Chapitre 5 : Le mensonge
Lorsque je sortis, j'avais la tête encore pleine des images du vestiaire. La résidence n'était qu'à quelques minutes. On s'y doucherait tranquillement.
Sur le chemin du retour, Nathan parlait encore de l’entraînement, de technique, de placements, de services flottants dont je ne comprenais que la moitié.
— Alors, tu rentres dans l’équipe ? demanda-t-il
— Je crois, oui.
— Génial, dit-il en souriant largement. On va bien s’amuser.
La nuit était douce, presque étouffante. Les réverbères projetaient des ombres longues sur le trottoir. On marchait côte à côte.
— T’as une copine ? demanda-t-il soudain.
Mon cœur fit un bond.
La question me prit complètement au dépourvu.
— Quoi ?
— Une copine. Tu sors avec quelqu’un ?
Les secondes s’étirèrent.
Ma gorge se serra.
— Oui, répondis-je d’une voix trop haute. À Paris.
Le mot sortit tout seul, comme un réflexe. Comme si la vérité était trop lourde à porter ce soir.
— Sérieux ? dit Nathan, un sourcil levé. Depuis quand ?
— Depuis le lycée. Environ un an.
Je creusais ma tombe. Je le savais. Mais je ne pouvais plus reculer.
— Comment elle s’appelle ?
Merde.
— Emma, répondis-je.
Emma. Le premier prénom qui m’était venu. Un prénom de fille. Un mensonge. Mais il fallait bien un nom.
— Emma, répéta Nathan. Joli prénom.
Il sourit… pensif.
— Elle va venir te voir ici ? ajouta-t-il.
— Peut-être. Plus tard. Quand elle aura le temps.
Je regardai devant moi pour éviter ses yeux.
La rue était presque vide. Quelques fenêtres éclairées au-dessus de nous, le bruit lointain d’un scooter, nos pas qui résonnaient contre les façades.
Je détestais ce mensonge. Mais dire la vérité aurait signifié autre chose : avouer que je n’avais jamais eu de copine, jamais vraiment aimé quelqu’un ouvertement, jamais vécu ce que les autres semblaient vivre si facilement. Et puis ma solitude à moi avait toujours quelque chose de honteux. De caché. Même dans ma propre tête.
— Tu lui manques ? demanda-t-il après quelques secondes.
Mon estomac se serra.
— Quoi ?
— À Emma.
Je baissai les yeux vers le trottoir. Je n’aurais pas dû continuer. J’aurais dû m’arrêter là. Mais je répondis quand même.
— Oui. Enfin… je crois.
Nathan hocha lentement la tête.
— Moi, j’ai personne, dit-il.
Il eut un petit rire bref, sans vraie joie derrière. Je ne sus pas quoi dire. J'aurais voulu lui répondre : « Moi non plus. »
— Tu trouveras, dis-je finalement.
C’était banal. Presque idiot. Mais c’était tout ce que j’avais trouvé.
* * *
Nous franchîmes finalement la porte vitrée de la résidence et nous dirigeâmes vers l’ascenseur. Nathan appuya sur le bouton d’appel. Quelques secondes plus tard, les portes s’ouvrirent dans un léger grincement métallique. Nous entrâmes dans la cabine, et il pressa le bouton du troisième étage.
Quand les portes se refermèrent, Nathan parla.
— Hugo...
Sa voix avait changé. Plus basse. Je sentis mes doigts se crisper sur la poignée de mon sac. Ses yeux me scrutaient, attentifs.
— Oui ?
Il hésita une seconde, les sourcils légèrement froncés.
— Emma… Il releva légèrement les yeux vers moi. Elle existe vraiment ?
Son regard resta posé sur mon visage. Pas accusateur. Pas moqueur. Juste… attentif.
Je ne répondis pas.
Je haussai vaguement les épaules, avec un demi-sourire qui ne voulait rien dire. Je gardai les yeux fixés sur les boutons lumineux. Le miroir renvoyait nos reflets côte à côte dans la cabine étroite. Immobiles. Silencieux.
Un « ding » étouffé retentit.
La porte de l'ascenseur s'ouvrit, nous sortimes.
— Bonne nuit, Hugo, dit Nathan en sortant.
— Bonne nuit, répondis-je.
💬 Commentaires 8
Nathan semble être un garçon bien intelligent, moins timide et pensif.
Hugo n'assume pas encore plein de choses.
Mais ça va venir, hein ? Il va se libérer. 😉