J'y étais

📖 Arg'Va ✍️ JanLukin 📝 1219 mots

Nous tournons à droite, longeant toujours le parc. Mes mains tremblent encore. Je regarde inquiète dans toutes les directions, à l’affût de la prochaine attaque.

Tuer cet Arg’Va m’a secouée. Pour le premier, je n’ai pas réfléchi. Mais, là, attendre qu’il s’approche suffisamment, corriger ma position pour tirer, c’était autre chose. Mon cœur cogne dans ma poitrine, mes jambes flageolent. Si cela continue, je vais exploser de l’intérieur.

Détends-toi, gamine. Il n’y en a pas ici.

Me détendre, il est drôle, lui !

Je respire à fond plusieurs fois et me remets en marche. Sur ma droite, un panneau, à moitié plié, indique « 59eme rue ». Nous la remontons, slalomant entre les nombreux véhicules de tous genres, dont certains sont renversés. Un véhicule de couleur jaune avec un petit panneau « taxi », est recouvert de mousse vert foncé.

Un peu plus loin, un escalier s’enfonce dans le sol, surmonté d’une enseigne « Métro ».

Il y en a un dans ma ZNI, bien sûr, mais il ne marche plus. Dans l'ancien monde, il desservait tous les secteurs.

Aller où l'on voulait dans la ville, sans laissez-passer. Cela devait être bien.

Marcher le long du parc, l’odeur des arbres portée par le vent m’apaise. Contre toute attente, je suis presque de bonne humeur. Peut-être parce que je suis encore vivante après ce qui s’est passé.

On arrive près d’un feu avec un bonhomme allumé en rouge.

Stop ! dis-je avec un grand sourire, c’est rouge !

Sans ralentir le pas, il pousse un grognement.

J’aurais dû m’en douter. Je ne m’attendais pas à un sourire, mais quand même !

Je continue d’avancer, en silence, mais je continue de sourire. Il fait beau, le ciel est bleu, un très beau soleil, une rue sans Arg’ Va, qu’est-ce que je peux vouloir de plus ?

Une idée vient seulement de me traverser l’esprit. Pourquoi tous ces véhicules ont-ils été abandonnés en pleine rue ?

Et là, je me souviens des cours sur l’histoire des ZNI à l’école. New York a été envahi le premier jour de la Grande Invasion, juste après une autre ville où se trouvaient les dirigeants de l’époque, je ne me rappelle plus le nom. Mon sourire s’efface peu à peu. J’imagine la scène. Les routes bloquées, les Arg’Va arrivant par milliers, les gens courant pour leur échapper, en vain. Je remarque maintenant des portes de voitures ouvertes, sous un bus, au sol, ce qui reste d’une chaussure. Cette vision me remplit d’effroi. Je veux quitter cette rue, arriver le plus vite possible pour chasser tout cela de ma tête.

Un amas de morceaux de voiture tordus, empilés sur plusieurs mètres de haut, encombre la partie droite de la route.

Qu’est-ce qui s’est passé ici ?

Je me dirige vers la gauche pour le contourner.

Reste à droite, dit-il.

Pourquoi ? À gauche, la route est dégagée.

Il baisse la tête et soupire un grand coup.

Ça y est, c’est reparti…

Ça t’arrive de faire juste ce qu’on te dit ?

Non, pas souvent ! je lui réponds sur le même ton.

Mais je reste sur la droite. Je réalise soudain qu’il n’a aucune raison de rester avec moi. L’air dans mes poumons se glace.

Pourquoi il me garde avec lui alors qu'il ne me supporte pas ? Je ferais quoi, toute seule ? Rejoindre le QG pour être intégrée dans une escouade pour me faire massacrer à la prochaine sortie. Hors de question. Mais, ça veut dire que j’ai déserté ? Qu’est-ce qu’ils vont me faire quand je devrai les rejoindre ?

Eh, gamine ! Ça va ?

