Le Dixième Jour – L'oubli par les mains
Le Dixième Jour – L'oubli par les mains
Gustavo,
Dix jours. Le chiffre semble si rond, si stable, et pourtant mon cœur, lui, est plus anguleux que jamais.
Aujourd'hui, j'ai travaillé sans relâche, cherchant désespérément cette fatigue physique qui agit comme un anesthésiant. J'ai déblayé une cave entière, une de ces pièces où le temps s'est arrêté sous des couches de poussière et d'objets oubliés.
J'ai chargé le camion jusqu'à ce que mes muscles tremblent d'épuisement. C'est là, dans cet effort pur, dans la tension des fibres et la brûlure du dos, que je te trouve le moins.
La sueur lave un peu de la nostalgie, elle évacue cette mélancolie qui me colle à la peau. J'ai besoin de cette violence physique pour contrebalancer l'immensité de ce que je ressens pour toi.
Ce soir, en rentrant, je suis vidé, et c'est exactement ce que je recherchais. La douleur est toujours là, tapis dans l'ombre, mais elle est fatiguée, elle aussi. Elle ne crie plus, elle murmure dans les recoins de ma conscience.
Je t'aime toujours autant, avec la même ferveur, avec la même intensité, mais aujourd'hui, je suis assez solide pour ne pas te laisser me détruire.
Chaque objet jeté, chaque carton déplacé, c'est une façon de dire à la vie que je suis encore là, que je tiens debout, et que même si tu n'es pas à mes côtés, l'homme qui t'a aimé est un homme qui sait bâtir et déblayer.
C'est dans cet épuisement que je trouve la paix nécessaire pour continuer à porter en moi ton souvenir sans que cela devienne un fardeau insupportable.
Ton bâtisseur silencieux, Xavier.
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