Chapitre 41 : Les Trois Grâces

📖 Hors-Jeu ✍️ qwed2001 📝 1093 mots

Le lendemain matin, Nathan tapa à ma porte à 8h45. Nous partîmes ensemble à l'entraînement de volley.

Je lui racontai ma soirée de la veille avec Lucas, Lancelot, Marc et Samuel — sans évoquer la discussion concernant Avignon, bien sûr. À part cette partie de la soirée, le reste avait été sympa. J'étais encore dans cette phase de découverte des garçons de l'équipe, et eux aussi avaient pu mieux me connaître, je pense.

Au gymnase, Kai était déjà là. Julien aussi. Je les saluai, mais je restai sur mes gardes, guettant du coin de l'œil le regard de Julien. Rien d'anormal. Ou peut-être que si. Je ne savais plus.

L'entraînement fut intense. Après la séance, le coach nous rappela le match amical avec Sète du lendemain. Rendez-vous sur le parking pour un covoiturage. Lucas, Kai et lui-même seraient les conducteurs. Nous fîmes un rapide tour par les vestiaires. Nathan, qui avait une course, partit directement. Je traînai un peu. Kai aussi.

Quand tous les garçons et l'entraîneur furent partis, nous échangeâmes un regard complice près des vestiaires. Puis nous sortîmes ensemble du gymnase, nos sacs de sport sur l’épaule. Et nous nous éloignâmes, nos sacs de sport sur l'épaule, nos pas résonnant sur le trottoir.

— Vingt-quatre heures sans toi, c'était dur, tu sais ? dis-je.

Il tourna la tête vers moi, un sourire en coin.

— Toi aussi, tu m'as manqué, Hugo.

— Le shooting s'est bien passé hier soir ?

— Ouais, on a fini tard, répondit-il en haussant les épaules. Il fallait prendre des poses sensuelles. Alors j'ai pensé à toi.

Je souris en le regardant. Il avait cette manière de dire les choses, simplement, comme si c'était une évidence.

Il sortit son téléphone.

— Et je suis passé signer le contrat pour Barcelone. Regarde l'hôtel.

Il me tendit l'écran. Un quatre étoiles, avec des photos de chambres lumineuses, une piscine, une vue sur la ville.

— L'agence actuelle avec laquelle je bosse d'habitude, quand on est en extérieur, c'est plutôt un Ibis, dit-il en riant.

L'hôtel était magnifique. Je le regardai, un sourire aux lèvres.

— Bon, pas sûr qu'on ait beaucoup de temps pour en profiter, reprit-il. Je pars dimanche matin dans une semaine. L'après-midi, on fait quelques essais et réglages, et on enchaîne pour six jours de shooting. Retour le dimanche suivant. Ça va être intense.

— C'est cool que tu aies été booké, dis-je. Mais putain, ça va être dur, une semaine entière sans toi.

Il ralentit, posa une main sur mon épaule. Sa paume était chaude à travers le tissu de mon t-shirt.

— Je sais. Je penserai à toi. Tout le temps.

Il marqua une pause, puis son sourire revint, plus léger.

— On dépose les sacs de sport chez nous, et on se retrouve au Peyrou dans vingt minutes ?

Je le regardai et repensai à jeudi soir — à ses doigts enroulés sur ma verge, aux miens enroulés sur la sienne, à ce plaisir qui avait explosé. J'avais tellement envie de recommencer. J'en avais mal. Je n'en pouvais plus d'attendre.

— J'ai une contre-proposition, dis-je, sentant mes joues s'empourprer. On dépose les deux sacs chez toi et on en profite pour faire une pause câlins.

Il me regarda, une lueur malicieuse dans les yeux.

— J'aime bien ta contre-proposition, dit-il, une rougeur lui montant aux joues également.

