chapitre 20 le commencement

📖 L'Ombre du Trône ✍️ danielle 📝 3290 mots

Après avoir inspecté la cachette de pierre de fond en comble sous la lueur vacillante de sa lanterne sourde, Soren Blackwell laissa glisser ses yeux d'acier sur les coffres empilés et les recoins poussiéreux. C’est dans un petit coffret en bois noir, dissimulé sous une pile de vieux draps, qu'il découvrit une fiole d’argile scellée contenant une teinture rouge sombre, épaisse comme du sang séché. Juste à côté, enveloppée dans un parchemin huileux, reposait une épée d’acier tranchante, d'une facture sobre mais d'un équilibre absolu. Le prince la prit en main. Il exécuta quelques mouvements brefs dans le silence de la pièce fermée, fendant l'air avec précision. Sa paume cicatrisée épousait parfaitement les rainures de la poignée de cuir, et il remarqua avec une pointe d'émotion que le poids et l'allonge de cette arme avaient été calculés au millimètre près pour sa propre morphologie. Son père l'avait forgée en secret pour lui.

Soren tourna les yeux vers le portrait du roi Ivar accroché au mur de pierre, une immense tristesse assombrissant ses traits durs. Il détacha sa lourde épée royale, celle qui portait les armoiries officielles de Gérico, et la déposa sur la table de bois avant de la remplacer par cette nouvelle lame anonyme. Puis, se penchant humblement devant le tableau de son père, il inclina la tête et murmura dans un souffle rauque :

— Merci, mon père. Je ferai honneur à ton sang.

Le prince prit ensuite la fiole de teinture rouge sombre. Usant de l'eau claire d'une bassine, il l'appliqua soigneusement sur ses cheveux brun foncé et ses sourcils épais, massant la fibre jusqu'à ce que sa chevelure prenne une teinte écarlate, profonde et mate. Lorsqu'il se redressa et ajusta ses vêtements civils, son reflet avait radicalement changé. Dépouillé de son allure habituelle, il ressemblait désormais à un solide mercenaire de la basse-ville, un voyageur de passage. C’était la couverture parfaite pour se fondre dans la masse de la population sans éveiller les soupçons de la Cour noire.

Le calendrier affichait toujours le deuxième jour de son infiltration à la capitale, et la nuit noire enveloppait la cité d'un manteau de givre. Soren se glissa hors du conduit secret avec une discrétion de spectre, sa nouvelle chevelure dissimulée sous une simple veste de toile. Il se dirigea vers l'auberge du Corbeau borgne, une taverne bruyante et crasseuse des bas-fonds où les hommes venaient noyer leur misère. Le prince commanda une chope de bière bon marché et alla s'installer dans un coin tranquille, le dos au mur, observant la salle à travers la fumée des pipes et l'odeur de sueur.

Autour de lui, les conversations ordinaires s'entremêlaient : certains parlaient des corvées de cuisine, d'autres de leurs femmes, de leurs gosses malades, de la famine qui rongeait les foyers ou des affaires marchandes qui ne tournaient plus depuis l'avènement de la régente. Soudain, un mot fit tressaillir les sens de Soren. Un homme, attablé un peu plus loin, venait de prononcer le nom du roi Ivar d'une voix lourde. Le prince glissa discrètement son regard en direction de la voix. Un petit groupe de cinq hommes discutait, serré autour d'une table poisseuse. Parmi eux, Soren reconnut immédiatement une silhouette massive. C'était Varel, le capitaine de la garde royale avec qui il s'entraînait presque tous les jours au palais avant sa fuite. Le prince ramena sa chope vers ses lèvres et se mit à écouter attentivement, captant chaque mot de leur discussion clandestine.

Le groupe parlait à voix basse, mais la colère qui les animait faisait vibrer leurs cordes vocales dans la pénombre de la taverne.

— Tu imagines un peu ? Cette femme sur le trône ! lâcha l'un des hommes en serrant les poings. Elle augmente les taxes de moitié pour quoi ? Une guerre ! Entrer en conflit contre Yué ? C'est de la folie pure. Notre peuple meurt de faim et elle remplit les casernes de mercenaires étrangers.

