Les balades
Dès mes premiers jours, j’ai eu droit aux sorties. Dans le jardin ou en rue. Mamandine galérait avec ma force et mon incompétence à l’époque. Je tirais comme un sauvage, à m’étouffer. Je ne profitais finalement pas de grand-chose.
Je ne m’arrêtais que très rarement pour sentir les odeurs, je ne regardais jamais en arrière. Je fonçais toujours droit devant pour voir le chien, l’oiseau, l’humain, le chat, l’écureuil, la feuille morte portée par le vent.
Il s’est passé plusieurs mois avant que cela devienne plus confortable. Plusieurs mois au cours desquels j’ai eu des séances intensives de dressage.
Je devais toujours suivre des ordres, en rue, au jardin ou même au Ravel.
D’abord, j’étais en laisse courte — en rue, c’est toujours le cas —, au collier les premiers jours et très vite au harnais. Le premier harnais me faisait mal aux épaules ; heureusement, ils l’ont vite compris et ont opté pour un autre modèle qui était plus confortable, mais moins sympa pour moi : une attache était fixée à l’avant et, lorsque je tirais trop, hop, je me retournais face à eux au lieu d’aller dans la direction que je souhaitais.
Ce système me fit vite comprendre que cela ne servait à rien de sauter et de courir pour rejoindre mes destinations. Mes humains essayaient de me comprendre, d’aller où j’avais envie, mais si et seulement si je restais sage et ne tirais pas. Plusieurs mois d'entraînement et d’écoute on fait que l’anti-traction n’est plus jamais utilisée qu’en cas de haute nécessité, quand Mamandie est fatiguée et qu’on croise d’autres chiens alors que je n’ai pas de cerveau.
Les premières semaines, j’entendais mon humaine râler sur l’état de ses mains, rouges, parfois même abîmées. Elle avait aussi mal aux bras à force de retenir la force que je mettais dans la laisse. Je lui en ai fait vivre, des choses, lorsque nous étions dehors…
Au début, elle pleurait même une fois de retour chez nous. Je sentais que je la mettais à rude épreuve et cela me brisait le cœur, car je ne voulais pas faire mal les choses. J’étais juste ultra-content de sortir, de découvrir le monde extérieur, de faire des rencontres. Franfran avait plus facile avec moi car plus fort.
Elle n’abandonna pourtant jamais la chose. Seuls certains jours, elle demandait de l’aide à Franfran, qui devait venir pour me tenir tant je tirais. Je vais vous expliquer ses mésaventures quand nous étions en sortie solo…
Avec Franfran, c’était toujours plus cool, plus relax. Car nous sortions tard dans la nuit, les étoiles brillaient dans le ciel, la lune éclairait notre route et rien d'autre ne venait perturber la sortie… contrairement à celles avec Mamandine, où il y avait énormément de stimulus qui me poussaient et me repoussaient dans mes comportements les plus abjects de l’époque.
Maintenant, je suis fier d’être beaucoup plus sage, d’avoir appris à communiquer avec eux. Mais chaque chose en son temps. Je vais vous raconter quelques mésaventures. Je vous rappelle que nous étions tous les deux novices dans la chose et qu’on essayait de faire au mieux, chacun de notre côté. Le principal est surtout que les efforts ont fini par payer.
Pour ce qui est des rencontres désastreuses avec des chiens sans humain, je vous laisse vous référer au chapitre dédié.
1ère mésaventure :
Un matin comme les autres, où les humains restaient la journée entière à la maison, Mamandine me prépara pour sortir : harnais, laisse, sac à son épaule… on était partis ! Pas de longe à l’horizon ni de muselière, donc pas de Ravel, juste la balade autour de chez nous, dans les rues et sur le trottoir.
Nous marchions donc sur le chemin habituel, en harnais ; je m’étranglais moins, mais c’était l’époque où je tirais toujours extrêmement fort. La marche était donc assez soutenue, je reniflais vite fait tout aux alentours sans m’arrêter vraiment. On est arrivés à un endroit où je sentais toujours un chien sans jamais le voir. Sauf que cette fois-ci, je l’ai vu, le chien ! Il aboyait à travers des buissons, alors j’ai été le rejoindre, avec mon humaine derrière qui hurlait de m’arrêter. Mon élan était trop puissant et je l’ai entraînée avec moi. Elle se retrouva à genoux, la tête dans l’arbuste, les bras griffés par les branches, le visage rougi et les larmes aux yeux. Elle essaya d’attraper mon harnais afin de me retirer de là. Le petit chien en face était venu à ma rencontre, pas content du tout. Il ne faisait que me crier dessus et courait dans tous les sens.
Mamandine arriva à m’extirper, à me soulever du sol et à me remettre sur le trottoir. Elle s’assit à mes côtés, me gardant plaqué au sol afin que je récupère un semblant de cerveau pendant que le clébard miniature continuait de s'invectiver contre nous… Elle savait déjà à l’époque que, si elle relâchait la pression sur mon poitrail, j’allais redémarrer instantanément. Ce n'était ni la première ni la dernière fois que j’allais lui faire vivre ce genre de chose. Ses genoux et ses bras en ont souffert, de nos balades à deux.
