Chapitre 34 : La lumière du dimanche

📖 Hors-Jeu ✍️ qwed2001 📝 1451 mots

Ce dimanche matin, l'odeur du café et des crêpes me tira du sommeil. J'ouvris un œil. Le soleil, filtrant à travers le Velux, dessinait un carré de lumière sur le mur. Nous avions dormi en caleçon, blottis l'un contre l'autre, nos jambes entremêlées sous la couette légère.

Je me redressai, les cheveux en bataille, encore engourdi par le sommeil. Il était là, torse nu, dans la kitchenette. Mon regard s'attarda sur sa nuque, sur son dos en V, sur la courbe ferme de ses fesses que le caleçon moulait, sur ses cuisses et ses jambes puissantes. Une chaleur diffuse me parcourut, montant de mes pieds à ma poitrine.

Il avait dû sentir mon regard. Il se retourna, un sourire aux lèvres. Il tenait une poêle à la main, une cuillère en bois dans l'autre.

— Je fais des crêpes pour le petit dej'. J'espère que t'as faim.

Je m'étirai, les bras au-dessus de la tête, le drap glissant sur ma peau.

— Je meurs de faim, dis-je, avant de me rendre compte de l'ambiguïté de ma réponse.

Il rit.

La kitchenette était minuscule : une plaque, un évier, un petit plan de travail. Je m'approchai et enroulai mes bras autour de sa taille, ma poitrine contre son dos. Il s'arrêta une seconde, puis se détendit, sa main venant se poser sur la mienne.

— Tu vas me faire brûler les crêpes, dit-il, la voix plus basse.

— Tant pis, répondis-je en posant un baiser sur son épaule.

Il rit encore. Je restai là, blotti contre lui, à regarder ses gestes précis. Ses doigts versaient la pâte dans la poêle, et la crêpe se formait, dorée et légère, comme une promesse.

Je remplis deux tasses de café. Il y ajouta un nuage de lait. Puis il servit les crêpes, encore fumantes, le sucre perlé sur leur surface.

Les crêpes étaient délicieuses avec ce café. J'étais bien.

Le tissu de mon caleçon était tendu. Pas le Jura, non, le Mont Blanc. Impossible de ne pas le voir. Son regard alla vers cet endroit et un sourire passa sur ses lèvres.

Je rougis.

— C'est ta faute, dis-je en riant.

— Ma faute ?

— Oui, tu es là, torse nu, à faire des crêpes…

Il rit, un rire léger. Il s'approcha de moi. Pendant une seconde, aucun de nous ne parla. Il posa simplement sa main contre ma joue, son pouce effleurant ma peau. Puis il m'embrassa. Un baiser doux, presque tranquille.

Quand il s'écarta, je le regardai, le cœur battant un peu plus vite.

— Tu veux bien jouer pour moi ?

Il ne répondit pas tout de suite. Il me regarda dans les yeux. Puis il se leva, s'approcha de l'étui noir posé contre le mur, et l'ouvrit lentement. Il sortit le violoncelle et l'ajusta contre son épaule.

La lumière du matin glissait sur son torse, sur ses omoplates, sur la courbe de son cou penché vers l'instrument.

Le silence s'installa. Il posa ses doigts sur les cordes. Et il ferma les yeux.


* * *


Le reste de la journée s'écoula comme un rêve, doux et léger.

En fin d'après-midi, nous nous séparâmes. Il m'embrassa, un baiser long, comme s'il voulait garder un peu de cette journée avec lui.

— Repose-toi bien, murmurai-je, mon front contre le sien. Demain, il faut que tu sois en pleine forme.

Il hocha la tête. Demain serait un jour important : le casting pour le shooting à Barcelone... ou pas.

Je m'éloignai à contrecœur et rentrai à la résidence, souriant à chaque passant. Et la plupart des passants me souriaient en retour. L'effet boomerang du bonheur, peut-être.