Nous nous mîmes en route, marchant d'un pas rapide, comme si le temps nous était compté. Arrivés devant son immeuble, il ouvrit la porte et nous montâmes les escaliers deux marches par deux marches. Nos regards se croisèrent, complices et légèrement malicieux, quand nous franchîmes le seuil de son appartement.


* * *


L’après-midi était déjà bien entamé lorsque nous sortîmes de son appartement. Nous avions tous les deux le sourire aux lèvres. La « pause câlins » avait été… parfaite.

Nous déambulions dans Montpellier, enveloppés par une douce euphorie. C’était notre deuxième « septimaniversaire ». Deux semaines plus tôt, nous étions à Perpignan. Deux semaines plus tôt, nous nous étions embrassés pour la première fois.

Nous arrivâmes place de la Comédie. La vaste esplanade s’offrait à nous, bordée d’immeubles bourgeois aux façades ocre, dominée par l’élégante façade de l’Opéra Comédie. Les Montpelliérains l’appellent « l’Œuf », à cause de sa forme ovale. Au centre, la fontaine des Trois Grâces trônait, majestueuse. Trois femmes de marbre, debout, dos à dos, se tenant par la main, un bras levé, l’autre abaissé, comme figées dans une danse éternelle. Aglaé, Euphrosyne et Thalie, les filles de Zeus, déesses qui incarnaient tout ce qui est beau, joyeux et vivant dans le monde.

Et moi, j’étais là, à côté de celui qu’elles avaient choisi pour moi.

La place n’était pas bondée, mais nous n’étions pas seuls. Kai était à côté de moi. Nous étions proches. Deux étudiants. Deux amis. Les passants discutaient, riaient, vaquaient à leurs occupations. Personne n’aurait pu deviner que nous étions amoureux.

Jamais nous ne nous étions embrassés ou tenus la main en public. Seulement dans des endroits isolés, là où aucun regard ne pouvait nous surprendre. Ou bien chez lui, à l’abri.

Pourtant… Sa main se dirigea vers la mienne. Elle avança lentement, comme si chaque centimètre était une éternité à franchir. Avant même que ses doigts n’effleurent ma peau, j’en sentis la chaleur — une brûlure douce, une promesse silencieuse.

Autour de nous, le monde continuait de tourner, indifférent : une passante pressée, des rires d’étudiants, un homme au téléphone tirant son chien en laisse. Et puis, plus loin, des ombres anonymes.

Puis ses doigts touchèrent les miens. Sa paume rencontra la mienne.

Je me tournai vers lui, surpris. Il me regarda un instant. Mes yeux cherchèrent une réponse dans les siens, comme un naufragé cherche un phare dans la nuit. Il me sourit — ce sourire lent, presque imperceptible, qui faisait fondre chaque doute en moi. Et dans ce sourire, il y avait une permission silencieuse, une évidence.

Alors j’écartai mes doigts, doucement, comme on offre une porte entrouverte. Les siens se glissèrent dans l’espace que je leur laissais. Nos paumes s’épousèrent, chaudes, légèrement moites. Nos doigts s’entrelacèrent, s’enroulèrent les uns autour des autres, comme des lianes qui trouvent enfin leur arbre.

Autour de nous, la place se figea. La dame pressée ralentit, les yeux écarquillés. Les étudiants interrompirent leur conversation. L'homme au téléphone cessa de parler, son chien dressant les oreilles dans notre direction. Aux terrasses des cafés, les têtes se tournèrent vers nous, une à une, comme si un vent invisible avait balayé la place. Les pigeons, quant à eux, se figèrent et nous observèrent, la tête penchée.

Je rougis.

Mon cœur s’emballa, mes tempes battirent à tout rompre.

Pourtant, je ne lâchai pas sa main. Je la serrai même un peu plus fort, parce que cette main me donnait du courage.



💬 Commentaires 2

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Paul.Koipa • 2 jours, 2 heures
Joliment fait !
👍 1
bcome • 2 jours, 9 heures
Trop beau !
Espérons que cela n'attire pas quelques bas du front.
👍 2