2ème cas :
Toujours dans nos balades habituelles, nous marchions le long des maisons lorsqu’un chien, massif, commença à courir et à m’aboyer dessus tout le long de son jardin. Mon humaine fut surprise et tomba, à nouveau, en avant. Elle avait réussi pourtant à me retenir et je ne pus avancer que de quelques centimètres, pas assez pour me laisser aller à la rencontre du nouveau toutou surexcité.
Elle cria, me tira en arrière et reprit ses esprits avant de se relever pour essayer, tant bien que mal, d’avancer malgré mon envie irrépressible d’aller dire bonjour au molosse plutôt que de continuer la marche tranquillement. Je sautais sur mes deux pattes arrière, poussant mon poitrail le plus en avant possible de toutes mes forces. Elle tenait bon, parfois à s’en faire mal aux mains, aux bras, au dos, aux genoux, aux chevilles, mais elle ne lâchait pas la laisse. Jamais.
Quand elle avait l’énergie, la confiance et la détermination, on repassait devant les jardins à problèmes et, au lieu de « juste » marcher, on travaillait en faisant des allers-retours incessants jusqu’à ce que mon comportement soit correct ou meilleur.
Il y a eu une dizaine d’endroits de la sorte où, lorsque je réagissais trop, trop fort, on repassait les jours suivants avec l'objectif qu’un jour, je marcherais normalement sans emporter mon humaine vers les chiens qui m'aboient dessus.
Ce genre d’exercices faisait de mon humaine une véritable tomate, dégoulinante de sueur et ensuite exténuée, parfois en pleurs. Chaque fois que nous rentrions et que je lui avais fait vivre ce genre de situation, elle parlait d’« enfer » et devenait de plus en plus anxieuse lors des sorties… Je n’avais pas compris immédiatement, à l’époque, que j’étais le problème et qu’il suffisait simplement de me calmer. Je l'ai fait baver, cette pauvre petite… Je suis content désormais d’avoir compris et d’agir de manière plus correcte.
Au Ravel :
Dans la rue, ce n'était donc pas évident, surtout avec les chiens dans leurs jardins. Au Ravel, c’étaient les rencontres, très proches, de tous types de chiens et d’humains.
Des vélos, des chevaux, des enfants, des joggeurs, des chiens libres ou attachés, qui marchent ou qui courent… Tout ça était nouveau, excitant et effrayant à la fois. Alors, je réagissais à chaque rencontre, chaque mouvement, chaque odeur…
Mamandine était épuisée aussi lors de nos sorties au Ravel. On le faisait une fois par semaine, en plus de mes sessions d'entraînement avec Charlène. Par la suite ou dans de rares cas, j’avais droit à deux ou trois sorties au Ravel.
J’avais débuté en laisse, muselé et au harnais anti-traction. La distance entre l’inconnu et moi était parfois si faible qu’un coup de tête me permettait de les toucher, ou presque. Alors elle ne prenait aucun risque. Nous faisions connaissance et n’avions pas encore appris le comportement de l’un et l’autre à cette époque.
Des mois passèrent où je sautais sur mes pattes arrière, je l’emportais avec moi, je la faisais tomber au sol, je la faisais courir, crier, pleurer… Les émotions étaient fortes. À chaque fois qu’elle n’en pouvait plus, elle s’arrêtait, faisait calmer son cœur et ne reprenait pas la marche avant d’être totalement stable. J’essayais de faire pareil qu’elle dans ces moments-là. Car au fur et à mesure, je comprenais ce qu’ils me demandaient, j’arrivais juste pas à l’exécuter.
J’ai failli attraper la cheville d’un cycliste en uniforme bleu, j’ai aboyé sur un cheval (première et dernière fois, car Charlène en a et elle a tout mis en œuvre avec mon humaine pour que je ne recommence plus jamais), je courais avec ceux qui couraient, j’essayais de rejoindre les enfants, les chiens, les animaux… Je ne faisais que tirer.
Mais une fois les leçons comprises, j’ai eu droit à la longe.
LE BONHEUR !
Sauf que qui dit nouveauté, dit nouveaux exercices.
Ok, je pouvais m’éloigner plus, mais nous démarrions toujours la sortie en laisse. Une fois que je pouvais montrer à mon humaine que j’étais stable émotionnellement et plus ou moins à l’écoute, hop, la longe. Parfois, à un endroit précis où il y avait une grande étendue d’herbe, elle me laissait jouer et courir. J’ai aussi pu faire le fou dans un champ qui venait d’être récolté, c’était incroyablement drôle. J’adorais pouvoir me défouler, courir avec eux. Car oui, quand je courais, ils me suivaient bien entendu.
Enfin bref, je divague.
