Chapitre 6 : La clé du cosmos

📖 Bon voyage, capitaine Glenn ✍️ CharlyZarkov 📝 1210 mots

Lou attrapa la boule à neige sur son bureau, la secoua et la regarda pensivement.

“Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans cette affaire, Marlena ? L’implication des Européens et des Russes aux côtés des Américains ? L’existence d’un programme spatial international caché du grand public depuis des décennies ? La nature du projet lui-même ?”

Marlena réfléchit un instant. Elle se sentait vaguement nauséeuse, et l’atmosphère du bureau de Lou l’oppressait de plus en plus. Elle se rendit compte qu’elle ignorait quelle heure il était et depuis combien de temps elle était assise ici.

Et pourquoi, grands dieux, pourquoi n’y avait-il pas de fenêtre dans ce bureau ?

“Permission de sortir un instant, Monsieur ? demanda-t-elle. Lou ? J’ai besoin de prendre l’air.”

Lou eut un petit rictus peiné.

“Je crains que ce ne soit pas possible, dit-il. Bien sûr, vous êtes libre de passer cette porte, mais ce que vous trouverez de l’autre côté risque de ne pas vous satisfaire.

– Lou, j’ai… j’ai un peu de mal à respirer.

– Oui, bien sûr. C’est tout à fait normal. Le manque d’oxygène commence à se faire sentir.”

C’était une simple observation, prononcée sans malice. Marlena sentit son cœur se serrer. Elle avait compris. Peut-être même, d’une certaine manière, avait-elle su depuis le début.

“Combien de temps ?” murmura-t-elle.

Lou haussa les épaules.

“Le temps, c’est relatif, répondit-il. À vrai dire, je découvre un peu le concept à travers vous. C’est tout à fait fascinant.”

Il reposa la boule à neige sur son bureau.

“Rassurez-vous, Marlena. Nous approchons de l’horizon des évènements. Au-delà, la question du temps qu’il vous reste ne se posera plus du tout.”

*

Au cours des heures qui suivent ma rencontre avec Guy Le Dor, j’ai à plusieurs reprises l’impression de rêver. C’est comme si j’avais quitté le monde réel pour entrer dans un film de Steven Spielberg.

“Je tenais à vous accueillir personnellement, me dit Le Dor en grignotant une aile de poulet. J’irai droit au but : nous avons besoin d’un pilote de premier ordre qui ne recherche pas la gloire et qui ne soit pas paralysé de terreur à l’idée de mourir dans l’espace. Êtes-vous cette personne ?”

Je hoche la tête. Dans mon esprit, cela ne fait aucun doute.

“Alors finissez votre dîner et suivez-moi, me dit-il. J’ai quelque chose à vous montrer.”

Nous traversons la base sous les étoiles, jusqu’à un grand hangar qui me rappelle de façon absurde la grange de mon aéroclub d’enfance, près d’Arkham. En 10 fois plus vaste.

“Savez-vous ce qui s’est passé à Roswell, au Nouveau-Mexique, le 4 juillet 1947 ? me demande Le Dor d’un ton badin.

– Je suppose que vous allez me dire qu’il s’agissait d’un crash de soucoupe volante ?”

Le Dor émet un petit rire malicieux.

“Pas exactement. Mais vous n’êtes pas très loin de la vérité. Ce qui s’est écrasé dans le désert ce jour-là était un débris. Une chose morte qui a probablement dérivé dans l’espace pendant des milliers d’années avant de croiser le chemin de la Terre. Ce qui est remarquable, c’est qu’elle n’a pas brûlé en rentrant dans l’atmosphère comme une météorite. Et bien sûr, il y a le fait qu’il ne s’agissait pas d’un objet naturel.”

Je tache de ne pas montrer mon émotion. L’air de rien, je viens juste de me voir confirmer l’existence d’une technologie extraterrestre.

“Était-ce… la 1re fois ? je parviens à demander d’une voix qui se veut détachée.

– Oh, non. Depuis, nous avons recensé au moins 750 artefacts similaires partout sur la planète. Quelques-uns sont arrivés à l’ère moderne, d’autres il y a des siècles ou des millénaires. Voire plus. Certains de mes collègues sont persuadés que le plus gros de tous nous est tombé dessus il y a 66 millions d’années, dans ce qui est aujourd’hui la péninsule du Yucatan.

– Le… l’astéroïde tueur de dinosaures ? C’était… un vaisseau spatial ?

