Première vacance : Dans les Vosges

📖 Koda ✍️ Mandhyne 📝 2418 mots

Les humains préparaient la voiture. Elle n’avait jamais été autant remplie. Toute la plage arrière regorgeait de valises et de sacs. Le stress était immense car ils prirent un de mes paniers, ma gamelle, des croquettes, des jouets. Où allions-nous comme ça ? Normalement, on ne prenait jamais de panier… Quelques jouets oui, mais sans plus.

La semaine avant le départ, je boitais énormément. J’avais mal. C’était la troisième ou quatrième visite chez le vétérinaire. Mamandine s’était énervée plusieurs fois contre les hommes qui ne l’écoutaient pas.

Ils ne me manipulaient pas, ne m’auscultaient qu’en surface, me faisaient marcher sur les 5 m² de leur salle de consultation pour ensuite dire : « Non mais il n’a rien en fait. » Mon humaine a dû se battre pour ne serait-ce qu’avoir un antidouleur. C’était dans les premières fois où j’en avais. C’était une liberté retrouvée, car mes hanches supportaient mieux mon poids, ce qui faisait que je me mettais mieux sur mes appuis et engendrait moins de douleur sur mes pattes avant. Le cycle normal de quand tu te positionnes mal, le reste de ton corps te fait souffrir.

Mamandine ne s’arrêta pas qu’aux antidouleurs, elle continua d’insister et d’insister encore pour qu’au final l’un des médecins de chiens acquiesce et donne une ordonnance pour des examens complémentaires, sans oublier de soupirer et de rappeler que cela n’allait sûrement servir à rien.

Alors, j’ai une dysplasie à la hanche gauche et à la droite. Depuis le début. Mes humains le savent depuis que j’ai enlevé mes deux boules à l'entrejambe. Sauf qu’ici, mes pattes avant ne supportent plus de compenser. J’avais mal, je ne savais pas me redresser de mon panier, je n’avais pas encore de rampe pour monter et descendre de la voiture ; ils ne savaient pas, mais cela a vite été remédié une fois le diagnostic tombé.

Les radios sont effectuées dans un centre où ils sont plus ou moins gentils avec moi. On découvre qu’en effet, j’ai une dysplasie au coude gauche. Mais je boite également de la patte avant droite. Cela doit être dû aux douleurs réparties partout dans le corps. Mamandine va alors faire, avec Franfran, une heure de route pour rencontrer une vétérinaire qu’ils ont l’air de bien connaître. Elle m’ausculte pour la première fois de manière approfondie. On manipule mes pattes, mes articulations, on me fait marcher dans la rue… Elle découvre alors, en plus de la dysplasie dont elle confirme la visibilité hors radio, que mon épaule droite est désaxée ! J’ai le bingo des bobos !

Là, la vétérinaire met le doigt sur LA chose que les autres n’avaient pas décelée.

« Regarde, mets ta main ici, tu sens ? Il a l’épaule désaxée à force de compenser sur cette dernière patte saine. »

Enfin, ils ont trouvé ! Quand ils trouvent, la douleur s'atténue généralement, donc on verra bien ce que ça donnera par la suite !

Cette nouvelle, qui n’est pas si bonne, tombe la veille de nos vacances. Je suis sous anti-inflammatoires depuis quelques jours, je boite encore énormément car ils n’ont pas eu le temps de prendre rendez-vous chez un spécialiste afin de m’aider pour les articulations douloureuses et l’épaule qui se déboîte et se remet.

Je vous raconte alors les vacances qu’on a passées… Les humains ont roulé plusieurs heures, de longues heures, pour ensuite arriver face à une immense maison isolée dans les bois.

Le stress montait telle une locomotive de montagnes russes arrivée à son apogée et n’attendait plus qu’un battement de cœur pour dévaler, à grande vitesse, l’espace qui la séparait du sol. Je ne comprenais pas la situation. Les jours précédents avaient déjà été d’une immense anxiété avec les examens et les visites à répétition.

Une fois garé, je reste dans la voiture tandis que mes humains sortent voir quelqu’un qui s’approche.

Ils parlent à une dame, très gentille. Je sens déjà les multiples odeurs inconnues entrer dans l’habitacle de la voiture. Ils prennent une clé et entrent dans la maison en me laissant dans le coffre. Ils prirent plusieurs affaires dont les miennes et firent plusieurs allers-retours de la sorte, tout en me laissant toujours à l’intérieur de la voiture. Ensuite, ils me sortirent du coffre.

Première chose : dégourdissement des pattes. Nous avions réalisé plusieurs arrêts pour que je puisse marcher un peu, boire et faire mes besoins, mais je sentais qu’ici, on allait rester plus longtemps que quelques minutes.

Les odeurs étaient envahissantes et enivrantes, mais pas assez pour que le stress soit atténué. J’entendais et je sentais également des chiens, beaucoup de chiens. L’inconnue s’approcha de moi et me dit bonjour, me caressa et me sourit. Ils discutèrent encore quelques minutes avant qu’elle ne parte, me laissant seul avec mes humains. Je les regardais attentivement, attendant, la boule au ventre, qu’ils tendent la laisse à la femme en face d’eux et repartent sans moi ou m’attachent quelque part.