— J'ai entendu dire par un valet des cuisines que tous ceux qui sont restés fidèles à la mémoire du vieux roi ont été rétrogradés ou jetés dans les geôles inférieures, simplement parce qu'ils refusaient de prêter allégeance à la reine Ines, intervint un jeune homme au visage couvert de taches de rousseur.

Varel, le capitaine à la barbe drue, prit une gorgée de son hydromel avant de confier d'une voix amère :

— Malheureusement, c'est la stricte vérité. On m'a rétrogradé de mon commandement il y a trois jours parce que j'ai refusé de plier le genou devant son trône d'usurpatrice. Elle n'est pas et ne sera jamais la véritable souveraine de ce pays.

— Tu as raison ! s'écria un homme brun en tapant du poing sur la table, la voix trop forte sous l'effet de la boisson. C'est le prince Soren l'héritier légitime du trône ! Elle n'est qu'une criminelle de cour !

Le capitaine Varel lui plaqua immédiatement une main lourde sur la bouche, balayant la salle d'un regard méfiant.

— Tais-toi, imbécile ! Tu veux nous faire exécuter sur la place publique ? siffla le rouquin en regardant autour de lui. De toute façon, le prince Soren a fui le pays depuis trois mois. On ne peut pas compter sur un homme qui a préféré sauver sa peau plutôt que de faire face.

— Vous avez tort, trancha Varel d'un ton glacial qui coupa court aux murmures. Soren Blackwell est un homme brave. Certes, il est parti, mais il avait ses raisons. J'ai personnellement formé et côtoyé ce prince tous les jours de sa vie. Je connais sa force et sa fierté mieux que quiconque dans ce château. Je sais qu'il reviendra pour laver l'affront fait à son père.

Soren posa lentement sa chope sur le bois brut. Il se leva, sa haute stature dominant la pénombre, et s'approcha calmement de la table du petit groupe. Il s'arrêta à leur hauteur, adoptant une posture neutre, et prit la parole d'une voix posée qu'il s'efforça de rendre plus rugueuse.

— S'il vous plaît, messieurs, excusez-moi de vous déranger ainsi, commença-t-il d'un ton affable. J'ai surpris votre conversation par inadvertance en étant attablé là-bas, et j'avoue que le sujet m'intéresse grandement. Est-ce que je peux me joindre à vous ? Je m'appelle Rune.

Varel le jaugea d'un regard lourd, méfiant, mais l'apparence de ce voyageur aux cheveux rouge sang et la politesse de son approche désarmèrent sa vigilance. Il lui fit signe de s'asseoir sur un tabouret libre.

— Je suis un simple voyageur, continua Soren en s'installant. Mais l'histoire de ce prince m'intrigue. Vous dites que vous l'avez formé, capitaine ? J'aimerais beaucoup savoir quel genre d'homme il était au quotidien, comment se déroulaient ses entraînements au palais.

Le visage de Varel s'éclaira d'une lueur de nostalgie. Rassuré par l'intérêt de ce « Rune », le capitaine se mit à raconter de nombreuses anecdotes, évoquant les séances de combat interminables sous la pluie, les rires qu'ils avaient partagés après les victoires, et les souvenirs les plus précieux qu'il gardait du jeune héritier. Soren écoutait en silence, touché de voir la loyauté indéfectible de son ancien mentor. À la fin de la soirée, alors que la taverne commençait à se vider, le prince se leva et offrit une nouvelle tournée.

— Vous êtes des hommes d'honneur, dit Soren en les fixant dans les yeux. Je loge non loin d'ici, à deux pas des remparts inférieurs. Suivez-moi chez moi, nous pourrons continuer à boire et à parler du roi Ivar à l'abri des oreilles indiscrètes.

Rune commença à les guider à travers les ruelles sombres et désertes de la haute ville, se rapprochant dangereusement des structures fortifiées du château. Au fur et à mesure qu'ils s'enfonçaient dans les impasses militaires, la méfiance de Varel s'éveilla. Le vieux garde nota que ce garçon se déplaçait avec une assurance trop martiale et qu'il évitait les rondes avec une précision d'éclaireur. Soudain, le capitaine s'arrêta net au milieu d'une ruelle borgne. Dans un cliquetis métallique sec, il dégaina son épée d'acier et pointa la lame droit vers le dos de Soren.