Je me rends compte que je me suis arrêtée, le chariot à moitié sur le trottoir. J’essaie de reprendre pied et de chasser ces idées. Ce n’est pas le moment.

Je me remets en marche. Sur ma droite, le parc, avec son étang, des arbres, des plantes, des herbes hautes. J’entends le cri d’un canard, le chant de plusieurs oiseaux. Sur ma gauche, des immeubles aux vitres sales, fissurées ou même en éclats.

Voilà pourquoi « à droite », dit-il en pointant la route du doigt.

Un énorme trou, mangeant la route entière et une partie du trottoir de gauche. La chaussée s’est effondrée sur plusieurs mètres. De multiples fissures s’étirent jusqu’au trottoir opposé. Le trou est profond d’au moins cinq mètres !

C’est quoi qui a fait ça ?

Un HellFire. Pendant la Grande Invasion, l’armée a envoyé des Apaches. Mais les Vampires…

HellFire, Apache, Vampire… Je connais ces mots, mais je ne sais plus d’où. Peut-être pendant ma formation. Impossible de me rappeler ce que c’est.

Attendez, ça va trop vite. C’est quoi un HellFire, un Apache et un Vampire ?

Je m’attends au moins à un soupir, mais non. Je n’ai encore jamais vu cette expression sur son visage.

D’une voix sans timbre, il me répond :

HellFire, c’est un missile.

Il marque une pause, comme si cela semblait difficile pour lui.

Les Apaches, ce sont des hélicos de combat. Tu sais ce qu’est un hélico ?

Je hoche la tête. Je crois que c’est la première fois qu’il me pose une vraie question sans se moquer.

Les Arg de type V, les Vampires, comme les chauves-souris vampires. Huit mètres d’envergure, des serres de soixante centimètres de long. Ça…

Il se tait. Le regard dans le vide, il reprend :

Ça a été un carnage, dit-il d’une voix lointaine.

Les Vampires, maintenant, je me rappelle. Mon père m’en a parlé. Ils passaient facilement les murs d’enceinte de la ZNI et attaquaient tout ce qui bougeait. Ils détruisaient énormément de quartiers. Après la mise en place des filets dans tous les secteurs, on n’en a plus jamais revu.

Ils ont intercepté presque tous les missiles et ont attaqué les hélicos. Aucun ne s’en est sorti.

Il s’arrête. Je le regarde et il donne l’impression d’avoir pris dix ans en quelques minutes.

On est arrivés, dit-il.

Devant nous, deux gigantesques immeubles de verre semblent toucher le ciel. Entre eux, se dresse un bâtiment beaucoup plus bas. Je lève la tête pour tenter de voir le sommet de ces gratte-ciel. Le soleil m’éblouit. Je mets ma main en visière et aperçois, quelque chose d’étrange vers la moitié du bâtiment de droite.

Quelque chose dépasse, on dirait une poutrelle métallique. 

Non, ça a une drôle de forme, fin à l’extrémité et plus large où elle disparaît dans l’étage. On dirait que cela s’est encastré dans la façade.

Les mots surgissent et s’enchaînent dans ma tête.

Les Apaches.

Les Vampires.

Aucun ne s’en est sorti.

J’en ai le souffle coupé.

Putain ! C’est un hélico là-haut ?

Il ne prend même pas la peine de lever les yeux et continue d’avancer.

— Oui.

Je remonte à son niveau. Il est silencieux. Un silence lourd.

J’hésite à lui demander et je me lance.

Comment savez-vous tout ça ?

Il me regarde, un éclat étrange dans les yeux. De la peur ? Non, ce n’est pas ça. Mais son assurance habituelle a disparu et son regard est maintenant éteint.

J’y étais, dit-il dans un souffle.

