Bon Retour à la Maison
Le silence était pesant, ce calme anormal me stressait… Je ne pensais pas qu’il était possible de ressentir de telle chose… Mais cet endroit était si froid, si étrange, mais, en même temps, cette ambiance était aussi attirante. Je n’étais que dans la porte d’entrée et, pourtant, je ne pus avoir qu’un moment d’arrêt face à tout cela ! Peut-être était-ce dû à mes souvenirs dans cette maison ?
La maison de mon enfance avait bien changé ! En garant la voiture, une pléiade de souvenirs m’était revenue… Mon enfance, l’adolescence difficile et mon départ qui avait fendu le cœur de ma mère… Après tout, j’avais vécu les vingt premières années de ma vie dans ce lieu, cette résidence.
Aujourd’hui, elle n’était plus si flamboyante. Elle était même plutôt délabrée, tout partait en lambeaux ! Un trou dans le toit, des tuiles manquantes ou cassées, le papier peint déchiré par endroit… Sans parler des murs effrités ! La maison de mon enfance avait bien souffert durant ces dernières années !
La lourde atmosphère supportée, je m’enfonçai davantage en ces lieux. La cuisine m’appelait, je traversai le couloir et remarquai qu’il manquait un bout de parquet juste devant la porte de la cave. Je continuai ma route et atteignis ma destination. Une odeur nauséabonde, il devait rester de la nourriture dans le frigo. Ma supposition fut vérifiée dans la foulée, il était rempli. Mais impossible d’être catégorique, on aurait dit des restes de viandes et de légumes, mais leur état était tel que l’identification des aliments était quasiment impossible. Mon regard passa le reste de la pièce au crible. Du café séché au fond de la cafetière, de la vaisselle sale dans l’évier et beaucoup de moisissure un peu partout !
Et ce n’était que la première pièce que je visitais ! Le reste n’était pas mieux : les meubles étaient mités, le canapé voyait sa mousse le quitter et des traces de rongeurs étaient un peu partout. Malgré l’état des escaliers, je pris la décision de monter à l’étage. Je me devais aussi d’en faire l’état des lieux.
Et, comme je m’y attendais, il n’était pas mieux que le rez-de-chaussée… Bien au contraire ! Son état était pire ! Rien que le sol, on pouvait voir à travers certaines zones du plancher. Et les chambres n’étaient pas non plus aptes à recevoir… On aurait pu penser qu’un ouragan, qu’une tempête était passée par là tellement elles ne ressemblaient plus à rien !
Inconsciemment, je me retrouvai dans ma chambre, celle qui m’avait vu grandir. Et j’eus un choc en retrouvant mon journal intime… Bien que les pages se détachaient, étaient tachées, je le reconnus sans aucune hésitation. Je m’approchai de ce qui me servait de bureau, et sans réfléchir, passai les doigts, délicatement, sur la couverture du cahier. Ma main se retrouva pleine de poussières. Je m’essuyai sur mon pantalon. La nostalgie passée, je continuai ma route.
La chambre de ma mère était là, j’étais surprise de voir son état. La pièce la plus amochée de la maison était devant mes yeux. J’étais choquée, le matelas avait été éventré, tout le papier peint arraché et certaines zones des murs n’étaient pas mieux. Un animal sauvage aurait-il pu venir ici ?
Il fallait croire qu’en plus des rats et des cafards, j’avais la possibilité de croiser aussi des animaux plus conséquents ! Un ours peut-être… Espérons juste que cette bête ne revienne pas ! Au moins pendant ma visite ! Je préférerais le calme pesant de la maison que ça !
En tout cas, ma visite allait bientôt se terminer. J’en avais assez vu pour me faire une idée de l’état catastrophique de la maison. Il ne me restait plus que la cave…
La pièce que je détestais le plus ! Depuis ma tendre jeunesse, je trouvais toutes les excuses pour ne pas y descendre. L’air y était malsain et l’ambiance lourde et froide n’aidait en rien. J’avais toujours eu l’impression qu’on m’observait là-bas. Même le chien ne voulait pas y aller, on avait l’impression qu’il avait peur de cet endroit. Seule ma mère y allait, entrait dans cette cave étrange… Et, aujourd’hui, c’était à mon tour d’y aller !
J’ouvris la porte, descendis les marches en évitant les zones fragiles avant de poser les pieds sur le sol cimenté. Encore de la poussière et des toiles d’araignée partout ! J’eus un frisson, l’ambiance n’avait pas changé depuis tout ce temps. Les étagères, par contre, avaient bien morflé ; seul le congélateur semblait avoir survécu aux affres du temps.
Il m’attirait, sa blancheur anormale m’enivrait. Il était là, propre au milieu de toute la crasse, de la dégénérescence de cette maison. Je posai la main, pas une once de poussière et un ronronnement… Il était encore en fonction. Impossible ! L’électricité avait été coupée depuis longtemps ! Je regardai tout autour, vérifiant les prises. Il n’y avait aucun générateur et, surtout, il n’était pas branché !
Le stress me prit, la peur monta en moi. La chair de poule apparaissait sur mes bras, mes poils hérissés. Tous mes sens étaient en alerte ! Quelque chose clochait… Et l’envie d’ouvrir ce congélateur grandissait. Que pourrais-je y trouver ?
Je fermai les yeux, pris une longue inspiration. Lorsque je rouvris les yeux, mes mains étaient déjà sur l’anse de la porte, prêtes à soulever le couvercle. Il me parut lourd, il pesait une tonne. À peine était-il entrouvert qu’une lumière blanche en sortit. Le ronronnement se faisait plus fort. Puis, soudain, la porte me parut plus légère et je l’ouvris en grand.
Tout naturellement, je baissai la tête pour regarder à l’intérieur. Rien, il n’y avait rien… Juste cette lumière si blanche qu’elle agressait mes yeux. Je fus obligée de détourner le regard. À cet instant, je remarquai la lumière du congélateur n’éclairait pas la pièce comme si elle n’existait pas. Face à cette remarque, je décidai de regarder à nouveau l’intérieur de l’appareil.
La lumière avait totalement disparu, le congélateur avait changé. Il apparaissait vieux, délabré, sale. Une odeur horrible y en sortait. Il ne fonctionnait plus et le fond était si sombre que je n’arrivais pas à voir correctement ce qui s’y trouvait. J’éclairai avec ma lampe torche et fut horrifiée par ma découverte. Un crâne s’y trouvait et bien d’autres morceaux de corps éparpillés.
Je reculai de quelques pas et étouffai un cri. Un bruit dans mon dos me fit sursauter. La main devant la bouche, je me retournai lentement, ma mère était en face de moi. Cette mère morte depuis plusieurs années, se trouvait là, le corps à moitié décharné…
« Bon retour parmi nous, chérie ! »
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