Chapitre 33 : Sous le filet

📖 Hors-Jeu ✍️ qwed2001 📝 1068 mots

Quand j'ouvris les yeux, le samedi matin, je sentais encore ses doigts sur ma nuque, son rire dans l'air frais du Lez. La veille avait été comme les deux précédentes : simple, belle, évidente. Une balade, des rires, des silences. Juste lui et moi, et cette sensation de bien-être, de bonheur.

Ce matin, il y avait entraînement.

Je me préparai rapidement, enfilai mon maillot, mon survêtement bleu marine. Nathan frappa à ma porte à 8h45, et nous marchâmes jusqu'au gymnase. Le ciel était bleu, l'air doux.

Le gymnase nous accueillit dans son odeur familière. Les ballons rebondissaient déjà sur le sol.

Kai arriva quelques minutes après nous. Il me salua d'un signe de tête, comme si de rien n'était. Le plus naturel possible.

L'entraînement commença. Le coach nous fit courir, sauter, enchaîner les exercices. Je me concentrais sur mes gestes, sur chaque passe, chaque réception.

— Souvenez-vous que le week-end prochain, dimanche, on joue un match amical.

À un moment, au milieu d'un échange, je levai les yeux et devinai les muscles de Kai sous son maillot. Je repensai à ce moment sur le canapé où j'avais caressé chacun d'entre eux avec mes doigts, où j'avais visité son torse comme on visite un musée. La courbe de ses pectoraux, le creux de ses abdominaux, la façon dont sa peau frémissait sous mes doigts.

Nos regards se croisèrent.

Le sien glissa sur mon visage, s'attarda sur ma bouche, remonta vers mes yeux, comme s'il me caressait à distance. Pas un regard ordinaire. Pas un regard de coéquipier. Un regard qui dura une fraction de seconde, mais qui dit tout ce que nos bouches ne pouvaient pas dire. Je sentis une chaleur me monter aux joues.

Puis, dans ma vision périphérique, je vis Julien. Il nous regardait. Pas un regard furtif. Un regard fixe, fermé, qui pesait. Comme s'il cherchait à comprendre ce qu'il voyait. Comme s'il venait de voir quelque chose qu'il n'aurait pas dû voir.

Mon cœur rata un battement. Merde... Avait-il vu quelque chose ? Impossible. Notre regard avait duré une fraction de seconde. Ça devait être ma parano, qui me jouait des tours.

Je détournai les yeux et me concentrai sur le ballon. Le reste de l'entraînement passa dans un brouillard, entre les exercices et les pensées qui tournaient en boucle. Julien ne me regarda plus. Ou peut-être que si. Je ne sus le dire.

À la fin de l'entraînement, je me dirigeai vers les vestiaires, le cœur encore battant. Mais Kai me rattrapa par le bras, un sourire aux lèvres.

— On va à la plage ? C'est l'un des derniers week-ends où on peut se baigner. Il ne faut pas rater l'occasion.

Je le regardai. Le sourire, la lumière dans ses yeux.

Julien, les regards, les doutes — tout s'effaça.

— Oui, répondis-je. Allons-y.

Nous prîmes la voiture de Kai, une petite Clio grise un peu cabossée. La route longea la mer, les vignes, les pins. La musique, un truc doux, flottait entre nous. Nous ne parlâmes pas beaucoup. Nous n'en avions pas besoin.

La plage était presque déserte. Une bande de sable fin, quelques rochers, et la Méditerranée qui s'étendait à perte de vue. L'eau était encore chaude, tiède, comme si l'été refusait de s'en aller.

On se déshabilla en riant. Le vent du sud nous caressait la peau. Nous courûmes vers l'eau, nos pieds s'enfonçant dans le sable mouillé. Je plongeai le premier, l'eau m'enveloppa, salée, fraîche, vivante. Quand je ressortis la tête de l'eau, Kai était là, à côté de moi, ses cheveux plaqués sur le front.

— T'es beau, dis-je sans réfléchir.

Il sourit, puis il plongea vers moi, m'attrapant par la taille, et nous basculâmes ensemble dans une vague. Nous luttâmes, nous rîmes, nous nous éclaboussâmes comme des gamins. Il me prit dans ses bras un instant, l’eau nous caressant les hanches. Je sentis son corps contre le mien, et ces muscles cachés par son t-shirt ce matin qui étaient maintenant plaqués contre ma peau.

