Chapitre 17 L'alliance des coeurs

📖 L'Ombre du Trône ✍️ danielle 📝 1347 mots

La lumière dorée du matin filtrait doucement à travers les rideaux de velours, baignant l'antichambre d'Iris d'une lueur feutrée. Soren ouvrit lentement les yeux. Pour la première fois depuis des mois, son réveil ne fut pas dicté par l'urgence d'un combat ou la rigueur de la caserne. Il resta parfaitement immobile, retenant son souffle pour ne pas briser la paix de cet instant. Iris était blottie contre lui, endormie, sa tête rousse reposant doucement sur son torse valide. Ses bras fins étaient enroulés fermement autour de sa taille, comme si elle craignait qu'il ne disparaisse à nouveau dans la nuit.

Un faible soupir s'échappa des lèvres de la princesse lorsqu'elle s'éveilla à son tour. Ses grands yeux bleu nuit se posèrent sur lui, libres de tout artifice, de tout masque de cour. Profitant de cette intimité totale et sans protocole, Iris leva lentement sa main et laissa ses doigts glisser avec une infinie tendresse sur la joue de Soren. Elle caressa doucement ses bras, traçant les contours de ses muscles fatigués, avant de poser sa paume sur son torse pour écouter les battements réguliers de son cœur. Soren savoura cette douceur pure, sentant la colère glaciale qui lui consumait les veines depuis des jours s'apaiser temporairement. Leurs regards se croisèrent dans un silence complice, conscient que cette nuit venait de sceller leur destin à jamais. Mais la trêve fut de courte durée. Un coup discret et rythmé contre la porte dérobée de la suite les ramena brutalement à la réalité.

C'était le capitaine Vane. Le vieux soldat les convoquait officiellement de la part du souverain pour une audience immédiate. Quelques minutes plus tard, après avoir ajusté leurs tenues à la hâte, Soren et Iris pénétraient dans le grand bureau du roi Sylas. Le souverain de Yué les attendait, debout près de sa fenêtre, la mine sombre et le rapport de Joram serré entre ses doigts. Il ne tourna pas autour du pot. Dès que les portes se refermèrent, Sylas planta ses yeux sévères dans ceux du jeune prince et lui fit les terribles révélations rapportées par l'espion.

— Soren, la vérité est bien plus sombre que nous ne le pensions, déclara le roi d'une voix lourde. Les assassins qui ont attaqué le marché le mois dernier ne visaient pas ma fille. C'était une mise en scène diplomatique pour masquer leur véritable cible. C'est ta tête qu'ils voulaient. Ta propre mère, la reine Ines, a découvert que tu te cachais ici sous l'uniforme de ma garde. Elle a ordonné qu'on te traque et qu'on t'élimine à n'importe quel prix. Tant que tu respires, elle n'a aucune légitimité absolue à Gérico. Le peuple et l'armée n'obéissent qu'à l'héritier de sang, ce qui l'empêche de lever une armée pour nous attaquer. Elle ne fait que gouverner la bureaucratie sans pouvoir agir vraiment. Mais si tu meurs, elle devient la seule souveraine absolue, et la guerre éclatera.

Le roi Sylas avança vers sa table de travail et la frappa du poing, le regard flamboyant d'une urgence politique pressante.

— Le temps n'est plus à l'apprentissage passif derrière un paravent, Soren ! Tu dois retourner à l'ouest et reprendre ton royaume le plus vite possible. Tu dois revendiquer ton trône avant que ta mère ne profite de ton absence prolongée pour te déclarer officiellement mort et s'emparer définitivement de la Couronne de Gérico. Chaque jour qui passe joue en sa faveur.

Soren accusa le coup en silence, sa mâchoire se contractant violemment sous l'effet de la frustration. Il baissa les yeux sur ses propres mains, lourdement enveloppées dans les linges blancs du médecin, avant de relever un regard empreint d'une terrible amertume vers le souverain de Yué.

— Dans mon état actuel, c'est impossible, Majesté, avoua le prince d'une voix blanche, brisant sa fierté de guerrier. Je ne peux pas mener une rébellion. À cause de mes paumes en lambeaux et de la raideur de mon épaule droite, je n'arrive même plus à fermer les doigts sur la poignée de mon épée. Je suis incapable de tenir une arme pour me défendre.

