Chapitre 29 : Sous les lumières de Montpellier

📖 Hors-Jeu ✍️ qwed2001 📝 1135 mots

Lorsque je sortis du gymnase, la nuit était tombée. L'air était frais, chargé de cette odeur de septembre qui annonce l'automne. Et Kai était là. Il m'attendait, adossé au mur, les mains dans les poches.

Quand il me vit, il releva la tête. Nos regards se croisèrent.

Mes doigts tremblaient légèrement, et je les enfouis dans mes poches pour qu'il ne les voie pas. Le silence s'installa entre nous, pas un silence vide — un silence plein. Plein de tout ce qu'on n'avait pas dit depuis dimanche.

— On marche un peu ? dit-il enfin, la voix basse, presque incertaine.

Je hochai la tête, incapable de parler.

Nous nous mîmes en route sans direction précise. Nos pas résonnaient sur le trottoir, lents, comme s'ils hésitaient à nous emmener plus loin. Les réverbères découpaient des ombres sur le bitume, et nos silhouettes s'allongeaient, se rapprochaient, s'éloignaient au gré des lumières.

Je le regardai du coin de l'œil : ses épaules, sa nuque, la façon dont le vent soulevait une mèche de ses cheveux. Il était là. À côté de moi. Après toutes ces heures d'attente, Il était là.

— Tu as bien joué, ce soir, dit-il soudain.

La banalité de la remarque me surprit.

— Merci, répondis-je, soulagé qu'il ait brisé le silence. Je crois que je commence à prendre mes marques.

Le silence retomba entre nous, mais cette fois, il était moins lourd.

Après un court instant, je m'arrêtai, le regardai, pris ma respiration et osai enfin :

— J'aime être avec toi, Kai.

— Moi aussi, murmura-t-il après une hésitation.

— Tu me fais quelque chose…

Je ne finis pas ma phrase, les mots suivants restant bloqués dans ma gorge. Puis, d'un coup, je lâchai :

— Je crois que je suis amoureux de toi.

Il me regarda, les yeux brillants dans la pénombre.

— Moi aussi, je ressens des choses pour toi, murmura-t-il.

Puis il marqua une pause, comme si, lui-aussi, cherchait les mots justes, ou peut-être le courage.

— Tu te souviens, quand je t'ai montré le service, au premier entraînement ? Quand je t'ai pris l'épaule pour corriger ta position ?

Je hochai la tête, le cœur battant plus fort.

— Ce jour-là, j'ai senti quelque chose. Un truc que je n'avais jamais ressenti. Je me suis dit que c'était juste… une impression. Que ça passerait.

Il baissa les yeux sur ses mains.

— Et puis Perpignan est arrivé. Cette nuit. Quand tu t'es penché vers moi, dans le noir… j'aurais pu reculer. Je ne l'ai pas fait. Et quand tu m'as embrassé, Hugo… ça m'a fait un truc. Un vrai truc.

Sa voix tremblait. Il releva les yeux vers moi, et dans son regard, il y avait une vulnérabilité que je ne lui avais jamais vue. Il était Kai, le capitaine, le beau gosse, le mannequin — et pourtant, là, il était à nu.

— Je n'avais jamais fait ça avant, reprit-il. Je n'avais jamais regardé un garçon comme ça. Je n'avais jamais voulu embrasser un garçon. J'avais même jamais pensé que ça pouvait m'arriver. Et puis toi… tu es arrivé, et tout a changé. Je me suis retrouvé à vouloir des choses que je n'avais jamais voulues.

Il laissa échapper un rire amer, un rire qui ne riait pas vraiment.

— C'est pour ça que je suis perturbé depuis dimanche. Ce n'est pas que ça m'embête. C'est que je suis surpris. Et je ne sais pas trop comment gérer tout ça.

Un silence s'installa. Il baissa les yeux, comme s'il venait de tout déposer sur la table et qu'il attendait, sans savoir ce que j'allais en faire. La lumière d'un réverbère dessinait l'ombre de ses cils sur ses joues. Je sentis mon cœur s'emballer, puis je pris une inspiration.

— Moi, dis-je finalement, j'ai compris que j'étais attiré par les garçons depuis longtemps. Depuis le collège, peut-être. Depuis toujours, en vérité. Mais je me suis menti. Je pensais que ça passerait. Que je guérirais. Je me suis inventé des copines, des mensonges, des distractions… Et puis, je t'ai vu.