— C'est parfait, murmura-t-il.

— Oui.

On resta longtemps dans l'eau, à flotter, à se regarder, à se toucher. Parfois, il m'embrassait, un baiser rapide, volé, comme si le vent pouvait nous voir. Et parfois, je posais ma tête sur son épaule, et je fermais les yeux, bercé par le mouvement des vagues.

Quand le soleil commença à décliner, nous sortîmes de l'eau, grelottant mais heureux. On s'essuya avec les serviettes puis nous habillâmes en vitesse. Une odeur de sable et de sel flottait sur nos vêtements.

— J'ai faim, dit Kai.

— Moi aussi.

On monta dans la voiture, fenêtres ouvertes, et nous longeâmes la côte jusqu'à un petit port. Un restau, juste à côté de l'eau, avec des tables en bois et des nappes à carreaux. Des guirlandes lumineuses accrochées aux poutres. L'odeur des grillades, des herbes de Provence. Nous commandâmes des moules-frites, des verres de rosé, et nous parlâmes de tout, de rien.

Ses doigts trouvèrent les miens sous la table, entre deux bouchées.

— Tu as passé une bonne journée ? demanda-t-il.

— La meilleure, répondis-je.

Il sourit.

— Moi aussi.

Le serveur apporta nos assiettes fumantes. Les moules étaient parfumées, l'ail et le persil flottant dans le beurre fondu.

Après quelques instants, je demandai soudain :

— Tu sais quel jour on est ?

Il réfléchit, une frite suspendue au-dessus de son assiette.

— Samedi ?

— Oui. Et il y a exactement une semaine, on s’embrassait pour la première fois. Joyeux anniversaire, Kai !

Sa main pressa un peu plus fort la mienne sous la table.

— Enfin… ce serait plutôt un septimaniversaire, parce qu’anniversaire vient de annus, l’année, et de vertere, tourner. Donc quelque chose qui revient tous les ans. Un septimaniversaire serait plus juste, même si ça n’existe pas vraiment.

Il leva les yeux vers moi avec un sourire amusé.

— Tu es mon latiniste préféré, dit-il, ses yeux remplis de tendresse. Joyeux Septi… Septi quoi déjà ?

— Et toi, mon mannequin préféré, me noyant dans ses yeux bleu-gris.

Il secoua la tête en riant doucement.

La nuit était tombée quand nous reprîmes la route. Les phares trouaient l’obscurité, et la mer, au loin, n’était plus qu’une ligne sombre. Kai conduisait, une main posée sur le volant, l’autre serrant la mienne.

— Tu veux dormir chez moi ? demanda-t-il soudain.

Un effroi me traversa. Il le sentit.

— Comme à Perpignan la semaine dernière, dit-il aussitôt. Juste l'un contre l'autre. Rien de plus, bien sûr.

Je le regardai. Il avait les yeux sur la route, mais un sourire flottait au coin de ses lèvres.

— Oui, répondis-je. Oui, je veux bien.

Il pressa un peu plus ma main.

La route défila et les lumières de Montpellier apparurent au loin,




💬 Commentaires 5

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Alex.s_18 • 5 jours, 1 heure
Baignade dans la mer, restaurant puis dormir dans les bras l'un de l'autre.C'est adorable.

Julien est de nature à comprendre très vie ce qu'il ne le regarde pas, visiblement.
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lampertcity • 1 semaine, 1 jour
Pour l'instant, ils ont une très belle relation. D'un autre côté, il est probable que celle-ci entre en collision avec le volley, que ce soit par la biais de Julien, ou par tout autre vecteur que l'auteur saura imaginer !
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Paul.Koipa • 1 semaine, 1 jour
Petit à petit, l’oiseau fait son nid , dit le proverbe.
Les deux garçons avancent à leur rythme et c’est très bien !
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Passiflore • 1 semaine, 2 jours
Juste l'un contre l'autre, rien de plus ?
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qwed2001 Auteur • 1 semaine, 2 jours modifié
Oui, juste l'un contre l'autre, à s'embrasser, en gardant le caleçon (mais torse nu quand même), comme à Perpignan (même si à Perpignan, ils avaient un t-shirt en plus du caleçon). 😉
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