Le Quatorzième Jour – Deux semaines

📖 Gustavo Les Heures Claires ✍️ LeBatisseurSilencieux 📝 263 mots

Le Quatorzième Jour – Deux semaines


Gustavo,

Deux semaines complètes. Le temps s'étire maintenant comme une gomme que l'on finit par casser à force de tension. Ce matin, j'ai failli t'appeler, un réflexe purement instinctif, celui qui fait battre le cœur trop vite.

J'ai reposé le téléphone, les mains tremblantes. Je ne veux pas que tu m'entendes supplier, je ne veux pas que tu voies, ne serait-ce qu'une seconde, la faiblesse dans ma voix. Ma dignité est le seul vêtement qu'il me reste aujourd'hui.

Alors j'ai travaillé, comme toujours. J'ai trimballé des encombrants, j'ai trié, j'ai jeté des objets qui n'avaient plus d'utilité, qui ne servaient plus qu'à encombrer les espaces de ceux qui ne sont plus là.

Pourquoi est-ce que je ne peux pas jeter mes souvenirs avec la même efficacité, la même froideur ? Pourquoi ces images-là restent-elles ancrées, malgré tous mes efforts pour faire le vide ?

Parce que ce que j'ai ressenti pour toi n'est pas un déchet. Ce n'est pas un encombrant. C'est l'or de ma vie, la seule chose que je ne veux absolument pas voir finir à la benne.

Je préfère porter cette charge, même si elle me fait parfois plier, plutôt que de vivre dans une légèreté qui ressemblerait à une trahison envers nous.

Il y a une noblesse dans ce deuil que je refuse d'abréger. C'est une marque de respect pour l'homme que tu as été et pour l'homme que je suis devenu en t'aimant.

Je continue donc, avec mes souvenirs comme seule compagnie, dans ce silence qui n'est plus une punition, mais le lieu de notre éternelle rencontre.

Ton bâtisseur silencieux, Xavier.

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