Chapitre 52

📖 Catelyn ✍️ Kyu 📝 3608 mots


Le trajet jusqu'à mon appartement se fait en silence. Adrian et moi échangeons peu, mais parvenons toujours à nous comprendre. C’est ainsi depuis le premier jour. Je ne sais comment, mais il ressent ce que je ressens, me comprend plus que je ne me comprend moi même, même si parfois, cela me terrifie.

Il gare la voiture dans le parking, me tend la main, et toujours en silence, nous montons chez moi.

— Prends une douche avec moi.

Son regard neutre se transforme progressivement en brasier à mesure que je me dévêtis. J’enjambe gracieusement l’amas de vêtements au sol, et pénètre dans la douche.

J’actionne le jet. L’eau chaude qui ruisselle sur ma peau me fait lâcher un soupir d’aise. Un réconfort bienvenu après cette journée interminable.

Peu de temps après, la présence d'Adrian envahit la pièce avant même que je ne sente son torse se presser contre mon dos. La température de l'eau n'empêche pas mon corps de se couvrir de frissons.

Ses lèvres se posent dans le creux de mon épaule. Je penche la tête de côté, autorisant ses lèvres à remonter plus haut. Dans mon cou, sous mon oreille, contre ma tempe.

Sa main se fraye un chemin contre la paroi et attrape mon sein, tandis que l’autre s’aventure plus bas.

Il connaît mon corps comme un explorateur connaît son territoire, pour l'avoir parcouru à de nombreuses reprises, encore et encore. Il sait désormais exactement quoi faire pour provoquer la réaction qu'il souhaite. Comme à ce moment, lorsque sa main glisse si délicatement contre mon clitoris tandis que ses doigts pincent l'un de mes tétons. Un petit cri m’échappe. Je sens son sourire contre ma peau. Il joue de cette maîtrise pour me faire perdre la tête. Et il y parvient aisément.

Je me presse contre son érection, mais il recule, me laissant seule avec cette avidité insoutenable.

J’en viens à soupirer de soulagement lorsque finalement, il écarte mes jambes, insère un doigt en moi, suivi d’un second.

Il sait qu’il n’a pas besoin de vérifier, je suis toujours prête à le recevoir. 

— Penche-toi, exige-t-il d'une voix gutturale.

Je me cambre. Il ramène mes bras dans mon dos dans une poigne ferme et me pénètre d'un seul coup de reins. 

— Adri…

Le cri meurt dans ma gorge lorsqu’il se retire avant de plonger de nouveau en moi. C’est puissant, brutal. Pourtant ce n’est pas assez. Je veux plus. Je veux tout de lui.

— Plus fort, couiné-je.

Je veux le ressentir dans chaque cellule de mon corps. Je veux qu’il envahisse mes pensées et chasse ces ténèbres dont je sais qu’elles finiront par prendre le dessus. Je veux qu’il remplisse mon cœur et fasse taire, ne serait-ce qu’un instant, la douleur qui comprime ma poitrine.

Ma tête bascule contre son épaule. Il m’attire à lui, m’arrache un baiser vorace. Tandis que ses va et vient me font crier de plaisir, je m’abandonne à lui.

Je veux me sentir moi-même une dernière fois. Avant de devenir cette personne que je ne reconnaîtrai plus. Cette personne que je haïrai voir dans le  miroir. Ce soir, je veux être, une dernière fois, la version de moi que je tolère encore.

Nos mouvements au contact de l’eau produit un bruit obscène, qui réveille une part de moi que je découvre encore. Nos gémissements remplissent la douche. Peu à peu, mes pensées se fragmentent. La douleur, la culpabilité, la peur… tout s’éloigne.

Pendant quelques secondes, je n’existe plus qu’ici. Mon corps est parcouru de tremblements. Mes orteils se recroquevillent autour des siens et, alors que mon corps tout entier vacille, il est le seul capable de me maintenir debout.

Et pour la première fois en quarante-huit heures, je me sens de nouveau vivante.

Mais pour combien de temps ?

Lorsque je reviens à moi, Adrian libère mes bras et me retourne face à lui. Il coupe le jet d'eau, repousse les mèches trempées collées à mon visage et me gratifie d’un long baiser. Puis il me soulève contre la paroi et enfouit son visage entre mes cuisses.

Trop tôt. 

