Chapitre 18 : Pizza
Le restaurant était une pizzeria typique du centre-ville de Perpignan, avec ses murs en pierre apparente, ses tables en bois usé par des années de repas entre amis, et ses bougies posées dans des bouteilles en verre recyclées. L'odeur des pizzas cuites au feu de bois flottait dans l'air, mêlée à celle des herbes de Provence et de l'huile d'olive. Une ambiance chaleureuse, presque familiale, régnait dans la salle. Nous étions douze joueurs plus le coach, et une grande table au premier étage nous était réservée.
— Personne n'est superstitieux ? demanda Lancelot en gravissant l'escalier en colimaçon qui menait à la salle du premier étage.
— Non, ça porte malheur de l'être, dit Maxime.
— Surtout si tu rates une marche en posant la question, ajouta Lucas.
Nous nous installâmes dans un joyeux désordre. Antoine s'assit en face de Marc en bout de table, et je me glissai entre Lancelot et Nathan. Kai, lui, se retrouva en face de moi, entouré de Lucas et de Thomas. Un peu plus loin, Julien et Paul s'assirent en face de Louis et Maxime.
Tous ces garçons, je ne les connaissais pas vraiment — à part Nathan, mon voisin — mais soudain, je me sentais à ma place, comme si nous étions amis depuis toujours.
Le coach prit place à une extrémité de la table, comme pour garder un œil sur nous, même pendant ce moment de détente.
— Alors, les champions, bravo ! lança-t-il en étalant ses bras sur le dossier de sa chaise. Vous l'avez bien mérité ! Reste à concrétiser par une première place demain.
On regarda la carte. La liste des pizzas était longue comme le bras. J'hésitai, ne sachant que choisir. Lorsque le serveur arriva pour prendre les commandes, je répondis « une reine », pris de court.
Le serveur repartit. Thomas intervint en imitant le coach, la voix grave et solennelle :
— Protéines, les gars ! Pas que des céréales sur la pizza !
Toute la table s'esclaffa, y compris le coach, qui secouait la tête en souriant.
Thomas était le plus âgé de l'équipe : 22 ans, en dernière année d'école de commerce. Très sportif, il pratiquait le volley et le triathlon. Cela se voyait à son physique. Il avait une petite amie à Lyon, également en école de commerce, avec qui les choses semblaient sérieuses, selon Nathan. Thomas avait une vie bien remplie. Sympa, toujours prêt à plaisanter, il mettait une bonne ambiance dans le groupe avec ses blagues.
Kai me regarda en levant sa bouteille d'eau, un sourire en coin
— À la tienne, Hugo ! Si tu continues comme ça, on va finir par te prendre pour un joueur pro !
— Hé, je suis un joueur pro ! protestai-je en riant, le cœur léger.
Son regard croisa le mien, et pendant une seconde, j'eus l'impression qu'il y avait quelque chose de plus entre nous. Une complicité, un secret partagé.
Les serveurs commencèrent à apporter les pizzas fumantes.
Autour de nous, les conversations fusaient. Lucas racontait une anecdote du dernier tournoi, imitant les gestes exagérés des adversaires, ce qui fit rire toute la table. Antoine et Julien discutaient des stratégies pour le lendemain, tandis que Nathan, plus silencieux, écoutait en souriant et grignotait une part de sa pizza.
Soudain, Maxime sortit son téléphone et le tendit à Lucas.
— Tiens, regarde, dit-il avec un sourire mystérieux. Ma copine prépare ta fête d'anniversaire. Dans quinze jours, elle veut organiser un truc. Elle m'a envoyé des photos des décorations.
Lucas prit le téléphone, parcourut les photos, puis leva les yeux vers Maxime avec un air faussement sérieux.
— C'est ma sœur, avant d'être ta petite amie, je te signale. Et d'ailleurs t'as intérêt à être un gentleman avec elle, hein.
Nathan, assis à côté de moi, me glissa à l’oreille :
— Ils sortent ensemble depuis la fin de la saison dernière. Sa sœur était venue encourager Lucas à un tournoi, et… paf, elle est tombée sous le charme de Maxime. Depuis, Lucas fait son grand frère protecteur.
— J’espère qu’elle ronfle moins que son frère, lança Antoine.
Un fou rire général s’ensuivit. Lucas lui lança une serviette en papier, qu’Antoine esquiva avec un sourire.
Maxime tapa délicatement son verre avec une cuillère pour faire taire le joyeux bordel :
— Bon, écoutez-moi ! Samedi, dans trois semaines, c’est l’anniversaire de Lucas, et vous êtes tous invités dans une villa avec... piscine, on va fêter dignement les 20 ans de notre pote.
Un « hourra » général s’éleva autour de la table et les verres d'eau se levèrent. Je regardais la scène avec un sourire. Quelques semaines plus tôt, je ne connaissais presque personne ici. Je les connaissais encore peu, mais j’avais déjà l’impression d’avoir trouvé ma place parmi eux. Je partageais leurs rires, leurs repas et leurs moments de complicité. J’étais heureux de faire partie de cette bande. Heureux d’être avec eux.
Le repas se poursuivit dans cette ambiance légère et chaleureuse. Les discussions s’enchaînèrent, les rires aussi. Puis, à un moment, Nathan sortit son téléphone.
Le message partit presque aussitôt.
« Trois matchs gagnés. On fête ça à la pizzeria. On pense à toi, Sam ! Guéris vite, tu nous manques ! »
Quelques secondes plus tard, les deux coches devinrent bleues. Puis Samuel répondit :
« Moi aussi, je pense à vous. Mais surtout à la pizza. »
Nathan sourit en lisant le message.
— Il va bien. Il rigole encore.
— Il a raison de rigoler, ajouta le coach. Parce que quand il reviendra, il aura droit à des exercices de rééducation qui, eux, ne vont pas le faire rire.
La table repartit de plus belle et même le coach, habituellement si sérieux, se laissa aller à quelques éclats de rire.
À un moment, Kai me lança un regard, un de ces regards qui semblaient dire : On est bien, non ? Je lui souris en retour, et ce simple échange me remplit de bonheur. Pas de sous-entendus, juste de la complicité.
Le coach consulta sa montre.
— Bon, les gars, il est temps de rentrer. Demi-finales demain matin, alors on se couche tôt. Pas de folies, hein ?
— Oui, coach ! répondîmes-nous en chœur, un peu à contrecœur, mais avec le sourire.
Nous quittâmes le restaurant sous un ciel étoilé, le ventre plein et le cœur léger. La brise fraîche de la nuit caressait nos visages, emportant avec elle l'odeur des pizzas et des herbes encore accrochée à nos vêtements. Marchant vers l'hôtel, je me sentis ivre — non pas d'alcool, mais de cette sensation d'appartenance.
💬 Commentaires 3
Je veux un Kai dans ma vie !
Ahh, ''chambre 103" comme titre du prochain chapitre, ça m'intéresse...