Je profitai de ce dimanche soir pour appeler mes parents. J'appelai Léo également. Il avait l'air mieux que lundi. Il me parla de ses cours, de son école, des soirées qu'il avait faites. Je ne lui demandai pas si Emma lui manquait. Il ne m'en parla pas non plus. Un accord silencieux. J'échangeai quelques messages avec Sofiane, des banalités qui me firent sourire. Et quelques messages avec Emma dans lesquels nous ne parlâmes pas de Léo. À Paris, la vie continuait.

Au moment du dîner, je me décidai à être paresseux. Pas de cuisine, pas de réchauffé. Un kebab, en bas de la résidence.

Je tombai sur Nathan dans le hall, les clés à la main, un sourire en coin.

— Toi aussi ? demanda-t-il.

— Oui, j'ai la méga-flemme.

Nous nous dirigeâmes vers la petite boutique. L'odeur de viande grillée flottait déjà jusque sur le trottoir. Je commandai un kebab sauce blanche — ma préférée.

Nous nous s'installâmes sur un banc, face à la rue, et nous parlâmes de tout et de rien. De la fac, des matchs, de l'équipe. Nathan semblait détendu, mais je le sentais un peu plus réservé que d'habitude. Il ne posait pas de questions sur mon week-end.

— On s'est pas beaucoup croisés ces derniers jours, dit-il soudain.

Je hochai la tête. C'était vrai. J'avais passé presque tout mon temps libre avec Kai.

— Ouais. J'ai été un peu pris ces derniers jours.

Il haussa les épaules, comme si ce n'était rien.

— T'inquiète, je comprends. Mais je commençais à me demander si tu m'évitais, avoua-t-il avec un rire un peu forcé, comme pour désamorcer une vérité qui le mettait mal à l'aise.

Je le regardai, surpris. Moi, l'éviter ?

— Pourquoi je t'éviterais ?

Il ne répondit pas tout de suite. Il joua avec l'emballage de son kebab, le plia, le déplia, avant de finir par lâcher, d'une voix plus basse :

— Je sais pas. Peut-être que ce que je t'ai dit lundi soir t'as mis mal à l'aise. Je me suis dit que, peut-être, tu préférais prendre tes distances.

Je sentis mon cœur se serrer. Il parlait évidemment de sa révélation. De ce soir où il m'avait avoué être attiré par les garçons.

— Non, Nathan, c'est pas ça. C'est… c'est juste que…

Je cherchai mes mots.

« C'est juste que je suis avec Kai. Qu'on sort ensemble. Que moi aussi, je préfère les garçons. Que j'ai passé la nuit dernière chez lui. Juste des câlins et des baisers dans son lit, rien de plus, mais je le kiffe comme j'ai jamais kiffé personne avant. Et accessoirement, mon caleçon était en mode tente de camping ce matin, simplement parce que j'étais assis à côté de lui. »

J'aurais pu lui dire cela. J'aurais pu partager mon bonheur. Parce qu'en fait, je n'avais jamais été aussi heureux en dix-huit ans. Mais, certaines vérités, certains bonheurs, sont plus simples à garder pour soi. Alors, je répondis :

— C'est juste que j'ai été pris ces derniers temps. Rien à voir avec toi.

Nathan me fixa quelques secondes.

— Tant mieux, alors.

Il prit une dernière bouchée de son kebab. Le papier crissa sous ses doigts. Je fis de même, mâchant lentement. Puis nous rentrâmes dans la résidence.

Le hall était silencieux, baigné dans la lumière blafarde des néons. Les pas de Nathan résonnèrent sur le carrelage, étouffés par l'épaisseur de la nuit.

— Bonne nuit, Nathan. Je suis content… de te connaître.

Il s'arrêta net, comme s'il ne s'était pas attendu à ces mots. Puis il me sourit, un sourire vrai, sans réserve.

— Bonne nuit, Hugo. Moi aussi.

Je poussai la porte de ma chambre. Le loquet claqua dans le silence.

Je m'allongeai sur le lit, les bras croisés derrière la tête, les yeux grands ouverts. Je repensai au week-end.

À Kai. À ses crêpes dorées, au sucre qui craquait sous la dent. À la plage, au sel sur nos peaux, au vent dans nos cheveux. Aux moules-frites, au jus de citron qui piquait nos lèvres. À la Clio cabossée, à ses sièges en cuir usé, à l'odeur de soleil et de mer qui collait encore à l'habitacle.

