Chapitre 22 : Le plafond blanc
Le train m'avait ramené à Montpellier. Nathan et moi avions fait le chemin ensemble jusqu'à la résidence. Devant nos portes, il m'avait dit bonne nuit, et je l'avais à peine entendu. La mienne s'était refermée avec un clic sec, comme un point final.
J'étais allongé sur mon lit, dans cette résidence universitaire que je n'avais pas choisie. Dans cette ville que je n'avais pas choisie. Pour suivre ces études que je n'avais pas choisies. Dans ce corps que je n'avais pas choisi. Avec ces désirs que je n'avais pas choisis.
Je fixais le plafond. Blanc. Muet. Indifférent. Il ne donnait aucune réponse.
Je pris mon téléphone. WhatsApp. Le groupe de l'équipe de volley. Je fis défiler la liste des membres. Kai. Son numéro. Je cliquai sur son nom. Page blanche. Aucune conversation. Jamais.
Je fixai l'écran. Et restai là, à respirer, lourdement, comme si mon souffle pouvait me guider.
Puis je reposai le téléphone sur la table de nuit.
Avant ce week-end, ma vie était ordinaire. Normale. Une vie que je m'étais inventée. Une copine à Paris, des soirées avec des amis, des cours, du sport. Une pièce que je jouais, et dans laquelle je m'étais habitué à vivre. Ce n'était pas vraiment moi. Mais je m'y étais fait. Je pouvais croire que j'étais ce personnage.
Oui, mon regard s'attardait parfois sur les torses transpirants des garçons, sur les épaules qui bougeaient au rythme d'un match de foot ou d'un skate. Je le savais. Je le savais depuis toujours. Mais une attirance n'était qu'une curiosité. Rien de plus.
Puis Perpignan était arrivé. Et j'avais embrassé un garçon. Pas n'importe lequel. Kai. Un garçon qui me plaisait. Qui me faisait tourner la tête. Que je voulais revoir. Que je voulais embrasser à nouveau.
Avant, je pouvais me mentir. Je savais, et je me répétais les mensonges assez fort pour qu'ils deviennent vrais. Maintenant, je savais — mais je ne pouvais plus me mentir.
Je repris mon téléphone. La page était toujours là. Kai, son nom en haut de l'écran. Son avatar : un ballon de volley.
Je commençai à écrire : « Je pense à toi ».
Mon doigt effleura le bouton d'envoi. Hésitation. Une éternité. Puis, je retirai mon doigt. D'un geste sec, j'effaçai le message.
Je reposai le téléphone sur la table de nuit.
Et je restai là, à écouter ma respiration, à sentir mon cœur s'emballer pour un simple nom sur un écran. À imaginer sa peau contre la mienne, ses mains, ses lèvres, le frôlement de son souffle. À réaliser que ce désir, je ne pouvais plus le nier. Que je ne voulais plus le nier.
Et je restai là, immobile, à fixer le plafond blanc.
💬 Commentaires 4
Bon, c'est aussi un électro choc pour Hugo, tout ça. Reste plus qu'à tout assumer !
Pas facile de devenir ce que l'on est.