Le roi Sylas laissa échapper un long soupir las, croisant les bras. La réalité physique du prince était un obstacle majeur. S'il retournait à l'ouest dans un tel état de faiblesse, les tueurs de sa mère l'exécuteraient dès qu'il franchirait la frontière.

— Soit, capitula le roi d'un ton plus calme. Si tu pars ainsi, elle te tuera directement. Continue à te reposer ici, cache-toi et guéris tes blessures au plus vite. Le médecin royal est entièrement à ta disposition. Ne fais aucun mouvement tant que tes mains ne peuvent pas porter le fer.

Soren hocha lentement la tête en signe d'assentiment. Il fit demi-tour et commença à marcher vers la sortie du bureau, l'esprit lourd. Mais alors qu'il approchait de la lourde porte de chêne, il se figea net. Il tourna son regard vers Iris, qui se tenait un peu en arrière, le visage marqué par l'angoisse de la situation. Soren prit une immense inspiration, redressa fièrement sa stature de prince et fit volte-face pour revenir à grands pas vers le bureau du roi.

Sous les yeux ébahis du capitaine Vane et d'Iris, qui ne comprirent pas son revirement soudain, Soren Blackwell s'arrêta juste devant le roi Sylas. Brisant toutes les conventions diplomatiques et le protocole de la cour, le prince de Gérico mit un genou à terre sur le tapis de laine. Il se pencha humblement devant le souverain de Yué, baissa la tête et prit la parole d'une voix grave qui vibra dans toute la pièce :

— Majesté... je sollicite officiellement une grâce de votre part. Je vous demande la main de votre fille, la princesse Iris.

Le roi Sylas se figea instantanément, totalement pris de court, ses yeux s'écarquillant de stupeur devant l'audace du jeune homme. Derrière lui, Iris devint rouge de gêne en une fraction de seconde. Son cœur se mit à cogner furieusement contre ses côtes, ses mains se serrant contre son tissu, totalement submergée par cette demande qu'elle n'avait pas vue venir. Soren resta le genou au sol, maintenant son regard d'acier ancré dans celui du roi, et ouvrit son cœur avec une sincérité désarmante.

— Je l'aime sincèrement, Majesté, continua le prince, dépouillé de toute arrogance. Pendant ces quatre jours de calvaire sur la route pour ramener Joram, alors que la douleur et la fièvre me harcelaient, son visage et son souvenir hantaient mes pensées jour et nuit. C'est elle qui m'a donné la force de ne pas abandonner mon cheval au milieu des bois. Et hier soir... quand elle m'a embrassé à mon retour, j'ai enfin compris. J'ai réalisé que je refoulais mes sentiments pour elle depuis des semaines sans m'en rendre compte, parce que j'étais trop ancré dans mon rôle de garde du corps pour m'avouer la vérité. Je ne veux plus me cacher. Je veux être son époux et son protecteur légitime.

Le roi Sylas resta silencieux un long moment, jaugeant la noblesse et la pureté de la démarche de ce jeune homme qui mettait sa vie entre ses mains. Un mince sourire ému finit par étirer les lèvres du vieux souverain. Il s'approcha, posa ses mains sur les épaules de Soren et le força à se relever. Sylas tourna ensuite son regard paternel vers sa fille, croisant ses bras.

— Et toi, Iris ? demanda le roi d'un ton doux. Quel est ton avis sur cette alliance ?

Pour toute réponse, la princesse offrit le plus beau, le plus radieux et le plus sincère des sourires à son père, ses yeux brillant de larmes de joie contenues. Le roi Sylas hocha la tête, une immense fierté brillant dans son regard.

— J'accepte ta demande avec honneur, Roi Soren, déclara solennellement le souverain de Yué. Votre union sera le premier maillon d'une ère nouvelle pour nos deux peuples.

Iris, incapable de se retenir une seule seconde de plus face au protocole, brisa la distance qui la séparait de lui. Elle courut à travers la pièce, se jeta littéralement au cou de Soren et l'embrassa passionnément sur les lèvres, scellant leur amour au grand jour sous le regard approbateur et bienveillant du roi Sylas et du capitaine Vane.

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