— Adrian…

Mais mon avertissement meurt lorsque de nouveaux spasmes prennent vie dans mes entrailles.

— Tu es si délicieuse...

Ses mots vibrent contre ma peau. Son souffle chaud envoie une nouvelle vague de plaisir, qui me fait soupirer.

Chaque fois que je crois connaître toutes les sensations, il parvient à m'en révéler de nouvelles.

— Je veux jouir en toi en te regardant dans les yeux, murmure-t-il à mon oreille en se redressant.

Mes jambes tiennent à peine lorsqu'il glisse de nouveau en moi. Cette fois, ses mouvements sont lents, plus doux.

— Je veux te remplir de ma semence. Je veux que tu portes mon odeur pendant des jours, des semaines… des mois. Je veux que tout le monde sache que tu es à moi !

Chaque mot est ponctué par un coup de reins. Ce n’est pas seulement du désir que j’entends dans sa voix, mais un besoin viscéral de laisser son empreinte.

Il doute de notre lien.

Ses craintes sont légitimes après les événements de ces derniers jours, mais elles n'ont pas lieu d'être. C'est lui que je veux, et personne d'autre.

Je laisse moi aussi des marques contre son cou. Sur ses épaules. Sa poitrine.

Qu'il se souvienne.

Que le monde sache qu'il est déjà pris.

Ses gémissements d'appréciation résonnent contre moi et je me mets à mouvoir mon bassin contre le sien. Nous restons ainsi, à nous retrouver, à nous imprégner l’un de l’autre, jusqu’à ce que nous jouissions ensemble.


***


Je suis dans la cuisine lorsqu’Adrian me rejoint. Il m’enlace et m’observe par-dessus mon épaule, puis recule et me laisse terminer la préparation de mon dessert préféré : du pain perdu accompagné d’une glace à la vanille, d’un coulis de chocolat noir et de caramel au beurre salé. Un repas plutôt bien mérité.

— Qu’est-ce qui va se passer maintenant ? Demande-t-il en s'asseyant autour de la table. Sur la clé, on voit ses alliés, poursuit-il. Il y aura des représailles.

Je serre une assiette que je pose entre nous. Je m’installe et porte une bouchée à mes lèvres. Le chaud, le froid, le sucré-salé, tout ce mélange de saveurs sur mon palais, me fait presque gémir.

— Il y a toujours des représailles, répondis-je.

Je porte la petite cuillère contenant de la crème glacée à mes lèvres et la lèche de manière très, très provocante.

— Catelyn…

Sa voix sonne comme un reproche, mais ses yeux eux, disent autre chose. 

— Tu n’es pas en sécurité.

Je pousse le plat de côté et grimpe sur la table.

— Je ne l’ai jamais été.

J’avance vers lui à quatre pattes.

— Catelyn !

Cette fois, sa voix sonne comme un avertissement.

Je passe un doigt dans le coulis de chocolat chaud que j'étale sur toute la surface de ses lèvres. 

Du bout de ma langue, je recueille chaque petite goutte. Un grondement appréciatif s'élève de sa poitrine. 

— Je n’ai rien à craindre, tu es là pour me protéger… Mon grand. Beau. Et fort lieutenant…

Je fais taire ses inquiétudes par un long baiser. Il noue son bras autour de ma taille et m’attire brusquement à lui.

Je mets abruptement fin à notre échange et m'assois sur la table. Je lève mon pied, pose le talon sur son torse nu.

— Je sais ce que tu tentes de faire, dit-il en embrassant ma cheville. 

— Et ça marche ?

Le regard qu’il lève sur moi suffit à me répondre.

— Recule ta chaise !

Le coin de ses lèvres se soulève, et il s’exécute. 

— Tu aimes recevoir des ordres, fais-je sur le ton du constat.

— Uniquement lorsqu’ils viennent de toi, ma douce.

Je descends de la table et comble l’espace entre nous. 

— Retire ton pantalon. 

Il retire son bas de pyjama sans jamais me quitter des yeux.

— Bon garçon, le complimenté-je.

Je baisse les yeux sur son membre à moitié dressé, et secoue la tête, mécontente.

— On va remédier à ça, mais avant…

Je passe derrière lui. Il me suit du regard. Je retire le foulard noué autour de mes cheveux, et attache ses bras derrière le dos de la chaise.

— Catelyn... 

Je reviens en face de lui, et observe de nouveau sa queue.