La longe amenait de nouveaux exercices, de nouvelles difficultés et une nouvelle maîtrise de moi-même. Il me fallut plusieurs mois encore pour tout comprendre :
Lorsqu’on voit une personne au loin, peu importe ce qu’elle fait, je dois m’arrêter et attendre au minimum mon humaine. Si je retourne vers elle, c’est encore mieux. Lorsqu’un chien est en liberté, cela ne veut pas dire que je peux jouer avec lui. Ce n’est pas parce qu’on croise un autre toutou qu’il faut lui aboyer dessus (bon ça, la règle était la même, que je sois en laisse ou non). Ce n'est pas parce que j’ai 20 mètres de liberté que je dois filer au bout et tirer par la suite (sinon, c’est rebelote en laisse jusqu’à ce que je me calme).
Enfin, des choses comme ça, quoi !
Donc je dirais qu’on a fonctionné comme ça plusieurs mois encore. Cela faisait désormais plus d’une année que nous étions ensemble à vivre et à nous connaître. Le rappel devenait bon, le stop aussi, je me retournais de plus en plus en balade et tirais de moins en moins. Dans la rue, cela devenait de mieux en mieux aussi ! Parfois, j’étais même au pied de Mamandine sans qu’elle ne me le demande et je ne l’emportais plus à tout va !
Aujourd’hui :
Dans la rue, je suis sage, la laisse souvent pendante dans la main de mon humaine, jamais en tension. Les zones travaillées sont toujours clean : je ne tire pas vers le jardin du chien qui me crie dessus, je regarde et j'avance ! Elle me félicite toujours cependant pour mes efforts. Elle sait que cela me demande de la concentration et que, si cela ne tenait qu’à moi, je foncerais sur la grille qui me sépare du toutou inconnu. Lorsqu’on croise des chiens, je m’assieds. Oui oui, vous avez bien lu. Désormais, je pose mon postérieur au sol et j’attends que le chien passe. Bien entendu, mon calme dépend de celui en face de moi quand même, je ne suis pas devenu parfait ! Cela dépend aussi des jours, de mes douleurs, de ma fatigue.
Enfin bref, je m’assieds et j’attends que le chien passe, ensuite, on traverse s’ils étaient sur le trottoir d’en face, ou on reprend la marche, sauf que le nouvel objectif est de sentir l’odeur du cabot qui vient de passer ! Mamandine me laisse faire et comprend que cela est une récompense suffisante. Alors, on a notre deal : je suis calme, je peux remonter la trace du chien ; je suis affreux, on continue comme si de rien n'était, pas de récompense. Cette technique a super bien fonctionné, car désormais, je ne fais plus que m'asseoir et attendre sagement que le chien passe au lieu de m’agiter, sauter, tirer, aboyer.
Au Ravel, je suis au dérouleur, fini la longe. C’est un peu plus court, mais plus libre en même temps. Je sais que si je veux courir, mon humaine me suivra ; que si je veux explorer plus loin, je demande simplement et elle me l’accorde ou non (je vous explique un peu mieux pourquoi je demande pour sortir du chemin dans le chapitre sur l’eau).
Au dérouleur, j’avance toujours super loin et je m’arrête juste avant que la fin de la laisse ne toque contre le plastique. Je ne tire pas, j’avance à un rythme soutenu que mes humains respectent. Ils me laissent renifler autant de temps que je le souhaite et me félicitent dès que je laisse passer sagement un vélo, un joggeur ou toute autre personne qu'on croise.
Je sais même, désormais, réaliser les rencontres proches avec des humains en restant en mouvement. Bien entendu, Mamandine se met entre moi et l’inconnu, et parfois je passe ma tête sur ses genoux et essaie de renifler la nouvelle odeur, mais je ne la fais plus jamais tomber ! Les balades n’ont jamais été aussi agréables que depuis que j’ai compris ce qu’ils me demandaient et que je suis leurs règles.
Mamandine continue de m’emmener au Ravel, dans les environs de chez nous ou encore dans de nouveaux lieux ! On fait quelques exercices si je ne suis pas très sage, mais dans la plupart des cas, j’y trouve mon compte et je m’amuse trop bien !
D’ailleurs, j’en ai déjà parlé mais, ils se sont rendus compte que je ne pouvais plus monter de moi-même dans le coffre de la voiture. Donc : nouveau truc, nouveaux exercices ! Monter dans la bagnole avec une rampe ! Et oui, j’ai un objet qui relie le sol et le coffre, ce qui me permet de descendre et de monter plus en douceur.
Bon, au début, avec l’excitation, j’arrivais encore parfois à sauter in extremis ou à monter sans, mais la douleur m’a vite rattrapé et j’ai compris que cet objet n’était pas pour me faire chier, mais pour mon bien. Alors voilà, je suis un vieux toutou qui descend comme un prince sur sa rampe en plastique noir.
💬 Commentaires 0
Aucun commentaire pour le moment
Soyez le premier à partager vos impressions !