Chapitre 26 : Un souffle dans les platanes
Je n’avais presque rien retenu de la fin du film.
Dans la rue, la nuit était fraîche, une de ces nuits de septembre où l’été s’accroche encore aux trottoirs, mais où l’automne commence à souffler dans les platanes, comme un rappel que tout change. Nous rentrions à la résidence, Nathan et moi, côte à côte. Lui marchait les mains dans les poches de son sweat, l’air détendu. Moi, les épaules voûtées, le regard perdu quelque part entre le sol et les réverbères.
— T'as l'air préoccupé, dit-il soudain.
Je sursautai presque.
— Oui… Enfin, c’est rien.
Il me regarda un instant. J'hésitai puis pousuivi :
— Clara… elle aurait bien aimé qu’elle et moi… tu vois.
Mon estomac se serra. C’était bien plus que ça. C’était que je n’étais pas attiré par cette fille, pourtant si belle, si drôle, si parfaite. C’était que elle me prenait pour un mec bien, alors que j’étais un menteur. C’était que j’aurais aimé être avec Kai, mais il était en train de rentrer de Nîmes. C’était que j’aurais aimé recevoir un texto de lui, un signe, n’importe quoi.
— Oui, elle kiffe grave pour toi depuis la soirée du BDE, le premier soir, continua Nathan. Tout le monde l’a remarqué. Théo, moi, d’autres personnes… C’est évident, en fait, murmura-t-il. Mais tout le monde sait que tu as une copine à Paris. Je suppose qu’elle espérait qu’avec la distance… Tu vois… Enfin, j’en sais rien, j’en ai pas parlé avec elle.
Il poursuivit :
— Eh, Hugo, t’y es pour rien, dit-il en me donnant une tape amicale sur l’épaule. T’es mignon, t’es sympa… C’est normal que les gens te kiffent. C’est plutôt flatteur, tu sais.
Je baissai les yeux, les joues en feu. Mignon. Sympa. Et surtout un imposteur. Un connard, en fait.
Nathan s’arrêta net, me fixant avec une intensité qui me déstabilisa.
— Hugo… tu sais, pour moi, non ? T'as compris ?
Mon cœur s’emballa. Qu’est-ce qu’il voulait dire ?
— Compris quoi ?
Il respira un bon coup, comme s’il s’apprétait à sauter d’une falaise.
— J’ai une préférence pour les garçons.
Le monde s’arrêta de tourner une seconde. Nathan…?
— Écoute, poursuivit-il, on ne se connaît pas depuis longtemps,… t’es un pote. Mais je te trouve… un peu mignon, aussi. Si t’avais eu un penchant pour les mecs, j’aurais bien tenté ma chance, tu vois. C’est pour ça que je comprends Clara.
Mon souffle se bloqua.
Nathan… ?
Il dit ça naturellement, si cool, si à l’aise avec lui-même… Et moi, j’étais là, à mentir comme un arracheur de dents, à prétendre avoir une copine, alors que la seule personne qui comptait désormais, c’était Kai.
— Pour être honnête, au début, j’avais même cru que tu pouvais être attiré par les mecs, toi aussi, avoua-t-il, un sourire un peu triste aux lèvres. À un moment donné, j’ai même cru qu’Emma n’existait pas… Que tu avais tout inventé. Tu m’en veux pas ? Je suis super honnête avec toi, mec. Peut-être l’alcool, peut-être qu’on se connaît assez pour que je le sois… Je n’en sais rien.
Je rougis violemment. Que devais-je faire ? Lui dire que oui, j'avais inventé Emma. Que moi aussi j'étais attiré par les mecs. Qu'en fait, je le trouvais pas mal, mais que j'étais avec Kai. Enfin, pas vraiment. Mais quand même un peu. Ou pas encore. La vérité, c’est que j’en savais rien. Putain, c’était compliqué.
— Mais bon… dit-il finalement en secouant la tête, comme pour chasser cette idée, Le monde est pas toujours bien fait. On peut être attiré par des gens qui… ne le sont pas en retour.
Il fit une pause, puis ajouta, plus bas :
— C’est comme ça.
Un silence s’installa. Long. Gênant. Je ne savais pas quoi dire. Je ne savais même pas quoi penser.
Ses mots résonnèrent en moi, lourds de vérité. Je marchai en silence, le cerveau en ébullition, les pensées qui s’entrechoquaient comme des ballons de volley hors de contrôle.
La porte vitrée de la résidence apparut, illuminée par les néons du hall. Nous entrâmes. Les lumières du hall clignotaient doucement, comme fatiguées. L’ascenseur monta en silence, et je sentis le poids de la journée s’écrouler sur mes épaules. Toutes ces révélations. Toutes ces vérités.
Nous sortîmes de l’ascenseur et nous dirigeâmes vers nos chambres.
— Merci, Nathan, dis-je, la voix un peu tremblante. T’es vraiment un super pote, en fait.
Il me sourit.
— Ouais. Toi aussi.
