Le Quinzième Jour – La trêve
Le Quinzième Jour – La trêve
Gustavo,
Aujourd'hui, une trêve. Le ciel était d'un bleu absolu, un de ces ciels qui semblent laver le monde. J'ai travaillé à l'extérieur. L'air frais m'a fait du bien, une sensation vivifiante sur mon visage fatigué.
Pendant quelques heures, je n'ai pas pensé à toi comme à une douleur, mais comme à un souvenir lointain, presque agréable. Est-ce que c'est ça, la guérison ? Ce n'est pas l'oubli, c'est la capacité à se rappeler sans vaciller.
J'ai pris un café en regardant le soleil décliner, et j'ai réalisé que je pouvais être heureux, même avec cette absence. Pas le bonheur d'avant, un bonheur neuf, plus fragile, plus conscient.
Je t'aime, mais je commence à m'aimer aussi, à m'apprécier dans ma résilience. C'est une découverte étrange, presque effrayante, de se rendre compte que la vie continue, qu'elle est plus forte que notre propre chagrin.
La trêve ne signifie pas la victoire, mais elle signifie que je ne suis plus en train de perdre pied à chaque seconde. Je marche sur un sol un peu plus ferme.
Ce soir, la maison semble moins silencieuse, moins lourde. J'ai pu respirer sans sentir ce nœud systématique dans ma gorge. C'est une victoire sur moi-même, une petite étape vers demain.
Je garde mon amour, mais je le dépose un instant pour regarder le monde. Il est là, intact, tapi au fond de moi, attendant que je revienne le chercher.
Je ne t'oublie pas, Gustavo. Je m'apprivoise, c'est tout.
Ton bâtisseur silencieux, Xavier.
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