! Il arrive en zone DRS, les deux pilotes sont au coude à coude. Mais que se passe-t-il ? Vezio Martinelli essaye de prendre l’avantage dans la ligne droite des stands et Nathan Romairyc se rabat pour ne lui laisser aucune chance dans le premier virage. Ils arrivent dans un petit peloton de retardataires… Le drapeau bleu est brandit pour qu’ils les laissent passer. Nathan en profite pour prendre de l’avance, il y a maintenant 1 seconde entre les deux pilotes.
Leandro regarde un instant l’écran géant devant lui qui diffuse en gros plan la bataille.
— On rappelle Vezio Martinelli au stand, certainement pour tenter undercut sur le pilote Eos. Quelle va-t-être la stratégie adoptée par Oki Toyoaki en réponse ? Nathan Romairyc en profite pour creuser son écart. Aïe aïe aïe, un arrêt bien trop long pour l’écurie Scordato, 3.9 secondes, ce n’est pas bon du tout ça, mais ça doit ravir Eos qui garde la tête pour le moment. Emelie Hœnigsberg remonte rapidement, elle est juste derrière Narciso Bento qui fait tampon entre elle le leader de la course. D’ici quelques tours nous aurons certainement le droit à une belle bataille.
Leandro remet son casque sur son oreille et se reconcentre sur son remplaçant. Il a réussi à prendre la 9ème place mais il peine à la garder.
Il ne reste que 4 tours maintenant. Avec les arrêts au stand catastrophique de Scordato pour tenter des undercuts, Nathan et Narciso se sont envolés sur la piste. Les deux coéquipiers n’étant plus qu’à 1.5 seconde l’un derrière l’autre, il ne leur reste plus qu’à sécuriser leurs positions pour les tours restants. Pour tout le monde, le podium est déjà figé : un doublé Eos et Tamako Miyano, l’un des pilotes d’Owl in Studio. Du côté d’Elysium, Asbjorn Thuesen termine 11ème et Jaden Melton, 8ème.
Lors du temps d’échange post course avec les 3 premiers, le journaliste demande quels sont les ressentis de Nathan de cette course.
— On a eu des batailles intéressantes, je pense à celle contre Vezio qui a été particulièrement dure. La safety car du début de course m’a bien aidé à garder ma pôle un bon moment, c’est vrai, mais j’avoue que l’absence de Leandro s’est ressentie sur la piste. J’ai hâte qu’il puisse revenir piloter avec nous. termine-t-il avec une pointe de tristesse dans la voix.
À cette dernière phrase, les deux autres pilotes derrière lui acquiescent pour donner plus de poids à ses paroles. Touché, le Suédo-Brésilien à un sourire triste qui se dessine sur son visage. Il ne démentira pas le fait qu’il a été pendant un temps jaloux de Vezio qui a été au coude à coude avec Nathan. Enfin, il l’a envié jusqu’à l’arrêt au stand plus que catastrophique. Leandro se dirige vers Asbjorn et lui fait une tape dans le dos pour le féliciter de sa course. Ils regardent ensemble les données de la course sous l’œil attentif de Justine, discutant de ce qui pourrait être amélioré pour le prochain grand prix. Asbjorn boit les paroles de son aîné, se critiquant parfois lui-même quand il sait qu’il a mal pris sa trajectoire ou mal paramétrer son moteur à la sortie de certains virages. Devant son envie de progresser, Leandro ne peut s’empêcher de lui donner plusieurs conseils qui l’aideront pour la suite de la saison.
Un peu plus tard, le tableau des points se met à jour.
L. Eriksson : 340 pts
N. Romairyc : 273 pts
E. Hœnigsberg : 236 pts.
Leandro calcule rapidement dans sa tête. 67 points. 67 points les séparent maintenant. Comme un rappel silencieux, il sait que Nathan n’a que deux scénarios possibles pour le rattraper : finir 1er lors des 3 prochains grand prix, ou finir encore deux fois 1er et une fois 2ème. Et pour le moment, il est bien parti pour l’un ou l’autre.
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