Lucas - 3

📖 Fragments de lumière ✍️ JéromeBolt 📝 550 mots

Que venait-il de vivre ? La première image qui lui revint était la visite à une foire aux bestiaux, aux maquignons triturant le cul des vaches. Il était en train de vendre sa viande.

Un souvenir délaissé remonta. Une impression manquée. Le contact d’un camarade qui l’avait soutenu jusqu’à l’infirmerie. Il devait être en cinquième. Il s’appuyait sur Clément, obligé de le serrer. La chaleur, le contact lui avait apporté plus qu’un soulagement. Leurs têtes s’étaient rapprochées. Lucas avait senti un élan monter, puis s’était retenu. Clément, lui, s’était aussitôt reculé.

Le reste de l’année, il avait évité Clément. Deux ans après, Clément était parti.

Cet élan perdu venait de ressurgir dans ce bureau sordide. Un frisson de froid lui fit relâcher la position. Il entendait crier dans le couloir. Bouger ? Ne pas bouger ? Il regarda les photos sur les murs. Des garçons de son âge, dans des costumes très variés, plaisants à contempler. Les employés, ou d’anciens, car il y en avait une trentaine. Lucas prenait plaisir à détailler cette galerie. Certains lui rappelaient le genre de filles qu’il aimait, fines, douces, les yeux vifs. Une frontière s’effaçait, surtout avec ces costumes. Il pensa à Marie, qui l’attendait ce weekend. Elle n’aurait pas dénoté.

Tous semblaient détendus, heureux. Ces photos n’étaient pas posées, mais prises sur le vif, pendant le service. Une bande de copains qui s’amusent. Comme la sienne, à M*.

Le bruit de la porte le fit sursauter.

Joe rentra, les traits rageurs. Lucas se tétanisa.

— Ah oui ! Je t’avais oublié. Tu regardais mes beaux serveurs ? Tu compléterais bien la série ! Mais, apparemment, tu n’es pas comme eux. Tu peux partir.

Lucas émit un soupir de soulagement. C’était mieux ainsi. Il attrapa son pantalon. Le silence lui fit tourner la tête. L’homme le regardait.

— Attends. Ce serait dommage de te perdre. Tu veux bien une dernière expérience ?

Lucas ne sut quoi répondre, son vêtement déjà dans les mains. Une expérience ? Un boulot bien payé ? Un truc à découvrir ?

— Deux minutes, pas plus. Retire tout et reviens près de moi.

Lucas le regarda, pensant avoir mal compris. La main qui tournoyait au bout du bras tendu confirma les paroles. Cela devenait plus que scabreux. Lucas sentit la panique monter. Jamais il ne s’était retrouvé dans une telle situation. Il voulut refuser. Il savait qu’il n’avait aucune obligation. Pourtant, une forme d’inertie l’emporta : il fit glisser le tissu, sans comprendre pourquoi il obéissait encore.

Quand la main se rapprocha, Lucas ferma les yeux, serra les dents, raidit tout son corps, traversé par une sidération froide.

— Enfin ! Avec ta petite amie, c’est aussi laborieux ?

Lucas s’écarta.

— Bien sûr que non !

La main revint plus insistante, plus intrusive. Les sensations n’avaient rien à voir avec ce qu’il connaissait : tout était plus abrupt, plus direct, plus fort que celles qu’il avait reçues auparavant. Pas si fréquentes en fait.

Lucas rouvrit les yeux. Il se recula sans manière, vers ses vêtements.

— Je crois que ça va bien, non ?

Il se demanda s’il parlait pour le poste ou pour l’expérience qu’il venait de subir.

— J’ai bien fait de vérifier. Tu présentes très bien, vraiment. Si tu restes aussi lent à réagir, les clients vont croire que tu n’es pas à l’aise. Ça ne va pas le faire. Dommage.

Lucas était perdu : il était nu, vulnérable, exposé devant un homme repoussant, qui venait de franchir des limites qu’il n’aurait jamais dû accepter. Il commença à ramasser ses vêtements.

💬 Commentaires 1

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AttrapeRêve • 2 mois, 1 semaine
C'est sûr que c'est plus que déstabilisant
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