— Beaucoup mieux. 

Il déglutit, teste la fermeté de mon nœud. Il est bien serré, mais il peut s’en défaire s’il le souhaite vraiment. 

J’enlève son t-shirt par-dessus la tête, et me retrouve nu devant lui. Le bleu de ses pupilles n’a jamais été aussi incandescent. 

Je renoue mes cheveux en un chignon stricte, ne laissant aucune mèche dépasser. Je me mets à genoux entre ses jambes et le fixe droit dans les yeux.

— Laisse-moi t'offrir la meilleure pipe de ta vie.

Je pose mes mains à plat sur ses cuisses et perçois toute la tension qui traverse son corps.

Ce que je m'apprête à faire implique de redevenir une personne que je ne suis plus. Mais, cela ne me dérange pas de laisser ressurgir cette partie de moi de temps à autre. Pas lorsque c'est moi qui en décide.

Alors je m'applique comme je ne me suis jamais appliquée auparavant, pas même pour le client le plus généreux.

Voilà le seul avantage que je retiens d'avoir été une professionnelle du sexe : je sais comment donner du plaisir à un homme et lui faire perdre la tête.

Et plus tard, lorsque Adrian me plaque contre ce plan de travail et me pilonne avec ce regard fou, je sais que j'ai atteint mon objectif.


***


J’ouvre les yeux. Mon corps est alangui par tous nos ébats. J’ai dû m’endormir une heure ou deux, car il fait encore nuit. Je tourne la tête vers Adrian et lui souris. Il est déjà éveillé.

Je me rapproche, pose la tête contre son torse, puis y dépose un baiser.

Mais quelque chose a changé.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demandé-je en laissant traîner ma main sur ses abdos dessinés.

Il se tourne sur le côté, m'obligeant à faire de même. Nous nous fixons.

— Il y a un revolver chargé sous le lit, Catelyn.

Mon sourire se fige.

— Il n'y était pas tout à l'heure, précise-t-il.

Il m'enjambe, se penche de mon côté du lit, puis retrouve sa position initiale. L'arme est désormais posée entre nous.

— Les balles me sont destinées, n'est-ce pas ?

Son regard demeure impassible.

Je déglutis, incapable de prononcer le moindre mot. Il ne paraît pas surpris. Il n'est pas en colère. Ses yeux ne sont ni accusateurs ni tristes. Son regard est simplement chargé de regrets. Comme s'il avait déjà envisagé toutes les possibilités et n'était parvenu qu'à une seule conclusion.

— Com... comment ?

— Ce soir fut le dernier souper, dit-il avec un triste sourire.

Je ferme les yeux, comprenant aussitôt l'allusion.

Cette soirée était notre Cène.

— Je ne compte pas me défendre, poursuit-il. Je veux juste comprendre. Pourquoi ?

Ma gorge est si nouée que je peine à prononcer le moindre mot. Je pose ma main contre sa joue. Il la recouvre de la sienne.

— Adrian..., fais-je d'une voix brisée. Tu es les représailles.

Je vois la compréhension traverser son regard.

Le coin de ses lèvres se soulève en un sourire sans joie. J'ai la poitrine comprimée. J'ai retardé ce moment depuis notre arrivée. Je pensais être prête le moment venu, mais je ne le suis pas. Je ne le serai jamais.

— Tu te souviens de la dernière fois où nous étions ici ? De notre dispute après le départ de Sandra, lorsque tu m'as demandé de te tirer dessus et que je n'ai pas réussi ?

— Tu m'as dit que tu n'avais aucune intention de compromettre l'accord passé avec mes collègues.

— Et tu m'as demandé si c'était la seule raison...

— Tu n'as jamais répondu.

— Oui... parce qu'à ce moment-là, je n'étais pas encore prête à admettre la vérité.

Je chasse les larmes qui obstruent ma vue.

— La véritable raison, c'est que...

— Tu m'aimes ? dit Adrian avec un nouveau sourire.

Je retiens à peine le sanglot qui remonte dans ma gorge et hoche vigoureusement la tête.

— Oui…

Ma voix se brise.

J'essaie de reprendre mon souffle, mais un sanglot l'emporte.

— Je t'aime...

Les mots sortent enfin.

