Le Neuvième Jour – Le réveil des fantômes
Le Neuvième Jour – Le réveil des fantômes
Gustavo,
Ce matin, la douleur ne m'a pas laissé le temps de me préparer. Elle était là, dès le premier battement de paupière, glissée entre les draps, plus vive et plus insistante qu'hier.
Pourquoi ? Je ne saurais le dire. Peut-être la manière dont la lumière a frappé le mur, cette clarté crue qui ne pardonne rien, ou ce silence pesant de la maison avant que le monde ne s'éveille.
Tu m'as manqué avec une brutalité physique, une onde de choc qui vous coupe les jambes et laisse le souffle court. Il y a des jours, comme celui-ci, où l'absence n'est pas un vide, mais une présence étouffante.
Je ne peux pas faire comme si tu n'étais pas là. Tu habites chaque coin de cette chambre. Je connais par cœur la fin de notre histoire, je sais que tu as eu peur, je sais que cette porte est verrouillée, et pourtant, une partie de moi continue de te chercher à tâtons dans le noir.
C'est l'un de ces matins où je dois porter mon amour comme une armure bien trop lourde, une charge qui m'épuise avant même que le soleil n'ait atteint son zénith.
Je me lève, je fais les gestes nécessaires, mais je porte ce poids en moi, conscient que cette douleur est le prix à payer pour ne pas laisser le souvenir de notre illumination se transformer en une simple anecdote.
Si je devais oublier la douleur, j'oublierais l'intensité de ce que nous avons partagé, et je refuse de vivre dans un monde où cet amour serait devenu quelque chose de banal ou de lointain.
Je continuerai à porter ce poids, jour après jour, car c'est la seule façon de prouver que ce que j'ai ressenti pour toi était tout sauf un accident.
Ton bâtisseur silencieux, Xavier.
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