Ouf.

Ce n’est pas ce qu’ils ont fait.

À la place, on fit le tour du jardin et ensuite on prit les escaliers pour atteindre plusieurs pièces où nos affaires nous attendaient. J’entendais l’humaine râler à cause des escaliers.

« On avait pourtant demandé si l’accès était simple et si tout serait OK pour un chien souffrant de dysplasie… »

Elle souffle une fois arrivée devant la porte et me regarde avec un grand sourire avant de l’ouvrir. J’entre, toujours attaché, et j’explore. Je vérifie que toutes mes affaires sont bien là et ensuite, je ne lâche pas mes humains ! Mamandine s’affaire dans les pièces pendant que Franfran arrange mon panier, mes croquettes, ma gamelle d’eau. Il essaie de me faire boire, je n’ai pas envie de boire. Ils vont vite comprendre qu’en déplacement, je ne mange pas et ne bois que très peu.

Trop de stress.

On passe la fin de journée ici, à ressortir une fois ou deux. Le paysage aux alentours était splendide. J’entendais des cris d’animaux qui m’étaient inconnus. Des aboiements de chiens, des oiseaux, le vent dans les feuilles et les sapins. Nous étions entourés d’arbres et de verdure. C’était beau.

Le lendemain matin, nous sommes partis en randonnée, après un petit-déjeuner pour eux et, pour moi, quelques croquettes forcées ainsi que mon anti-inflammatoire. Chaussures, sac, harnais, bouteille d’eau, on était parés !

La marche était sympa, juste à côté de notre logement. Je suivais la trace de l’odeur des chiens qui vivaient à la maison où nous étions. J’avais aussi senti l’odeur du gibier, de petites créatures et de plus grandes. Le sol était sec, praticable. À certains endroits, des pentes ou des montées me faisaient forcer sur mes patounes. Les humains marchaient d’un pas lent. Ils m’avaient, rapidement, laissé une grande liberté en m’attachant à une longe de près de vingt mètres.

J’ai pu explorer, découvrir, profiter de tout ce beau paysage, de ces odeurs vivifiantes, écœurantes, déroutantes.

Une ou deux heures plus tard, la boucle était bouclée et nous nous retrouvions à nouveau devant la maison où nous avions dormi. On remonte les marches, Mamandine et moi péniblement, tandis que Franfran nous suivait plus aisément.

Ils ont vu que les escaliers étaient un calvaire pour moi, mais la joie de retrouver mon panier et de m’allonger me força à gravir ce dernier sans refuser l’aide des humains qui essayaient de m'alléger un maximum en me soutenant.

On passa une heure ou deux dans le calme. Ils mangèrent devant la télévision avec moi à leurs côtés. Je ne dormais que d’une oreille malgré l’épuisement total que mon corps ressentait. J’avais veillé toute la nuit de peur qu’ils partent sans moi, qu’ils profitent de mon sommeil pour s’extirper. J’avais trop peur de les perdre, peur qu’ils m’abandonnent. La nuit avait été longue pour les mêmes raisons, la balade épuisante, mais je tenais bon. Je ne voulais pas sombrer dans un sommeil profond et me réveiller seul. Les oreilles toujours vives, les yeux fermés, je me reposais au maximum de mes capacités.

Les humains discutèrent et descendirent en me laissant dans l’espace où nous étions. Je commençai immédiatement à hurler tout en sautant contre la porte par laquelle ils étaient partis.

« J’arrive Koda ! On revient, calme-toi », hurlaient à l’unisson Franfran et Mamandine.

Sauf que cela ne me calma aucunement.

Je redoublai d’efforts pour qu’ils ne m’abandonnent pas. Le cœur en miettes, palpitant à un rythme beaucoup trop élevé, les coussinets en nage, la respiration saccadée au point où j’avais l’impression de suffoquer, je pris une décision : défoncer la porte encore plus fort.

Franfran arriva avec fracas et ouvrit la porte d’un coup sec. Je retombai sur mes pattes arrière, bien douloureuses par l’exercice réalisé. Cependant, je n’en avais rien à faire de la douleur à l’instant présent. Ils étaient revenus, j’avais réussi. Ils étaient avec moi. C’était tout ce qui comptait.

Franfran resta donc avec moi et Mamandine revint plusieurs minutes plus tard avec quelques morceaux de papiers colorés en main.

Ils réfléchissent ensemble et décident de partir, préparant mes affaires, mettant les chaussures de randonnée. C’est reparti pour une sortie ! Sauf que… Je n’en avais pas vraiment la force. L’envie : OUI ! La force, je ne sais pas. Je venais de me faire extrêmement mal en essayant d’ouvrir la porte. Mais ça, ils ne le savaient pas. On verra. Ils n’ont jamais forcé lorsque je demandais d’écourter la balade, de faire demi-tour ou de s’arrêter. Donc, on verra sur place ! Peut-être que d’ici là, le médicament aura fait effet et me laissera du répit.