💬 Commentaires 17

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Jmi • 3 semaines, 5 jours
J'ai encore passé un bon moment de lecture. J'aime toujours autant la découverte progressive de New York et de son histoire à travers les yeux d'Elana. La dernière révélation sur Marcus est particulièrement réussie et donne une nouvelle profondeur au personnage. À titre personnel, j'ai toutefois eu un léger sentiment de répétition dans la structure du chapitre : marche, questions d'Elana, réponses de Marcus, puis nouvelle découverte. J'ai désormais très envie d'arriver avec eux à leur destination pour voir ce qui les attend. Cela n'enlève rien à l'intérêt du chapitre, mais je suis curieux que l'intrigue franchisse une nouvelle étape.
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JanLukin Auteur • 3 semaines, 5 jours
Effectivement, j'ai relu en diagonale le chapitre et le même procédé se répète. Son caractère peu loquace m'a enfermé dans des réponses courtes uniquement si Elana lui pose une question. À la seconde passe, j'essaierai de trouver une autre manière de décrire ce qui s'est passé dans cette rue, peut-être un mini-flashback.
Merci pour ton retour constructif.
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Varen • 1 mois, 1 semaine
Le dosage de l'adrénaline me paraît un peu fouillis, mal équilibré. Il y a tout ce qu'il faut pour la texture et le visuel — sauf les oreilles, qui devraient encore bourdonner un peu. Et je crois que c'est lié : la redescente passe par le décor (l'odeur des arbres, le ciel bleu) alors que toute la scène d'avant passait par le corps.
Du coup l'humour du feu rouge, même s'il est bien dosé, m'interpelle : il est lâché comme ça, et on ne sait pas si elle cherche à détendre leur relation ou si son corps est simplement en train d'évacuer le contrecoup. Et vu qu'elle n'a eu qu'une semaine de "formation militaire", si je me souviens bien, elle devrait même être surprise de sa propre réaction. . On est souvent le premier étonné de ce que le corps sort tout seul après un choc. Parfois : physique, sensoriel, verbal. C'est dans les tripes, ça ne se commande pas. Ça s'apprend. Mais pas en une semaine.
Si le son revenait progressivement, on aurait probablement la réponse — et la blague deviendrait un symptôme plutôt qu'un gag. La légereté serait quand même au RDV
Sinon tout se tient. Le côté cinématographique est bien là, en fond — juste un peu mal cadré à cet endroit.
Et bravo pour la manière dont tu fais passer le worldbuilding par son ignorance : « un véhicule de couleur jaune avec un petit panneau "taxi" », l'escalier surmonté de " Métro " qu'elle reconnaît parce qu'il y en a un dans sa ZNI. C'est exactement ce qu'il faut, et ça ne coûte pas une ligne d'explication.
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JanLukin Auteur • 1 mois, 1 semaine modifié
J'ai bien relu le début du chapitre et je comprends ta remarque sur le côté fouillis. Et le feu rouge tombe complètement à côté, car il semble sortir de nulle part. Elana pense beaucoup de choses qu'elle n'ose lui dire et d'un coup elle lui crie "STOP". Je me poserai pour voir si j'arrive à modifier cela sans tout réécrire.
Et merci concernant le worldbuilding, j'essaie vraiment de faire passer les informations par des moyens détournés pour que la lecture soit fluide, je ne suis pas un grand fan de longue description du monde.
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Varen • 1 mois, 1 semaine
Je ne pense pas que tu aies besoin de tout réécrire — au contraire.
Le retour progressif du son (sifflement, puis assourdi, puis les oiseaux) pourrait être le lien qui manque au tempo. C'est lui qui me vient à l'esprit instinctivement : on a eu mal aux oreilles avec Elana, juste avant. Et ça ne fait que deux ou trois phrases réparties dans les premiers paragraphes.
Pour le « Stop ! », il n'a peut-être pas besoin d'être préparé, juste suivi : une demi-ligne où elle se surprend elle-même, où elle ne comprend pas ce qui lui a pris. Ce que tu décris — elle pense beaucoup et n'ose rien dire, puis d'un coup elle crie — c'est exactement ce que fait le contrecoup. Ça sort tout seul. Il suffit peut-être qu'elle le remarque.
Et ne t'en fais pas pour les descriptions : c'est toi qui gères le tempo, et ton texte est suffisamment vivant pour s'en passer. On voit le monde à travers ce qu'elle ne comprend pas; C'est plus efficace que n'importe quel paragraphe explicatif.
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JanLukin Auteur • 1 mois, 1 semaine
Merci
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MargaPeann • 1 mois, 2 semaines
Un chapitre tout aussi sympa à lire que les précédents, où on en apprend petit à petit un peu plus sur l'invasion... et sur Marcus!
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JanLukin Auteur • 1 mois, 1 semaine
Merci.
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patrick.skedli • 1 mois, 2 semaines
On dirait que le vieux se décide à parler un peu. Le ton du vétéran qui en a trop vu est bien rendu je trouve.
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JanLukin Auteur • 1 mois, 2 semaines
Merci.
Oui, le masque se craquelle un peu, mais rassure-toi, il ne deviendra pas un joyeux luron ;-)
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Jean-MichelPalacios • 1 mois, 2 semaines
J'ai proposé plusieurs suggestions devant des tournures de phrases un peu lourdes ou maladroites. Je n'ai pas lu les chapitres précédents. Mais cela me donne une idée. Je reviendrai vous lire.
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JanLukin Auteur • 1 mois, 2 semaines
Merci pour les annotations très pertinentes. Parfois, je n'arrive pas à bien tourner les phrases, et cela donne ça.
Mais j'ai décidé de ne plus faire 30 versions du même chapitre pour avancer dans l'histoire. Je retravaille plusieurs fois et quand la globalité me convient, je publie.
Entre le premier chapitre et celui-là, je commence à reconnaître mes maladresses, comme la surexplication.
J'espère que vous apprécierez les autres chapitres.
Merci de votre passage.
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Denthil • 1 mois, 2 semaines
Après tous ces chapitre, je confirme que j'aime bien la manière de raconter.
C'est dynamique, ça progresse bien.