— Halte-là, Rune, ordonna Varel, la voix vibrante de menace. Où nous emmènes-tu réellement ? Les tavernes ne se trouvent pas dans ce secteur.

Soren, le dos tourné au groupe, serra violemment les dents dans l'obscurité. Il avait avancé trop vite, emporté par son habitude des lieux. Il prit une lente inspiration, décidant de jouer l'indifférence absolue et l'incompréhension totale. Il se retourna lentement, faisant face à l'acier qui brillait sous la lune, les mains levées.

— Je vous amène simplement dans un endroit tranquille, capitaine. Pourquoi cette agressivité ?

— Tu mens ! s'écria Varel, ses quatre compagnons encerclant Soren, les mains sur le pommeau de leurs armes. Tu es un espion à la solde de la reine Ines ! Tu as écouté nos propos au cabaret et tu nous emmènes directement dans un piège de la garde pour nous faire exécuter !

Soren accusa le coup, laissant un mince sourire ironique se dessiner sur ses lèvres. Il baissa lentement les mains.

— C'est vrai que si j'étais à sa solde, ce serait l'endroit idéal pour une embuscade, admit-il d'un ton glacial.

Varel avança d'un pas, sa lame effleurant la veste de Soren, lui interdisant le moindre mouvement. Face à tant de méfiance légitime, le prince comprit que les mots ne suffiraient plus. S'il voulait que cet homme d'armes le reconnaisse sous sa teinture rouge, il devait s'adresser à lui par le seul langage qu'ils partageaient à la perfection : le fer. Soren recula d'un bond souple, sa main gauche saisissant la poignée de sa nouvelle épée.

— Puisque vous refusez de me croire, capitaine... voyons si votre bras est aussi affûté que vos soupçons, lança Soren en dégainant son arme.

L'acier s'entrechoqua dans un fracas retentissant qui fit écho contre les murs de pierre. Varel attaqua avec la puissance brute d'un vétéran, assénant des coups descendants terribles que Soren para d'une main ferme, pivotant sur ses talons pour absorber les impacts. Les lames glissaient l'une contre l'autre dans un sifflement strident. Soren n'attaquait pas pour tuer ; il jaugeait son ancien maître, reculant, parant, croisant le fer encore et encore sous les yeux stupéfaits des quatre autres hommes qui n'osaient pas s'interposer devant une telle démonstration de maîtrise.

Soudain, lassé du combat, Soren décida de mettre un terme au duel. Il engagea sa lame dans un mouvement circulaire ascendant, abaissa brusquement son centre de gravité et exécuta une feinte signature : un double coup de pommeau inversé suivi d'un désarmement par torsion du poignet. C’était une technique unique, une botte secrète que Varel avait lui-même créée et enseignée à une seule et unique personne dans tout le royaume.

L'épée du capitaine vola dans les airs pour s'enfoncer dans la neige. Varel se figea, le bras tremblant, les yeux écarquillés par une stupeur absolue. Il regarda la lame sombre sous sa gorge, puis remonta ses yeux vers le visage de « Rune ». En croisant ce regard d'acier gris clair, perçant et glacial, le voile tomba instantanément.

— Prince... Prince Soren ? murmura le capitaine, la voix coupée par le choc.

Soren esquissa un mince sourire et abaissa lentement son arme, rangeant l'acier dans son fourreau. Il posa un doigt sur ses lèvres, lui faisant signe de se taire immédiatement pour ne pas alerter les sentinelles des remparts supérieurs. Sans ajouter un mot, il ramassa l'épée de Varel, la lui rendit par le pommeau et fit signe au groupe de le suivre. Il les guida jusqu'au rideau de lierre, ouvrit la trappe de fer et les fit pénétrer un par un dans le boyau obscur avant de reverrouiller l'accès.

Lorsqu'ils débouchèrent enfin dans la pièce secrète, les cinq hommes restèrent béants de stupeur. Ils découvrirent le lit rudimentaire, les coffres d'armes et le journal du roi Ivar posé sur la table. Le capitaine Varel s'avança vers le prince, les mains tremblantes d'émotion.

— Par les dieux, Soren... Où étiez-vous ? Nous vous croyions mort.

