Chapitre 16 : Le tirage au sort

📖 Hors-Jeu ✍️ qwed2001 📝 1311 mots

L'hôtel n'était pas très loin de la gare de Perpignan. Nous descendîmes du train et nous nous y rendîmes à pied. Un établissement bon marché, sans confort excessif dans les limites du budget du club. Nous y passerions les deux prochaines nuits.

Le coach discuta quelques minutes avec la réceptionniste, une femme d’un certain âge aux cheveux grisonnants, puis revint vers nous, un jeu de pochettes en papier contenant des cartes magnétiques à la main.

— Vous serez répartis dans six chambres doubles, annonça-t-il. Trois ont deux lits simples, et trois ont un lit double. On va faire un tirage au sort.

Il tendit une pochette à Nathan et une autre à Julien, un geste discret mais calculé puis étala les autres pochettes sur le comptoir, face cachée.

— Allez, les gars, chacun prend une pochette.

Je choisis la mienne.

— 104, annonça Nathan.

— Je suis avec toi, dit Lancelot.

— 106, dit Julien.

— On est ensemble, répondit Louis.

Lucas et Thomas avaient tous les deux tiré la chambre 101. Maxime et Antoine seraient ensemble dans la chambre 102. Quant à Paul et Marc, ils partageraient la chambre 105.

— J'ai l'impression qu'on est ensemble, sourit Kai en me montrant sa pochette sur laquelle était inscrit le numéro 103. Le même numéro figurait sur la mienne. Je sentis une chaleur me monter au visage.

— Moi, je suis chambre 107 en cas de besoin, précisa le coach. Bon, ce soir, vous vous couchez tôt, le repos c'est important pour gagner demain. Alors vous montez, vous vous douchez, vous appelez vos petites copines pour leur faire une grosse bise — et au lit, d'accord ?

Nous hochâmes la tête en signe d'assentiment.

— Demain, petit-déjeuner à 7h15, venez prêts à partir car on quitte l'hôtel à 8h00 pour arriver un peu en avance et faire un petit échauffement. Compris ?

Même réponse silencieuse de notre part.

— Allez, bonne nuit les gars.

Nous nous dirigeâmes tous vers l'escalier, montâmes au premier étage, puis nous nous répartîmes chacun selon notre chambre.

Kai passa la carte magnétique devant la serrure. Un bip retentit et nous pûmes entrer. La chambre était modeste mais propre, avec une salle de bain attenante et une télévision fine fixée au mur. L’air avait cette odeur particulière des chambres d'hôtel.

Au centre de la pièce trônait un lit double.

Mon souffle se bloqua. Je dus baisser les yeux pour cacher le sourire stupide qui me montait aux lèvres. Kai. Nous allions partager la même chambre. Le même lit. L’idée fut à la fois exquise et terrifiante. Je serrai les poings pour empêcher mes mains de trembler.

Kai posa son sac sur le sol et s’assit sur le bord du matelas, qui s’affaissa légèrement sous son poids.

— Bon, on fait comment ? demanda-t-il en me regardant. Moi je dors à gauche, d’habitude. Mais si t’as une préférence…

Je secouai la tête, la gorge serrée.

— Non, non, ça va. À droite, c’est parfait.

Parfait. Le mot résonna dans ma tête comme une ironie cruelle.

Kai se leva et attrapa une serviette dans son sac.

— OK, je vais prendre une douche, sauf si tu veux y aller en premier

— Vas-y, dis-je simplement.

Il se dirigea vers la salle de bain. Le cliquetis de la robinetterie et le bruissement de la serviette sur le carrelage résonnaient comme une mélodie hypnotique. Je m’assis sur le lit, les mains posées sur les cuisses, les yeux rivés sur la porte close.

Lorsque la porte se rouvrit, une vague de vapeur chaude s’échappa, portée par une odeur de gel douche citronné, fraîche et envoûtante. Kai apparut, enveloppé dans une serviette blanche qui épousait les courbes de ses hanches, ses épaules larges encore ruisselantes. Des gouttes d’eau glissaient le long de son torse, traçant des chemins sinueux sur sa peau dorée, soulignant chaque muscle, chaque relief. Ses cheveux encore mouillés, collés à son front, laissaient échapper quelques mèches qui tombaient sur ses yeux.

Il passa une main dans ses cheveux, et je vis ses abdominaux se contracter sous le mouvement. Putain. Ma bouche devint sèche. La serviette, à peine nouée, laissait entrevoir la courbe de ses cuisses, et je dus me forcer à détourner les yeux avant qu’il ne remarque où je regardais.

Je me dirigeai à mon tour vers la salle de bain. Je fermai la porte derrière moi et appuyai mon front contre le carrelage froid, le temps de reprendre mon souffle. Le miroir embué me renvoyait une image floue de moi-même : joues roses, yeux brillants, cœur battant encore trop vite.

