Moi et l'eau, l'eau et moi !

📖 Koda ✍️ Mandhyne 📝 1994 mots

Alors, j’ai toujours connu l’eau pour boire et l’eau qui descend du ciel.

L’eau pour boire, c’est vital… Quand je n’en avais pas dans mon ancienne vie, je sentais que quelque chose clochait et qu’il fallait impérativement que j’en trouve. C’est de là que m’est venue ma faculté à casser cette couche glaçante et dure qui recouvrait parfois les zones d’eau.

Mes nouveaux humains ont été (et le sont toujours) étonnés de me voir casser cette surface froide pour boire l’eau qui se trouve en dessous. La première fois, ils ont couru vers moi en me voyant chercher l’eau. Ils venaient sûrement pour m’aider. On était dans le jardin, je courais partout et je m'amusais dans la neige. L’effort appelle la soif ! Alors je me suis dirigé vers ma gamelle, comme toujours. J’ai vu qu’elle était congelée, alors j’ai sauté avec mes deux pattes jointes dans le récipient afin de tout casser et de boire.

Mes humains sont restés la gueule grande ouverte et ont rigolé. Mamandine a eu un rictus ensuite ; je crois qu’elle a compris que ce n’était pas la première fois que je réalisais ce geste et surtout que, si je ne l’avais pas appris, je n’aurais pas été là aujourd’hui pour vivre mes aventures avec eux. 

À l’époque, on se découvrait encore. Cela faisait quelques mois qu’on vivait ensemble. L’été était passé, l’hiver avait pointé le bout de son nez, laissant l’automne et ses feuilles mortes loin derrière nous. Je n’aimais pas cette période, car le froid s'immisçait dans mes articulations et me torturait de douleur. Sauf que j’avais compris assez rapidement qu’ici, je n’allais pas devoir survivre dehors, combattre la morsure du vent glacial et l’humidité qui s'insèrent partout. 

Enfin soit : je savais que sous la glace se trouvait de l’eau.

La pluie maintenant… J’adore ça. L’odeur est caractéristique et les gouttes rafraîchissent ma truffe. Le reste de mon corps n’est généralement pas touché dans ma nouvelle vie, pas autant que dans l’ancienne. Dans mon ancienne par contre, j’étais moins fan. Bien entendu pour les mêmes raisons énoncées plus haut. L’eau ruisselait sur mon pelage jusqu’à le détremper et finir par atteindre ma peau, puis tout mon être.

Dans ma nouvelle vie, nous sortions rarement assez longtemps sous l’eau pour que cela se produise. Parfois, je demandais à rester dans le jardin. Dans mes pensées, je revois mon passé. J’observais la rue et les passants au loin et moi, le cul dans l’herbe, je respirais. Je savais que j’avais le choix d'entrer ou de rester dehors. Ce choix était un luxe à l’époque. Aujourd’hui, je le savoure et je le savourerai toujours autant durant tout le reste de ma vie.

Mamandine pestait parfois. Mais elle me laissait faire tout de même. On courait, on jouait et parfois on se posait dehors, comme ça, par tous les temps ! Ensuite, mes humains ont compris qu’elle n’allait pas pouvoir supporter à chaque fois toutes les intempéries que je lui demandais de surmonter. Alors ils ont construit un abri, pour eux ! Pas pour que je reste dehors, non, pour qu’eux puissent s’abriter en m’attendant. Car oui, j’avais cette chance-là. Je n’étais jamais seul au jardin. Mais cette vie de jardin, je vous la raconte dans un chapitre dédié, ce sera plus simple.

Revenons à l’eau !

L’eau, cette matière bien spécifique, froide ou chaude, revigorante ou glaçante.

C’est dans ma deuxième vie que je découvris d’autres aspects de l’eau, d’autres formes, d’autres environnements.

J’ai découvert les immenses flaques. C’était trop rigolo. J’aimais trop courir dedans, voir les éclaboussures jaillir de partout. La sensation était jouissive ! Généralement, mes humains me laissaient faire. Je ressortais des flaques trempé mais heureux. J’ouvrais aussi souvent la gueule pour y boire une grosse lampée. Par contre, ils ne me laissaient pas toujours faire ça. D’ailleurs, je n’ai jamais pu essayer de jouer dans les flaques odorantes, elles m’attiraient pourtant… Mais les humains n’ont jamais cédé sur ce point. Pas une patte dedans, c’est NON !

J’ai pu découvrir d’autres grandeurs qu’une flaque. J’ai traversé de petites rivières sur des cailloux glissants. Peu de courant, juste de l’eau présente qui recouvrait mes pattes. Ce genre de lieu, c’était toujours en été, alors cela me rafraîchissait. Une bonne petite pause bien méritée pendant une balade sous le soleil. Je m'abreuvais également et hop, on repartait. Je restais une dizaine de minutes à faire le foufou et ensuite on reprenait la marche.

Arrivait l’eau en grande quantité, avec du courant ! Les rivières ! J’adorais me mettre face au courant et ouvrir ma gueule en grand, laissant l’eau s’insérer en moi. Bon, je compris assez vite que ce n’était pas toujours la meilleure des idées mais bref, je ne pouvais m’empêcher de le faire, à chaque fois !

Je pataugeais aussi dedans, courant, jouant, éclaboussant tout sur mon passage. J’aimais énormément me retrouver là-dedans. Tellement qu’une fois… Après une heure de balade intense sous la chaleur qui ne faisait que grimper, j’ai sauté dans l’eau, depuis une hauteur bien mal estimée de ma part. La pente à grimper pour en sortir était trop abrupte. Je ne remercierai jamais assez mon humaine de ne pas m’avoir lâché ce jour-là. J’avais paniqué, je partais avec le courant. Je n’avais pas patte partout. Les minutes de joie se transformèrent vite en minutes de calvaire et d’angoisse.

