Chapitre 23 : Son nom sur mes lèvres
Le lundi matin, en cours, j'avais la tête ailleurs.
Le professeur de littérature latine faisait son cours magistral sur Virgile et l'Énéide. J'entendais ses mots, mais dans ma tête résonnait autre chose : le bruit de la respiration de Kai dans le noir de la chambre 103. Je sentais encore la chaleur de son torse contre le mien. Je revoyais ses lèvres s'entrouvrir juste avant que je l'embrasse.
Et puis il y avait ce merci qui résonnait encore sur le quai de Narbonne. Et beaucoup de questions sans réponses.
Quand le cours s'acheva, je restai un instant assis, les yeux fixés sur mon cahier. Le silence des autres qui s'en allaient me laissa comme suspendu. Je me levai lentement et commençai à ranger mes affaires.
Les lundis après-midi étaient théoriquement réservés aux conférences dans notre emploi du temps. Mais en réalité, elles ne commenceraient qu'en novembre. J'aurais pu aller travailler à la bibliothèque. Mais à la place, je rentrai à la résidence. Il n'était pas encore midi. Les couloirs étaient vides, silencieux.
Je posai mon sac au pied du lit sans le défaire. Je n'avais pas faim. La chambre paraissait vide. Trop vide. Je m'assis sur le lit, les coudes sur les genoux, et je restai là un long moment, le regard perdu sur la moquette grise.
Je pensai à samedi soir, à cette nuit entière passée dans ses bras. Il n'y avait eu que des baisers, des souffles mêlés, et nos corps serrés l'un contre l'autre à travers nos t-shirts. Pourtant, depuis, quelque chose vibrait en moi sans répit, une chaleur sourde logée juste sous le sternum, comme si son corps avait laissé une empreinte sous ma peau.
Je sortis mon téléphone, presque malgré moi, et retournai sur le compte de l'agence. La photo des rochers était toujours là. Kai, torse nu, la peau encore humide, le regard perdu vers la mer. Je zoomai sur son visage, sur la ligne de sa mâchoire, sur la courbe de ses lèvres. Ces lèvres que j’avais embrassées, que j’avais senties trembler contre les miennes.
Mon corps réagit, plus rapide que ma conscience.
Je laissai mes vêtements tomber au pied du lit. L'air frais de la chambre sur ma peau nue me fit frissonner. Je m'allongeai, le téléphone sur ma poitrine, l'écran toujours allumé, son visage figé dans une lumière dorée. Dans le noir de mes paupières, il était là, tout près. Je pouvais presque sentir l'odeur de son gel douche, cette odeur fraîche et légèrement citronnée, mêlée à celle de sa peau. Une odeur que je reconnaîtrais entre mille.
Je m'étais déjà donné du plaisir en pensant à des garçons. À Léo, parfois, au lycée. Mais je m'étais toujours arrangé pour chasser ces images au dernier moment, pour les remplacer par une fille lorsque le plaisir éclatait, pour que ce plaisir soit « honorable ».
Ma main descendit. Elle trouva sa place, et je commençai quelques caresses, lentement d'abord, le temps que la chaleur s'installe. Je laissai les images venir. Son visage. Son sourire. Je pensais à ses doigts sur ma nuque, à cette pression douce et ferme, au goût de ses lèvres, à cette langue qui avait effleuré la mienne, à ce souffle chaud qui s'était mêlé au mien. Le plaisir montait en moi, une chaleur légère dans mon ventre.
Son torse nu au beach volley, sa peau dorée sous le soleil, la sueur coulant entre ses pectoraux, ses abdominaux qui se creusaient à chaque mouvement. Ma main s'accéléra, le plaisir monta, plus profond.
Lui, sortant de la douche à l'hôtel, des gouttes d'eau glissant sur son torse, suivant la ligne de ses abdominaux jusqu'à la serviette nouée bas sur ses hanches. Ma main serra un peu plus fort, le mouvement devint plus franc, plus pressant.
La courbe de ses fesses lorsqu'il s'était changé dans la chambre — entièrement nu, dos offert, la lumière pâle du matin dessinant chaque relief de son corps, la colonne vertébrale creusant un sillon jusqu'au creux de ses reins.
La tension monta. Insoutenable. Une corde tendue, prête à casser. Et chaque image de lui la tendait un peu plus.
Kai sur le rocher. Ses doigts s'enroulant autour de moi, cette lenteur, cette douceur, le frémissement de son corps contre le mien. Son regard, ses yeux humides, son souffle rauque.
Kai.
Le plaisir monta, plus haut, plus fort. Tout mon corps se tendit.
Kai.
Et la corde se rompit.
Le plaisir jaillit, vague après vague. Des vagues qui me traversaient, me secouaient, m'emportaient. Je n'avais jamais ressenti une telle intensité. Jamais.
Je restai suspendu, le souffle court, les doigts tremblants.
Kai.
Lui. Rien que lui. Je n'avais pas chassé l'image. Je l'avais laissée être là, jusqu'au bout. Mon plaisir avait éclaté en pensant à un garçon. À Kai. Sans mensonge.
Une onde de bien-être me traversa, lente et profonde.
Quand je rouvris les yeux, le plafond était toujours là, blanc, témoin indifférent. Je restai immobile, le souffle court, une main encore posée sur le ventre. De l'autre main, je reprenais mon téléphone. La photo de Kai brillait toujours sur l'écran. Je la regardai quelques secondes, puis je verrouillai l'appareil.
Le silence revint, plus lourd qu'avant.
Je saisis une boîte de Kleenex. Je restai là, allongé à entendre ma respiration. Puis, je repris mon téléphone, les doigts moins tremblants. J'ouvris une nouvelle conversation. « Kai. » Mon pouce survola le clavier.
« Je pense à toi. »
Mon doigt effleura le bouton d'envoi. Une éternité tassée dans une seconde.
Et enfin... je le pressai.
💬 Commentaires 3
En tout cas, belle description de cette montée d'adrénaline et de plaisir.