Sous l’eau chaude, mes muscles se détendirent, mais mon esprit restait tendu. Mon corps réagissait malgré moi.

Après m’être savonné et rincé, je sortis enfin, enroulé dans une serviette, et revins dans la chambre. Kai était allongé sur le lit, en t-shirt gris clair et caleçon bleu marine, un bras sous sa tête, l'autre tenant un livre. Pas de téléphone, non, un livre.

— Tu lis quoi ? demandai-je, ma voix trahissant une curiosité que je peinais à contrôler.

L’Ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafón. Sympa, tu connais ?

— Non.

— C’est l’histoire d’un garçon fasciné par un livre qu’il ne peut posséder. Il y a des secrets… des choses qu’on veut mais qu’on ne peut pas avouer.

Comme moi… me surpris-je à penser.

— Tu lis souvent ce genre de choses ?

— J’aime bien les histoires qui te prennent au dépourvu, répondit-il, les yeux toujours sur les pages.

Je fouillai dans mon sac, attrapai un t-shirt et un caleçon pour la nuit et retournai dans la salle de bain pour l’enfiler. Un geste trop pudique, sans doute, dans le contexte d’une chambre partagée entre garçons. Puis je revins dans la chambre.

Il tourna la tête vers moi, les yeux brillants avec un sourire. Nos regards se croisèrent. Un frisson parcourut ma nuque. Que voulait dire ce regard ? Que voulait dire ce sourire ? Est-ce qu’il a remarqué que je le regardais trop ? Ou bien était-ce simplement un regard et un sourire anodin ?

— Bon, allez, faut qu’on dorme, dit-il finalement, refermant doucement le livre. On a trois matchs demain.

On se glissa sous les draps. Le frottement du tissu du drap contre mes jambes me fit frissonner. Je fermai les yeux. Le parfum léger de son gel douche flottait encore autour de lui. Le monde s’était réduit à ce lit, à ce souffle partagé, au battement de nos cœurs qui semblaient se répondre.

— Bonne nuit, dit Kai en éteignant la lumière d'un geste.

L'obscurité envahit la chambre. J’entendais sa respiration, lente et régulière. Il bougea, et sa jambe, lourde et chaude, effleura la mienne sous la couette. Un frisson me parcourut l’échine, violent, presque douloureux. Je savais que ce contact n'avait rien d'intentionnel : deux garçons athlétiques partageant cent quarante centimètres de matelas, une simple question de place. Mais mon cœur s'emballa et je dus serrer les dents pour étouffer un gémissement.

J'avais envie de me rapprocher, de l'embrasser. Là, maintenant. Une folie. Quelles étaient les chances qu'il soit attiré par les garçons ? Et si c'était le cas, quelles étaient les chances qu'il me veuille ? Minces, sans doute.

Alors, je restai immobile, retenant mon souffle. Il va bouger. Il va s'éloigner. Mais non. Sa jambe resta là, collée à la mienne. Mon corps réagissait malgré moi. Une chaleur grandissait en moi, une tension presque insupportable.

Calme-toi, Hugo. C'est juste un contact.

Mais ce n'était pas qu'un contact. Pas pour moi. C'était une torture exquise.

Je fermai les yeux, tentant de me convaincre que je réussirai à trouver le sommeil.

Au loin, dans le silence de la chambre, j'entendais le vent. La tramontane traversait Perpignan, soufflant contre les volets comme un murmure obstiné. Comme si elle cherchait, elle aussi, à mettre des mots sur ce silence.

Je sentis la respiration de Kai devenir plus profonde, son corps s'abandonner peu à peu au sommeil. Sa jambe, toujours appuyée contre la mienne, semblait plus lourde, plus chaude, comme une ancre qui me retenait auprès de lui.

Et je restais là, immobile, à écouter le vent raconter tout ce que mes lèvres n'osaient pas encore lui dire.


💬 Commentaires 4

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Alex.s_18 • 3 semaines, 3 jours
Le trope du seul lit double ! Hugo est chanceux ! Enfin, pas sûr, je ne sais pas s'il arrivera à dormir correctement xD
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Paul.Koipa • 3 semaines, 3 jours
Chapitre joliment tourné. pas sur que Hugo passe la nuit la plus sereine de sa vie.
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lampertcity • 1 mois modifié
Le rêve ! Finalement, même pas besoin de prétexte, la chance lui a souri ! Seul, inconvénient, Hugo ne sera pas au meilleur de sa forme le lendemain. Je suis sûr qu'à sa place, j'observerais Kai jusqu'à tomber de fatigue. J'avoue que j'ai plus ou moins rêvé de la scène la nuit passée xD
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qwed2001 Auteur • 4 semaines, 2 jours
Oui, je ne suis pas sûr que Hugo s'endorme tout de suite... Heureusement qu'il est censé être remplaçant le lendemain ! Et ravi d'avoir alimenté tes rêves, c'est le plus beau des compliments...
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