Le Premier Jour – L'effraction
Le Premier Jour – L'effraction
Gustavo,
Le monde ne s'est pas arrêté, mais le mien a basculé en quelques secondes. Ce matin, l'absence est une épaisseur, une matière que je peux toucher. J'ai essayé de travailler, de bouger, de faire comme si. Mais chaque geste est une effraction.
Tu es parti, et tu as emporté avec toi la lumière qui rendait mon quotidien supportable. Je suis ce bâtisseur qui se retrouve face à un chantier désert, mes outils en main, sans savoir par quel bout commencer la démolition de ce que nous n'avons pas eu le temps de construire.
Je regarde les murs, je regarde les objets qui m'entourent, et tout me semble soudainement dérisoire, sans relief. C'est comme si le décor de ma vie avait été retiré pendant mon sommeil, laissant à nu les structures froides et vides.
Je sais que tu ne reviendras pas, cette pensée est un poison lent que je dois apprendre à filtrer. Mais je ne peux pas encore, c'est trop tôt, c'est trop vif. Je tourne en rond dans cette maison qui est devenue un tombeau pour nos souvenirs.
Je m'assois un instant, les mains vides. Je n'ai pas la force de bricoler aujourd'hui, pas la force de mettre de l'ordre dans ce chaos intérieur. Le désordre est trop grand pour mes seules mains.
Chaque seconde est un rappel de ta disparition, un métronome cruel qui mesure l'étendue de ma perte. Comment peut-on passer d'une telle plénitude à ce néant absolu en si peu de temps ?
Je t'aime, et ce cri est le seul bruit qui compte aujourd'hui, un hurlement silencieux que personne, pas même John, ne peut entendre, car je le garde enfermé dans ma poitrine.
Ton bâtisseur silencieux, Xavier.
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