Le Douzième Jour – Le poids du silence
Le Douzième Jour – Le poids du silence
Gustavo,
Le silence entre John et moi est devenu une forme de langage en soi. Il sait, sans que je dise le moindre mot, que je suis ailleurs, dans un espace qui ne nous appartient plus qu'à tous les deux.
Il me regarde travailler, il me voit bricoler, et il respecte cet espace que je me suis créé par nécessité vitale. Il y a une douceur certaine dans cette cohabitation, une absence de pression qui me permet de ne pas exploser.
Mais au fond, c'est une solitude partagée, une trêve dans une guerre que je mène seul contre ma mémoire. Aujourd'hui, je t'ai cherché dans le chaos d'un appartement vide que j'étais chargé de débarrasser.
Je voulais te raconter la texture de la poussière qui danse dans la lumière, le bruit singulier du silence après le départ des occupants. C'est à ces moments-là que tu me manques avec une précision chirurgicale.
Ce manque, c'est comme un défaut d'oxygène au moment précis où l'on monte une côte difficile. Je m'arrête, je pose mes outils, je respire, et je t'attends, même si je sais que tu ne viendras jamais.
C'est une étrange habitude, celle de vouloir partager le monde avec quelqu'un qui n'y est plus. Je me surprends à faire des remarques à voix haute, à commenter la vie pour personne.
Je ne veux pas que ce besoin de toi diminue, Gustavo. Si je m'habitue à vivre sans te chercher, alors ce sera le véritable début de mon oubli, et cela, je ne peux pas l'accepter.
La douleur est ma seule preuve que ce que nous avons vécu n'était pas une illusion, mais un moment de vérité absolue qui a redéfini ma propre existence.
Ton bâtisseur silencieux, Xavier.
💬 Commentaires 0
Aucun commentaire pour le moment
Soyez le premier à partager vos impressions !