Le Baron et la Licorne
Personne ne sait quand cette légende a débuté… Mais elle existe depuis fort longtemps.
On raconte qu’un jour, un homme riche, de hautes lignées, souhaitait acheter un cheval. Il ne voulait pas le premier venu, bien au contraire ! Ce dernier devait être le plus bel étalon de la région, le plus puissant et le plus endurant de tous. Pour ce faire, il ordonna à ses vassaux de parcourir le monde en quête de cette perle rare. Cette recherche dura longtemps et, après de nombreuses années à attendre, un homme, un pouilleux mal rasé se présenta à lui.
Il lui expliqua qu’il était un des vassaux envoyés à travers le monde. Et, s’il se présentait devant lui, aujourd’hui, cela était pour une bonne nouvelle. Mais, affamé, assoiffé, il demanda le droit de se restaurer avant. Le riche homme accepta, ayant hâte de connaître son récit. Il le fit s’asseoir à sa table et lui fit servir les meilleurs plats, les meilleurs vins de sa cave.
Le vassal but, mangea comme on n’avait jamais vu cela dans le fief entier. Le pauvre n’avait pas dû manger à sa faim depuis longtemps. Le repas terminé, il fit une autre demande. Épuisé par le voyage qu’il venait de faire, il souhaitait se reposer un peu. Sa demande fut acceptée et il reçut l’autorisation de dormir dans la meilleure chambre du manoir.
Lorsqu’il se réveilla, il rejoignit son maître dans la salle principale. On l’autorisa à s’asseoir. Bien installé, il commença son récit. Il expliqua tout son voyage, comment il avait dû trouver le moyen de traverser une énorme rivière avant d’atteindre une petite ville isolée où les habitants parlaient un dialecte inconnu. Il continua son histoire incroyable. Le baron buvait ses paroles, le récit lui plaisait au point qu’il en oublia la raison de tout cela.
L’homme avait traversé des plaines, des montagnes sans s’arrêter pour trouver la monture idéale. Son aventure l’avait amené jusqu’à une forêt immense, emplie d’arbres immenses. Un océan verdoyant s’offrait à lui. Lorsqu’il y entra, il ressentit une douce chaleur l’envahir, une bienveillance se dégageait autour de lui. Il se sentait bien, heureux, léger comme si tous ses soucis, tous ses problèmes avaient disparu. Il avait continué, s’enfonçant davantage dans ce bois interminable. Lorsqu’il arriva jusqu’à une clairière, il n’en crut pas ses yeux.
Un petit lac s’y trouvait. L’eau était tellement claire que la lune s’y reflétait. Le voyageur était abasourdi par tant de beauté qu’il ne remarqua pas tout de suite les habitants de la forêt. Soudain, le bruissement de l’herbe le fit sortir de ses pensées. Un lièvre était sorti du bosquet pour s’abreuver. L’homme se rendit enfin compte que la vie était tout autour de lui ; une famille de sangliers, un cerf et même une chouette étaient là, tranquilles, ne prêtant aucune attention à l’intrus. L’humain se trouvait dans un lieu féerique, angélique.
Et, au milieu de tout cela, il aperçut un cheval… Un équidé comme il n’en avait jamais vu ! L’animal était magnifique, sa robe et sa crinière argentée dépareillaient avec les autres bêtes de la forêt. Mais ce qui frappa le plus le serviteur fut son regard noir. Il eut l’impression que le cheval lisait en lui, il était jaugé par cet animal hors du commun. Il eut un frisson.
Tandis que son pouls accélérait, l’animal détourna la tête et quitta le lac, s’enfonçant dans les bois. Ce fut à cet instant qu’il repéra la corne sur le front du cheval. Il venait de rencontrer une licorne.
Il expliqua ensuite qu’il fit demi-tour, ayant trop peur de la malédiction : quiconque touchera à une licorne, mourra dans d’atroces souffrances !
Son maître en rit, les malédictions sont faites pour faire fuir les couards. Fort intéressé par cette histoire et, surtout, par l’animal fantastique, il posa de nombreuses questions à son serviteur. Il était tellement pressant que le pauvre serf lui fit une proposition. Il acceptait de le conduire là-bas, de l’amener à cette forêt, mais, à une condition, lui offrir de quoi nourrir sa famille pour l’hiver. Sans aucune hésitation, le baron accepta et deux jours plus tard, les préparatifs étant finis, ils prirent la route avec une dizaine d’hommes.
Le voyage dura longtemps, des jours, des semaines. Ils traversèrent tout ce dont avait parlé l’homme, ponts, rivières, villages isolés, prairies, montagnes, avant d’atteindre leur objectif, la forêt verdoyante. Le riche homme hésita quelque peu avant d’y entrer. Mais, contrairement au récit de son vassal, il ne ressentit pas le calme. L’air y était pesant, presque irrespirable. Il avança péniblement jusqu’à la clairière, aucun animal ne s’y trouvait. L’eau du lac était sombre et une brume impénétrable empêchait de voir à dix mètres à la ronde.
Soudain, il n’entendit plus aucun bruit, il était seul. Le groupe avait disparu. Le silence dura puis des bruits de sabot se firent entendre. Un animal, un équidé s’approchait dans son dos. Pétrifié, le baron n’osa se retourner. Une corne, une crinière et, enfin, une tête de cheval fit son apparition sur sa droite, frôlant de son épaule. L’homme sentit son pouls accéléré, son cœur cherchant à sortir de sa poitrine. Il ne tourna pas la tête, ferma les yeux, espérant que tout cela ne soit qu’un rêve. Mais son souhait ne fut pas réalisé, et le stress et la peur montèrent encore d’un cran quand il entendit une voix. Elle provenait de la licorne et sonnait comme un avertissement.
« Toi qui me voulais pour toi seul, toi qui rêves de fouler les terres pleines de vie en m’ôtant la liberté, je vais réaliser ton souhait ! »
On n’entendit qu’un long cri dans la forêt. Et, quand la brume disparut sur le lac, le groupe était là. Le serf regarda tout autour de lui, son maître n’était pas avec eux. Le baron avait disparu. Après avoir cherché partout, ils prirent la décision de quitter le bois et de rentrer chez eux. Ils étaient effrayés, ce cri perçant était signe que la malédiction avait frappé !
Depuis ce jour, un cheval sauvage à la robe noire fut aperçu sur les terres du baron. La légende raconte qu’encore aujourd’hui, on peut le croiser galopant toujours et pour l’éternité…
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