Il releva les yeux vers moi. Ses pupilles, dans la pénombre, semblaient plus sombres, plus profondes, comme s'il cherchait à lire en moi ce que je n'avais jamais dit à personne.

Nous arrivâmes au parc du Domaine de Méric. Le grand portail en fer forgé était ouvert, laissant entrevoir une allée bordée de platanes centenaires. Au-delà, le parc s'étendait dans la nuit, ses pelouses sombres ourlées par la lumière blanche des réverbères. Une odeur de terre humide et d'herbe fraîche montait du sol.

On resta silencieux un moment. Le vent faisait bruisser les feuilles au-dessus de nos têtes. Puis Kai parla, la voix plus basse encore.

— Tu as dit que tu te mentais depuis un moment… Ça veut dire que toi non plus, t'avais jamais embrassé un garçon avant ?

— Non, répondis-je. Jamais.

Je sentis une chaleur me monter aux joues.

— Alors on est deux débutants, finalement.

Il posa sa main sur la mienne, une main chaude, un peu tremblante. Nos doigts s'entrelacèrent, doucement, comme s'ils apprenaient à se connaître.

— Oui, on est deux débutants, répétai-je en lui souriant.

Je me blottis contre lui en continuant à marcher, sans rien dire, juste pour apprécier le plaisir d’être à ses côtés.

— Ton regard… dit-il, soudain. Il y a un truc qui me touche. Qui me déstabilise. Je ne sais pas mettre des mots là-dessus… mais chaque fois que tu me regardes, j'ai envie de ne plus jamais détourner les yeux.

Je ne répondis pas, mais je pressai un peu plus mes doigts contre les siens.

Nous arrivâmes sur les berges du Lez. La rivière coulait lentement, presque silencieuse, reflétant les lumières de la ville qui dansaient sur sa surface noire. Des arbres penchaient leurs branches au-dessus de l'eau, comme pour se mirer. Quelques canards dormaient sur la berge, immobiles, forme sombres à peine visibles dans la nuit. L'air était plus frais ici, chargé d'une odeur d'eau et de végétation. Un banc, au bord du chemin, nous tendait les bras.

Nous nous arrêtâmes devant la balustrade. Les lumières de Montpellier brillaient au loin, et le reflet de la lune tremblait sur l'eau. Je sentais Kai à côté de moi, si proche, si chaud. Il n'avait pas lâché ma main.

— Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? demandai-je, la voix plus rauque que je ne l'aurais voulu.

Il me regarda, un sourire doux aux lèvres.

— Je ne sais pas, avoua-t-il. Mais est-ce qu'on est obligé de savoir tout de suite ?

Je souris à mon tour.

— Non, je ne crois pas.

— Alors on fait comme ça, dit-il. On essaie. Sans se poser trop de questions. Juste toi et moi.

Je me tournai vers lui. Dans la lumière tamisée des réverbères, son visage était à la fois familier et nouveau. Il fit un pas vers moi. Je vis ses yeux s'abaisser vers mes lèvres. Puis les miens se fermèrent. Et sa bouche toucha la mienne.

La chaleur du baiser me ramena à Perpignan, à cette nuit où tout avait commencé. Et nous allions maintenant écrire les chapitres suivants.

💬 Commentaires 4

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
lampertcity • 1 semaine, 5 jours
Les mots sont simples, ils tombent sous le coup de l'évidence. Mais qu'a réellement une première relation amoureuse d'évident ? Et comment espérer la vivre avec le contexte de l'équipe ? Déjà, on verra vite à ses smashs du prochain match si Kai se sent mieux !
👍 1
Alex.s_18 • 1 semaine, 6 jours
Kai a mis des mots sur ses émotions et ils sont justes. Il ne reste plus qu'à les découvrir ensemble et à se laisser porter.
👍 2
Paul.Koipa • 1 semaine, 6 jours
Joli chapitre où les révélations arrivent tour en douceur,
Je suis vraiment convaincu que ton texte serait encore plus convaincant si les nous, qui
Marquent bien les deux protagonistes, remplaçaient les on impersonnels et abstraits.
👍 1
qwed2001 Auteur • 1 semaine, 6 jours
Merci Paul. Tu as raison, c'est mieux avec « nous ». J'ai modifié.
👍 1