Chapitre 37 : La réponse

📖 Hors-Jeu ✍️ qwed2001 📝 761 mots

Didon avait eu sa réponse : un non, définitif. Priam obtiendrait la sienne au vers 554 : un oui d’Achille. Kai, lui, était toujours dans l’attente, en ce mercredi matin. Et cette incertitude me rongeait.

Par précaution, je m’étais installé au fond de l’amphithéâtre d’histoire littéraire. Le TD de latin m’avait appris à me méfier des premiers rangs.

Dans le milieu du mannequinat, pas de callback équivalait à un non. Une règle tacite, mais claire : si personne ne répondait, c’est que le mannequin n’était pas retenu.

Un système qui, à côté, faisait presque passer Parcoursup pour un modèle de politesse et de raffinement, ce qui était quand même un exploit, il fallait bien l'avouer.

À midi, je déjeunai avec Nathan, Théo et deux amis à eux. Ils me proposèrent une soirée cinéma samedi soir. Je déclinai, prétextant qu'un ami parisien passerait probablement à Montpellier.

Lorsque nous quittâmes le RU, je verifai mon téléphone : toujours aucune nouvelle de l'audition de lundi.

L'après-midi s'étira lentement. Je surveillais mon téléphone, le retournais sur la table, le reposais face visible. Rien. Toujours rien.

Puis, soudain, mon téléphone vibra. Un message de Kai.

Kai : Je suis booké.

Je relus le message deux fois. Les mots dansaient sur l'écran, comme s'ils refusaient de s'imprimer dans ma tête. Booké. Il était booké. Un immense soulagement me traversa, une vague chaude qui partait de ma poitrine pour irradier tout mon corps.

Moi : Super ! On fête ça ce soir.


* * *


Nous nous retrouvâmes un peu avant vingt heures.

Kai m'attendait déjà, les mains dans les poches. Dès qu'il me vit, un sourire illumina son visage.

— Alors, monsieur le mannequin d'une grande agence, dis-je en le taquinant.

Il secoua la tête, amusé, mais une lueur de fierté dansait dans ses yeux.

— J'ai encore du mal à y croire.

Nous descendîmes tranquillement vers le cœur historique de la ville. Les terrasses étaient pleines malgré la douceur du soir. Les conversations se mêlaient au bruit des verres et aux éclats de rire. Montpellier semblait célébrer avec nous.

— Mon agence actuelle m'envoie surtout sur des petits contrats, expliqua-t-il en marchant. C'est bien, mais ça reste une petite agence.

Il marqua une pause.

— La c'est une grosse agence. Une campagne internationale. Si tout se passe bien, ça peut complètement changer la suite pour moi.

— Donc tu n'es pas juste booké.

Il secoua la tête.

— Non. Je suis booké... pour le plus gros contrat qu'on m'ait jamais proposé.

Je l'entraînai dans un petit restaurant avec un jardin intérieur. Ce n'était pas le genre d'endroit où j'allais d'habitude. Kai s'arrêta devant la carte.

— Hugo... c'est un peu cher, non ?

— Aujourd'hui, on fête quelque chose.

— Tu es sûr ?

— Certain, dis-je en me pensant que la fin du mois de septembre était proche et en espérant que mes parents me feraient un virement rapidement pour octobre.

Il me regarda quelques secondes avant de sourire.

— Merci.

Pendant le repas, nous parlâmes de tout sauf du casting. De la fac, du volley, de la musique, de Bach, des livres, des cours qui s’accumulaient déjà. La serveuse, elle, n’avait d’yeux que pour Kai. Il fallait bien reconnaître qu’il était beau, mon mannequin. J’avais pris l’habitude de voir les filles se retourner sur son passage. Je les comprenais, et, au fond, j’en étais même un peu fier. Mais ce soir-là, pour une raison que je ne m’expliquais pas vraiment, j’éprouvais un mélange étrange : de la fierté, oui, mais aussi une pointe d’agacement face à ces regards. C'est mon mannequin.

Au moment du dessert, Kai posa sa fourchette.

— Tu sais... quand j'ai reçu le message, ceux à qui j'ai eu envie de l'annoncer en premier, c'était ma sœur et toi.

Je sentis mes joues chauffer.

— J'espère bien.

Il sourit.

Je levai mon verre.

— À Barcelone.

Il cogna doucement son verre contre le mien.

— À nous.

En sortant, la nuit était tombée sur Montpellier. Les rues piétonnes luisaient sous les réverbères. Nous marchâmes côte à côte, nos épaules se frôlant à chaque pas. L'air était frais, la ville paisible.

Kai s'arrêta devant une fontaine. Il sortit son téléphone, le leva vers le ciel, et pris une photo.

— Pourquoi tu fais ça ? demandai-je.

— Pour me souvenir, dit-il. Que le jour où j'ai été booké, j'étais avec toi.

Arrivés devant la résidence, nous nous arrêtâmes quelques secondes. Personne autour de nous. Je glissai discrètement ma main dans la sienne. Il serra mes doigts. Puis nous les relâchâmes presque aussitôt lorsqu'un groupe d'étudiants passa en riant. Une fois passés, nous entrelaçames nos mains à nouveau.

— Bonne nuit, mon amour, murmura-t-il.

— Bonne nuit, mon amour.

Je le regardai s'éloigner jusqu'à ce qu'il disparaisse au coin de la rue, comme une étoile filante que j’aurais voulu retenir.

💬 Commentaires 3

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Alex.s_18 • 4 jours, 2 heures
Finalement Kai a aussi des mots doux envers Hugo xD.

Alléluila !! C'est super aussi qu'Hugo l'encourage dans sa voix. mais j'espère que la distance ira, je suppose que Kai va partir très vite à Barcelone. D'ailleurs, qu'en est-il de ses études ? J'ai un doute, il en avait parlé et il avait dit qu'il avait arrêté pour le mannequinat, c'est ça ?
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qwed2001 Auteur • 3 jours, 13 heures
Kai avait commencé une formation de musique au conservatoire de Montpellier. Mais il a trouvé ça trop rigide et a arrêté.
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Paul.Koipa • 5 jours, 15 heures
Malgré les risques d’éloignement les garçons se réjouissent d’une nouvelle qui valorise l’un d’entre eux. Il y a une vraie confiance entre eux.
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