— Je t'aime, Adrian… J'ai tout fait pour l'éviter, mais je suis malgré moi tombée amoureuse de toi. Je suis tombée amoureuse de l'aisance avec laquelle tu me comprends, comme si tu avais déjà été à ma place. Je suis tombée amoureuse de cette façon que tu as de tempérer mes accès de colère. De vouloir me tenir la main même lorsque je te repousse. J'aime ta force. Ta résilience malgré tout ce qu'il t'est arrivé. J'aime que tu sois le plus gentil de nous deux. Et par-dessus tout... j'aime la foi que tu as encore en l'humanité, là où moi, j'ai perdu tout espoir. Tu es tout ce que je ne suis pas, Adrian.

Il me prend dans ses bras. Une main réconfortante glisse lentement dans mon dos.

— Je sais que tu m'aimes depuis un petit moment, Catelyn...

Je relève les yeux vers lui, incapable de comprendre.

— Alors pourquoi ? Pourquoi tu ne me détestes pas ?

Je porte une main à ma bouche pour retenir un cri. Les larmes brouillent ma vue.

La rage finit par l'emporter. Je lui assène plusieurs coups contre la poitrine. 

— Pourquoi tu ne comptes pas te défendre ? Pourquoi te laisses-tu faire ? Ta propre vie a-t-elle si peu de valeur à tes yeux ?

Il bloque mes poignets.

— Ça rendrait les choses plus faciles si je me mettais en colère ?

Je baisse la tête, incapable de soutenir son regard.

— Catelyn, regarde-moi !

Je finis par relever les yeux.

— Ta décision est prise, et je te connais suffisamment maintenant pour savoir que tu ne la changeras pas. Si on en est arrivé là, c'est que tu n'avais pas d'autre choix.

Il prend ma main.

— Je ne suis pas une bonne personne, Catelyn...

Mes sourcils se froncent.

— J'ai fait des choses horribles dans ma vie. Et si je dois mourir pour sauver des innocents, pour te permettre, à toi et à toutes les autres, de vivre enfin libres sans craindre pour votre vie, alors j'aurai payé ma dette.

J'encadre son visage de mes mains et le fixe droit dans les yeux.

— Tu n'es pas responsable de la mort de cette femme. Tu n'es pas non plus responsable de celle de Katherine, Adrian. Ce n'était pas de ta faute. Est-ce que tu m'entends ? Tu n'es pas une mauvaise personne. À mes yeux, tu ne l'as jamais été.

Je connais le poids de cette culpabilité. Il est hors de question qu'il parte en pensant que je lui en veux ou que je le tiens responsable de ce qui est arrivé.

Pour toute réponse, il pose ses lèvres sur les miennes. Elles sont d'une douceur incroyable. Il s'allonge au-dessus de moi et approfondit notre baiser.

— Adrian...

— Laisse-moi te faire l'amour une dernière fois...

Je le regarde, incapable de lui dire non.

Il m'embrasse de nouveau et je me laisse faire. Il vénère chaque parcelle de ma peau. Ses gestes n'ont jamais été aussi doux. Ses mouvements, aussi lents.

— Je t'aime, souffle-t-il alors que nous atteignons ensemble notre point culminant.

— Je t'aime aussi, répondis-je. Et je suis désolée.

— Ne t'exc...

Sa phrase reste en suspens lorsque j'appuie sur la détente.

La balle se loge dans sa poitrine.

Le choc traverse son regard. L'instant d'après, il s'effondre lourdement sur moi.

Je reste figée, le revolver toujours niché entre nos deux corps nus, tout le poids d'Adrian reposant sur le mien.

Je parviens finalement à me dégager de sous lui avant de le retourner. Je sors mon téléphone et prends une photo. J'ouvre ensuite la messagerie sécurisée, puis envoie l'image.

Je fixe l'écran, attendant une réponse.

Dix secondes s'écoulent.

Puis un message apparaît.

Bienvenue à la table.

J'ai à peine le temps de le lire qu'il disparaît, emportant avec lui la photo du corps sans vie d'Adrian.

Je referme mon téléphone et me laisse glisser contre le sol.

Mes yeux restent rivés sur mes mains, couvertes du sang de l'homme que j'aime. Elles tremblent si fort que le téléphone m'échappe.

Les mêmes mains qui, un instant plus tôt, le caressaient.

Je lève les yeux vers le lit.

Le silence est assourdissant.

Seigneur...

Qu'est-ce que je viens de faire ?






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