J’entrai dans ma chambre, posai mon sac sur la chaise.
Mon portable vibra dans ma poche. Je le sortis d’un geste brusque.
Léo.
Mon cœur fit un bond. Pourquoi m'appelait-il à cette heure-ci ? Je décrochai en glissant mon doigt sur l'écran.
— Hugo, t’es là ? Sa voix était brisée, comme s’il avait pleuré.
— Oui, je suis là. Qu’est-ce qui se passe ?
Je tentai de garder un ton naturel, mais ma gorge était serrée.
— Emma… Un silence. Elle m’a quitté.
— Quoi ? Mais… pourquoi ?
Je sentis une vague de surprise me submerger. Léo et Emma, c’était le couple parfait, non ?
— Pour un mec de son école de design en dernière année. Il rit amèrement. Un mec de 25 ans. Elle dit qu’elle a besoin de quelqu’un de plus… stable. De plus mature. C’est vrai que j’ai été un peu pris par mon école d’ingé en début d’année, les associations, les fêtes… Sa voix tremblait. Mais putain, je l’aime, Emma.
Je m’assis sur le lit, le téléphone collé à l’oreille, les doigts serrés autour du portable. Léo avait l’air brisé, comme si on lui avait arraché une partie de lui-même.
— T’es sûr que c’est pas juste un coup de tête ? demandai-je, mal à l’aise. Vous étiez bien ensemble, non ?
— Non. Il marqua une pause, comme s’il retenait ses larmes. Elle a tout réfléchi. Elle dit que c’est fini.
— C’est con, murmurai-je. T’es un mec bien, Léo. Elle sait pas ce qu’elle rate.
— Ouais… Il soupira. C’est juste… dur. J’y croyais, tu vois ? Et là…
Sa voix se brisa. Ma gorge se serra. Léo était mon pote. Et là, il souffrait. Et je ne pouvais rien faire, à part l'écouter.
Il parla. Longuement. De leur relation, de leurs projets et de la façon dont tout s’était effondré en une phrase. Je l’écoutai sans l’interrompre, hochais la tête même s’il ne pouvait pas me voir, lui lançant des « ouais », des « putain », des « c’est dégueulasse » quand il marquait une pause.
— Et maintenant, je me sens con, avoua-t-il. Comme si j’avais pas été à la hauteur.
— T’es pas con, répondis-je ferme. T’as rien fait de mal. C’est elle qui a merdé. Si elle te quitte pour un mec plus vieux, c’est son problème, pas le tien.
— Ouais… Il marqua une pause, et j’entendis un bruit de verre, comme s’il buvait un coup. Merci, Hugo. Ça fait du bien d’en parler.
— T’es mon pote, dis-je simplement. Si t’as besoin... je suis là. Même pour lui parler.
Il rit faiblement.
— Non, c’est bon. Je pense que c’est vraiment fini. Un temps. Mais merci.
— D’accord. Je souris, soulagé qu’il aille un peu mieux. Tu me tiens au courant, hein ?
— Oui, promis, dit-il la voix plus légère. Et… merci. Vraiment.
— De rien, mec.
Je raccrochai, le cœur un peu lourd, mais soulagé d’avoir pu l’aider, ne serait-ce qu’un peu.
Je restai assis un instant, le téléphone toujours dans la main, réfléchissant à la situation de Léo. La vie était vraiment bizarre, parfois. On pouvait tout avoir, et tout perdre en un instant.
Mon portable vibra à nouveau dans ma main. Je regardai l'écran.
Kai : Je viens d’arriver à Montpellier. J’ai hâte de te voir demain soir. Faut qu’on parle après l’entraînement.
Je relus le message, un sourire aux lèvres — ce sourire involontaire qui naît au creux du ventre avant même de toucher les lèvres.
Putain de soirée quand même.
💬 Commentaires 4
J'ai eu aussi un peu de mal à suivre parce qu'il y a beaucoup de choses qui se passent dans un seul chapitre et j'ai l'impression qu'on s'y attarde pas trop à chaque fois et qu'on saute rapidement au sujet d'après.
Pour Nathan, Hugo est pas super cool : c'était l'occasion de lui révéler la vérité sans forcément parler de Kai (parce qu'on out pas quelqu'un sans son accord) ni lui donner de faux espoirs. Il rate toutes les perches qu'on lui tend dis donc !
Léo et Emma... Aie aie aie, c'était sûr, si on est défaitiste. Mais bon, Emma est clairement égoïste sur ce coup. Lui balancer toutes ces choses alors qu'il n'y peut rien....
Et enfin Kai ! S'il n'y avait pas eu le" j'ai hâte de te voir", j'aurais pris peur à la place de Hugo xD
En fait, Hugo est un vrai tombeur : Nathan, Clara, et même Kai qui se découvre avec lui... Mais les deux premiers risquent de moins l'apprécier s'ils finissent par découvrir ses mensonges.
Je constate que t'aimes bien faire des mots-phrases avec les noms de personnages.
Les dernières lignes font penser que ce n'est pas fini !