Le Onzième Jour – L'usure des choses
Le Onzième Jour – L'usure des choses
Gustavo,
Onzième jour. J'ai passé une grande partie de la journée à démonter une armoire ancienne dans une maison qui sentait le renfermé, le vécu et le délaissé.
Le bois craquait sous mes mains, un bruit sec, définitif, qui résonnait dans le silence de la pièce vide.
En vissant, en dévissant, en manipulant les pièces de métal, je me suis surpris à me demander combien de temps un amour peut rester "neuf" dans le cœur d'un homme quand l'autre n'est plus là pour l'entretenir.
Est-ce que ça s'use, comme les charnières d'une porte qui finit par grincer ? Est-ce que l'image de ton visage finit par se ternir, comme ces vernis de meubles qui s'écaillent avec les années ?
Ce soir, en rentrant, j'ai cru voir ton reflet dans la vitre sombre de l'atelier. Je n'ai pas eu mal, cette fois. J'ai eu comme une reconnaissance.
Tu ne t'effaces pas, Gustavo, tu te patines en moi. C'est peut-être ça, le début de la suite : accepter que tu sois devenu une partie intégrante de mon décor intérieur, une présence qui ne demande plus à exister ailleurs que dans mes pensées.
Tu es la patine de mon existence, ce qui donne de la profondeur à ma solitude, ce qui rend l'objet "Xavier" plus riche, plus complexe.
Je ne veux pas que tu sois neuf, je veux que tu sois cette partie de moi qui a survécu à la tempête et qui reste gravée, sombre et magnifique, dans le bois de ma vie.
Ton bâtisseur silencieux, Xavier.
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