Soren retira sa capuche et s'assit sur le bord de la table, sa voix retrouvant toute sa dignité royale.

— Au moment où mon père a voulu m'envoyer de force dans les provinces du Nord, j'ai fui vers l'est, à Yué, expliqua le prince. À la frontière, j'étais épuisé, brisé. On m'a pris pour un simple vagabond de la rue. J'ai inventé l'identité de Rune Corwell et je suis entré dans leur caserne comme simple cadet. Le destin a voulu que je sauve la vie du roi Sylas et de sa fille lors d'une attaque au marché. Je suis devenu le garde royal personnel de la princesse Iris... Tout cela pendant que ma mère, la reine Ines, envoyait ses propres tueurs de la Cour noire jusqu'à Yué pour tenter de m'assassiner, mettant la vie d'Iris en danger. Mon père savait tout. Il a sacrifié sa vie pour me faire fuir et me donner le temps de revenir. Je suis revenu pour reprendre ce trône, venger sa mémoire et faire tomber ma mère.

Les paroles de Soren résonnèrent avec une force sacrée dans la petite pièce de pierre. Le capitaine Varel fixa le jeune homme, y découvrant une maturité, une noblesse et une puissance qu'il n'avait pas encore lorsqu'il était un prince rebelle. Ému jusqu'aux larmes, Varel mit un genou à terre sur le sol poussiéreux, imité instantanément par ses quatre compagnons d'armes. Ils inclinèrent la tête, posant le poing sur leur cœur.

— Gloire au roi Soren, murmura Varel d'une voix vibrante d'une loyauté absolue. Notre seul et unique roi légitime.

Le capitaine se redressa, posant une main chaleureuse sur l'épaule de son ancien élève.

— Ton père serait tellement fier de l'homme que tu es devenu, Soren. Sache que la garde royale est divisée. Ceux qui sont restés fidèles à Ivar n'attendent qu'un signal. Je vais retourner dans les casernes et dans la basse-ville. Je vais approcher discrètement tous les soldats et les officiers qui refusent de servir Ines, et je vais les rallier un par un à notre cause.

— Merci, Varel, répondit Soren en lui serrant fermement le bras. Mais écoute-moi bien. Personne ne doit savoir que je suis en ville. Ma mère doit continuer à me croire mort ou en fuite à l'étranger. Je vais m'installer tous les soirs à la table du Corbeau borgne, dans le même coin sombre. Dis à nos fidèles que s'ils veulent agir pour faire tomber la reine, ils doivent se rendre à l'auberge et chercher un jeune homme aux cheveux rouge sang. Qu'ils s'asseyent avec moi, mais qu'ils restent discrets.

Durant les deux semaines qui suivirent, Soren appliqua sa stratégie clandestine avec une discipline de fer. Chaque soir, fidèle à son poste, il s'asseyait dans le recoin le plus sombre de l'auberge, sa chope de bière à la main, observant la faune des bas-fonds à travers sa teinture rouge. Un soir sur deux, des hommes robustes, des menuisiers, des anciens soldats en haillons ou des artisans venaient s'asseoir à sa table. Ils discutaient tranquillement de tout et de rien, de la pluie, du prix du grain ou des corvées du château, pour ne pas éveiller les soupçons des clients. Mais invariablement, avant de se lever pour partir, chaque fidèle laissait glisser une phrase de code distincte au milieu de la conversation : « Gloire au prince. » Soren hochait discrètement la tête, enregistrant les visages de sa future armée des ombres.

Au terme de la deuxième semaine, alors que la taverne était presque déserte et qu'une pluie glaciale frappait les vitres, une silhouette entièrement drapée dans une lourde cape de laine sombre vint s'asseoir en face de lui, sans demander la permission. Soren l'observa discrètement sous l'ombre de ses sourcils rouges. La personne commença à lui parler des intempéries et de la rigueur des routes, mais la phrase de code ne fut jamais prononcée de toute leur discussion. Étrangement, cette voix douce, mélodieuse et feutrée lui parut familière, provoquant une violente secousse au fond de sa mémoire. Soren se tendit, sentant le danger. Il repoussa sa chope, se leva et s'excusa d'un ton sec, affirmant qu'il devait partir.

