Chapitre 11 : La Rauze, 19h

📖 Hors-Jeu ✍️ qwed2001 📝 1138 mots

Le lundi matin s’écoula sans relief, comme une page qu’on tourne sans vraiment la lire.

Je suivis les cours, notais quelques dates, répondis à un message de ma mère. Rien d’important. Rien qui mérite de s’y attarder. Je pensai à lui. Forcément.

Dans l’après-midi, je m’étais installé à la bibliothèque universitaire pour travailler, essayant malgré tout de me concentrer. Alors que je fixais distraitement l’écran de mon ordinateur, une notification fit vibrer mon téléphone. C’était Kai.

Sur le groupe WhatsApp de l’équipe, son prénom apparut en gras, suivi d’un message qui me fit cligner des yeux pour être sûr de bien lire :

Kai : Salut les gars, on fait un beach ce soir ? Terrains de la Rauze, 19h ? Je réserve deux terrains. Qui vient ?

Autour de moi, le bruissement des pages et les chuchotements des étudiants s’estompèrent, comme si tout avait basculé sur ce message.

Mon cœur s’emballa.

Beach-volley. Ce soir. À 19h. Pas demain. Pas au gymnase. Sur du sable, en extérieur. Avec lui.

Les réponses s’enchaînèrent presque aussitôt.

Nathan : Je suis chaud.

Thomas : Présent.

Lucas : J’arrive un peu plus tard, vers 20h.

D’autres encore, des « ok », des pouces levés.

Je restai figé une seconde, le téléphone vibrant encore dans ma main. Il fallait que je réponde. Que je dise quelque chose. Mais quoi ? « Oui » était trop simple. « J’arrive » trop banal. Et si je paraissais trop enthousiaste ?

Je tapai enfin, les doigts un peu tremblants :

Moi : Je viens.

Kai répondit presque immédiatement, comme s’il m’attendait :

Kai : Parfait. On t’attend.

Je relus son message trois fois.

Ce soir. 19h. La Rauze. Il serait là. Et moi aussi.


* * *


Quand j’arrivai au Parc de La Rauze, le soleil était encore haut, mais déjà plus doux, comme s’il hésitait à quitter l’été.

Le terrain de beach-volley était là, entouré de grillages et de poussière claire. Le sable gardait encore la chaleur de la journée. On entendait des voix, des rires, le bruit sec d’un ballon frappé un peu trop fort.

Ils étaient déjà quelques-uns.

Kai était au centre du terrain, comme si tout s’organisait autour de lui naturellement. Son maillot était légèrement collé à sa peau à cause de la chaleur. Il parlait en gesticulant, sourire facile, regard vif. Rien d’extraordinaire et pourtant je ne voyais que lui.

— Hugo ! cria Nathan en arrivant derrière moi.

Nous allâmes serrer la main des garçons déjà présents. Lorsque je serrai la main de Kai, mon cœur rata un battement.

— On fait les équipes ? lança Kai, sa voix grave portant par-dessus le brouhaha.

Les groupes se formèrent rapidement, dans ce désordre typique des choses improvisées. Rires, discussions, échanges de balles pour tester le terrain.

On commencerait par deux match en 2 contre 2 puis on passerait à du 3 contre 3 au fur et à mesure des arrivées. Le 2x2, c'est plus physique que le 3x3 mais nous étions des joueurs de volley expérimentés... enfin, surtout eux.

Je me retrouvai en équipe avec Nathan contre Kai et un garçon nommé Thomas.

Après quelques mouvements d'échauffement, le match commença.

Le sable ralentissait tout. Chaque saut demandait un effort supplémentaire, chaque réception soulevait un nuage léger sous les pieds. Le soleil descendait doucement, rendant les corps plus nets, plus contrastés.

Kai servait avec précision et le ballon frôlait le filet avant de s’écraser de l’autre côté. Chaque mouvement de son bras faisait saillir ses muscles, et je devais me forcer à regarder ailleurs pour ne pas me faire repérer.

Le soleil couchant frappait son corps en contre-jour, dessinant ses contours dans une lumière presque irréelle. On aurait dit une photo de magazine sportif, une image trop parfaite pour être réelle, un tableau de maître. Une œuvre d’art.

Kai s’essuya le front avec son avant-bras. Il fit une grimace, comme si le tissu humide le gênait. Puis, sans hésiter, il attrapa le bas de son maillot et le retira d’un geste fluide. Le tissu atterrit sur le sable, près du poteau.

Et là Kai... torse nu.