Il y a juste quelques éléments de worldbuilding qui me font tiquer.
Dans ma tête, je vois un environnement ravagé
Certaine infrastructures de base comme l'électricité et l'eau courante sont toujours fonctionnelles. Pourquoi, comment, qui les entretient depuis 24 ans, qui plus est pour une ville quasi déserte ?
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JanLukin Auteur • 1 mois, 2 semaines modifié
Merci en premier lieu. ,
Très bien vu pour l'eau et l'électricité. J'ai des réponses, en tout cas partielles, que j'aurais dû intégrer plus tôt. J'écris un chapitre après l'autre, des idées surgissant d'un coup, d'autres écrits dans ma "bible Arg'Va" pour ne rien oublier que je consulte rarement. Je vais voir pour ajouter certains points qui auraient dû être révélés très rapidement. Je répondrai à ton commentaire quand l'ajout sera effectué.

J'ai du mal à faire de bonnes descriptions, NY n'est pas tellement décrit, juste le minimum. Cela, par contre, je le modifierai quand l'histoire sera complètement bouclée. Les annotations et commentaires m'aident à m'améliorer
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JanLukin Auteur • 1 mois, 2 semaines
J'ai modifié le chapitre 6 : "Fenêtre et ombres" qui pose les premières pierres concernant l'électricité et l'eau, qui sera détaillé dans les prochains chapitres.
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Denthil • 1 mois, 2 semaines
Merci beaucoup.
Ce petit ajout est parfait pour dissiper ce que j'avais relevé. :)
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JanLukin Auteur • 1 mois, 2 semaines
Merci à toi de relever ce genre d'erreur. À force d'avoir l'univers en tête, j'oublie que certaines choses pensées ne sont pas écrites.
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