Ma longe me retenait mais, ne réfléchissant pas, je me prenais parfois de l'eau dans la truffe et manquais de me noyer. Alors, Mamandine lâchait un peu pour me laisser dériver et repartir avec le courant au lieu de lutter contre ce dernier.

Elle commençait aussi à stresser. Une fois plusieurs mètres parcourus de la sorte, la longe s'est coincée dans des arbres, mais j’avais patte. Je me mis le plus haut possible et j’essayai de rejoindre ma maîtresse qui essayait également de me rejoindre. L’eau m’avait rendu hyper lourd et la balade avait réduit mes forces tout en réveillant la douleur de mes hanches. Je n’arrivais donc pas à gravir la pente raide et trop grande. Mamandine s’attacha à un arbre avec ma laisse courte et descendit me chercher, essaya tant bien que mal de me soulever, de m’extirper de l’eau et ensuite de me remonter sur le chemin. Faut dire qu’avec mes cinquante kilos, je ne suis pas un poids plume !

Personne aux alentours n’est passé pour nous aider ou nous sauver. Nous étions seuls dans cette situation.

Une fois remonté sur le bord du chemin, je me secouais plusieurs fois et je fis la fête à mon humaine, trempée jusqu’aux genoux. Elle reçut plein de bisous et de gros câlins dégoulinants d’eau et de vase. On était sortis d'affaires. Elle se détacha du tronc et reprit la route, mais cette fois-ci, j’étais en laisse courte. Elle avait sûrement peur que je resaute. Sauf que moi, ce jour-là, je n’allais pas commettre la même erreur.

Je dis bien… ce jour-là car… Un week-end, lors d’une autre balade, dans un autre lieu, je me suis retrouvé dans une galère similaire.

On marche le long d’un cours d’eau. C’est super joli, l’ombre des arbres nous offre de la fraîcheur et un petit vent délicieux vient ponctuer le tout. Cet endroit est nouveau et j’admire les alentours tout en me délectant des nouvelles odeurs.

Vers la fin de la balade, alors que nous avions déjà fait demi-tour depuis une bonne quinzaine de minutes, je m’arrête et renifle l’eau. Ma maîtresse me refuse plusieurs fois l’accès en me voyant approcher. L’eau est en contrebas. Sauf que je sais qu’à un endroit, l’eau est proche du bord du chemin et que je vais pouvoir y mettre mes pattes. On arrive à l’endroit, j’hésite. L’eau est d’une couleur claire, contrairement à certains endroits verdâtres que nous avons dépassés plus tôt en balade. Des oiseaux y font leur petit brin de toilette, je vois des poissons au fond et je n’hésite plus, je fonce.

Horreur, malheur ! Mes deux pattes avant s'enfoncent dans quelque chose de visqueux et limite spongieux. J’essaie de m’extirper mais avec grande difficulté. J’ai la chance d’avoir appris à merveille la technique de la marche à reculons. Je tire de toutes mes forces, malgré la douleur naissante, sur mes pattes arrière pour me déloger. Je retourne vers Mamandine, dégoulinant et puant la vase. Elle recule et m’empêche de l’approcher. Je commence à jouer avec elle, heureux de m’être extirpé seul de cette situation.

Sauf que l’expérience ne m’avait pas suffi. Quelques mètres plus loin, je pris mon élan et sautai sans une once de réflexion. Plouf… plaf… Spoch… Les quatre pattes se sont retrouvées coincées dans la même mélasse de vase et de boue. L’enfer, j’en avais jusqu’au poitrail.

Cette fois-ci, Mamandine a dû m’aider pour m’en sortir. Elle était en train de rire, mais pas d’un rire franc et joyeux… Depuis cette mésaventure, je demande toujours d’un regard si je peux m’éloigner du chemin et si je peux mettre mes pattes dans l’eau. On a ce compromis et au moins, je ne termine pas dans une galère sans nom.

C’est aussi grâce à ça que j'ai appris une nouvelle sorte d’eau. L’eau en jet qui sort d’un tuyau pour venir attaquer mes poils et surtout ma peau.

Bah oui, comme dit précédemment, lorsqu’il pleut, il faut une éternité aux gouttes pour atteindre l’intérieur de mes poils, dépasser la sous-couche et atteindre ma peau. Ici, pendant les « bains » pour me laver de toutes les crasses, ce n’est pas pareil !

« Mais tu joues et sautes dans les rivières, et un peu d’eau du robinet te terrifie ? Reste calme ! » me criait Mamandine tandis que Franfran essayait péniblement de me tenir dans l’affreux habitacle blanc.

Mes pattes glissaient, l’eau était tiède, ce qui était pour moi une inconnue de plus dans l’équation de la situation. On s’est débattus plusieurs fois comme ça, après des balades crasseuses où mes poils étaient recouverts de substances collantes et puantes…

Les dernières fois, nous étions dans le jardin. J’étais attaché à un poteau avec une corde de plusieurs mètres, beaucoup plus libre de mes mouvements que dans la salle de bain, et on m’arrosait au jet d’eau modéré. L’eau était plus froide. Ils me shampouinaient quand même tout le corps et ensuite, après rinçage, me laissaient sécher au soleil.

Ils comprirent que je n’aimais pas les essuies, les appareils bruyants qui soufflaient de l’air chaud et les autres choses bizarres qu’ils ont essayé d’entreprendre pour ne pas me laisser dégoulinant de flotte.

Je les remercie de ne jamais avoir insisté plus.

Enfin voilà mon rapport à l’eau : la pluie ne me dérange pas. Les rivières, j’adore tant que j’ai patte, et les bains… c’est NON !



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