Il s'enfonça dans les ruelles obscures de la haute ville, marchant d'un pas rapide, mais ses sens aux aguets lui confirmèrent immédiatement qu'il était observé et suivi à distance par la silhouette encapuchonnée. Soren bifurqua brusquement dans une ruelle borgne et sombre, se plaquant contre le mur de pierre. Dès que la silhouette tourna le coin de la ruelle, le prince jaillit de l'ombre. Sa main gauche empoigna brutalement le bras de l'inconnu, le plaquant contre la muraille, tandis que sa main droite dégainait son épée tranchante pour lui positionner le fil de l'acier directement sous la gorge.

— Décline ton identité ou je te saigne ici même ! ordonna Soren d'une voix sourde et menaçante.

La silhouette laissa échapper un faible rire étouffé, un murmure qui fit rater un battement au cœur du prince.

— Prince Soren... vous devriez être un peu plus doux avec votre fiancée... chuchota la voix.

D'un geste lent de sa main libre, la silhouette écarta sa lourde capuche de laine, laissant se déverser une cascade de cheveux roux sous la lueur de la lune. Soren se figea, abasourdi. Il abaissa instantanément son épée et recula d'un pas, les yeux écarquillés par l'incrédulité la plus totale.

— Iris ?! murmura-t-il, la voix coupée. Par les dieux... Qu'est-ce que tu fiches ici, à Gérico ?!

Soren ne lui laissa pas le temps de répondre au milieu de la ruelle. D'un geste vif, il rabattit la capuche sur la tête de la jeune fille, prit sa main et la força à le suivre à travers les venelles sombres. Contournant avec une habileté divine les rondes de la garde royale, il atteignit la trappe secrète et l'introduisit en hâte dans les galeries obscures avant de la guider jusqu'à son Quartier Général secret.

Dès que la porte de pierre fut verrouillée derrière eux, mettant fin au danger extérieur, Soren lâcha son arme et prit Iris à bras-le-corps. Il l'enlaça de toutes ses forces, l'embrassant avec une passion et un soulagement désespérés, mêlant ses lèvres aux siennes dans un élan de pure ferveur. Il écarta doucement ses cheveux, plongeant ses yeux d'acier dans son regard bleu nuit.

— Tu m'as manqué... tellement manqué, Iris, avoua-t-il, la voix encore tremblante d'émotion. Mais je ne comprends pas... C'est d'une folie pure ! Qu'est-ce que tu fais ici au cœur du territoire de ma mère ? C'est beaucoup trop risqué, si la Cour noire te découvre, ils te tueront pour me détruire ! Tu ne peux pas rester là.

Iris se blottit plus fermement contre son torse, entourant sa taille de ses bras fins, refusant de s'éloigner d'un pouce de sa chaleur.

— Je n'arrivais plus à rien sans toi au palais de la Lune, Soren, confia-t-elle, son regard brillant d'une détermination farouche. Tu me manquais trop. Passer mes journées à attendre des nouvelles de ta guerre en restant sagement derrière mes remparts m'aurait rendue folle. Je refuse de repartir à l'est. Je reste ici, avec toi, pour t'aider à reconquérir ton royaume.

Soren la serra contre lui, sentant son cœur s'apaiser face à son obstination qu'il connaissait si bien. Un mince sourire complice étira ses lèvres.

— Soit, capitula le prince en déposant un baiser sur son front. Je accepte que tu restes à mes côtés dans cette cachette, mais à une seule condition : nous devons impérativement avertir ton père pour lui éviter d'envoyer son armée à ta recherche.

Iris leva les yeux vers lui, un sourire radieux éclairant son visage dans la pénombre.

— Rassure-toi, mon roi. Mon père est déjà au courant. C'est lui qui m'a fourni l'escorte clandestine de Joram jusqu'à la frontière pour que je puisse te rejoindre ici en secret. Il sait que ma place est avec toi.

Soren laissa échapper un long soupir de soulagement, relâchant enfin toute la tension accumulée durant ces deux semaines de solitude. Il l'enlaça à nouveau fermement, fermant les yeux pour savourer pleinement le bonheur de leurs retrouvailles au cœur de la tempête.

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