Chapitre 13 : La chute
J’arrivai en avance au gymnase, mon sac serré contre moi. Mes doigts jouaient nerveusement avec la fermeture éclair tandis que le coach, déjà présent, installait quelques ballons sur le terrain. Son sifflet pendait autour de son cou. En m’apercevant, il releva la tête et m’adressa un sourire encourageant.
— Salut, Hugo. Content de te voir.
— Salut, coach, répondis-je, la voix un peu tendue.
— Les courbatures sont passées depuis samedi ?
Je haussai les épaules, un sourire timide aux lèvres.
— Presque.
Il éclata d’un rire franc.
— Tant mieux. Aujourd’hui, on va encore faire travailler les jambes. Tu risques de les sentir demain, prévint-il avec un clin d’œil.
Un léger rire m’échappa.
— J’imagine, oui.
Pendant quelques instants, nous parlâmes de la séance à venir. Cette conversation banale, presque anodine, m’aida à chasser le trac qui me nouait encore le ventre.
La porte du gymnase s’ouvrit alors dans un grincement métallique. Peu à peu, les joueurs entrèrent, discutant entre eux, plaisantant, certains me saluant d’un signe de tête ou d’un sourire. L’ambiance légère de la salle me détendit un peu.
Puis... Kai arriva.
Il portait son sac de sport sur une épaule, dit bonjour aux autres avec ce sourire tranquille qui semblait lui venir si naturellement. Il aperçut le coach, échangea quelques mots avec lui, puis son regard croisa le mien.
— Salut, Hugo !
Je sentis mes joues chauffer.
— Salut, Kai.
J’espérais paraître naturel, mais j’avais surtout l’impression que mon cœur battait beaucoup trop fort. Heureusement, le coach nous fit signe de nous rassembler.
— Aujourd’hui, on travaille les réceptions et les contre-attaques, annonça-t-il. Et n’oubliez pas : ce week-end, on a la compétition à Perpignan. Un tournoi important, alors je veux que tout le monde soit concentré.
Il marqua une pause avant de tourner son regard vers moi.
— Hugo, désolé, mais comme je te l'ai dit tu ne pourras pas venir. Les billets de train sont achetés depuis des semaines, les chambres d’hôtel sont réservées et… tu n’es pas encore prêt pour ce niveau.
Mon estomac se noua. Bien sûr. J’étais le nouveau. Le débutant. Celui qui n’avait même pas encore disputé un match officiel. Je hochai la tête.
— Pas de souci, coach, répondis-je en m’efforçant de garder un ton neutre.
— Continue à travailler comme ça, ajouta-t-il avec un sourire encourageant. Tu viendras aux prochaines.
J’acquiesçai en silence.
Le sifflet retentit.
— Allez, échauffement ! Dix minutes de footing, puis on passe aux exercices !
L’entraînement commença. Kai était là, au milieu du terrain, comme un rocher autour duquel tout tournait. Il sautait, plaçait, frappait — chaque mouvement était précis, presque parfait. Bien sûr, je l’observais du coin de l’œil, ses bras tendus, ses sauts puissants, la façon dont il motivait l’équipe d’un simple geste ou d’un regard.
On enchaîna les exercices. Les balles volaient, les corps s’entrechoquaient, et l’énergie du groupe était palpable. Un exercice consista à reçevoir sous pression, avec un joueur de chaque côté du filet, placé en opposition, qui tentait de placer le ballon le plus loin possible pour obliger l'autre à plonger.
Soudain Samuel s'effondra sur le sol avec un cri étouffé. Le visage déformé par la douleur, il se tordit sur place, les doigts agrippés à sa cheville. Autour de nous, les ballons rebondirent, oubliés, tandis que l'équipe s'immobilisa net, les conversations mourant dans un silence soudain.
Lucas resta figé un instant, les bras ballants, le visage blême.
— Putain, Samuel... Je suis désolé, je l'ai trop envoyé, je...
Mais Samuel n'entendait pas. Il serrait les dents, le souffle court, les yeux fermés.
Le coach et Kai se précipitèrent vers lui. Kai s’accroupit à côté de Samuel, sa main large se posant sur son épaule, comme une promesse de soutien.
— Ça va ? demanda-t-il, la voix calme mais tendue, comme s’il savait déjà que la réponse serait non.
Samuel grimaça, les lèvres serrées, les yeux plissés, incapable de répondre. Déjà, sa cheville enflait à vue d’œil, la peau prenant une teinte violacée. Kai l’aida à se relever avec une force tranquille, son bras musclé passé autour de la taille de Samuel, comme s’il était prêt à porter le monde entier sur ses épaules. Il l'assis sur un banc. Le coach demanda de la glace. L’entraînement s’était complètement arrêté. Les garçons parlaient à voix basse. L’ambiance légère du début avait disparu.
Lucas s'approcha, le visage fermé.
— Je suis désolé, Samuel, j'aurais pas dû forcer comme ça.
— C'est pas ta faute, dit Samuel entre deux respirations. T'as bien servi. C'est le sport.
Le coach passa une main sur son front, visiblement contrarié.
— C’est une entorse, diagnostiqua-t-il après un rapide examen. Une belle, en plus. On va te mettre de la glace et te reposer. Et tu devrais sans doute voir un médecin. Tu ne joueras pas ce week-end, c’est sûr.
Samuel grogna, frustré, mais ne protesta pas.
Le coach nous fit signe de continuer, mais nos mouvements étaient moins vifs, nos rires avaient disparus. L’accident avait assourdi l’ambiance.
À la fin de la séance, alors que tout le monde rangeait les ballons et les filets, le coach m’appela.
— Hugo, attends.
Je m’approchai, le cœur battant.
— Écoute, commença-t-il en croisant les bras. Samuel ne pourra pas jouer ce week-end à cause de sa cheville. Et comme on a une place libre dans le train… il marqua une pause, son regard passant de moi à Kai, puis revenant à moi. Tu veux venir à Perpignan ?
Mon souffle se bloqua. Perpignan. Avec Kai. Avec l’équipe.
— Bien sûr, coach, répondis-je, la voix tremblante d’excitation.
— Alors prépare-toi. On part vendredi soir, rendez-vous à la gare à 18h15. Ne sois pas en retard. Retour dimanche soir.
Je hochai la tête.
Le sourire qui me montait aux lèvres s'effaça presque aussitôt. Si j'avais cette chance, c'était parce que Samuel s'était blessé. Je m'en voulais presque de m'en réjouir. Presque. Parce que malgré tout, l'excitation était déjà là. Ce week-end, je partirais avec l'équipe.
Avec Kai.
💬 Commentaires 6
Tu es passé un peu vite sur l'accident, dans le sens où on ne sait pas ce qui l'a provoqué, et il n'y a pas eu d'excuse de l'adversaire qui l'a mis en "danger", même s'il ne l'a pas fait exprès. Ça pourrait mettre un peu plus de profondeur encore au récit.
Je te retrouve avec plaisir ici, sur cette nouvelle histoire après t'avoir lu sur l'atelier des auteurs ; ça semble parti pour être encore mieux que les deux précédentes. Merci