Après presque une heure de route, on se gare et mes humains se préparent. Ça veut dire qu’on est arrivés. Je me redresse. La douleur est toujours présente. Je soupire et je les regarde en train d’ouvrir le coffre pour me libérer.

Je saute, aïe. Je marche, aïe. Je tire, double aïe.

Bon, ça va être plus complexe que prévu. De l’autre côté de la route où nous étions stationnés : une immense forêt, des montagnes, une odeur fraîche et un vent agréable.

Mes humains traversèrent avec moi en laisse et on prit le même chemin que des dizaines et des dizaines d’autres animaux et humains. Les odeurs étaient trop mélangées, ça m’en donnait le tournis. Certaines étaient plus fortes, car plus récentes, alors je me concentrais là-dessus. Je fis mon petit pipi, mon caca et, une fois arrivé à l’entrée d’un sentier montant bien trop abruptement pour moi, pouf. Mes fesses au sol et le regard vers la voiture. Mes humains étaient dépités. Après quelques tentatives infructueuses de leur part, on fit demi-tour.

« 1 heure de route pour ça… Il nous en fera toujours des belles, celui-là », râlait Mamandine sans pour autant me forcer à avancer.

De retour dans la voiture, nous attendions quelques instants avant de démarrer. Je ne sais pas trop ce qu’ils se disaient. J’étais juste soulagé d’être de nouveau allongé.

Deux heures passèrent pour qu’enfin nous arrivions dans un autre endroit.

Cette fois-ci, pas de forêt, pas d’étendue verte, de montagne ni de pente. Ce n'était que béton, pavés et route.

Plein de gens, plein de chiens, plein d’enfants, plein de stimulations bougeaient autour de moi. J’étais content. La douleur, avec ce repos, s'était atténuée, donc hop, partons nous promener ! Et cette fois-ci, aucune pente à gravir !

Nous avons donc passé la fin de journée dans cette ville, à découvrir les lieux. C’était sympa et agréable. On faisait parfois des haltes pour boire, manger, se reposer. J’étais content d’être avec eux. Je leur jetais de temps à autre un regard, ma langue pendant sur le côté. J’espère qu’ils voyaient ma joie ! Je n'ai aboyé que sur une dizaine de chiens, en fin de balade. La fatigue et la douleur m’empêchaient de gérer mes émotions. Mais le reste du temps, j’avais été ultra sage, laissant les animaux me frôler et les humains me toucher sans un bonjour.

Un bon toutou !

Le soir, rebelote, repos dans l’endroit où nous avions installé nos affaires. Le sommeil me prend malgré mes tentatives pour rester conscient. La nuit fut malgré tout agitée de cauchemars et je ne pus m’empêcher d’aller vérifier presque toutes les heures si mes humains dormaient bien encore dans la pièce d’à côté. Je finis par m’allonger, étroitement, devant leur lit.

Le lendemain, les cris des chiens du logis me réveillèrent avec leurs hurlements. Les humains émergèrent donc et on entama une nouvelle journée. Mes pattes me faisaient souffrir. J’eus mon médicament et, une ou deux heures après, on partit à nouveau en forêt, celle qui nous entourait. Sauf qu’une fois mes besoins faits, je leur ai demandé de faire demi-tour, à nouveau.

Ils s’exécutèrent et nous passâmes le reste de la journée dans la maison. Je ne pense pas que c’était leur plan initial, mais je suis si content qu’ils ne m’aient pas forcé, qu’ils m’aient écouté.

Le séjour se finit donc et on remet tout dans la voiture qui est chargée à bloc. Je remonte dans le coffre et direction la maison !

Enfin, je dois avouer qu’encore une fois, j’avais un peu peur de la destination. L’angoisse était un peu moins présente, mais vu les caprices que j’avais faits, il était fort probable qu’ils m’abandonnent quelque part pour avoir un toutou plus en forme, plus à l’écoute. On verra bien.

Mais, soulagement après plusieurs heures de route, la maison est dans mon champ de vision. J’étais heureux d’être encore avec eux.

C’est à partir de ce moment-là que j'ai compris que j’avais le droit de choisir : choisir d’aller me balader, de monter ou non dans le coffre, d’écourter ou d'agrandir la balade. Il suffisait que je le montre en m'asseyant, en faisant immédiatement demi-tour ou en refusant de tourner dans les rues qui prolongent la balade pour que mes humains s’y adaptent et m'écoutent. Cela m'a permis de continuer de sortir, de me muscler lorsqu’il était possible pour moi d’avancer, mais de me reposer les jours où c’était trop compliqué.

Pour calmer les douleurs et le boitement, j’ai eu des séances de kiné et, apparemment, du repos conseillé, des médicaments pendant une année entière, une rampe pour monter dans le coffre ; et je sais de nouveau me relever de mon panier sans aucune aide et marcher plus d’une demi-heure sans souffrir après. Ils ont eu raison d’insister ! Je suis si fier d’avoir croisé le regard de Mamandine lors de mon adoption.

Ils ne lâchent jamais l’affaire, peu importe les difficultés.

Je les aime.

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