Et soudain, ce fut comme si tout mon corps soupirait.

Je sentais le bonheur me traverser, me brûler, me submerger. Dans mes veines, qui battaient plus fort. Dans mes poils, qui frémissaient sous la caresse de l'air. Dans mes cellules, qui chantaient.

Je fixai le plafond blanc. Celui que j'avais regardé des nuits entières, le cœur lourd, l'esprit en ébullition. Celui qui avait vu mes doutes, mes peurs. Et maintenant, je le regardais les lèvres étirées par un sourire si large qu'il me faisait presque mal aux joues. Un sourire qui disait tout. Qui disait : « enfin ».

Je ressentais le bonheur comme une vague. Le bonheur de ce week-end, doux et léger comme une brise d'été. Le bonheur de cette semaine, chaud et enveloppant comme un pull en laine. Le bonheur de cette vie devant moi, devant nous, immense et pleine de promesses.

Je sortis mon téléphone, les doigts tremblants. L'écran s'alluma, éclairant mon visage dans le noir. Je lui envoyai un message.

Moi : Je pense à toi. Le week-end était parfait.

Et sans attendre qu'il réponde, je lui envoyai un second message.

Moi : Je t'aime.

Je reposai le téléphone sur ma poitrine, et je fermai les yeux. La lumière du réverbère filtrait à travers les rideaux, dessinant des ombres sur le mur.

Dehors, Montpellier s'endormait doucement.

💬 Commentaires 7

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Alex.s_18 • 5 jours, 1 heure
Hugo reste toujours aussi fermé. Pourtant, il a face à lui Nathan qui s'assume et qui, bien entendu, ne le jugera pas. Il aurait pu commencer à ouvrir la porte, sans forcément dévoiler la relation avec Kaï. À sa place, je la garderai aussi secrète ! N'empêche, son ambivalence risque de lui poser préjudice à un moment, que ce soit vis-à-vis de Kaï s'il décide de s'assumer ou de Nathan, qui va sentir de plus en plus rejeté. Il aurait au moins pu faire l'hétéro qui cherche à s'informer sur le sujet !

Mais d'un côté, je me dis qu'il n'est peut-être pas encore prêt, et il n'est pas bien de presser sur ce sujet. Ce qui n'empêche pas d'être un bon ami :p
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Paul.Koipa • 1 semaine
Un pas à la fois …
Mais comment aurait réagi Nathan, vu qu’il aurait bien aimé avoir une relation avec Hugo
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bcome • 1 semaine
Hugo fait le service minimum pour rassurer Nathan.

Il pourrait profiter que celui ci ne le jugera pas pour commencer à assumer son homosexualité. Enfin, ce n'est pas simple. C'est un gros pas à franchir.
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lampertcity • 1 semaine
Je suis d'accord ! Il ne se mettrait pas en difficulté en se montrant plus ''gay-friendly" avec Nathan !
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bcome • 1 semaine
Hugo commente sa premiere relation amoureuse avec un garçon ; son ressenti d'être homosexuel est encore «théorique». La communauté LGBTQI est un peu génante ; c'est à lire que faire parti d'une minorité / communauté le perturbe. Dans ces conditions, le premier «aveu» nëme aupres d'un autre gay est tout sauf évident
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lampertcity • 6 jours, 16 heures modifié
Je pense qu'il n'a même pas besoin de se dévoiler, simplement de rassurer Nathan en se montrant plus ouvert sur le sujet, en en discutant librement avec lui, en lui posant quelques questions. Tout cela indépendamment de la notion de communauté.
Je ne sais pas si ça faciliterait un coming-out futur ou bien si ça l'enfermerait encore plus... mais ça préserverait son amitié avec Nathan et ça rassurerait ce dernier (j'ai un peu de peine pour le pauvre Nathan).
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Alex.s_18 • 5 jours, 1 heure
Je rejoins les commentaires de lampercity ! Pas besoin d'appartenance à une communauté ou de se reconnaitre dans les opinions et les idées portées par celles-ci, juste se montrer intéressé par le sujet, en tant qu'ami pour le moment.
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