– Disons que la possibilité n’est pas exclue. Ce qui est amusant, c’est que c’est aussi au Yucatan que nous avons trouvé le plus complet de ces “objets”, il y a 20 ans. Il était enterré sous un temple maya dédié au dieu Camazotz. Vous connaissez ?”

“La Chauve-souris de la Mort, dans la langue k’iche’. Pas une divinité très sympathique, je le crains. Mais enfin… grâce à elle, nous possédons un moteur à compression spatiale.”

Nous arrivons devant la porte d’entrée du hangar. Le Dor salue les deux gardes postés là par leurs prénoms, comme s’il s’agissait de vieux amis, mais ceux-ci ne lui rendent qu’un hochement de tête protocolaire.

“Ah, les militaires, soupire mon guide. Si on pouvait éviter de travailler avec eux, tout serait tellement plus agréable !”

Nous entrons.

Il y a des endroits et des concepts trop vastes pour que l’esprit humain puisse les appréhender d’un seul coup sans vaciller. C’est le cas ici. À peine ai-je posé les yeux sur les objets entreposés ici que je sens mon cerveau lutter pour assimiler ce que mes yeux lui transmettent.

“Oui, admet Le Dor, c’est assez impressionnant quand on voit tout ça pour la 1re fois.”

Je l’entends à peine. Mon cœur bat à tout rompre. Ce sont des débris, oui. Des morceaux de vaisseaux spatiaux. Certains, presque intacts, sont plus grands que des avions de combat. Quelques-uns me paraissent curieusement familiers, et je réalise que c’est parce qu’ils ressemblent à ce qu’on peut voir dans des films comme La Guerre des étoiles. D’autres ont quelque chose de plus dérangeant, presque organique. Sur l’un d’eux, je repère une sorte de blason en bas-relief, comme un visage stylisé doté d’ailes membraneuses.

“Il y en a de… différentes sortes, n’est-ce pas ? Ils n’ont pas tous la même origine.

– Bien observé. Oui, nous pensons qu’il y a au moins 2 ou 3 origines différentes à tous ces objets. Mais d’après nos analyses, tous sont très anciens, et tous proviennent d’au-delà du Système solaire. À vrai dire… nous pensons même avoir identifié leur point d’entrée.

– Comment cela ?

– Le 31 janvier 1958… le jour même du lancement d’Explorer 1, quelque chose a émis un puissant sursaut gamma au niveau de la ceinture de Kuiper. Depuis, nous avons scruté ce point de l’espace, et nous sommes parvenus à la conclusion qu’il s’agissait d’un pont d’Einstein-Rosen. Autrement dit…

– Un trou de ver.

– Précisément.”

Le Dor sort de sa poche une sorte de télécommande.

“J’ai passé la moitié de ma vie à travailler sur ce projet, Marlena. À parcourir le monde pour récolter ces artefacts. À tenter de trouver la clé qui nous ouvrirait la porte du cosmos. Et finalement, j’y suis parvenu. Il ne nous reste plus qu’à apporter la clé jusqu’à la porte et à la traverser. Parce que c’est ça qui définit notre espèce : aller voir ce qui se trouve de l’autre côté.”

Tendant son bras courtaud vers un large espace vide au centre du hangar, il appuie sur la télécommande. Aussitôt, je vois l’air se mettre à miroiter. Et en quelques instants, là où mes yeux ne percevaient rien jusque-là, apparaît un nouveau vaisseau spatial, de la taille d’une navette. Mais celui-ci n’est pas une épave. Sa coque est blanche, et le symbole sur son flanc est celui de la Terre, d’où part un arc-en-ciel.

Un pont, comme celui qui relie la Terre au royaume des dieux dans la mythologie nordique – l’un des sujets de prédilection de Randy quand nous étions au lycée.

“Je vous présente le Rainbow Explorer, termine Le Dor. Vous avez 2 semaines pour vous familiariser avec ses commandes. Ensuite… nous partons ensemble pour l’inconnu.”

💬 Commentaires 3

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patrick.skedli • 4 semaines, 2 jours
Il n'a pas l'air très clair le Lou et il semble avoir menti. Puisque là il n'y a plus beaucoup de temps alors qu'on début il disait qu'il pouvait être remplacé par une autre.
C'est très réussi ton aller retour entre le passé et le peut-être présent avec Lou. Cela fait de coupure et maintient un bon rythme qui donne envie de lire la suite.
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CharlyZarkov Auteur • 4 semaines, 2 jours
Quand c'est flou, c'est qu'il y a un Lou... ;)
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patrick.skedli • 4 semaines, 2 jours
Lou stucru
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