Chapitre 3 : L'invitation
Le lendemain matin, je sortis acheter du lait pour le café. J’avais oublié d’en prendre la veille, lors de mes courses express.
Dans le couloir, un garçon de mon âge remontait la fermeture éclair de son sac de sport. Maillot blanc, short noir, un ballon qui dépassait à moitié. Sur sa poitrine, un écusson rouge avec un ballon.
Il me regarda. Ses yeux étaient clairs, presque verts.
— Salut, dit-il.
— Salut, répondis-je.
Je ne savais pas quoi ajouter. Il était là, à deux mètres de moi, à se préparer à partir. Son maillot collait un peu à ses épaules. La lumière du couloir faisait briller ses cheveux.
— Tu sors de ta chambre ? dis-je, pour dire quelque chose.
— Oui, 309. Juste à côté. T'es nouveau ?
— Arrivé hier.
Il hocha la tête. Il jeta un coup d'œil à ma main vide, à mon t-shirt froissé, à mes cheveux pas coiffés.
— Tu vas chercher à manger ? demanda-t-il.
— Du lait. Pour le café.
Il sourit. Un sourire simple, pas moqueur.
— Moi c'est Nathan.
— Et moi Hugo, répondis-je
— Tu viens d'où ?
— Paris.
Il siffla doucement, comme si je venais de l'étranger.
— Paris, répéta-t-il. T'es loin de chez toi.
— Ouais.
Le silence s'installa une seconde. Pas un silence gênant. Plutôt celui de deux inconnus qui s'apprivoisaient.
Je désignai son sac du menton.
— Tu vas où, comme ça ?
— À l'entraînement, dit-il. Volley.
Il dit ça comme une évidence. Comme si tout le monde portait un sac avec un ballon qui dépasse, un samedi à huit heures du matin.
— Tu joues en club ?
— Oui. Il est à dix minutes à pied.
Je ne savais pas quoi répondre. Je n’avais jamais fait de volley, à part en EPS au lycée. Un souvenir plutôt sympa, d’ailleurs : le cuir sous les doigts, la sueur, la bonne fatigue après l’effort.
— Tu joues depuis longtemps ? demandai-je.
— Depuis la seconde. J'ai commencé parce que mon frère jouait. Maintenant, je fais deux entraînements par semaine.
Il parlait simplement, sans me vendre quoi que ce soit. Ça me donnait presque envie de lui poser d'autres questions.
— Ça te plaît ? dis-je, bêtement.
— Ouais, répondit-il. Ça me plaît.
Il me regarda de bas en haut. Pas pour me jauger. Pour autre chose. Je ne sus pas quoi.
— Et toi ? demanda-t-il.
— Et moi quoi ?
— Tu fais du volley ?
Je secouai la tête.
— Non. Enfin, si. Au lycée. C'était un sport qu'on avait choisi. J'avais pas le choix, en fait. La classe avait voté. Et au bac, j'ai eu 16. Mais j'en ai jamais fait en club.
Il haussa les épaules. Une mèche de cheveux lui tomba sur le front. Il ne la repoussa pas.
— Alors viens, dit-il.
Je clignai des yeux.
— Viens où ?
— Au gymnase. Faire un essai. On recrute les nouveaux mardi, vingt heures. C'est à dix minutes d'ici.
— Je sais pas jouer, répétai-je.
— On s'en fout. Y a une section loisir. Les débutants, c'est là-bas. Et puis t'as l'air d'avoir la taille.
Mon cœur fit un petit bond. Je n'aurais su dire pourquoi.
— Je vais y penser, dis-je.
Il me tendit la main. Je la serrai. Sa paume était chaude, un peu rugueuse.
Il sourit. Avança vers l'ascenseur. L'appela. Et quelques instants après, la porte de l'ascenseur se referma sur lui.
* * *
En rentrant de la superette avec le lait, je posai la bouteille en PET sur la kitchenette, refermai la porte, m'adossai contre le bois froid.
Du volley.
Pourquoi pas, après tout ?
L’occasion de rencontrer du monde.
L’occasion de penser à autre chose que cette foutue licence.
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