Ses pectoraux, parfaitement dessinés, semblaient taillés dans du marbre. Ses abdominaux, ciselés, se creusaient à chaque inspiration. Ses épaules, larges et dorées par le soleil, se soulevaient au rythme de sa respiration. Sa peau, lisse et bronzée, brillait, comme enduite d’une fine couche d’or liquide. Une fine ligne de sueur coulait de son cou à son nombril, suivant le sillon de ses tablettes de chocolat, et je suivis son trajet des yeux, hypnotisé.

Je n’avais jamais vu un corps comme celui-là.

Jamais.

Je sentis mes joues s’empourprer. Je baissai les yeux vers le sable. Mais ils remontèrent aussitôt, irrésistiblement attirés par ce corps qui brillait sous le soleil couchant.

Kai, lui, ne semblait pas conscient de l’effet qu’il produisait. Il se contenta de ramasser le ballon et de le faire rouler entre ses mains, comme si de rien n’était.

— On continue ? demanda-t-il.

Les échanges reprirent, plus intenses. La sueur coulait sur nos peaux. Le sable collait à nos jambes. Parfois, Kai sautait, et ses abdominaux se creusaient, tendus, beaux comme une gravure antique.

Je jouais mal. Trop de fautes. Trop de regards perdus.

— Hugo, viens là, dit Kai à la fin d’un set.

Il s’approcha de moi, posa une main sur mon épaule. Son torse m'effleura légèrement. Sa peau sentait le soleil et la sueur – une odeur salée, animale, qui me monta à la tête.

— T’es trop dans ta tête, murmura-t-il. Regarde la manchette, comme ça.

Il retourna à sa place.

Je restai figé une seconde, encore brûlant de l'effleurement de son torse.

Le dernier match se termina vers 21h, quand la nuit commença à tomber. Les spots s’allumèrent, projetant une lumière blanche et crue sur le sable. Les ombres s’allongeaient, les corps devenaient plus nets.

Kai se dirigea vers le banc, prit sa serviette et se frictionna rapidement le torse. Ses muscles roulaient sous sa peau. Il attrapa une bouteille d’eau et but une longue gorgée, la tête renversée en arrière, la gorge offerte, la pomme d’Adam qui bougeait doucement.

Je me sentais à la fois pleinement vivant et complètement perdu.

— On remet ça quand vous voulez, dit Kai en enfilant un t-shirt propre.

Le maillot blanc avait disparu dans son sac. Sa peau était à nouveau cachée. Mais je l’avais vue. Et je l’aurais toujours dans les yeux.

Nathan vint me taper dans le dos.

— T’as aimé ?

— Oui, répondis-je. C'est cool, le beach.

Il y eut un petit silence, puis on commença à se disperser avec des « à demain soir ».

Nathan et moi rentrâmes ensemble vers la résidence universitaire. Sur le chemin du retour, je ne dis presque rien. Nathan parlait à côté de moi, de son cours, de Théo, d’un film qu’il voulait voir. Moi, je revoyais Kai. Son torse. Ses mains. La sueur sur sa peau. Le sillon de ses abdominaux jusqu'à son nombril. Le bruit de sa paume sur le ballon.

Quand j’ouvris la porte de ma chambre, la nuit était noire. Je m’allongeai sur le lit.

Je fermai les yeux.

Il était là. Sur le sable. Torse nu. Devant moi.

💬 Commentaires 5

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Alex.s_18 • 3 semaines, 4 jours
Il va nous faire un AVC le pauvre s'il continue. Il est devenu trop accro, il ne pense plus qu'à ça.
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Paul.Koipa • 3 semaines, 4 jours modifié
On se demande comment le brave Hugo a pu toucher un ballon tellement il est obnubilé par le beau Kai.
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qwed2001 Auteur • 3 semaines, 4 jours
Sans doute pas la soirée pour des performances sportives pour Hugo, en effet. 😂
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lampertcity • 1 mois, 1 semaine modifié
Woww, je me voyais sur le terrain avec Hugo, Kai et les autres !
Hier, je me promenais sur la grande plage de Saint-Malo : il y avait un tournoi de beach-volley, des beaux smashs et plusieurs corps très sympathiques, mais sûrement pas au niveau de celui de Kai ;) En tout cas j'ai pensé à ton récit !
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qwed2001 Auteur • 1 mois, 1 semaine
Ça me fait vraiment plaisir de savoir que l'histoire t'accompagne même en dehors de la lecture. Merci beaucoup pour ton message !
Bon... si tu croises quelqu'un qui ressemble à Kai sur un terrain de beach-volley, je compte sur toi pour nous prévenir. Pour des raisons purement... littéraires. 😏
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