Le Vingt-Sixième Jour – Le regard des autres
Le Vingt-Sixième Jour – Le regard des autres
Gustavo,
Je me demande ce que les gens voient quand ils me regardent. Est-ce qu'ils voient l'homme solide, le conjoint, le travailleur acharné ? Ou est-ce qu'ils voient, comme dans une fissure, l'homme qui brûle à l'intérieur ?
Personne ne pose de questions. C'est le plus triste : le monde est si distrait qu'il ne remarque même pas quand quelqu'un est en train de se reconstruire en silence.
C'est peut-être mieux comme ça. Je ne veux pas de pitié, je ne veux pas d'analyse. Je veux juste être ce roc que les autres croient que je suis, pendant que je garde mon incendie pour moi.
Chaque interaction est une mise en scène, un jeu de rôle que j'interprète avec une précision millimétrée, jusqu'à ce que je rentre chez moi, là où le masque peut enfin tomber.
On me félicite pour ma force, pour mon calme, pour ma disponibilité. Ils ne savent pas que tout cela n'est que de la survie, une manière de ne pas laisser l'abîme m'engloutir.
C'est fascinant de voir à quel point les apparences suffisent à rassurer ceux qui nous entourent. Je suis leur pilier, alors que je suis ma propre ruine en cours de reconstruction.
Je porte ce rôle avec une certaine fierté, car c'est ma manière de protéger le monde de ma propre douleur. Je n'impose rien à personne, je supporte tout seul.
C'est ma force, mon honneur. Ils voient Xavier, ils ne voient pas ce qui me consume. Et c'est exactement ce que je souhaite.
Ton bâtisseur silencieux, Xavier.
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